‹ Le tzar Nicolas et la sainte RussieChapitre 7 sur 42 · LE TÉLÉGRAPHE · texte numérisé non relu

LE TÉLÉGRAPHE

Polevoi est l'une des plus remarquables organisations que le mouvement de la pensée slave ail iait surgir. Sans éducation, sans études, sans antécédents^ sans science d'aueune sorte, irsUmprovisa, pour aiisi dire, éerivain, devinant ce qu'il ne savait pas, et pénétrant par droit d'intuition au fond des questions les plus difficiles. Polevoi fut le fondateur, 'en Russie, d'un genre ignoré : il créa la critique dans son. sens esthétique, et lui donna

pour organe le Télégraphe de Mescau, que son talent ren-

dit célèbre. Pendent dix ans il rédigea presque seul ce vaste recueil, sans qu'un signe de lassitude trahit l'immensité de la làohe. Polevoi ne manquait aucune occasion d'agiter les problèmes sociaux^ mais il le faisait avec tant d'habileté, il enveloppait sa pensée d'un voile à la fois si épais et si transparent, que le pouvoir aux aguets • ne pouvait ni la saisir ni la frappen On jour pourtant le pnbliciste oublia sa prudence, et il fut perdu. Un arrêt ' de proscription frappa le Télégraphe (1834), et Polevoï, pour échapper à des'mesures plus rigoureuses, fut contraint de signer l'engagement de ne plus écrire d'article critique. Expulsé ainsi violemment de son domaine, dépossédé d un journal qui constituait toute sa fortune, il dut s'ouvrir une nouvelle carrière. Il choisit celle du âiéitre, séduit par Pambition de combler la lacune que la mort récente de Kukolnike avait laissée dans Tart dl<amattqae. Mais ce genre ne convenait ni aux allons de son talent ni à la pente de son esprit. Ses essais hâtifs furent peu goûtés. Sa destinée eut de tristes analogies avec celle de Pouchkine. Jetés tous deux hors de leurs voies» Ton passa sa vie à chanter comme l'oiseau chante, parce que sa nature est de chanter, et qu'il est rempli de . doux sons. Poi^vant être apôtre, il ne fut que poètes il ne remplit dès lors que la moitié de la tâche, la moins fé« conde; il fit des hymnes à la puissance; il célébra en strophes miles et éclatantes la gloire guerrière de sa patrie» mais il ne donna ni une pensée ni une larme aux

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misères de sa race, aux douleurs des hommes de la gièbe.

Il n'appela pas Theure delà délivrance; il n'en hàla pas rinévitabie aurore. U s'enveloppa d'indifférence, se oui- * rassa d'ëgoïsme, tâchant d*étouffer les aocents de cette voix qui^ montant de la géhenne serve, lui criait : « Parle, puisque Dieu fa donné la parole! » — L autre/ • victime aussi de la force, sans courage pour résister, * ^ sans courage pour servir, après avoir essayé Tun et l'autre inutilement, passa le reste d'une vie humiliée, attristée, ruinée, à gaspiller le plus beau talent en esquis$>es vulgaires, en ébauches informes; à rapetisser, à amoindrir sa large individualité.

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