INTRODUCTION
Peu de livres ont été écrits sur les forêts et la plupart de ceux qui existent, traitent des questions théoriques et d'intérêt général.
Le « Vade-mectim » du Forestier ne rentre point dans cette catégorie. Son but est de fournir aux propriétaires de bois, aux adjudicataires de forêts, et à tous ceux qui s'occupent des produits ligneux en général, des industries qui s'en servent, de leur exploitation et de leur production, des données certaines, qui, judicieusement appliquées, rendront de grands services.
Les industriels et les commerçants en général sont fort jaloux de ces chiffres. Il y a toujours une grande difficulté à se les procurer : le Vademecum les fournira tels qu'ils ont été puisés aux meilleures sources et contrôlés ensuite par des hommes du métier.
Le but du Vade-mecum n'est donc point de faire connaître le rôle qu'exerce la forêt sur 1q
climat» sur Tamélioration des sols; dans le travail et rihdustrie humaine.
L'influence de la forêt sur la production agricole, le développement de la richesse nationale, rhygiène publique et la défense stratégique du territoire ; son rôle dans la construction, l'ameublement, la locomotion, l'alimentation, l'habillement, l'éclairage et la fabrication de mille autres objets divers; sa nécessité absolue pour lemaintien de l'ordre naturel des choses sont autant de questions que l'auteur n'abordera pas, se réservant la tâche de traiter le côté entièrement pratique de la forêt: le développement de la fortune particulière.
Les propriétaires de bois y trouveront toutes les données nécessaires aux reboisements, repeuplement des vides de leurs forêts ou plantations de .terrains impropres à toute autre culture.
Us pourront, d'avance, dresser le montant exact de leurs dépenses et ne pas dépasser leur budget.
Le Vade-mecum leur apprendra à tirer parti de mille produits menus ou semi-forestiers qui abondent dans les bois et qu'on laisse perdre le plus ordinairement.
Les adjudicataires de forêts et les industriels de toutes sortes, qui emploient les produits ligneux, liront avec fruit plusieurs tableaux statistiques , tels que ceux qui expriment la déperdition des
Ecorces en substances tannantds, les cbifTires re> laiifs à la production des écorces, et le chapitre des < Renseignements statistiques sur le débit des bois des principales essences. >
Etes-vous économiste ou chercbeur T La c géographie forestière de TEurope > et la statistique forestière de la France vous intéresseront sans nul doute.
Avez-vous oublié les mesures usitées autrefois dans le commerce des bois ?. Ne connaissez-vous point celles qu'employent actuellement les nations voisines ? Vous trouverez ces renseignements utiles dans le Vade-mecum.
Etes-vous désireux de vous familiariser avec les choses de la forêt î Vous lirez les c chiffres » relatifs à la production des bois.
Avez-vous des terrains mouilleux et impropres à toute culture ? Voyez le chapitre des oseraies.
L'énumération des géants et des doyens du règne végétal, des forêts principales de la France et des parcs forestiers des environs de Paris, intéressera les touristes et les amis de la végétation sylvestre qui pourront à Toccasion se détourner quelque peu de leur route pour en admirer les magnificences.
Les curieux liront avec plaisir t les renseignements variés » et ils trouveront dans ce chapitre, entre autres choses : le nombre des arbres des promenades de Paris, le pavage en bois appliqué
aux rues des grandes villes, le rôle du bois dans la fabrication du papier, etc., etc.
Les forestiers de profession trouveront dans le Vade-mectim un catalogue complet et mis à jour d'une bibliothèque forestière toujours fort difficile à constituer.
Grande est la variété des sujets traités dans le Vade-mecum ; et si tous les chapitres n'intéressent pas le même lecteur ; chaque personne, dans un genre différent, trouvera quelque intérêt, quelque utilité à consulter ce petit livre dont la seule prétention est de vulgariser les connaissances forestières, malheureusement trop peu connues des intéressés eux-mêmes.
Il suffit en effet d'étudier attentivement notre chapitre des « spéculations forestières » pour se convaincre des avantages incontestables que les riches propriétaires pourraient retirer des reboisements et de l'amélioration de leurs forêts. Jusqu'à ce jour, on a beaucoup parlé et écrit sur les bois et forêts considérés au point de vue de l'utilité publique. C'est, sans nul doute, un des côtés essentiels de la forêt.
Mais l'homme, qui devrait faire passer les intérêts généraux avant les siens propres, n'intervertit que trop souvent les rôles.
Les livres qui traitent de cette matière disent aux propriétaires de bois ou plutôt semblent leur dire : « conservez, améliorez vos forêts pour
rintérêt général ; la France a besoin de bois ; elle en importe pour 235 millions de francs ! Reboisez en vue du bien public et des intérêts de FEtat! >
Ces raisons sont excellentes sans doute : elles font appel aux sentiments de générosité et d'abnégation auxquels nous croyons sincèrement.
Mais ces sentiments ne sont pas vulgaires et nous pensons qu'il est préférable de tenir ce langage aux propriétaires de forêts et détenteurs de mauvais terrains :
« Reboisez, conservez et améliorez vos forêts parce qu'il y va de votre intérêt personnel. Vous ne placerez nulle part vos épargnes avec autant de sécurité et vous n'obtiendrez par aucune autre culture, un taux de placement aussi élevé. »
La végétation sylvestre vous donnera le pain de l'avenir, la dot de vos enfants ; elle constitue un placement de bon père de famille à tous les points de vue.
C'est là ce qu'il faut dire et surtout ce qu'il faut prouver : nous y avons ûiis tous nos soins et nous estimons que c est le meilleur service qu'on puisse rendre aux intérêts forestiers.
Au lieu de puiser nos arguments dans des considérations théoriques (ce que d'autres ont déjà fait avec plus d'autorité et beaucoup mieux que nous n'aurions su le faire nous-même) nous avons
aligné quelques tableaux, quelques chiffres qui
sont des réalités vivantes et qui parlent à la vue en même temps qu*à Tesprit.
Nous avons tenu à ne pas suivre les errements du passé ; nous avons, en un mot, cherché à faire une œuvre originale et avant tout profitable aux intérêts privés des particuliers et partant, aux intérêts généraux.
François CAQUET, Inspecteur-Adjoint des Forêts.