SITUATION DE L’INDO-CHINE. -— LA CRISE ACTUELLE
L'Indo-Chine occupe parmi nos possessions extérieures une place éminente. « Localisée », ainsi que le remarque M. Gervais (1), « au point de rencontre des plus vieilles civilisations de l'humanité », placée sur la grande route maritime de l’Extrême-Orient, sa situation géographique lui permet, dans une cerlaine mesure, de rivaliser avec l'Inde anglaise.
Par l'étendue de son territoire et la richesse de son sol, aussi bien au nord sur les premiers contreforts d'une des plus puissantes assises du globe, qu'au sud et à l’est dans de fertiles terrains d’alluvions, elle accu-
(4) Rapport de M. Gervais sur le budget des colonies, exercice 1907.
mule des ressources minières et agricoles inépuisables.
Par l'ensemble de ses budgets (114 millions) et de sa dette (283 millions), par l'essor de son commerce extérieur (400 millions, dont 150 représentent les transactions avec la métropole), elle accuse une puissance économique considérable.
Par l'importance de sa population dont la culture intellectuelle est si affinée, et par une organisation sociale qui remonte à des milliers d'années, elle laisse bien loin derrière elle tous les autres groupes de colonies: sur les 19 millions d'habitants que révèle le dernier recensement, le contingent annamite comprend 15 millions d’âmes, et c'est la race annamite qui,par sa valeur d'expansion et la logique de son gouvernement, a préparé l'unité historique de l’Indo-Chine.
Avec de tels avantages : excellence de la situation géographique, étendue et richesse du sol, importance de la population, affinement de l’indigène, les résultats de l'intervention de la France ne pouvaient être que rapides et remarquables. Les deux éléments richesse et travail étant réunis dans des conditions que jamais peuple colonisateur ne rencontra nulle part, l'essor économique de l’'Indo-Chine s’annonçait comme devant être brillant! En effet les débuts furent tels et l'apparence est encore flatteuse si l'on s’en tient pour apprécier le chemin parcouru à l'examen des statistiques.
D'après les chiffres donnés par M. Gervais dans son
rapport sur le budget des colonies présenté en 1906 à