INTRODUCTION
Le 24 novembre 1913, les docteurs Nicolle et Blaizot faisaient, à l'Académie des Sciences, la communication officielle de leur vaccin antigonococcique. | ;
C'était le résultat de plusieurs années de recherches patiemment menées, que les auteurs exposaient en quelques lignes concises et claires. Il y a deux ans déjà, nous avons eu l’occasion d'appliquer, à l'Hôpital civil français, dans le service du docteur Lemanski, où nous étions interne, le premier vaccin préparé par les auteurs, et mis à notre dis. position par notre ami, le docteur Blaizot. Depuis, nous avons suivi les différentes étapes qui ont marqué son perfectionnement, et le docteur Nicolle a bien voulu nous confier les consultations gratuites de l'Institut Pasteur, où les malades viennent se faire soigner depuis plus d'un an.
Nous n'avons pas l'intention d'exposer ici le résumé de tous les travaux qui ont été faits sur la question. Pareil sujet dépasserait de beaucoup les limites de notre travail, el d’ail-
He TES
leurs il vient d'être traité. Nous voulons seulemént exposer ici les différentes étapes qui ont marqué la découverte de ce vaccin, et rapporter fidèlement les résultats qu'il a donnés jusqu'à ce jour.
Après une reyue sommaire des expériences de bactériothérapie de la blennorragie, expériences qui faisaient pressentir déjà quels résultats on pouvait espérer, nous aborderons l'étude du premier vacein de MM. Nicolle et Blaizot.
Quelques résultats avaient été déjà oblenus avec une cul-
ture vivante, instable et toxique. Ce n’était là qu'un premier pas. Toutefois, ces résultats avaient leur valeur ; nous citerons quelques cas heureux et malheureux, mais sans nous y attarder.
Déjà, cherchant à atténuer la toxicité du vaccim, les auteurs s'étaient adressés à un vaccin sensibilisé ; les résultats, nuls dans nombre de cas, se montraient déjà plus favorables, le vaccin était d'un maniement plus facile, et les réactions paraissaient moins violentes. Il nous a paru intéressant, là encore, de rapporter quelques ebservalions.
Malgré tout, l'emploi de ce vaccin restait limité par suite de son instabilité, d’une part, de sa toxicité, de l’autre. Ce n'est qu'après la préparation d'un vaccin stable et atoxique, que l'expérimentation put se faire sur une grande échelle. Des envois furent faits à différents médecins et des observations recueillies de tous côtés. Son innocuité permit de l'appliquer aux malades de la consultation gratuite, qui vinrent en foule, le traitement ne les obligeant pas à interrompre leurs occupations. |
Ce sont surtout les résultats obtenus avec ce dernier vaccn que nous avons l'intention de rapporter. Nous les diviserons en sept catégories, ainsi qu'il suit :
1° Uréthrites aiguës ou chroniques ; 2° Cystites, prostalites ; 3° Orchites ;
A PRE 4° Rhumatismes :
5° Complications oculaires :
6° Complications chez la femme , 7° Complications rares.
Nous réunirons enfin dans une statistique tous les cas que nous avons pu-traiter par nous-même, et terminerons eu indiquant quel est, à l’heure actuelle, l'état de la question, quels sont les résultats que l'on est en droit d'attendre, nous semble-t-1l, de cette méthode et, partant, quelles nous paraissent être ses indications.
Nous tenons à remercier encore une fois le docteur Nicolle et notre ami, le docteur Blaizot, qui ont bien voulu nous remettre toutes leurs observalions, ainsi que ceux qui nous ont fait parvenir celles qu'ils avaient pu recueillir.
Aperçu sommaire
SUR LA BACTÉRIOTHÉRAPIE GONOCOCCIQUE
Si la bactériothérapie reconnaît comme ancêtre la vaccination Jenneriènne, äl fallut les travaux de Pasteur pour donner l'explication scientifique de la question: et c'est à Wright que revient l'honneur d'avoir découvert le mode d’action des vaccins, dans la communication: célèbre qu'il fit en 1903, à la Société Royale de Londres. I semblait, dès lors, que la méthode dût donner des résultats certains et, de toutes paris, on se lança dans la bactériothérapie. La blennorragie est une des infections qui suscita le plus grand nombre d'essais, souvent Imfructueux, il faut bien le reconnaître.
La notion d’une septicémie gonococcique était admise, encore que les progrès de la bactériologie n’eussent pas permis de pratiquer des hémocultures, seul moyen de diagnostic scientifique de l'infection.
Une première question s'imposait : pouvait-on se contenter des stock vaccins, ou: bien était-il nécessaire de s'adresser aux vaccins autogènes. Les vaccins autogènes, c'est-à-dire obtenus par culture du microbe du malade lui-même, paraissaient, à première vue, devoir donner des résultats de beaucoup supérieurs, étant donné la spécificité des antigènes visà-vis des microbes.
Malheureusement, si le vaccin autogène semblait le plus conforme aux théories, il était d’une application beaucoup plus difficile; il nécessitait, pour chaque malade, un vaccin spécial, la méthode restait l'apanage d’un nombre restreint de médecins, ayant des connaissances bactériologiques très étendues et une installation souvent impossible à réaliser. Très rapidement, la question fut tranchée ; les travaux de Irons -Wihitemore, de Eyre et de Stewart démontrèrent que le gonocoque pouvait être attaqué par les stock vaccins et qu'il
ne HUE
n'élail pas besoin de vaccins autogènes. La plupart de leurs travaux furent faits avec le concours de stock vaccins. Les stock vaccins auxquels les auteurs s'adressaient étaient des vaccins de Wright. Voici comment celui-ci obtenait son vaccin
Après avoir isolé le gonocoque, il le repiquait et en faisait une culture sur sérum ascite ; il le retirait au bout de 20 heures et ensemençait un tube de 2 em. 3 environ d’eau physiologique, additionnait de quelques gouttes de Iysol à 0,25 %. Après avoir soumis de tube à une agitation violente pour homogénéiser le contenu, le dosage des bactéries était fait par comparaison avec des globules rouges ; puis, la dilution convenable étant obtenue, 1l chaullait la solution à 56° pendant une heure, à 24 heures d'intervalle. La culture amsi tuée par la chaleur, était alors prête à être injectée. Les auteurs concluaient que, dans tous les cas, l'on pouvait parfaitement commencer le traitement par du stock vaccin, en attendant la préparation du vaccin autogène ; certains cas d'ailleurs semblaient leur donner raison. Des manifestations de l'infection gonococcique qui paraissaient absolument rebelles au stock vaccin, cédaient aussitôt que l'on employait du vaccin autogène. Ces cas dévaient certainement rentrer dans la catégorie des infections mixtes. En effet, on a souvent trouvé dans l'écoulement uréthral des microbes associés Rousseau décrivant, en 1905, le « microccus fallax », qui ressemblait fort au gonocoque, mais qui prenait le Gram, élait plus gros, plus trapu, plus arrondi. Cette constatation est du plus grand intérêt, car nous verrons, en étudiant le vacein des docteurs Nicolle et Blaizot, que, eux aussi, ont trouvé et cultivé un microbe analogue au gonocoque, co-existant avec lui dans les écoulements.
Quoi qu'il en soit, Eyre el Stewarts publiaient, en 1909, dans The Lancet, une statistique encourageante sur le traitement des infections gonococciques avec les stock vaccins de
= FN Lee
Wright. Ils notaient une réaction fébrile, avec augmenlation des symptômes, correspondant à la baisse de l'indice opsonique, puis une amélioration souvent très marquée correspondant à son ascension ; généralement, la guérison demandait de cinq à six semaines ; cependant, ils notèrent quelques guérisons exceptionnellement rapides, survenues en quinze jours. Tous ces essais S’adressaient aux complications de la blennorragie ; l'écoulement en lui-même ne paraissait pas influencé. Même Aronsiam, Brück, Shropshire se prononcent contre la vaccinothérapie dans la blennorragie chronique. if
Les doses dont se servaient les auteurs étaient de 50 millions environ ; certains auteurs, en Amérique, devant la grande accoutumance que l'organisme présentait vis-à-vis des vaccins, augmentèrent les doses : cest ainsi que Ballenger, Irons, Loxton vont jusqu'à injecter 500 millions de gonocoques, après avoir débuté par des doses assez faibles (de 50 à 100 mil#ions) ; mais 1ls expérimentent surtout les vaccins de Wright dans les vulvo-vaginites. Hamilton et Cooke réunissent une statistique de 60 cas ; 30 sont traités par les méthodes habituelles et leur donnent 8 guérisons. Les 30 autres, par les vaccins, donnent 18 guérisons. Nous verrons qu’à l'heure actuelle, en ce qui concerne les complications, ces résultats sont de beaucoup dépassés.
Il faut remarquer que tous ces auteurs notent, même en cas d’insuccès, une sédation de la douleur très marquée et très rapide, survenant 48 heures après l'injection. Les résultats concordent entièrement avec ceux que nous avons eus. Brück, se servant, à la clinique du professeur Neisser, d'un vaccin préparé par lui-même, « l'arthigon », obtient, dans les arthrites, 93 7 de bons résultats.
Dans les cas graves, enfin, Dieulafoy signale, dans ses cliniques, un cas de septicémie gonococcique généralisée (Presse Médicale, mai 1909) ; le malade, dont l'hémoculture
fut positive, présenta une endocardile végétante avec un souffle très caractéristique, puis une broncho-pneumonie, avec examen des crachats également positif. Le vaccin de Wright fut appliqué et le malade guérit.
On peut voir, par ces quelques exemples, que la bactériothérapie gonococcique compte déjà à son actif, quelques succès incontestés. Nous n'envisageons pas la question des sérums : sérum antigonococcique ou sérum antiméningococcique, dont la thèse du docteur Salles, de Lyon (novembre 1913) donne une étude approfondie. Ces méthodes ont également donné des résultats, moins bons cependant que la vaccinothérapie.
Cette dernière méthode comportait cependant un gros inconvénient : c'étaient les réactions violentes qui se produisaient après chaque injection de vaccin. Pour obvier à cet inconvénient, Besredka eut l'idée d'employer des vaccins sensibilisés, c'est-à-dire contenant en même temps que les corps microbiens, des anticorps provenant du sérum dun animal immunisé par des inoculations successives de gonocoques. Il observa que la fixation de Fanticorps sur le microbe donnait une combinaisons stable, qui n'était pas détruite par les lavages à l'eau physiologique ; ce sont ces microbes qui ont alliré vers eux lanticorps du sérum, qui sont imprégnés, teints pour ainsi dire, de ce qu'on appelle fixateur ou sensibilisatrice spécifique qui forment le vaccin sensibilisé.
Malheureusement, si, en théorie, un tel vaccin devait être atoxique, l’endotoxine microbienne étant pour ainsi dire neutralisée par l’anticorps, il n’en va pas de même dans la pratique et généralement on observe une réaction fébrile qui se produit de 4 à 6 heures après l'injection.
Les résultats, nuls dans les uréthrites, ont été bons dans les complications.
Un autre inconvénient de ce vaccin sensibilisé est la nécessilé où lon se trouve d’injecter la culture vivante, ce qui
NRSTIG RUES
limite considérablement le champ d'action. On voit donc que le problème de la vaccinothérapie restait toujours posé avec ses deux conditions essentielles pour qu'une expérimentaton prolongée et généralisée fût possible : avoir un vaccin stable et atoxique. Si les vaccins de Wright étaient stables jusqu’à un certain point, la chaleur qu'il employait pour tuer le mmicrobe ne mettait pas celui-ci à l'abri d'une autolyse ultérieure, 1l était, en revanche, très toxique ; celui de Besredka présentant une toxicité moindre était, en revanche, très instable, puisque vivant.
Que conclure de ce court exposé sur les recherches effectuées au sujet de la vaccinothérapie antigonococcique ? Tout d'abord, la possibilité d'utiliser un vascin autre qu’un vaccin autogène, et le gage assuré de son efficacité dans certains cas ; mais, pour que la méthode puisse entrer dans la pratique courante, et par cela même se perfectionner, s'enrichir d'observations nouvelles, il fallait résoudre les deux problèmes suivants : net
1° Avoir un vaccin stable ; 2° Qu'il fût atoxique.
Ces deux conditions primordiales sont remplies par le vaccin des docteurs Nicolle et Blaizot ; ce n’est pas à dire qu'il représente le dernier mot de la vaccinothérapie, ses résultats surprenants dans certains cas sont encore incertains ou nuls dans d'autres, mais 1l a permis à la méthode d'entrer dans la pralique courante, c'est beaucoup.
Pl
IT
LES PREMIERS VACCINS