RÉSULTATS, STATISTIQUE PERSONNELLE
Nous venons de passer en revue les différents cas où le vaccin de MM. Nicolle el Blaizot a pu être employé. Nous n'avons conservé que les observations les plus probantes. D'une part, en effet, dans notre statistique personnelle, nous avons dù éliminer bon nombre de malades insuffisamment traités ou observés. D'autre part, nous n'avons pu nous procurer une statistique complèle des différents auteurs dont nous relaltons les observations. ;
Dans ces conditions, Fimpression qui se dégage à première vue de la lecture de nos deux cents observations, est que si le vaccin se montre à peu près inefficace dans les uréthrites, sa valeur paraît incontestable dans les différntes complicalions. Nous ne prétendons pas baser une statistique sur l'ensemble des cas relatés. Nous en avons déjà fourni la raison. Nous ne pouvons indiquer pour les observations étrangères uu pourcentage exact des réussites et des insuccès. Nous n'établirons donc notre statistique que pour ce qui concerne les uréthrites. Voici les résultats auxquels nous sommes arrivés.
Il est entendu que nous ne cataloguerons comme guéris que les malades auxquels Fépreuve de Fa bière n'aura amené aucune rechûte et qui auront été soulagés d'une façon assez. rapide pour que le résultat soit nettement imputable au vaccin. Nous le répétons encore, le traitement local est mdispensable dans tous les cas pour les uréthriles, mais si ce traite-
ment est indispensable, il n'est pas susffisant. Les observa-
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tions du docteur Collin, de Paris, sont très démonstratives à ce sujet. Des malades chez lesquels toute la gamme des traitements usités avait été employée, continuaient à présenter du gonocque, et il a fallu les injections vaccinales pour les guérir.
Seulement, dans les cas d'uréthrite aiguë ou subaiguë, nous n'avons tout d'abord jamais eu de résultats certains et ceux que nous avons pu observer ne se sont pas produits dans un laps de temps suffisamment court pour en attribuer la guérison au vaccin. Îl est évident qu'une uréthrite subaiguë datant de six semaines à deux mois peut parfaitement guérir avec de grands lavages au permanganale, chauds et à dose. faible, répétés trois fois par jour pendant trois semaines à un mois. Si comme dans beaucoup d'autres cas, c’est le dernier médicament qui guérit, une uréthrite prise dans ces conditions et traitée simultanément par le vaccin et les lavages pendant près ou plusd'un mois, ne peut être considérée comme un succès pour la méthode vaccinale.
IT en va autrement de certaines uréthrites chroniques que nous avons eu l'occasion d'observer, datant parfois de 15 et 17 ans, qui ont disparu en l’espace de 4 à 6 injections, soit une semaine ou deux, trois au maximum, alors que les traitements locaux avaient été employés sans succès pendant plusieurs années. C'est le cas de quelques malades que nous marquons guéris.
L'explication de ces faits nous parait devoir être la suivante : les lavages, instillations et autres procédés physiques n'agissent que sur les gonocoques contenus dans la couche superficielle de la muqueuse et dans le canal lui-même. Par contre, ils restent sans action sur les microbes contenus au fond des culs-de-sac glandulaires. Les injections vaccinales, d'autre part, agissant par la production d'anticorps, ne peuvent agir qu'aulant que le microbe sera en relations suffisamment élroiles avec le milieu sanguin et les leucocytes
chargés de ces anticorps. On comprend, dès lors, que l'usage simultané de ces deux traitements puisse donner des résultats. Mais, pour cela, il faut que le gonocoque soit suffisamnient dégénéré, ait une virulence suffisamment atténuée pour ne pas se reproduire au fur et à mesure que les lavages le chassent du canal. Si le gonocoque a une vitalité suffisante pour pulluler rapidement à la surface de la muqueuse, malgré les injections l'action du vaccin, qui ne peut se faire sentir à la surface de la muqueuse, mais qui s'arrête aux parties profondes seules en contact intime avée le sang, l’action du vaccin doit être nulle. C'est ainsi, du moins, que nous interprétons les échecs nombreux que nous avons eus constamment avec les uréthriles aiguës. |
Voici les chiffres auxquels nous sommes arrivés par un dénombrement que nous avons fait aussi scrupuleux que possible des quelque cent observations d'uréthriles recueillies. Sur seize uréthriles aiguës, bien observées, datant de un à huit jours, nous n'avons eu aucune guérison que l’on puisse attribuer au vaccin. Sur 30 uréthrites chroniques datant de 6 mois à 19 ans, nous avons eu 8 résullals certains, chez des malades qui n’ont présenté aucune rechule à la suite de l'épreuve de la bière, et qui sont restés en relations suffisamment longtemps avec nous pour être sûr de la guérison complète ; sur 30 observations d'uréthrites subaiguës, datant de trois semaines, à trois mois, nous avons eu à peine 4 cas favorables.
Nous verrons cependant tout à l'heure que si l'écoulement en lui-même s'est montré absolument rebeïle, beaucoup de symptômes observés ont rapidement cédé devant l'injection.
Nous ne pouvons établir dans les complications de blennorragie une stalistique quelconque, nos observalions person: nelles étant très imsuffisantes : à peine une dizaine d'orchites et quelques rhumalismes. Nous pourrons dire cependant d'une façon presque constante, que nous avons eu de bons résultats.
Examinons maintenant l'action du vaccin dans les différentes complications, dont nous relatons des observations.
Dans les orchites, tout d'abord, il y a un résultat qui paraît acquis, de même que pour les autres complications : c’est la disparition du symptôme douleur. Cette action, d’ailleurs, a été déjà signalée depuis longtemps dans les expérimentations et nous avons eu l'occasion de rapporter l'opinion de Mainini, qui en fait, dans le rhumatisme, un élément de diagnoslic. Que cette douleur soit la douleur de l'uréthrite aiguë, la brûlure de l'uréthro-cystite exaspérée par la miction et par les érections, que ce soit la douleur sourde de Ja prostatite ou aiguë de l'orchite, du rhumatisme, nous l'avons vue céder rapidement. Cet élément douloureux s’ accompagne toujours d'un élément congeslif qui est également heureusement influencé. C'est ainsi que, dans presque toutes les orchites, nous avons observé, avec les différentes auteurs qui ont utilisé cetle préparation, une dimnution marquée du volume du testicule. Quant au noyau épididymaire, siège de la lésion, il est beaucoup plus difficile à atteindre.” Nous l'avons vu diminuer dans beaucoup de cas, mais jamais disparaître complètement. 11 subsiste toujours une induration, cicatrice indélébile de l'affection.
Pourtant, dans certains cas, nous avons pu observer que l'orchi-épididymite pouvait disparaître sans laisser de traces ; cest le cas pour deux ou trois de nos malades, qui avaient déjà reçu quelques injections avant le début de l'orchite, ou dont l'orchite s'est déclarée au moment même de leur entrée à l'hôpital. C'est le cas du malade de l'observ sation n° 110, ayant une orchite gauche depuis plusieurs jours et dont l'orchite droite ne s'est déclarée que le soir de son entrée à l'hôpital. Le noyau droit a disparu en totalité, très rapidement, laissant un léger épaississement peu appréciable, alors que le noyau du côté gauche était beaucoup plus accentué. Le vaccin a donc précipité l'évolution de la lésion et ne lui
a pas permis d'atteindre la gravité qu'avait présentée l’autre.
Nous ne ferons que signaler l'action bien nette dans les
cas de prostalile et de cystite. Nous n'avons pu examiner et traiter d'une façon approfondie les quelques malades que nous avons eus à la consultation gratuite, et que leur nationalité ne permettait pas d'hospitaliser à l'Hôpital Français. Ces différentes observations que nous rapportons sont suffisamment éloquentes.
Pour ce qui est des rhumatismes, au contraire, nous avons pu en traiter quelques-uns, et notre observation n° 167 est absolument typique : une hydarthrose considérable du genou extrêmement douloureuse, et qui fut jugulée en trois jours, au point que le malade marchait sans souffrance, est bien démonstrative. De même, l’athrite du poignet citée par le docteur Remlnger, de l’Institut Pasteur de Tanger.
Nous avons vu une talalgie de 2 ans, subitement améliorée el presque disparue en 4 jours. De tels résultats se passent de commentaires. Il est bien évident que, dans une arthrite ancienne avec adhérences et ankylose plus ou moins accentuée, le résultat ne peut exister, la cicatrice fibreuse, les altérations de La synoviale, ne peuvent guère permettre d’espérer un rétablissement.
Pour ce qui est de la blennorragie oculaire, nous n'avons pas d'expérience personnelle et la plupart de nos observations nous ont été fournies par le docteur Cuénod, de Tunis ; c'est peut-être la complication dans laquelle les résultats seraient le plus parfaits et les guérisons atteindraient la proportion de 99 7. Signalons que, dans ce cas, le nouveau-né paraît supporter très bien une goutte de la solution -titrée à 500 millions par centimètre cube, et que les doses peuvent être augmentées très rapidement. D'autre part, l'amélioration est tellement rapide qu’elle paraît tenir du prodige. Les professeurs Bard et Lequeux ont publié, dans la Presse Médicale du 20
décembre 1913, un cas d'ophtalmie grave avec guérison en
24 heures.
Si maintenant nous cherchons à apprécier les résultats dans les complications gynécologiques, nous ferons une distinction nelle entre les cas aigus et les chroniques, — une métrite du col aiguë, avec présence de gonocoques dans la sécrétion, avec congeslion de la trompe et de l'ovaire sera bien influencée, mais dès que l'affection a passé à l'état chronique : dès que le issu fibreux a transformé la trompe en un magmat d'adhérences, la médication n’a plus aucune chance d'être efficace.
L'observation 215, de MM. Bard et Lequeux, publiée dans la Presse Médicale du 20 décembre, est bien démonstrative.
Les injections firent disparaître les masses inflammatoires qui remplissaient le petit bassin, mais ne purent rien contre un kyste qui dut être enlevé chirurgicalement, et dans le liquide on trouve le gonocoque : or, il est rare que, dans des suppurations anciennes, on trouve des microbes, et le liquide de ces poches est le plus souvent aseptique.
Nous ne dirons qu'un mot au sujet des complications rares. La plus curieuse qu'il nous ait été donné, non pas d'observer, mais de rapporter, est celle du docteur Espérandieu, de Souk-
Aras. Une fistule consécutive à une blennorragie et qui fut opérée sans succès, guérit spontanément à la suite de quelques injections.
Nous n'avons jamais observé de grandes infections à gonocoques telles que septicémie, péricardite où endocardite. Une observation de Trousseau, dans laquelle le vaccin de Wright a été employé avec succès permet d'espérer que le vaccin des docteurs Nicolle et Blaizot serait à même de réndre de grands services, dans des cas analogues.
I reste un point intéressant à signaler, ou plutôt à discuter au sujet du vaccin anligonococcique des auteurs, point commun d’ailleurs à tous les vaccins antigonococciques. Le vacCin.a-t-1l une action préventive ? Il faut entendre par cela,