‹ Le vaisseau fantome (volume 2)Chapitre 17 sur 41 · I.K VAlSSfAIi FATVTOAIE. l · texte numérisé non relu

I.K VAlSSfAIi FATVTOAIE. l

lurent jias s'entr'oiivrir pour l'engloutir, et elle flottait sur leur surface. Une tempête s'éleva , et il la vit de nouveau sur sa conque, qui fut portée au milieu d'un furieux ressac. La conque disparut sous les ondes , mais elles respectèrent Aminé , qui arriva sur le rivage sans crainte et sans accident. Philippe voulut courir à elle , mais un être inconnu l'en empêcha. Aminé lui fit un signe de la main et s'écria : — Nous nous reverrons, Philippe ! oui , nous nous reverrons encore une fois dans ce monde.

Le soleil était déjà bien élevé sur l'horizon et répandait une] chaleur brûlante, quand Krantz ouvrit les yeux et éveilla Philippe. La hache leur procura leur repas du matin. Philippe gardait le silence et songeait à son lève, qui lui procurait quelque consolation. — Nous nous reverrons encore , pensait-il ; oui, nous nous reverrons du moins encore une fois. Providence, je te remercie.

Krantz sortie de la tente poin- voir ce que devenaient les marins. Il les trouva si faibles et si épuisés qu'il lui parut évident que s'ils passaient encore une semblable journée, il

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serait trop tard pour leur sauver la vie ; et cependant aucun d'eux ne pouvait se résoudre à perdre de vue son trésor un seul instant. Il était triste de voir un tel aveuglement, et Krantz imagina un moyen pour y remédier. Parlant séparément à chacun d'eux, il leur proposa d'enterrer leur argent si profondément dans le sable, qu'il fût impossible de le déterrer sans y mettre beaucoup de temps; ajoutant que, par ce moyen, personne ne pourrait chercher à s'emparer du trésor d'un autre sans être aperçu , et que par conséquent ils pourraient se procurer de la nourriture, sans courir le risque d'être volés. Ils consentirent à cette proposition , et Krantz leur ayant donné la seule bêche qu'ils eussent en leur possession , ils enterrèrent tour à tour leur argent dans le sable à plusieurs pieds de profondeur. Quand ils eurent ainsi mis en sûreté toutes leurs richesses, Krantz leur donna une hache, et ils abattirent des cocotiers dont les fruits réparèrent leurs forces et leur donnèrent une nouvelle vie. Après avoir apaisé leur soif et leur appétit, ils se couchèrent chacun sur l'endroit

où il avait enterré son trésor, et ils se livrèrent au repos dont ils avaient un si grand besoin.

Philippe et Krantz eurent alors une conférence sérieuse sur les moyens à prendre pour quitter cette île , et se mettre à la recherche d'Aminé. Krantz pensait que cette dernière partie du projet de Philippe n'offraitaucun espoir, mais il se garda bien de le lui dire. Il était nécessaire qu'ils quittassent cette île, et s'ils pouvaient en gagner une qui fût habitée, c'était tout ce qu'ils pouvaient espérer. Quant à Aminé, il la supposait morte depuis long-temps, soit qu'une lame d'eau en couvrant le radeau l'eût entraînée dans la mer, soit qu'elle y fût morte d'inanition, et que son corps y fût encore exposé aux rayons brûlants du soleil de la zone torride.

Mais, pour encourager Philippe, il lui parlait tout autrement, et lorsqu'ils discutaient ensemble les moyens de quitter l'île, ils envisageaient ce projet, non comme pouvant leur sauver la vie , mais comme devant faire retrouver à Philippe sa chère Aminé.

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Le plan qu'ils adoptèrent fut de construire lin léger radeau dont le centre serait formé de trois l^arriques à eau, sciées par le milieu, et fortement attachées par des traverses à deux longs espars de chaque côté. Un tel radeau fendrait l'eau rapidement sous une voile, serait facile à manœuvrer et pourrait être gouverné suivant les circonstances. Ils prirent sur le radeau les deux espars qui leur convenaient, les portèrent sur le rivage et commencèrent leur travail. Mais ils s'en occupaient seuls, car leurs compagnons ne paraissaient pas encore songer à quitter Tile. Le repos et la nourriture ayant rétabli leurs forces, l'argent qu'ils avaient ne leur suffisait plus , et ils voulaient en avoir davantage. Ils avaient déterré une partie de leur trésor , et ils passaient toute la journée à jouer avec des cailloux ramassés sur le rivage à un jeu qu'ils avaient inventé. C'était un assez grand malheur/ mais à cemalheur s'en joignit un autre qui n'était pas moindre. Faisant des entailles dans l'écorce des plus gros cocotiers, ils s'en servaient, avec l'agilité ordinaire aux marins, pour

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monter jusqu'à] a cime de l'arbre, et, faisant une profonde incision dans le tronc, ils recevaient dans des coquilles de noix de cocotiers vides , cette liqueur qu'on nomme toddy dans sa première fermentation, et dont on fait ensuite de l'arrack en la distillant. Mais le todJj suffit pour enivrer, et chaque jour les scènes de violence, d'ivresse, de jurements et d'exécrations devenaient plus épouvantables. Les perdants s'arrachaient les cheveux et se précipitaient comme des forcenés sur ceux qui avaient gagné leurs dollars ; mais Krantz avait bien caché les armes et les munitions qu'il avait prises sur le radeau , et il avait eu la sage précaution de jeter toutes les autres dans la mer. De nouvelles querelles avaient donc lieu à chaque instant ; des querelles on en venait aux coups, mais il n'en résultait aucune perte de la vie, les autres intervenant pour séparer les combattants, afm que le jeu n'éprouvât aucune interruption.

Cet étnt de choses dura quinze jours , tandis que la construction du radeau avançait peu à peu. Quelques uns des marins avaient perdu tout leur argent, et ceux qui l'avaient

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gagné les avaient bannis à une certaine distance, de crainte qu'ils ne cherchassent à les voler. Les exilés se promenaient ensemble, d'un air sombre, le long des côtes de la petite île, et cherchaient partout quelque instrument dont ils pussent se servir pour se venger, et se remettre en possession de leur argent. Krantz et Philippe leur proposèrent de quitter l'île avec eux , mais ils ne voulurent pas y consentir. Krantz alors ne voulut plus leur prêter sa hache ; il abattait lui-même le nombre d'arbres nécessaires pour leur nourriture, et ils ne pouvaient plus se procurer la liqueur enivrante qui avait tant d'attraits pour eux.

Le seizième jour^ tout l'argent avait passé entre les mains de trois hommes, que la fortune avait favorisés aux dépens de leurs compagnons. Les perdants formaient alors le parti le plus nombreux , et il en résulta que, le lendemain matin, Philippe et Krantz trouvèrent ces trois hommes étranglés sur le rivage. Les autres avaient fait un nouveau partage de l'argent, et ils s'étaient remisa jouer avec plus d'ardeur que jamais.

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— Comment tout cela finira-t-il ? demanda Philippe à Krantz en regardant les visages livides de ces trois hommes assassinés.

— Parla mort de tons, répondit Krantz; nous ne pouvons l'empêcher , c'est un jugement de Dieu.

Le radeau avait été fini la veille; les deux amis en avaient retiré le sable tout autour et en dessous , de manière à ce que la marée montante pût le mettre à flot ; et il flottait alors sur une eau paisible , amarré à un pieu profondément enfoncé dans le sable. Ils avaient mis à bord une grande quantité de noix de cocotiers , et ils avaient dessein de quitter l'île le lendemain.

Malheureusement, un matelot ayant été se baigner près du radeau quand la marée était basse, avait aperçu les armes au fond de l'eau, et ayant plongé, il en revint avec un coutelas. Les autres suivirent cet exemple, et tous furent bientôt armés. Cette circonstance détermina Philippe et Krantz à aller coucher à bord du radeau et à se tenir sur leurs gardes. Le jeu recommença avec plus de fureur que jamais, et comme

il y eut une perte considérable, il en résulta une querelle qui se termina par un combat général. Le résultat en fut fatal , car au bout de quelques minutes il ne resta debout que trois hommes qui avaient été du même parti. Philippe et [vrantz les virent achever ceux qui n'avaient été que blessés. Ils s'appuyèrent ensuite sur leurs coutelas comme pour reprendre haleine; mais au bout de quelques instants, deux d'entre eux se dirent quelques mots à l'oreille , et attaquèrent à l'improviste le troisième, qui tomba mort sous leurs coups.

— Dieu de miséricorde, s'écria Philippe, sont-ce là tes créatures?

— Oui , dit Rrantz ; mais ils l'ont abandonné pour le diable, qu'ils adorent sous le nom de Mammon. — Mais croyez-vous que ces deux hommes qui pourraient maintenant se partager une fortune dont ils ne sauraient que faire , quand même ils retourneraient dans leur pays, se contenteront de ce partage? Non. Chacun d'eux voudra avoir tout. — Oui, tout.

A peine Krantz avait-il prononcé ces mots,

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qu'un de ces deux hommes, profitant d'un instant où l'autre avait le dos tourné, lui passa son coutelas par derrière à travers le corps. Le malheui'eux tomba en poussant un gémissement, et le coutelas lui traversa le corps une seconde fois.

— Ne vous l'avais-je pas dit? s'écria Krantz ; mais le scélérat n'en profitera pas. Et, le couchant enjoué de son mousquet, il le renversa, le cœur percé d'une balle.

— Vous avez eu tort, Krantz; vous lui avez épargné la punition qu'il méritait. Resté seul sur œtte île , sans moyen de pourvoir à sa subsistance, il y aurait péri misérablement , pouce par pouce , couché sur son argent, dont la vue aurait ajouté à sa torture.

— Peut-être ai-je mal fait. Si cela est, je prie le ciel de me le pardonner; je n'ai pu résister au premier mouvement. Retournons à terre, à présent que nous sommes seuls sur cette île. Il faut rassembler tout l'argent et l'enterrer afiii qu'on puisse le retrouver. Il faut aussi que nous en prenions une petite partie, car qui sait si nous n'en aurons pas besoin. Et nous ferons bien de passer encore

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ici la journée de demain , car nous aurons assez de besogne à enterrer les corps de tous ces hommes frappés de vertige, et le trésor qui a été cause de leur perte.

Philippe consentit à cet arrangement. Le lendemain ils enterrèrent tous les corps à l'endroit où ils se trouvaient, et ils déposèrent tout l'argent dans une profonde tranchée au pied d'un cocotier qu'ils marquèrent avec leur hache. Ils réservèrent cinq cents pièces d'or qu'ils portèrent sur le radeau , se proposant de les cacher ensuite dans diverses parties de leurs vêtement^ pour y avoir recours en cas de besoin.

Le lendemain matin , ils déployèrent leur yoile et quittèrent l'ile. Est-il besoin de dire de quel côté ils gouvernèrent ? On peut aisément s'imaginer que ce fut du côté par où Philippe avait vu s'éloigner la partie du radeau sur laquelle Aminé était restée seule.

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