LE SERF
On a beaucoup vanté de nos jours la condition du serf rasse ; on l'a comparée à celle des classes laborieuses de l'Occident; on Ta déclarée préférable sous plusieurs rapports, et, comme cieu ne (ait mieux ni plus vite soli cbe« mint|u'une idée cal'Mment feusse, celle-ôi n'a pas manqué d'obtenir un certain crédit; mais l'esprit ne résiste (l'as au bon sens; le paradoxe à l'examen. Certes, si la conviction de ne p^jnourir de faim, si m4ine une exis-"
LA SAIHTB IU88IB. 15 teiuse animaleparfidleneiit ganatie, saffisait au bonheur
de l'homme, le sort du mougik serait, pour les prolétaires des autre» États^ un 14{^time sujel d'envie. Mais il n*en est point ainsi. Nous ne vivons pas que de pain^ Le sentiment de k liberté, la conscience du moi, le dévelc^pement de la fanflpj^^ espoirs de Tambition» les «hances de Tavenir, sont, j)artout où brille la lumiéire de la civUîaatioa, les élàBBents qui aident rhomme à porter la vie. Ces biens, antérieurs et supérieurs à tous les autres, — le dernier ouvrier de. nos fabriques,, le plus pauvpe paysan de nos villages, les possède. Us sont refusés auserf. Le serf nait courbé vers la terre, rivé à la glèbe. Rieii n'est à lui, ni la famille, ni le foyer, ni le corps, ni^ Tâme, dont on fait un chiffre ^ Âme, corps, foyer, famille, tout est au maître.
L'existence réelle de la glèbe russe est de date presque modeme.^e fut établie par Boris Godounof, ministre, assassin et héritier du tzar Fedor Ivanoviich. Pour arrt^ ter Témign^n xles paysans libres (KreUiamne) et serfs (Khiap), Boris, tenant compte de la simation compliquée qu'avait créée le servage primitif, ne trouva rien de mieux que de les attacher les mis et les autresà la glèbe, en les déclarant propriété perpétuelle des seigneurs. (Vmr la note B.)
' On aail qae les relevés de la population en nuBsie ^^établissent par êàiflt, et 4|Be les impMs pajét à l'État fM» las seigi^^ d*aiitra base.
M ,v LA SAINTE RUSSlf^
' Ce enme s*aocompUt le jour de la Saint-Gebrges 1597 .
, Ainsi ramt^nés de Tëtol d'hommes à Télal de brutes, les paysans protestèrent par la révolte. On massacra les ré^ càlcilFants et la pear sorniit les autres. Cette peur dure encore. La gl|bey fondée par elle, se maintient par elle. Qael<}aitMS pourtant cette peur fait place à la rage, et alors il arrive ce qui suit :
« Un riche propriétaire, le comte Apraxine, avait exaspéré les paysans de ses domaines par la dureté avec laquelle ils les traitait. A la fin, las 4e cette oppression, ihM révdltèrait et mkeM' le feu au ebftieau. La malheureuse épouse du comte pt'rit dans les flammes avec toute - sîft famille; lui-même réussit d*abord à s'échapper, mais . les paysans, inflexibles daiu» leur colère, le reprirent et Tassommèrent *. t
La condition du paysan russe ne diffère guère de celle de lanimal domestique. Comme le chien, il est ihaltrai té, battu et nourri. Comme le chien; il se couche aux pieds du maître, il lèche la main qui le frappe, non sans prouver parfois l'envie de la déchirer, et sans se la passer, comme je viens de le dire, au prix de sa vie et de celle des siens. Quand le paysan s'insurge, il anéantit sa famille et lui-même; il le sait, et, s'il ne recule pas, c'ost qu'il ne s'arrache à son humble résignation et à sa tranquille passivité que lorsque ^iniq^ité n*est plus ^
* Voir VBittoin wHrnê dê la Ihtênê tout let mjpmwn AUxanàn tt Hieola», par l.-H. Scbnitiler.
' LA SAINTE RUSSII. 17
suppcHdÉUe. Le.hasard d^ide de sa profeinon. Le seigneur lui dit: « Tu seras cordonnier, cuisinier ou tailleur. » Et il le devient, la nécessité suppléant la voca^ tien. Le knout hier, les verges anjoufd'hni, la Sibérie au besoin, sont des institutinirs incomparables. ^
Lorsqu'il s'agit d'établir la redevance due par le paysan au propriétaire pour la terre qu'il cultive en propre,le seigneur dit au serf: « Tijt as tel âge,- telle santés telle aptitude, tu représentes tel capital ; tu dois par conséquent fournir intérêt. » Et Tobroc Bst d^ . terminé par cette appréciation succincte. M. Haxthaiisen* appelle avec raison . cette justice léonine du saitU-si-^ monisme à Tiimrs.
Jusqu'ici, c était chose admise que le paysan tenait ù * la terre, qu'il ne pouvait en être séparé. L'indissolubililé du serf et du sol était l'unique mérite de la glèbe; eHe permettait le foyer, elle garantissait ^ famille, autant qu'elle peut être garantie à qui ne possède rien, pas même cette propriété intime, Tenfant^ la fj^mme. — On a changé cet état de choses; on Ta aggravé. Les pi^opriétaires, trouvant dans le nouveau régime industriel des avantages supérieurs à ceux qu'ils retiraient de la culture des terres, y poussent violemment toutes les forces dontijs disposeat. Ceux qui n'ont ni usines ni fabriques, ne pouvant vendre leurs serfs ^ans vendre en même temps la terre à laquelle
• * kuiear d'Études mr îen tnstituUonB rurales de la RttssU^ — livra eieellent s'il n'était pis «ataohé d*une nusoinaiie évid^te.
ils sont attadi és, lei louent i des dktSs, d'indostrie. La
durée de ce bail humain peut s étendre jusqu a quatrevingt-dix ans, toute la vie ! Amehé au foyer, à la famille, à la commune, le serf est livré sans défense à Tavidité de naitres jétrangera# impatients de bien-dtre, et qui ne voient en lui qu'un simple instrument de production. L'exploitation à outrance s'en empare, et il est impossible de dire ce qu^elle en fait. C'est Tancien régime anglais exagéré, ce régime, moins la liberté de rompre le ooBtrat* On remonterait en vain jusqu'au bagne pour y trôuverdes analogies. H. Haxthaiisen a reconnu lui-même que le gouvernement, en laissant l'industrie manufacturière envahir le sol, sans avoir réglé les rapports des seigneurs et des serfs» a commis une grande faute; nous dinms, nous, un grand crime. Toutes les philanthropies apparentes de ce gouvernement pour la classe serve n'auront pas tooins abouti à ce résultat, jugé impossible, d'avoir rendu, à plusieurs égards, la situation du serf, d'une classe qui compte quarante-trois millions d'individus, plus intolérable que ne la firent, en 1597, les lois Jraconi^NUies de Boris Godounof .
Le caractère du serf est le reflet de son destin : il est soumis, insouQiant, rusé, fourbe, vorace et ivrogne jusqu'à ranëantisseinent. Ce que le Chinois cherche dans le batchis, il le demande à l'alcSdel, qui donne le délire, non la joie. Sa foi participe de sa nature ; elle est aveugle et stupide; c'est celle du fakir devant son idole« Les signes de croix et les génuflexions en sont la forme et le
LA SA1NT£ aUSSl£. i»
^ond, la figure et la morale. U n'imagine pas que sa religion enseigne autrt chose, et le pope ne lui ap^nrend rien de plus. Une seule vertu, vertu précieuse ! brillait naguère au milieu de ces ombres, Tamour de la famille,le respect du père, dé FandMi (Oamia); mais cette vertu elle-même tend à s effacer. Les relevés offic^ls de la cri- ' minaUté constatent que les atteintes à l'autorité pater* nelle et patriarcale, presque inconnues autrefois, ont cessé de nos Jours d'être nures. (Voir la note C.)
Mais ni cet abaissement moral ni cet abaissement intellectuel n ont pu arrêter l'œuvre des temps, barrer le passage à Tidée. Elle a pénétré jusqu'au serf. Les soldats qui ont fait la guerre au dehors, et qui, devenus maîtres d'eux-mêmes après leur libération du service, retournent aux lieux où le recrutement les avait pris; les étrangers, Français et Allemands, que les chefs d'usines ou de grandes exploitations agricoles placent à la tete de • leurs industries; les Polonais, qui, malgré d'opiniâtres perséeutions, se glissent partout par droit d^intelli^nce, portant avec eux un levain démocratique indestructible; les jeunes serfs que quelques seigneurs, dans un esprit plus libéral. peut-être que pjçévoyant, envoient étudier au ddiors les méthodes nouvelles de fabrications et qui
' Le prince Anatole DémidotT a donné Timpulsion, en confiant à un tafant iogémenr éet mines firsnçtii, M. F. Leplay, réducatioa teehttiqiie d'nn cvtain nooibie 4e jennei gens, 4e oondîtion serve, appartentnt I m propriétés «bériennes. Doués de la ftenlté- de
rapportent chez eux, avec c(3s données, des notions non moins précises touchant le droit politique et h. liberté individuelle; ces éléments divers, mis en circulation, par la force des choses , sont parvenus à percer la couche (épaisse sous laquelle l'idée d'émancipation était ensevelie. Ce qu'on a dit au paysan russe de la condition du paysan occidental, de son aRrânehissement de la terrer et de rbomme, du rôle qu'il joue oi de la position qu'il peut acquérir, toute la partie sensible et pratique de Témancipation a été parfaitement comprise et avidement accueillie. Déjà sur plusieurs jpiânts» notamment dans les provinces frontières de l'Europe, le mot de sujet tend à remplacer celui de serf^. Il n y a plus qu'un pas à faire,
cooipréheiinoii qmdntingue lanieefbve, ces jeunes gem ont ftit de In'S-bonnes études, et sont retournés en Russie, imbus d'idées occidentales. Redevenus seris après avoir été libres, ils n'ont cessé de réetamor im aflirapchiisement aant lequel la ▼M'ieur paniasiit inauppofUijble. Cette gtleéleiîr a été momiée comme léeompenae dé4eon elforta, * et ib l'ont obCenne du propriétaire, à Tekception 4e eeox qui sont morts d'impatience en 1 attendant. Sans aiïection apparente, ces jeunes gens dépérissaient à vue d'œil, et succombaient l'un après* l'antre à un mal iacomm juiqu'alori* le mal du aervage. On n'a pu eoepuer ob danger; pour ceux qoi reatideiit» qà'en devançant l'époque de leur libération. On conçoit rinfluenoe que de pareila exemples exereent naiiirellementsurles populations. En voyant les plus intelligents d'entre eux souhaiter la liberté jusqu'à en mourir, quelle idée les aerft ne doiventrilapaa concevoir de cette liberté? Gomment ne l'en- ▼ingeraieni-ila pa< domme le phu grand des biensf
« Kn 185fi,j'idlai8 traverser en bateau la Newam WasîK-Oitrofr. Avec moi aetrouftieat denxofReiers de Is garde, un pope, une gouver-
LA SAINTE AUSSIE. 21
qu*uiî préjugé peut-être à détruire, pour que la libëra- .âon, partiellement aecompliedaBs lopinion, devienne un besoin irrésistible. Ije jour où ron démontrera au serf que l'autocratie est une institution purement humaine, le produit d'une f(>rce ancienne, déplacée aujourd'hui et maintenue par sa seule ignorance; que le tzar de Russie n'est pas le tzar du globe; que les autres chefs d'États, empereurs, rois, sultans et pontifes, ne sont pas desimpies ièudataires de ce suz^ain; le. jour où on lui démon- . trera ces vérités, aussi clairement qti*on commence i lui démontrer qu'il est lui-même quelque chose, que son âme lui appartient, qu'il n'est pas né pour le joug, comme 1^ bœuf et Tàne, que Dieu ne l a pas exclu de son soleil, qu'il n'en exchil aucune créature, que la force même est de sou côté par la logique du nombre, ce jour-là le paysan russe sortira de son long sommeil. U y aura un hallali sanglant, et la noblesse iipprévoyante, qui n'aura pas su, par une initiative généreuse^ prévenir la tempête, tom* bera avec le grand oppresseur qu'elle déteste, et qui se trouve être pourtant aujourd'hui, par la force des choses, sa seule égide contrôles rancunes des masses opprimées.
nanla et une paysanne. Aa moment 4a départ ooe dame, élégamment ▼étae, se présente et intime k la paysanneVordre de loi céder m place.
Celle-ci ne bougea pas et répondit simplomerii : « Mon copeck xuwt le vôtre. » La grande 4amQ confuse dut s'asseoir auprès du batelier. 11 I a dix ans U payanme ae fût levée .d'ellAHoiêmi».
lE SOLBAT.
Deux soldats de la garde se présentèrent chez le prince Démidolf , à 8âint-PëteTdk>urg. Anciens habitants de Mijaé-Taguilsk, ils avaient été jetés dans Tarmée par le recrutement, étaient restés Yinglans sous les drapeaux, et venaient d'être rendus à eux-mên^es, privés de toutes ressoùrceSy Sisns asile et sans pain.
Ils exposèrent Içujr situation en termes simples et énergiques :
< Que! voulei-Yous que nous devenioBsll dirent-Us à
M, Démidoff. — Notre famille ne nous connaît plus, — notre.ancienne professipu, nousTavons oubliée» — Tar- . mée nous repousse, TÉtat nous abandonne, nous sommes étrangers partout^ ï>
En effet, tant que ces hommes avaient, appartenu àja population de Nijné-Taguilsk, radministraUpn locale, en échange de leur travail,, leur avait donné la subsistance; mais les obligations du propriétaire avaient cessé le jour où» appelés au service par le recrutement, ils avai^t endossé Funifonne.
M. .Démidoff leur remit à chacun vingt roubles, et les engagea à s'adresser au gouvernement.
(( Mais il ne fera rien, vous le savezj et alors quel parti ' prendriel Faudra-t-il pour vivre tuer ou voler ) b
Argumentation sans réplique! Le vol, l'assassinat, telles sont les conséquences normales do la position faite au soldat libérée
Le chiffre des hommes que le seigneur doit annuellement à l'État sé régie sur le ifombre de paysans qu'il possède. La proportion est de cinq hommes sur mille en Russie, de dix sur mille en Pologne.
Tout individu payant la capitalion (impôt) est soumis au remitement S La loi atteint le serf jusqu'à quarante
* Les serfo peuvent se racheter du recrutement à des prix qui varient suivant tof looalkéf. Les babituiU des frontières de la Prusse et d0 l'Amrickemoit trois teilts roliblès irg^ (1,900 (nues) le droit À'dunpûoà. Qeuàdh dkMfet de fiMi dâpIlBmtitd'AïkiBgel, cèni
U LA SAliSTË RUSSIE.
ans. — C'est l'épée de Damoclès toujours suspendue sur la famille. Quand parait i'oul^ase qui ordonne le recrutement, le seigneur, averti secrètement par l'autorité locale, fait mettre aujL fers deux ou trois fois autant d'hommes que l'État lui en demande , car les ooromissioiis d'examen sont très-sévères, surtout si on ne se montre pas généreux envers le eot^idntA (conâBiller), le délégué militaire et le médecin chargé de la révision.
Le paysan russe est agricultèur par habitude, commerçant et industriel par goût; par conséquent antipathique à la profession des armes. La force seule qui le maintient serf le ftiit toldai: A l'approche des* recruteurs, il fuit dans les forêts. L'un se coupe les doigts, l'autre les pieds; celui-ci se crdve lés yeux. Ce^t pour la comfntiné entière le temps de la désolation, le jour des angoisses. Les familles assiègent de leurs plaintes lés membres de la commission d'examen; et cette épouvante, qui se renouvelle à chaque rjecrutemont, tous les deux ans en Russie et tous- les ans wBologne, la Pologne ayant doiible part dans toutes les misères, — cette épouvante, dis-je» dure . parfois un mois, six semaines, — un siècle de frissons * I
ciiuioanie i6uldiiiéat.,Poarqaoi ce deniiar pririlêge? C'est ce qu'il eemit fort difticile de déterminer, car il existe sur cette inique matière quarante -(Sept oukases dans le Code. Les marchands inscrits dans Tune des trois i^uildes, les voiluriers chargés de transports commercumii les bourgeois des.viUes investis de foodioiis mmiciptles, ele., -sont eieilipts du reenitemeut.
' * Le eommune est tenue d'babtUerde pied .en cap les bommes
LÀ SAINTE RUS6iE. 25
Un grand nombre de recrues meurent de chagrin ou d'eBroi avant d'atteindre le quartier général. Dans la plupart des cas, c'est chargé de chaînes que lé serf quitte le sol natal. Lors de son arrivée au corps, on lui rase les cheveux et la barbe. Une discipline brutale, féroce^ s'empare de lui. Marches forcées, fatigues accablantes, privations inouiâs, — à la moindre hésitation, à la faute la pluslégère^ — le bâton, les verges. Beaucoup succombent à ce r^ime écrasant. L^armée, pour faire un soldat, dévore en moyenne trois hommes, mais ceux qui survivent sont des natures à Tépreuve, kerepkif les forts, les durs.
Si une parfaite machine conMituall le bon soldat, le Russe n'aurait sans doute pas d'égal. Sa valeur e^tsi docile, qu'il craint le canon de Tennemi beaucoup moins que la canne de son officier. Sa férocité ressemble à sa bravoiire. C'est un contre-sens de Tobéissance passive. Il tue parce qu'on lui ordonne de tuer, mais il n'aime pas le sang. Rien n'est plus doux que le Slave« Le Turc, son vieil ennemi, rappelle coUmAe. Au combat de Rosec, Souwaroff criait à ses soldats ; ~ « Camarades, Maiaimka {la bonne mire) — cela s'appliquait à Catherine II — m'a ordonné de massacrer tous les Polonais, mtfssaerons^iea. t ^ . «
Un écrivain, comparant le Russe et le Français sur le champ de bataille» fait cette remarque :
qu*eUè livra ^ râat, et ette en demeure rwpomble en cas d*éva»ioii, même «piès que Ttatofité miliUtire s'en «st réisutièremeni saisie.
Digiii^L,
S6 LA SAINTE lUSSIE.
c Le Russe enfonce son schako jusqu'aux yeux^ et
avance sans regarder ; le Français avance et regarde. •» ' . JiCs innombrables régiments qui chaque .jour défilent à (éteisbourgy sous les yeux du tzar, avant de se rendre sur le Danube ou en Crimée, révèlent par leur attitude m^nie, siiencieuse, presque sinistré, les sombres préoccupations dont les âmes sont remplies. Dans les dernières affaires dont la Valachie a été le théâtre, la démoralisation était telle, qu'il fallut recourir à des arguments corporels. A Silistrie, c est à l'aide du bâton et du pope, qn*on put laneer les bataillons russes contre les retranchements victorieusement défendus par Mussa-Pacha. Chaque assaut fut précédé par les prédications' fougueu-« ses des moines et par des communions générales *. « Vous aU&i à la vidoire! » disait le général Gortschakoff â un colonel de grenadiers en lui montrant le bastion qu'il ijpdUt prendre. — ^ .Naus aiUm à la mortl » répondit le colonel.
U y alla et fut tué.
Ainsi ils sont tous I Ni élan ni espoir! — Obéiàanoe
passive et morne résignation. Les actes d'héroïsme que Tamour de la gloijpe iiispil^ aux.nation« 6uA>péen-
: nés sont presque inconnus dans Tarmée russe, — af-
' En général» les bulletins n*apprennent pas grand' chose ; en Husété ils n*apprennent rien du tout. Souwarofl" ordonnait au rédacteur de ses opérations sur le Danube d*iyoutor un séro au chifire des Turcst . qu'il venait d&tOiri>u de noyer dmt le fleuve, en dÎMOt: ci^Ms në-
inée trop vantée. Redoutable sur son territoire, où la nature et le djinat lui sont de tout- puissants auxi* liaires, elle n'est à craindre au dehors que par le nombre de ses bataillons. Sa sauvage impassibilité est une qualité négative dont les résultats sont parfois fÉTorableSy jamais décisifs, souvent funestes. On tue le soldat mosco« vite, on rkbat ensuite, et Ton passe ôutre, comme i t'Aima. Ses victoires contre les Européens sont encore à naître. Pendant une lutte de quinze ans àve&'NapolëèH, il n'a pas eu en propre Thonneur d'un seul grand succès militaire. Napoléon l'a vaineu sur tous les èbamps de bataille, et Ta poursuivi l'épée dans les reins jusqu'au centre de Fempire. Les Russes sont très-fiers de 1812 ; ils invoquent cette date à tout propos^efién tirent en leur faveur une induction d'invincibilité, comme si ce prodige de Tanéantisisement de la meilleure armée que le monde ait vue depuis celle de César, était dû à l'habileté de leurs généraux et à la bravoure de leurs soldats, et non aux éléments conjurés et à la (ière confiance d'un béros abusé par sa fortune ^
Napoléon Ta reconnu lui-môme : « Si f avais eu un général en face de moi, pas m soldat français n* aurait
* Napoléon se Uissa tromper (Nur les ayanoes perfides des généraux alaTes, comme Grassos par (Sdies des généraux partbes. Il attendit là paix à Moscou, comme Gnissusravait attendue I Garrb'es. Koutousoff
fut pour lui un autre Surena. Crassus et Napoléon durent leur ruine à la même cause ; un sentiment trop haut de la supériorité de leurs armes et rimpossibilité de so^ir dupays où iU s'étaient engagés.
28 ' LA SAIHtB tUSSil.
repasité te Niémen ; nom aiurùms imu doffii ibi même
sommeil, sous lu mrms neige, ».
Après dix-sept ans employés k vaporiser sa haine» à
étouffer son cœur, sa pensée, ses facultés, ses instincts,
à se réduire à l'état de machine, le soldat est rendu à lui-
même. On le libère» on le chasse» — jusqu'à ce qu'on le repre^iue pourtant» car on peut toujours le reprendre. Les. oiseaux ont leur did : ils trouvenl ici ou là leur grain de mil ; le soldat libéré n'en a pas; il est sans ressources sous le ciel. En quittant le service» il est devenu libre, et, par là, indépendant de son ancien seigneur. Son éducation militaire Ta rendu impropre à tout travail. J)'ailleuT8 la libération, nous venons de le dire, ne le. livre à lui-même qu'éventuellement. Aussi la* mertume et le. désespoir remplissentrils le cœur de ces hommes.
La loi de la libération» après dix-sept années de service dans la ligne, et quinze années de service dans la garde» les grenadiers et l'artillerie» appartient ^ Tinitiathre de l'empereur. Dans les premiers temps de son règne» ce prince parut comprendre que ^e}^stence du servage était» pour un peuple qui aspire à prendre rang parmi les nations civilisées» un stigmate honteux de barbarie. Alexandre» à son avènement» Tavait hautement flétrie. <( Je rCai pas besoin, avait-il dit, de m'étendre sur lavilissement et le malheur d m éUU pareil, j» Nicolas accepta la théorie, et, pressé par le temps, sembla vouloir en Vealapplication. Mais ces essais» mal conçus et mal con*
Là sÀiirrK'inis8tB. ' n
diiits, doBi to «omia Kîsseleff, miiiîslre des domaines,
avait été le promoteur, après avoir eu toutefois la prudenee^e i^endre les serfc de ses {propriétés, échouénot de\r9#l»fë8i8taiice intéressée des seigneurs : un oukase ioijjljlpl avait autorisé «les serfs à se racheter moyennant SiiefitiÉie fixe. Un antre onkase dédhirs que ce rachat ne pourrait s'effectuer que .du consentement despvprié' kUres. C'était dé(^ter dans le vide ; car 1er droit de rachat ainsi limité était consacré par la coutume et en pleine vigueur. . , •
n est impossible de toucher an bien sans^n faire. Ces tâtonnements mêmes portèrent leurs fruits. La condition des serfs de la -couronne en fnt améliorée. On les rendit usufruitiers héréditaires de leur chaumière et de leurs champs, et, par un «ngulier àm de mots, on les déclara liommes libres (odnodwortzi), — fiction pure, mais précédent grave, gros d'une réforme pacifique — ou d'une révolution sanglante.^
L émancipation est surtout une question financière, et c*est ce qui rend sa solution si délicate^. Le serf s'est pas. un homme, mais une chose^ une valeur qu'on cède, qu'on vend, qu'on engage» et sur laquelle on emprunte. Or cette valeur tient exclusivement au fait du servage. Si on legupprime, elle s'anéantit, et la propriété privée reçoit une irude atteinte. Insurmontable pour un esprit vulgaire, cet obstacle le serait-il pour un homme de génie, ou seulement, de., conviction .et de bon sénat Nous sommes C/onvaincu du contraire. La prospérité qui résul- * ■ • • S. .
80 LA SAIHTBHUSSffi.
ferait presque instaiitaiiéiliem de laiibéralion par l'augmenta lion dans la somme du travail général formerait
une large compensation aux sacriiiGes que le gouvernement devrait s'imposer pour prévenir la pertmrbation des
intérêts privés. N'a-t-on pas dix fois plus à attendre, eu effet, de rhomme libre, vraiment Uiro> de fait et de nom, ayant le triple stimulant de la nécessité, de la famille, dèla possession, tous les horiioin àuTirts, tous les espoirs permis, tous les avenirs possibles, que du serf inerte qui, assuré de ne pas mourir de faim, .s'endort sur le sillon, indifférent à un lendemain qui, pour lui, ressemble à la veille, qui ressemble à tous les jours ^
Je ne parle que de la partie matëridie de Talfraiicfaissemcnt. Quant à la partie morale, il n'y a plus rien à en dire; la nation russe ne sera quelquê chose que lorsque la classe serve, — c'est-à-dire plus des deux tiers Uc* sa population, — aura eessé d'être rien.
Ropousst* du côté des seigneurs, le tzar crut pouvoir atteindre le mAme but d'une manière détournée, à l'aide de cette mesure de la libération, qui, en ôtant plus d'bommes à la propriété par le recrutement, et à la glèbe par la libération , * devait faciliter ou amener avec le temps une émancipation complète. Mais c'était remplacer un mal par un autre. La liberté, ainsi omiquise, ne pouvait être considérée comme un bien pour ceux qui la recevaient, puisque après dixHsept ans d*un service pénible et d'une discipline implacable, elle ne leur laissait, en leur rendant ia libre disposition d'eux-
mêmes, qu une affreuse misère, la mendicité ou le brigandage.
Tout le monde comprend en Russie l'injustice et le danger de cette situation; mais personne n'ose dire la vëritë âu sourerain, parce qu*il faudrait condamnertout le passé d'une mesure dont il a pris Tinitiative, et qui a créé d'irréparables malheurs. Ces sortes de révélations, d'ailleurs, sentent trop la Sibérie pour que les lèvres ne . leur servent pas de sépulcre.
En résumé, la libeiatioii a jot<'' sur le sol de l'empire prés de deux millions d'hommes habitués au maniement des armés, ot peii sondenx d'une vie qu*on leur a rendue impossible. • '
Péril immense, que la guerre actuéllB a eonjuré^ — non détruit!
Dans toutes les émeutes de paysans, les soldats libérés
ont joué le principal rôle.
On croirait, d'après ce qui précède, que la condition du soldat russe est la plus malheureuse destinée du globe; c'est une erreur. Celle du soldat polonais, incorporé dans les années du tzar, est dlin degré plus bau t sur Téchelle du malheur.
Sur six cent mille hommes de troupes, chiffre normal
de Tarmée russe en temps de paix, on compte un sixième de Polonais. Les provinces de Samogitie, de Lithuanie, de Volliynie, de Podolie, de l'Ukraine, de la Russie blanche, sont décimées par de continuels recrulements. Autrefois la noblesse était exmpte du service militefre; un
, oukase récent a aboli ce privilège. Les fils des meilleures familles polonaises portent aujourd'hui l'uniforme russe. La religion et la langue sont l'objet d'une temble persécutioii. Un soldat du royaume de Pologne n*a pas le droit de prononcer un nom dans son idiome natal. On le contraint de fréquenter. les églises orthodoxes et d*obéir aux ordres des popes qui prêchent une autre religion, un culte hostile, celui des convertisseurs et des maîtres. Les enfants des juifs polonais sont passibles du recrutement dès Tàge de six ans. Dès six ans on les arrache à leurs mères. Cela rappelle les ordonnances d'Hërode. Ces petits êtres ont, comme on l'a dit, la mort pour nourrice; leurs jeunes os jonchent toutes les routes.... Le juif! c'est lui qui accusera lo tzar devant Dieu! Sous les Pharaons, il fut moins opprimé que sous Nicolas. (Voir la note D.)
Si de la position du t>oidat nous passons à celle de Tofficier, nous trouvons, dans des conditions différentes, des' maux semblables. L'officier est accablé par les exigences du service ; 'car dans aucune armée la tâche n*est aussi laborieuse, surtout depuis le règne de Nicolas, qui a poussé la soldqJtamanie jusqu'au fanatisme. Les parades, les revues, les campements, les manœuvres, absorbent tous ses moments. Sans cesse exposé àOx intempéries d'un climat ôpoovantable, épuisé par de longues marches, livré en pleine paix à toutes les fatigues de Tétat de guerre, il ne trouve pas môn;ie dans la guotité dé ses émoluments une comj[ié4|sation à cette existence pénible. Les ofRciers'
LA SiUNTB HUSiSie. 35
qui manquent de palrimpine. el de erédit meurent de ,
faim.
f II faut itre colonel pour vivre» me disait, en 1^52, un officier russe, neveu du général D..; Le traitement attaché au grade serait loin, il est vrai, d'assurer au titu* laîre une exfstenoe convenable t mats U y supplée aux dépens du soldat. Le colonel gagAe sur Thabit, sur le pain« sur la poudre, sur les balles surtout. Le soldat est hâve, débile; le colonel, gras et rose. Cela s explique; Tun vit de Tautre. t
Et comme j'exprimais ma surprise de ce que le tzar souffrait de tels abus : «
ff L'empereur n*y peut rien ; Tannée entiôna est eon< stituée sur cette base. Quand les concussions deviennent
trop criantes, e'est-à^iire quand ni y a scandale» il sévit
pour la forme; mais ces exemples sont rares et ne portent d'ailleurs que sur les grandes positions.
« Le pouvoir ne cherehe pa^un remède au mal. H n'y en a pas; il letsait bien. Une réforme radicale peut seule guérir cette gangrène. 11 récuse une solidarité accablante, voilà tout. La main qui frappe frappe haut pour être vue de loin. — C'est pour cela que le grade de eolonel est noire point de mire à tous ; car, pour nous autres officiers subalternes, il représente la cessation d'un état de gêne bnmiliant et le oomméneement du bien-être et des jouissances physiques, les seules que nous connaissions, les seules qùi nous soient permises, »
' Si le prêtre libre est plus qu'un homme, le prêtre asservi, Je prêtre instrument, es( moins qu'un hommè. Le eatliolicisme romain, tant qu'il conserva la pureté de la tradition évangélique, resta indépendant du pouvoir temporel. Les Pères deVÉgllse, qui furent aussi les pères (le la cis ilisationy n'obéissaient qua un maître auquel les rois étaient soumis eux-mêmes; le sceptre ne dominait pas la croix, il la suivait. Le jour où c^es conditions
LA SAINTE KDSSIE,
s altérèrent, où l'Église, oubliant les intérêts du ciel, s'eiichainaà rÉtat.etse mêi^iiu mouveoi^iit politique» elle perdit sa force et son ascendant moral. £n Ru^ sie, rasservissemQût de la raligiop a porté ses fi uits, et rien ne saurait se comparer à la situation avilissante 4» ce clergé, qui s'intitule orthodoxe et prétend être le seul possesseur de la vérité évangélique depuis la séparation des d«ux Églises. (Voir la note E.) La fécondité de l'Église romaine et l'horriblQ^stérilité de relise grecque résultent de ce douUe contraste historique. Pierre I**, en donnant le tzar pour maitre au culte gréco-russe, en a décrété la servitude, et, par la s^ryitùdey Fabjection. -
Toutes les affaires ecclésiastiques sont régies par le saint-synode» qui» comme premier coi|)s de la religion^ ne relève que du tzar *. C'est réellement une institution de rÉtat» -à Taide de laquelle Tempereur gouverne de^ potiquement les églises de la communion orthodoxe. L'idée de conclave qu'on fittache au syxiode, comme pouvoir . . indépendant, est fausse. Le procoreur du tzar» parlant au nom du ministre des cultes, indique .au]i. membres du synode les déciaiolis qu'il confient de prendre» et ceux-d exécutent littéralement des ordres à peine dissimulés sous la forme consultative» Le tsar, s'il n'est ni pape ni prêtre» s'il n'est pas revêtu du caractère ecclésiastique» s'il n'est
* Le nombre des niembres du saint-syiiode est indétermiiié. Deux «fdievêquet et dn arehtprêtre siégènt ordmairtatentdaiis ces assemblées, ainsi que le premier procureur, intcrmédndfB Sa synede auprès dusoofertia.
36 LA SAINTË AUSSi£.
pas saccUk^teiir, n'eu est pas moins de fait et de droit le ehéCnniqpe el 8U|artme de TÉglue» comme il Tesl de la Riissie entière.
U y a deux sortes 4e clergé en Russie : le noir et le Mpine; rorMe monastique et l'érdre ^Usiastique pro» premeut dit; le moine et le prêtre. *
LWrp vonastique, ou clergé noir, est gouverné par le métropolitain, les archevêques, évéques, archimandri- * tes (abbés), prieurs» etc. Nul n'est apte i. entrer dans leë ordres sans la permission du synode. Le moine ne peut ni posséder, ni administrer des immeubles^ ni faire le commerce, ni recevoir en dépôt l'argent des autres, bien qu'il lui soit permis de placer 1^ sien dans les établisse- Jttentsdeca^édit* public. (Voir la note F.) 11 est exempt du f ;y|0crutement, de h capilation, des peines corporelles eV lèie rasée. Le eouventne s'en empare paapQUf toyjôurs* U est libre de jeter le froc aux orties et de r^ ^ < pwniB>>ia iositiouliflitérieure; mais la voie du servisie ci-
vil lui demeure fermée, et il n'a pas le droit, pendant «%ns, Je résider mr les lieux où il a été motift ni #babir
ter les villes capilalos de Saint-Pétersbourg et de Moscou. . J^e gouvernement, qui cbercbe dans Tordre religieux le point d'appui que radministraûonHi cessé depniè lcff%temps de lui offrir, encourage de toutes ses forces le dé* veloppement de;;i'institution mopacale. Ainsi se ferme et * s entretient, sous son égide, une caste toiijours grossissapte de parasites vivant aui^ dépens d'autrui, et ne ra** chetant pas, comme ailleurs, la vie matérielle ^ elle
LA SAiriiTfi HLSSiB, 37
eoipi'ume j)ar la vie morale qu'elle coin m unique. Il y a quelque chose de plus grossier, do plus fripon, de plus
fanatique, de plus ivrogne, de plus dégradé que le mougik : c'est le moine.
Le clergé blanc se compose de prêtres, archipritres, archidiacres, diacres, etc. Il fait partie intégrité de ladroinistration de l'empire, et, sauf TexercMe du culte, il ne constitue en quelque sorte qu'un moyen de gouverne- • ment. Ainsi l'article &60 du Code, tome XtV, lui prescrit de dénoncer les déserteurs et paysans appartenant à d'autres villages que le sien. Xa révélation du.séiurel de la confession ne lui est pas absolument prescfîte, mais, dit naïvement le chapitre vu, intitulé : DéUUions (§§ 1427) : « le devoir du prêtre est de dékioncer les inlmtions criminelles contre la personne de l'empereur, parca qu'alors la confessii» est illégale, i
Le prêtre li'est pas astreint à la reproduction textuelle.' 11 lui suffit de déclarer que tel individu nourrUde ts^n-i. vab sentiments contre l'empereur. (% n'est que lorsque lau^prité est légalement saisie qj^'ii^est âippelé à léum- • ' gner contre Taccusé. * . :
L'immoralité d'un pareil système, danger et l'e^orl^itant pouvoir de haine qu'il met aux mains d'un clergé corrompu etcapablede tout*, sont faciles à comprendre. On tremble en pensant que cet homme, qui peut faire un
* Le vice de l'ivrognerie est pooné bî loin parmi leclergé, que, dans certaines communes, les paroissiens sont obligés d'enfermer leurs prètres«^ samedi, pour qu'ils soient en état de prêcher le dimanche.
58 LÀ SÂiiSTE UISSIË.
si terrible usage de son ministère, a*a souvent, n'a le
plus i>ouveut pas le libre usage de ses facultés lorsqu'il entre au eonfessiimnal.
Le haut clergé, les archevêques, évôques, archimandrites, se recrutent ordinairement parmi les fils de prêtres, élevés dans les séminaires et les académies IhéologiqueSy et qui, après s'être fait inscrire pour la forme dans un couvent, sont admis comme secrétaires dans la chancellerie des évêques. a La plupart d'entre eux, dit M« Uaxtbaiisen» ne YOÎMit dans cette condition que les moyens de parvenir aux huniieurs et de satisfaire leur vanité et leur orgueil» ces deux fléaux des classes supérieures en Russie. »
En résumé, si le prêtre a de Taction sur le peuple, il ne le doit ni à son caractère» ni à ses mœurs, ni à sa science, ni à aucun genre de supériorité morale ou intellectuelle; il le doit à rignorance» d où naît unjanatisme aussi étranger à la véritable piété, et plus honteuse pour Tespèce humaine que l'irréligion môme. 11 la doit aussi à rinfluence qu'il exerce à titre d'agent direct du pouvoir, qui l'exploite, le caresse et le méprise, tout en lui montrant pour i^ppàt une curée de positions à occuper, quand l'église officielle sera devenue la seule église slave, ^ et peut-être la seule église de la chrétienté; car, comme nous le dirons en parlant du slatisme, — TÉglise gréco- * russe n'est pas moins ambitieuse que le tzar, et, ainsi que lui^ elle réte, dans un avenir rapprochéi la domination universelle.
Le pope n'est pas respecté comme individu, mais il est
(Toutë comme prêtre ; il est craint comme représentant intime de rautorité ; il peut fanatiser, contenir, — non civiliser. Tant que le clergé russe n'aura pas été purifié, renouvelé, émancipé, Faction du prêtre ne profitera qu*à la barbarie et au despotisme.
Chaque année, au vendredi saint, on anathématise, du haut des chaires russes, le faux Dmitri, Hazeppa, Pouga- ' tchef et Napoléon. Je demandai à un pope à quoi servaient ces anathèmes, lancés contre des hommes morts depuis longtemps, et pour la plupart oubliés.
t A rien, me répondit-il. Cela n'a plus de sens, mais cela durera jusqu'à ce que la volonté du maître ait effacé ces noms du rituel. »