‹ Le tzar Nicolas et la sainte RussieChapitre 25 sur 42 · MORALITÉ OFFICIELLE ET MORALITÉ PRIVÉE · texte numérisé non relu

MORALITÉ OFFICIELLE ET MORALITÉ PRIVÉE

Si r<'mpereur est, à un remanjuable dogn'', maître de lui «lans les périls, il s'en faut qu il exerce un empire aussi absolu sur ses pa^isions. Tout son art «'onsiste ;'i l«s dissimuler.

Ce même tzar, en effet, qui joue à rausl«'rilê oriicielle, (jui se pose en inquisiteur et en justicier, — (jui j)('ii»'ire dans rinlérieur domestique de ses sujets, pour y imposer le respect de la pudeur, et qui réprime, avec une violence sauvage, les moindres écarts de mœurs de sa no-

m LR TZAA NICOLAS.

lilt'ssn, — ce même Izar est l'esclave des passions les plus violentes, — un manstrede luxure, pour me servir d'une

expression russt'. •

^ La liaison de lempereur avec mademoiselle Néiidofi, demoiselle d'honneur de Fimpératriee, est connue de h llussie entière. — dette liaison m' fait la fortune du générial Kloînmichel (petit MieheU^ qui sans mérite d aucun ;^enre, el malgn* sa n'putalion, occupe le poste important de minisire des voies de communication. M. Klein^ * iiiicliel dirige rédiicaiion des enfants de raademoist ilo Nélidoff.

On sait aussi que le tzar a, longtemps, entretenu un commerce intiun^ avec mailemoiselle Ouroussoff, qu'il a mariée au prince Léon Radzivill, — Polonais, dont il faut retenir le nom, — le. même qui, après la défaite de la Hongrie, alla, au nom du tzar, réclamer du Sultan, Textradition de ses frères vaincus, et qui se sert aujounrhni de la faveur qu il doit ^ son mariage et à ses services, pour faire, et par conséquent, poQr gagner des procès à toute sa famille.

Le tzar est autocrate dans ses amours, comme dans les

autres actes de sa vie ; s'il dislingue une femme à Ja pro.menade, au théâtre, dans le monde, il dit .un mot à l'aide de camp de service. La personne qui a attiré Tattentiondu dieu est observée, suivie. On prévient Tépoux, si elle est mariée, les parents, si elle est fille, de Thon* neur qui leur est échu. Il est sans e:!^einple que cette notiflcatîon ait *été reçue autrement que par les exprès-

LË TZAK NICOLAS. m.

:»iousil uue respcclueusc reeoiiiialssiiiice. 11 e^l cgaieoieut sans exemple que les maris ou les pères, ainsi outragés, n'uicnt pas tiré vaiiilii et prolil de leur opprobre.

— Et le tzar ne trouve-t-il jamais de résistance dans robjet uK^nie de son caprice*? demandai-je à la dame aimable, spirituelle et vertueuse autant qu'on peut 1 être on Hussie, qui me donnait ces détails.

— Jamais î... me répondit-elle avec l'e\pressiou de ta plus gi*ande surprise. Gomment cela serait-il possible t

— Mais prenez garde, dis-je, que votre réponse ne m'autorise a retourner la question contre voùs-môme.

— L'explication serait moins embarrassante que vous ne pensez; je ferais comme tout le monde. D'ailleurs mo;/ mari ne me pardmneraU jamais un refus.

Une seule personne, la comtes:^eW'orontzoff, a osé faire exception à la règle. La téméraire petite femme, à laquelle on n'accorde pourtant pas, dans son pays, les vertus de Lucrèce, Taustérité d^s matrones romaines, soit vanité, soit calcul, a glissé entre les fnains du tzar, el cette excentricité lui. a valu une célébrité dont elle ' ' était avide, et qu'elle aurait vainement demandée à sa beauté» a sa grâce et à sa vive intelligence, — type brillant et accompli de Tesprit slave.

BILAN POilTigUE.

Depuis vingt-neuf ans, l'empereur Nicolas, cet homme

f|ni, siiivaiu l'oxpression d'un grand poëte, porte dans ses mains une croix terminée eu glaive, et un sceptre terminé en knout, est, no\is l'avons dit, le souverain le plus absolu qui soit sur la terre, sans eu excepter le (trand Hogol et Tempereur du Déleste Empire. — Qu*at-il fait, cependant, durant ces vingt-neuf années de pou-

voir illimité» pour le, bonheur de la nation russe et le

liieu général? — La, liberté de conscience existait en Russie; tous les eultes étaient égaux devant la loi. C'était nn d«»à honneurs du pays. Les Russes n'avaient que cotte liberté, inais ils lavaient complète.: — ' Nicolas Ta détruite ; — il 8 établi non-seulemènt Tinégalité, mais la persécution; il a imposé la suprématie de l'Église orthodoxe, par la mort et Texil. Julien TApostat ne poursuivit . pas les chrétiens avec plus de rage, qu'il ne persécute les catholiques, et Ton peut prévoir le jour où, semblable à Gharfemagne, essayant la conquête religieuse par l'extermination systématique, il iera présenter à tous ses sujets catholicpes une croix^ grecque pour abjurer, ou un sabre pour mourir.

De tout temp^ la noblesse russe avait eu le privilège de vivre où elle voulait, dans Tempire ou à i'étranjfer; .Nicolas Paulowitdi a restreint ce ^lioit, d'abord à cinq années, puis à deux,.et'a frapi^'^ la délivrance des passeports d un impôt . exorbitant qui. pour le plus grand nombre, équivaut à une véritable prohibition. Sa conduite, dans les timides essais de la libération qu'il a tentes, a été entachée' de témérité et d'imprévoyance, sinon de mauvaise foi.

On ne peut émanciper sans désorganiser,, — nous l'avons expliqué précédemment, — qu'au moyen d'une mesure générale. Or cette unité entre les propriétaires n'a pu Atre obtenue jusqu'ici. L*égoisme traditionnel, le goût du despotisme, la soif du blen-èlre, la puissance de Thabi-

m ^ LE TZAR NKiOLAS.

luilo, la crailitc de rioeonnu, mille causes locales cl secondatras, s*y.i$ont opposés. Le gouvenvement, s*i1 eât a^'i NTicusenieiil, aurait picvu ces obstacles, et se lût aiis on Blesure de les surmoiiter, avam d*aiM>rder «ne qiiestidii hrùlanlr, — quei^tioii (jui. niiv ft)is soulevée, une fois saisie {lai -1 ebpiil public, ae puuvaii éire abandounée ^iis solution. Le tzar 8*est préseaté aux propriétaires. " saus vues arrêtées» sans plans faits; il n a offert ni indi- <|ué aucun dédommagemenl» à la perturbation iinminente que la libération ilcvait.pi*ovv4uer, UMU-seulemeul dans les intérêts des propriétaires de ser&, mais dans ceux des serfs eux-ini^mes; car libérer b» serf sans lui assurer UN morceau dek terre à laquelle il est aitacb^^, c'est £aire, de rhommo affranchi , reselavedelanîiséreetdu hasanJ, eest décréter le proléUriat, r- le prolétariat sans lois protectrices, ^ en même temps que la'liberté. Il a voulu improsiser la mesure, eouime il viiiil d'improviser la guerre, et il a «M^houé dans L'une comme il écbouera très*

\ raisemhlablenienl ilans rauli'C.^L'uni(jue résultat ohlrnu a été d établir, au détrimeut de la couronne, un l'ait contesté jusqu'alors, — que la ten*e, en principe. — car oli fait tout est propriété du tzar, — n'appartient pas à l'État.

Ce qu'il a fait de la Pologne, ou le sait. mol, eetle accusation, reviennent sous la |>lume, en dépit de la volonté. Le martyre de cette nation esl allaclié au nom d(* Nicolas^ comme la robe de ^iessns au. corps d'Hercule. 11 a transfpnié ce pays en uti.d<'*$ert d*ilotes» soumis à

la cnjptie S et de Baèhel plennni ëteméllement ceux (jiii ne reviendront plus. — Il a tout pris, la lil>erië, le sol, Foret le sang. Cette terre désolée, afHrès vingt ans commt' au dernier jour de sa longue passion, reslo encore frappée de stupeur.- ^ « Qui me dbni^era asses de larmes, a dit le pn^liralour Skar^rn, {)our pleurer, jour et nuit, les malheuis des ^fontfr de n^a patrie? »

Le bmît des armes qui s'élève à Torlent et à' Toecident, le hennissement des chevaux de guerre, les sons de la trompette gauloise, rien\n*a pii la titer de sa léthargie. Le cœur de cette-race guerrière, la race joj eusr par exeellenee, Slavui salions, — ^ s'est glacée sbiis la main de marbre du tzar. Nicolas, fidèle à sa nature, a pu donner la mort, il n'a pu donner la vi^ ; 4a persécution a réustif-'en >Pologn(% Tématieipatfefr' a éclmié en Russie. Il est des natures créées exelusivement pour le mal et quî n'ontfas d^autre puissance.

a Heureusement, Dieu mène les hommes, » ditBossuel, ot la Pologne a habitué le mande aux résurrections.

L'industrie, le commerce, les coniiiiunicatious,. les routes, les canaux, attendent encore Timpulsion qui devaitifts féconder. — ^^ L'instruotion publique a été systématiquement ahaadonnée ou paralysée par des programmas d'études ridicules, qui permettent de tout appreniln*

* Los inagislrats do ljac<'(léiiioniv •'nvoyaieiil, à un jour donné, les jruii«»s Spartiates, armés de poignards, courir ia caïupagno «l éjiorf:ev les ilotes. Celte exécrable institution s'appelait la eryptU^.

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uuf ce qa'il est utile de savoir ; — la corruptioft prôs-

crit»' ofiiciellement, et sourdement entretemie; — la venalité organisée au point de rue financier, commé dégrévemenl du trésor, par la modicité des appointements publics ; -^1 ivrognerie encouragée, parce que ilvrogue^ rie abrutit et quelle. proGte aux fermes d*eau-de-vie qui itiincourenl fiscalement à alimenter l Etat ^ — la civ iii- • sattoii arrêtée dans sa marcbe; — la peur mise à Tordre du jour, à l'ordre de tous les jours; — les impôts de chair humaine décuplés parla guerre; Nieolas n a connu (jue le sabre, n'a cru qu'à cette force barbare, et n n rien fait que par elle, il fallait à la Russie un législateur, un réformateur. — Il lui a donné un conquérant, et un conquérant par oukase, qui, à une seule exception près, n*a mis Tépée à la maia que dans des parades. Attila, (iengis-Khan, Mahomet, guidaient eux-mêmes les hordes barbares qu'ils déchaînaient sur le monde. Ils prenaient la part des dangers, s'ils prenaient celle des dépouilles. Il était réservé à Nicolas d'essayer la conquête de l'Europe sans quitter son palais de Péterhoff.

Telle est la vérité, et personne ne se la dissimule en Russie. Aussi n'est-ce point là, mats en Europe, où rempereur passe pour un grand homme. Les Russes sont, en général, fort surpris de cette opinion. Pour eux, — je

* U ferme dei eaux-de-vie, qui a rapporté, en 1806, 30 millions (le lianes, el, eu i8'i5, G^i millions, en a proiluil 128 millions tin J844.

LË TZAIV NiCOLAS. 209

parie ^e.ia partie iutelligeute de la uatiou, — Don du peuple, qui, dans son ignorance, pousse. le féliehlâme jusqu à la déificatioiij — pour les ,1iodi mes qui pensent, dis-je, — le tzar est un esprit borné» grandi par l'or- ^^ueil et surexcité, à certains moments, par les accès d'une folie de race. - *.

Nous lisons, dans l'ouvrage d'un écrivain slave^ * que Mcolas lit publier un catéchisme, intitulé : D,u culte qiian doit rendre à VEmperenr. Ce catéchisme, approuvé par les évôques, fut iiuruduii en Russie, sous la protection du knout.

Ce même orgueil, dans la querelle orieiiljilt'. <l(MKiiuià le jugement de Nicolas, au point de le porter à provoquer une guerre, — dont nous indiquerons plus loin le double mobile, — sans s'être assuré du concours de la puissance dont Tinfluenoe sur les événements devait être la plus directe : l'Autriche.

Lorsque , dans des communications demeurées célé' . hres, fut agitée entre le tzar et l'ambassadeur d'Angleterre, sir G. U.^ymour»ia question de Théritage de y homme malade (la Turquie}, ce dernier «représenta à l'empereur qu il n'avait fait aucune mention de rA.Ltriche.

— Vous devez comprendre, répliqua 1»* tzar, ijue, lorsque je parte de la Russie, je parle aussi de l'Autriciie ;

ce qui convient à Tune convient à l'autre.

* L'Eglise et le Messie. Paris, 1845.

Niooias awrait jnrië île la Rologiie quil ne. se iù% pas ftxprim^ difréremment. A la vérité, la Pologne a été réiiuie à la Russie par oukase, mais rieo de semblable n u on lien mrnsre à réganl de l'Anlriche. La eoinpiicité dn (';)binet de Vimne ù la politique russe n'étant point aei|uise, le tzar rencontra, dans la réalisation .de ses vues, dos obstacles qu'il eut certainement surniotitt's avec elh*. li'babilcté d'Omer-PacIta et rhéroïsme inespéré dont les CnnanKs témoignèrent à cette époque, rejetèrent Tagresstiur sur son territoire. Des dcsa&tres plus décisifs eussent été le fruit de cette politique imprévoyante, si l'Aulriehe, liiièlo à ses [»liis ciiers intérêt^ et à la lo^^que de ses engagements, fût sortie de son rtle passif. Mais le gouver* nemenl autrichien criit tout gagner en gagnant du ti'mps. il. rédigea des notes, organisa de& eonférences, mit sur pied desarmées, entm oomme allié dans les principautés, et s y conduisit en maître. Son glaiye se tourna tantôt vers le nord, tantôt vers Toecident, et né sortit jamais du fourreau. Kn un mot, l'attitude de cette puissance sembla JustiCer eette réponse présomptueuse du vieux maréchal Uadetzki, à une personne qui l'interrogeait sur les vraies inteoitions de son pays : c Nom saurons Vnumée prochaine avec qùi nous serons et qui nous battrons, »

L'Autriche n'est sa9s doute pas très^sympathique aux nationÀoeeidentales et surtout à TAngleterre. A partmêmf l'àcre .*^ouv(^nir d'injures récentes, un abîme existe entre .les conditions propres de la politique de ces deux Ëtats. Hais si elle u'est point anglaise, si elle repousse nos idées

LU TZAR MCOLAS*. m

trop Avancées, nos initiativès radieates* ^ TAiiiriehe est moins russe encore. La nature inênie lui a fait cette situation : Ou rivale, au vassale de la Rume.

II y a, par <lelà S4'> frontières, au nord rie rAllenia- ;;ne, une caste q<ui préférera^ devenir moscoviie, plutôt que de perdre les privilégies qui la séparent de la ca* naille. Cette caste est celle des hobereaux prussiens. 1^ dernière rmlution a passé sur la Prusse sans détruire entièrement son es[)rii arruMc et ses institutions oppressives. Elle a emporté la juridiction féodale» mais elle a laissé au seigneur la police patrimoniale, qui lui donne encore le droit de dire : & La commune, c est moi. »

Un homme d*Ëtat, Stein, se moâtra, par hasard, partisan du progrès; mais d'invincibles résistances paralysèrent 968 bonnes intentions ; les mesures législatives qu'il provoqua furent considérées comme purement passagères; elles n'engagèrent pas ^avenir: MM. de Harwitz et deKamptz, — réactionnaires fossiles, — sont restés les vrais représentants des idées prussiennes, lis datent la révolution allemande des anoiennes loi» d'affranchissement concédées par la monarchie. Le cougrC's de Vi^enne, d'où sortirent des réformes prudemment provoquées par' les souverains eux-mêmes, et le soulèvement de Berlin, en 1848, ont vu tours conséquences ruinées, avec fe^ pé^ rils d'opinion qui les avaient fait naître.

Pour les huit cent mille- nobles prussiens qui couvrent la surface de ce sol arisiocratisé; le. monarque représente Dieu, la noblesse, le souverain. Si la mission de Tune est

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«le se laisser adorer, la mission de l'autre est de museler la populace, — c'est-à-dire le peuple et la bourgeoisie, ^'ouvrier, le marchand, l'artiste, l'écrivain, le professeur, — Tin tell igence. '

Cette caste privilégi«''e regarde la misère comme le partage naturel du travailleur, et voit une atteinte à ses droits, chaque fois que la fortune, se montrant juste, fait du marchand un riche particulier. Seule, elle est apte à procnVr dr's ofliciers. La ge^tation populaire et bourgeoise ne peut fournir (jue des soldats ou tout au plus des caporaux.

En Angleterre, on compte un noble sur trente mille âmes, en Prusse un noble sur vingt-huit habitants. Aussi la noblesse est-elle estimée et puissante en Angleterre , up[>ressive et m('*pris('»e en Prusse. Les Anglais savent la ^j'uéalogie de leurs lords ; on connaît celle des princes allemands par VAlmanuch de Gotha!

L'esprit de l'armée prussienne est resté ce qu'il rUûi en IS14, hostile à toute liberté, à toute grandeur étrangère, iufatur» d un pn'tendu g<'»nie guerrier, et croyant, de bonne foi, chacun de ses chefs de corps coulé dans le moule du grand Frédéric. L'Occident, — assurent ces docteurs en uniforme, — se courbera, l'heure venue, devant leurs cinq cent mille baïonnettes. Ils parlent de venir à Paris une troisième fois, et, moins tolérants que la première, de n')^ pas laisser pierre sur pierre.

Tout ceci ne serait que risible, si cette tendance de la Prusse militaire, par sa réaction naturelle sur les évé-

LE TZAR NICOLAS. 2ir.

nemenls, ne cachait un péril considérable; car s*il est permis à Nicolas de s'appuyer sur elle, si le Izar gagne l'épée de la Prusse et parvient à maintenir rAuiriclur dans \q statu qiio, une guerre terrible se convertit, pour rOccident, en un duel suprême. . '

Voilà la Prusse en raccourci. Permis donc à ses bobe-, reauxde la river à une neutralité' secrètement hostile ou ouvertement agressive. Nous ne pensons pas qu'une pareille perspective convienne ù TAutriche. Elle doit, si elle a conscience de ses intérêts, je ne dirai pas de sesdevoirs, — s'opposer, par tous les moyens, à des envahissements qui menacent directement son existence. Le tzar, é'iabli à fionstantinople, maître des principauti'S, à deux pas de Vienne, rAutricbe devient une secondi' Turquie. Sous quelque prétexte de protection à accorder aux Slaves, qui forment la grande majorité dr la populalion de cet empire, il envahit, un jour ou I nutri', ses frontières, et. de progrès en progi'ès, d'éla(>e en étape, v\\ prenant son temps et ses gages, il arrive jusqu'à la capitale. Cet avenir semble inévitable pour l'Aulriche, si l'idglr il deux têtes plane jamais sur les tours de Sainte-Sophie La neutralité ne la préserverait pas du sort que Tamitii' du tzar lui réserve. Cette neutraliti', qui, dans l'étal actuel des choses, serait une double trahison, assurerait sa ruine, loin de la prévenir. Si les hommes d'État viennois ne l'ont pas compris, qu'ils lisent, pour leur édification, le passage suivant de Machiavel :

« Ceux qui gouvernent , dit l'ancien secrétaire de la

République florentine * , doivent s'efforcer de paraître «grands dans toutes leurs actions, et éviter dans leurs sentiments tout ce qui porterait le caractère deTindécision et de la faiblesse. Un prince qui ne sait pas être ou tout à fait ami, ou tout à fait ennemi, se conciliera difficilement l'estime de ses sujets. Deux puissants voisins se fonl-ils la guerre, ;/ dmt se dédarer fonr Fim d'eux, aamqnoiil deviendra la proie du vainqueur ; et, le vaincu applaudissant à sa ruine, il ne hii restera aucune ressource ; far le vainqueur ne peut vouloir d'un ami douteux, qui Tabandonnerail au premier revers de fortune, et le vaincu ne peut lui pardonner d avoir été le spectateur tranquille de sa défaite.

« liOrsque Antiochus passa en Grèce, où les Étoliens Kavaient appelé pourt»n cbasser les Romains, il envoya (les ambassadeurs aux Aclu^ens, amis de ces derniers, pour les engager à rester neutres. Les Romains, au coniraire, demandaient qu'on se déclarât pour eux. La cbose •'•tant mise en délibération dans le conseil des Acliéens, l'envoyé' des Romains prit la parole, après celui d'Antit»cjius, et dit : — « On vous conseille de prendre le parti »( de la neutralité' comme le plus sur, et moi je vous as- « sure qu'il n'y en a pas de pire ; car vous resterez inr-

vitablement à la discrétion du vain<jueur, quel qu'il H soit, et vous avez ainsi contre vous deux chances « pouî' un(». w

LE rZÂB NICOLAS. 3L5

. Un a voulu tournée ia diiiicuiui. Au lieu cl uue bataille ooiiduile par le priocB de Hesse, on. nous a .donné uu livre CCI il par le comte de Fiquelment. — Ce livre élail un ballon dressai, un piège peut-être. Que- la vallée du Daiiuljc cl la uavigatiuu. de la mer Noire soieal libérées tic riuBueBoe ru^; que la géographie moscovite $^ar*> rèlo à rKuxin, et tout est dit, suivant M. de Fiquelmoiil; — les bases de la. paix sout trouvées; la conciliation est accomplie. L'Autriche, sans avoir perdu une goutte de ^l'o* iuimédiaten)ont ce ({ue la Uussie se trouve

contrainte d'abdiquer. Elle règne indirectement sur les riches vallées danubienues, auxquelles confine son territoire. Quant à la France qt à l'Angleterre, qui auronidé* pense, dans la grande lutte orientale, des millions de francs et des milliers d existences, Iq diplomate autiichien qui rappelle, à ce propos, leurs décleîattons d-absolu désintéressement, ne doute pas qu'elles ne soienl l)leinement satisfaites du résultat. Elles auront consolidé la Turquie, diminué lu Russie, enrichi TAutrichc. Elles auront» pour elles, le sentiment dju bien accompli, un souvenir chevaleresque et la gratitude des peui»les. Que désirer de plus?

Politique commode ou vérité, et que Tex-miAistn* s'efi'orce de rendre acceptable, en cliaqtant la p^linodie^ et en essayant de tiromper TEuropc sut la situation actuelle du gouvernement russe, dont il avait, à uue auUre époque et datis un même but^ cherché, par d'alH ttes moyens, à exagérer la force militaire et mai itime^

Vous vous êtes à ton alarmés, dit le diplomate

viennois. La Russie ne peut rien eontre Ttlurope. Kll * n a que deux Qottes, celle de Croustadl et celle de Sebastopol. La'premiére est captive pendaift sept mois dans les glaces, et forcée, dès (ju'elle en peut sortir, d'aller prendre des bains d'eau douce dans la mer Noire, pour fortifier le corps de ses jiavires affaiblis. La s«H onde, celle de Sébastopol » n a pour matelots que des hommes de. lerrc, la Russie manquant d'une marine marchande pour former des équipages. M. deFiquelmout dit encore <|ue !«• peuple russe n*est pas sans doute entièrement étranger à I justinct qui pousse le Nord vers le Midi, mais qu*il a^ pour Fattacher'â son propre sol, de fertiles val-, lées, des ciu s industrieuses, des annales et une histoire.

D'un trait de plume, il biffé les steppes, fes|[laoes, la Sibérie et le knout.

Quel historieu 1 ' ''

Aux évolutions siispeetes de eette^dialeetique, il .n*t>si qu un mot à opposer ; c'est que l Autriche, lorsqu elle . sera amenée à résoudre le probTéme de son attitude actuelle, el à se prononcer, devra tenir compte de ces trois faits:

f>a Hongrie n'est pas morte ;

L'Italie estirémissant^i .

La France est h Rome.

■Quelle que soit, du^reslc, la rouduile ultérieure des cours allemandes, qu'une fois de plua elles fustiQent, ou donnent tort à ce mot expressif et cru de Desgenetles ;

LE TZAB NICOLAS. 917

« L Allemagne iieiii te vase au vainqueur, et le vei*semr in t(He du vaincu \ )• toujours est-il que le tzar, en préjugeant la soumission obligatoire et le concours armé de r^utriche, au moment même où il rouvrdit le temple de Janus,. a commis une de ces terribles inconséquences qui donnent la mesure d'un homme politique. Il est facile de paraitre habile quand on^est fort, et qu'on n'eniro dans les questions que pour les dominer.

Le talent du prince n'a pas seul souffert de cette épreuve; Tlionneur de 1 Uomnie y est resté. L Europe a vu» avec stu [tour, un souverain qu'elle s*était complu à regarder comme le chevalier du passé et le bouclier de Tavenir, sans but apparent, ipins cause légitime, — ap* peler toutes les misères, armer tous les bras, soulever toutes les passions, alarmer tous les intérêts. — Elle le voit aujourd'hui, — non plus avec surprise, — car le voile est déchiré; — elle le voit, dis-je, aujourd'hui que des revers stupéfiants ont été subis, — qu'une armée a été usée ou détruite, — que Tatlaque énergique des deux grandes nations suit son cours , — et^ qu'il doit înaintenir à tout pris, — oo faire tcairner en

* liorsque le pawaiic qui précède. Tut imprimé, le trtité d'aUnuice

Jii 1 décembre, entrr rAutritlic cl les puissances oecidenlalcs, ii'éliiit pîis connu. Ce Irailc marque une phase nouvelle dans la |»uliliq^uc (le r£urope. Il iiicl toutes levchancei du côté de la justicr. L'A«itridie eompt^sd ses intérêts et |fmpUl ses devoirs. On doit Ten iéKcifer, toni en regrettant qu'elle, leur donne noe satisliMlîon si taidîve. '

sa fcveur, Taetion bësitaBte des États altemands, re»

placer son masque, farder son visage et déclarer que la nUsiUm de la Ruuie est de meUre ^ m matérialime imglavt. On Ut, dans m maniCeste, publié par le joarnal officiel de la cour de Saint-Pétersbourg, le 20 octobre dernier :

ff La France n est qu un torrent écumant; mais I Angleterre est une inondation révolutionnaire perman^te : c'est elle qui est le foyer et Tappui de tous les principes révolutionnaires ; c'est elle qui, entraînée par le mercantilisme, foule aux pieds les droits de Thumanité et des nations. La Russie a pour destinée de garantir TEuropc de tous fa» débordements de IXKx^ident ; de ee oôté, viennent désormais les invasions. Quelle que soit sa cause, la guerre actuelle a, sans contredit, un caractère religieux : elle se fait entre Tmire conservateur et la révolution communiste.

c C'est le devoir de la Russie, ajoute-t-on en concluant, de restaurer, dans le Bosphore, le règne du christianisme et de l'y eonsoiider. Enfin, Tcaipereur a, comme refuge protecteur de l'Europe , la hante mission d'assurer lexistence de l'Europe conservatrice. La Russie ne peut réaliser actuellement cette mission que jpar une guerre obstiniv, qui brise 1 ambition des Anglais, et mette fin à la domination des Turcs. »

Est- il iM'soin de le rapjK'ler:'

Le même homme, qui bit cette déclaration et ioue cette comédie dans ses journaux officiels, disait, en 1853, i

fambassadeor d^Angleterre, dans une eonférenee , de*

veûue classique :

H Tout ee dont j'ai besoin, c'est d'une bonne entente avop l'Angleterre. Lorsque nous somçies d'accord, je suis tout à tait sans inquiétude quant à roceidenl de l'Europe. Ce que d'autres pensent est, au fond, de [)i u d'importance. t - -

Hais c*est par trop compter sur la crédulité humaine. Ces tours de gibecière ont fait leur tmps. L'homme est nu dérant TEurope. Cdui qui sera trompé le voudra* bien, et sauvera seulement, par cet aveuglement voIout taire, les apparences de sa défection.

En Russie, le despotisme avait sa raison d'-étre dans l'ignorance absolue des ma&ses. Les populations, non an^re éveillées au sentiment de la liberté, étaient incapables d'en sii|)poi'U'r le régime. Ce despotisme a donc e&isté» pour ainsi dire, normalement; mais il n'impli- ^ quait ni grandeur jii gcniedela part de celui qui l'exerçait» car il avait pour lui le temps et la force, sans contrepoids possible. Grâce à Dieu, cette situation se modifie. Il n'est plus permis à la tyrannie de s'endormir sur son litderosei.

Le nouvel état social pointe et s'efforce de se faire jour. — Ënué dans les intelligences d'élite, pour pénétrer, d'initiation en initiation, dans tous les esprits, il n'a plus guère qu'à s'introduire dans les choses. — In Polonais, un apôtre, un prophète souvent, MiCkiéwicz, a êlé le premier a le proclamer. « L'esprit ancien, cet

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esprit terrible, cet esprit souverain de la Russie, n a piixi la même force ; l'esprit des Bohèmes et des Polonais s*e8l déjà infiltré dans l'âme riuse.'IEu général/ — ^tl exécute encore l'oidre impitoyable du souverain, — commence déjà à sentir le besoin de justifier cal .ordre devant sa propre conscience; il ne croit ptns à Finfaillibilité morale de reiiipereur *, — quelquefois même il cherche a modifier cet ordre, — et cette petite modification, que chaque ciief, — que chaque employé apporte à son service, prouve déjà Timmeuse changement qui s'opère en Russie. • •

Gela se disait» en 1845, au collège de France.

D^uis le temps a marché , les idées aussi !

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