DE L'ÉTABLISSEMENT DES PÉPINIÈRES
L'une des spéculations forestières les plus fructueuses dans ses résultats est sans contredit la création d'une pépinière de plants forestiers.
Nous n'établirons pas le bilan d'une pépinière en prenant pour exemple un ensemble d'hypothèses qui se réalisent rarement ; nous nous contenterons (}e faire connaître à nos lecteurs quelques chiffres utiles que nous avons obtenus à grand' peine de pépiniéristes, expérimentéâ dans l'art d'élever les plants forestiers.
Avant tout, il importe de n'accepter qu'après les avoir contrôlées par l'expérience les données que Ton trouve au chapitre des pépinières dans
les meilleurs livres forestiers, eux-mêmes. Les auteurs ont eu trop fréquemment le tort de se copier les uns les autres et de répandre des indications qui sont pour la plupart inutiles ou absolument fausses.
Nous conseillons vivement à ceux qui voudraient entreprendre cette création industrielle, de visiter les principales pépinières de France. Les plus importantes et les mieux conduites se trouvent à Orléans, Bemay, Versailles, Angers.
Il est fort important de choisir un sol plutôt léger et siliceux que fort et glaiseux : la reprise des plants est plus sûre et plus rapide. Les terrains d'alluvion et les sables gras conviennent tout particulièrement. Pour clore le champ que Ton destine à l'installation de la pépinière, on l'entourera d'un fossé, sur le jet duquel on plantera d'abord des poteaux reliés entre eux par quatre flls de fer ; et puis des plants d'épine blanche en double ligne à m, 20 de distance, de façon à former une haie vive, résistante et durable. La pépinière sera dès lors préservée de l'atteinte des bestiaux, des porcs, des moutons, des chèvres, etc. * A l'endroit du semis, nous rappellerons qu'il est indispensable de recouvrir les graines aussi peu que possible, pour favoriser leur germination. Ces graines doivent être mises en terre aussitôt après leur réception et semées en rayons, distants* de m. 25 à m. 3S.
On doit employer par are:
2 kilos de graines désailées de pin sylvestre. 4 id. id. noir d'Autriche.
2 id. d'épicéa.
4 id. de sapin.
2 id. de mélèze.
Un hectolitre et demi de gland, de châtaignes ou de faines suffit pour ensemencer un are.
Quant aux graines légères des bois feuillus, on pourra semer par are les quantités suivantes : '
5 k. pour la graine désailée de charme.
6 id. Erable.
3 id. Robinier faux-acac.
5 id. Frêne.
3 id. Orme.
4 id. Bouleau.
i id. Aune*
Un are de bons semis doit produire 100.000 plants d'un an, qu'il s'agisse de feuillus ou d'arbres résineux.
Quand on procédera au repiquage, on limitera à 10.000 le nombre de brins résineux qui devront trouver place sur un are de terrain.
Pour la même étendue, il ne doit y avoir que 3 à 400.000 plants d'essences feuillues, parce que ces derniers ne peuvent être avantageusement livrés au commerce qu'à l'âge de deux ou trois ans.
Telles sont les observations les plus importantes
qu'aucun ouvrage sur cette matière n'a consignées.
Nous "évitons de redire ce que Ton trouve ailleurs, et notre unique but, en terminant le chapitre des semis et plantations, est de combler utilement une lacune regrettable.
Ceux qui comprennent la nécessité des reboisements nous approuveront pleinement.
D'autres spéculations quasi-forestières, telles • que Finstallation d'appareils à injecter le bois ou la construction d'usines destinées à la fabrication des produits chimiques tirés du bois, pourraient être tentées avec succès, selon les circonstances de position, de proximité des massifs boisés, de main d'œuvre, etc.
Nous avons cru devoir nous en tenir aux notes sur la construction d'une scierie et l'établissement d'une pépinière ; les autres établissements forestiers ne pouvant faire l'objet d'une discussion générale, applicable à tous les cas.
Le désir de ne donner que des chiffres absolument sûrs et contrôlés par l'expérience nous a obligé à resserrer notre cadre.