‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 39 sur 70 · CHAPITRE PREHIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREHIER

L'effet de cette décharge générale fut magique ; la plupart des coups, tirés presque à bout portant, avaient fait plusieurs victimes. Les Austro ^Russes parurent comme foudroyés. Verneuil, sans leur donner le temps de se reconnaître , ordonna d'en venir à la baïonnette, cette arme si redoutable dans des mains françaises. Lui-mi&me se* précipita vers les canons, objet de sa convoitise, et se mit à sabrer les artilleurs sur leurs pièces.

La lutte prit alors un caractère nouveau ; on se battait corps à corps et à l'arme blanche, mais le combat, pour être moins bruyant qu'auparavant, n'en était pas moins terrible. L'ennemi , cruellement décimé par la décharge à bout portant , conservait pourtant l'avantage du nombre, et chaque Français devait faire face à plusieurs adversaires. Aussi, malgré la valeur et l'acharnement des assaillants, nul n'eût pu prévoir encore quel parti serait définitivement vainqueur.

Dans ce moment de crise, Armand s'expo-

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sait avec une témérité explicable sealemeiit par son désir bien arrêté de mourir. Comme BOUS Favous dit, il s*étail jeté sur les artilleurs allemands, et il ne s'inquiétait pas si ses hommes étaient à portée de le soutenir. Le visage enQamméy Fœil en feu, il venait de renv^ser un des diefs de plèee, quand an autre artilleur armfi son mousqueton et le coucha en joue. Le capitaine ne vit pas ce mouvement ; une voix déchirante s'écria derrière lui :

— Prenez garde à vous, capitaine Verneuil l

En même temps quelqu'un s'élança ^ et deux bras se serrèrent autour de son corps. Ne sachant encore s'il avait affaire à un nouvel ennemi, l'impétueux Verneuil s'efforçait de se dégager de cette étreinte imprévue; mais un coup de mousquet partit tout près de lui; aussitôt les bras se détendirent d'euxmêmes, et celui qui le pressait tomba f^^^ d'une balle a travers la poitrine.

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Armand se retourna enfin, et devina que quelqu'un venait de se dévouer pour lui. Son sauveur était renversé par terre, tout sanglant ; c'était le jeune homme qui l'avait suivi depuis Rosenthal, et dont il n'avait pas remarqué la présence au milieu du désordre de la mêlée. Cette fois, à peine le militaire ent-il jeté un regard sur ce visage, déji pâle de la pâleur de la mort, qu'il poussa un cri décUrant.

— Lysandre, mon cher Lysandre, dit-ii en laissant tomber son sabre, est-ce bien vous?

— Oui, c'est moi, répliqua le blessé avec un sourire douloureux ; vous m'avies quitté, je suis venu vous chercher.

— Mais comment se fait-il?... Oh! mon IMeu ! cette blessure parait fort grave. .. Vous aussi mourir, mourir pour moi... c'eât impossible !

— Ami, reprit Lysandre avec sa douceur inaltérable, voilà un terrible réveil après tant lie beaux rêves!... mais je ne m'en plains

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pas ; ce que je vois des hommes civilisés ne me fait pas désirer de vivre plus longtemps au milieu d'eux... D*ailleurs, ma mort aura été utile à celui de tous que j'ai'ne le mieux:, et elle effacera l'inutilité de ma /le.

— Mais je ne veux pas que vous mouriez, moi, s'écria Verneuil au désespoir; je ne veux pas avoir été cause de la perte de tous ceux qui m'ont témoigné de l'affection dans cette heureuse solitude du Val-Perdu... La science fera un miracle pour vous sauver; on vous sauvera, ou je brûlerai la cervelle au major! Attendez...

Il se mit en devoir de charger Lysandre sur ses épaules et de l'emporter hors du champ de bataille.

— Armand, c'est inutile, répliqua le jeune homme en se débattant faiblement, songez à votre propre sûreté*. • Ah! mon pauvre père avait raison, le monde est bien méchant !

Cette scène extraordinaire avait .

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