‹ Le Val d'AndorreChapitre 4 sur 4 · veuillez ordonner qu’on me transporte sur-le-champ · texte numérisé non relu

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it dans la maison de mes pères... Peut-être durai-je

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encore assez de temps pour réparer celles de mes fautes qui sont encore réparables.

Ce fut seulement une heure après cet événement que Gonthier, Bernard et Gomélie arrivèrent au village, malgré toute la célérité qu’ils avaient mise dans leur marche. Sous le hangar qui devait servir de salle de banquet et sur la place qui l’environnait étaient quelques groupes de femmes tristes et silencieuses, mais dans la cour de la maison l’affluence était telle (ju’il était douteux que les arrivants pussent la traverser à cheval ; aussi, arrivés à la porte, laissèrentils leurs montures à la garde des bohémiens.

En entrant dans cette vaste enceinte, ils remarquèrent que cette foule recueillie n’était pas massée en cet endroit dans un simple but de curiosité, mais ([u’elle était occupée de quelque grande et imposante cérémonie à laquelle chacun de ceux qui la composaient prenait part. Les fenêtres de la salle commune étaient ouvertes, et c’était vers ces fenêtres que tous les regards étaient dirigés, bien que ceux qui remplissaient la salle même ne permissent pas de voir ce qui se passait à l’intérieur. La plupart des assistants étaient à genoux, d’autres disaient leur chapelet avec ferveur.

Cependant un murmure sourd se propagea parmi les assistants à la vue des étrangers. Des regards-, irrités ?e tournèrent vers eux ; ' les visages prirent

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l’expression de la haine et de la colère; quelques poings vigoureux se fermèrent convulsivement. Les arrivants devinèrent au premier coup d’œil que la population andorrane leur reprochait tous les malheurs arrivés à la famille Duba, malheurs dont Pedro, envoyé au-devant d’eux, leur avait déjà donné connaissance.

Mais ces signes de fermentation dangereuse disparurent bientôt ; un vieillard vénérable, qui semblait jouir d’une grande autorité parmi ses compatriotes, les réprima d’un geste; puis s’avançant «au-devant des voyageurs, il leur dit à voix basse et en français avec l’accent d’une profonde douleur :

— Vous êtes attendus avec unegrande impatience... Votre présence doit adoucir les derniers instants de ce malheureux jeune homme... Suivez-moi.

En même temps il écarta la foule qui encombrait la cour et se dirigea vers la porte de la maison. Gornélie était plutôt portée que soutenue par son père et son fiancé; la douleur avait brisé toutes ses forces physiques et morales. Enfin, aprèsbeaucoup de peine, ils arrivèrent tous à la salle commune, où une scène imposante frappa leurs regards.

Cette salle, aussi bien que la cour, regorgeait de monde. Vers le centre on avait élevé à la hâte deux (3spèces de lits de parade; sur l’un d’eux était étendu le vieux Bertren, encore revêtu du costunte qu’il

avait pris le matin pour les noces de son petit-fils. ' Ses traits, nullement défigurés par la mort, portaient une expression de gravité solennelle et dé majesté : on eût dit qu’il approuvait par son sourire le sacrifice qui s’accomplissait devant lui. Sur le second lit était Tsidoro, aussi pâle et déjà aussi immobile que son aïeul. Entre le mort et le mourant était Maria à genoux, parée de ses ajustements de noce. En face des lits avait été dressé un autel sur lequel le desservant (le la paroisse, revêtu de ses ornements sacerdotaux, (célébrait une messe de mariage. Tout à l’entour le viguier, les syndics, les consuls et les autorités andorranes étaient agenouillés dans un silence solennel. Le reste de l’espace était occupé par les serviteurs et les clients de la famille Duba. On n’entendait (jue des gémissements et des soupirs qui se mêlaient à la voix grave et sonore de l’officiant.

Les étrangers, précédés par leur vieux guide, en-

trèrent avec émotion et respect, et vinrent s’agenouiller au dernier rang. Mais Isidoro, qui avait remarqué leur présence, leur fit signe d’approcher de son lit ; puis la cérémonie du mariage s’acheva dans le plus profond et le plus imposant recueillement.

Quand les deux fiancés, eurent i*eçu la bénédiction nuptiale, Isidoro, réunissant toutes ses forces, retint dans sa main celle de Maria, que venait d’y

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placer le prêtre, et il dit d’une voix mourante, de manière pourtant à être distinctement entendu au milieu du silence de l’assemblée :

— Maria Belsamet, fai rempli en présence de mon malheureux aïeul, en présence de tous les honora* blés chefs de l’Andorre, la promesse qui vous avait été faite en mon nom par l’illustre Bertren Duba.. Maria Belsamet, vous êtes maintenant ma femme. ^ Je vous laisse mon nom, mes serviteurs, ma for-*' tune... Maria Belsamet, je vous demande eiicoitî pardon du mal que je vous ai fait!

— Je vous pardonne, Isidoro, je vous pardonne ! s’écria la pauvre jeune üUe en tombant à demi morte devant le lit.

— Et vous, braves habitants de l’Andorre, reprit Isidoro en tournant la tête du côté des assistants ; illustre vicier, honorables bailes, vous tous amis de mon père et les miens, vous avez été témoins de ma faute, soyez témoins du châtiment et de la réparation... Mon aïeul m’a maudit ; vous, du moins, ne me maudissez pas !

Une explosion de sanglots et de gémissements accueillit ces touchantes paroles.

Et moi, Isidoro, et moi ! demanda une voix

creuse à côté de lui, me pardonnerez-vous aussi i C’est moi qui...

— Antonia Belsamet, répondit le moribond en la

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regardant avec un sourire indéfinissable, allez en paix... Vous seule avez eu pitié de moi !

Puis il fit signe à Gornélie d’approcher, et il lui dit en français .dans un dernier efibrt de volonté :

— Eh bien! Gornélie, êtes-vous contente? Souvenez-vous de moi... Adieu!...

Il poussa un profond soupir; l’assemblée tout entière se leva à la fois pour écouter ce qu’il allait dire... Il ne paida plus, et Gornélie se jeta à genoux à côté de Maria.

Trois jours après, Gonthier et sa fille étaient rentrés en France. Gornélie épousa Bernard Alric; mais elle se souvint toute sa vie d’Isidoro Duba.

Si quelque voyageur que ce récit aurait intéressé songeait à visiter la vallée d’Andorre, espérant encore y trouver ces mœurs simples et patriarcales que nous avons tâché de dépeindre, il pourrait éprouver un cruel mécompte. Trente ans ont changé bien des choses dans la république pyrénéenne, comme ailleurs, et, mieux vaudi*ait peut-être s’en tenir à la lecture de cette simple histoire que d’aller briser un rêve agréable contre une triste réalité.

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