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La canonnade et la fusillade avaient retenti toute la journée dans les montagnes qui entourent le village de Rosenthal , près le lac de Zuricb, en Suisse. On était alors au mois d'août 4799 ; les Français soutenaient contre les Austro-Russes une de ces guerres de géants qui sont la gloire de Tépoque. Le bruit qui frappait de terreur des contrées toujours si
LE TAL^PERDO. i. 1
paisibles résultait d'un engagement entre un détachement de Tarmée de Masséna et un petit corps de Tarmée autrichienne , commandé par Tarchiduc Charles, manœuvrant alors pour s*emparer de la ville de Zurich. La lutte avait été opiniâtre, à en juger par les détonations incessantes répétées par Fécho des rochers ; des nuages de fumée blanchâtre s'élevaient sans relâche du fond des gorges comme d'autant de volcans en éruption. Cependant, vers les quatre heures du soir, les décharges cessèrent peu à peu, et bientôt on n'entendit plus que de rares coups de feu, semblables à ceux que tiraient, en temps ordinaire, les chasseurs â l'affût.
Le combat était fini, mais quels étaientles vainqueurs? Voilà ce qu'ignoraient les bons habitants de Rosenthal, et, en l'abseocede nouvelles positives, ils se livraient à des inquiétudes exagérées. La plupart s'étaient cachés avec leurs femmes et leurs enfants dans la pièce la plus retirée de leurs jol
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cbaleU. Les (ileuses et les dentellières ne se montraient plus sur les balcons de bois avec leurs costumes pittoresques et leurs grands yeux bleus; les enfants demi-nus ne jouaient plus dans Tétroite rue du village. A peine si un volet s*entr*ouvrait timidement par intervalles pour épier un passant qui revenait en se glissant le long des maisons , après avoir poussé une reconnaissance jusqu'à Vautre extrémité de Rosenthal.
iajournée avait été brûlante. Un vieillard d'aspect vénérable, portant Je petit manteau noir et le rabat de pasteur protestant, s'était assis sur un banc de pierre à la porte de sa maison, située à l'entrée du village, et aspirait un peu d'air frais venu du lac, malgré les avertissements charitables de ses tremblants voisins. Cependant, depuis plus d'un quart d'heure ^éjà, sa témérité restait impunie, quand des voix effrayées crièrent tout à coup derrière lui :
— Les Français ! (es Français !
4 LE YAL^PEADC.
Cette fois le bonhomme se leva précipitamment et posa la main sur le bouton de sa porte ; mais, ayant d'entrer, il eut la curiosité de jeter un regard vers la route par laquelle devait arriver l'ennemi.
Il attendit quelques instants, et rien ne paraissait. Il croyait déjà à quelque fausse alerte comme les poltrons de Rosenthal en avaient donné plus d'une dans le cours de la journée, quand un individu porteur d'un uniforme français se montra réellement à peu de distance. i
C'était un capitaine de grenadiers, jeune et bien fait, mais en fort piteux équipage. Ses vêtements étaient déchirés, couverts de poussière ; sa tête* n'avait d'autre coiffure que ses longs cheveux dénoués et sans poudre. Une de ses mains, qu'il tenait appliquée contre sa poitrine, était souillée de sang^ ainsi que la manche de son habit. Sous l'autre bras il portait un sabre nu dont la dragonne d'argent était comme hachée. Une de