‹ Le Vagabondage en Pays AnnamiteChapitre 1 sur 20 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Maurice CHAUTEMPS

Président : M. LESEUR MM. PILLET, professeur.

— Si COEUR PERREAU, pro/esseur.

LS

BEBL.

PARIS LIBRAIRIE NOUVELLE DE DROIT ET DE JURISPRUDENCE ARTHUR ROUSSEAU, ÉDITEUR 14, RUE SOUFFLOT ET RUE TOULLIER, 13

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PRÉFACE

L'examen de la vie sociale du monde annamite actuel, plus particulièrement dans celles de nos possessions de l’'Indo-Chine qui sont soumises au régime d’administration directe, révèle l’existence d’un nombre chaque jour grandissant de travailleurs inemployés, dont la masse, devenue considérable, fournit le dangereux contingent des candidats au vagabondage et au délit.

Sans doute l’empire d’Annam, malgré l’organisation de ses groupements familiaux et communaux, basée sur des principes solidaristes qu’il serait intéressant de rapprocher de nos propres tendances économiques d'aujourd'hui, ne put jamais complètement éviter la formation du paupérisme ; mais il sut, du moins, en restreindre l'étendue et se protéger, par tout un ensemble de méthodes et de lois, contre le vagabondage : il

sut conjurer, dans une certaine mesure, les dangers qui Ce

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résultent, pour l’ordre public, des revendications d'une classe prolétarienne tout à coup consciente de son importance et de sa force.

Aujourd’hui, au contraire, sans qu’on puisse dire qu'une véritable classe pauvre se soit déjà formée en Cochinchine, il est malheureusement certain qu’une recrudescence de misère se fait sentir et que le nombre des isolés, des déracinés, augmente de Jour en Jour ; nous sommes en présence d’un mal que le gouvernement de notre colonie semble impuissant à enrayer et dont la responsabilité incombe aux procédés de colonisation que nous avons jusqu'ici employés.

La société annamite reposait sur deux bases solides, la famille et la commune.

La famille était le groupement, sous l’autorité d’un patriarche, de toute une parenté respectueuse des traditions et dont chaque membre était dévoué au développement de la richesse collective. }

La commune était libre, administrée par les plus dignes de tous les chefs de famille.

Nous avons désorganisé la commune à ce point, que le chef moral du village refuse généralement, depuis quelques années, d'en être le chef officiel, et ce sont. souvent de nouveaux venus, considérés par les indigènes comme des aventuriers, qui déliennent celte situation.

Quant à la famille ancestrale, l'application de notre Code civil, tout entier basé sur le principe de la pro-

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priélé individuelle, devait fatalement lui porter d’irrémédiables atteintes ; là où la propriété s'était maintenue collective à travers les siècles, nous avons ouvert des successions et créé des isolés.

Peu soucieux des théories que professent les jaunes en matière d'économie sociale, nous avons ainsi appliqué à ces peuples nos lois et nos conceptions individualistes, sans ménager la moindre transition, et peutêtre avons- nous quelque peu compromis notre œuvre en Extrème-Orient ? Quelques auteurs ont déjà signalé le terrain perdu par nous dans l'affection de l’indigène,et montré le péril qui pourrait résulter pour la France dans l’état de choses créé en Extrême-Orient par les victoires japonaises, si elle ne se réimplantait pas solidement dans le cœur de ses protégés.Tous concluent qu’il est urgent de renoncer à notre manie assimilatice, en faveur d’une politique qui associerait l’indigène à uotre œuvre, en respectant absolument ses coutumes et ses mœurs.

Mais la misère ne saurait attendre ; le mal présent a pris des proportions qui appellent une intervention immédiate. N’y pouvons-nous apporter aucun remède ?

C’est l'étude du passé qui nous fournit la solution de ce problème. De tout temps il s’est produit des isolés, mais les gouvernements annamites, attentifs au développement du vagabondage, ont suen restreindre les fâcheuses conséquences en groupant les isolés sur des territoires jusqu'ici non cullivés, où se formaient de

nouvelles communes et de nouvelles familles.

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