‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 38 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ses, positions que le détachement envoyé pour tourner le village donnât des signes de son approche. Le ralentissement du feu des Français lui faisait croire que la 62® était déjà aux abois; aussi, quand les coups de fusil, qui éclatèrent à Farrière dans les mon* tagnes, annoncèrent le succès de la manœuvre, espéra-t-il n'avoir qu'à se montrer pour couper court à toute résistance. Quel fut donc son étonnement quand , le rideau de fumée qui couvrait les alentours s'écartant tout à coup, il aperçut les troupes républicaines s'avançant en bon ordre pour le chasser des hauteurs.

L'audace de cette entreprise était telle que le général autrichien , avec sa prudence et son flegme germaniques , se fortifia dans la pensée qu'on lui tendait quelque piège. Il ne pouvait comprendre qu'une poignée d'hom> mes osât venir l'attaquer dans des conditions où son extermination complète paraissait certaine. Il s'informa auprès de ses officiers

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si la garnison de Roseathal n'avait pu recevoir des renforts. Lui-même promena sa lunette SQP le paysage environnant pour recbercber ee qui avait pu justifier ceta'^tede folle témérité. Enfin, bien convaincu quc^ les Fran* çais obéissaient seulement à cet instinct belliqueux , à cette furia nationale qui en £ait les premiers soldats du monde, il commanda de repousser énergiquement l'attaque.

li'ordre fut exécuté aussitôt; mais Verneuil avait mis habilement à profit le moment d'hésitation causé par sa manœuvre hardie. Quand les balles et la mitraille recommencèrent à siffler sur la tète de ses. gens, ils étaient déjà arrivés au pied des hauteurs, où les roches éparses et lés buissons les abritaient d'une manière sensible. D'ailleurs, une épaisse fumée ne tarda pas à envelopper de nouveau la colline ; les deux partis ne se voyaient plus, et Ton tirait presque au hasard. Aussi, quand, plus tard, le vénérable pastevr de Rosenthal racontait, assis devant sa >^

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aux villageois réunis, les détails de cette lutte terrible, leur disait'-il dans son langage biblique, en leur montrant la colline, qu'elle lui était apparue alors k comme le mont Sinal couvert de nuées, de foudres et d'éclairs. » Le bonhomme oubliait de mentionner qu'elle lui était apparue ainsi à travers le soupirail de sa cave.

Verneail avait recommandé à ses soldats de ne pas perdre de temps à charger et à décharger leurs armes, mais d'avpncer rapidement en reservant leur feu pour le moment décisif. Lui«ménie marohait toujours en tête sans s'apercevoir qu'un homme qui ne portait pas l'uniforme français le suivait assidûment et semblait veiller sur lui avec une sollicitude fraternelle. Le capitaine ne jetait jamais un regard en arrière ; enivré par cette atmosphère de pondre et de fumée , il dévorait l'espace \ agitant son sabre avec une sorte de frénésie ; et dans les rares intervalles des déchaînes, on l'en*-

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tendait crier de sa voix retentissante z

— En avant ! en avant ! •

Néanmoins le feu des Autrichiens avait fait essuyer de grandes pertes aux assaillants ; plusieurs avaient été précipités en bas de la colline ; d'autres s'accrochaient tout sanglants aux rochers pour éviter le même sort. Mais ce fut surtout quand la 62^ atteignit le sommet de la hauteur et dut s'arrêter pour se reformer qu'elle éprouva des dommages considérables. En une minute, le sol fut jonché de morts et de blessés ; le canon emportait des filés entières ; le sang ruisselait de toutes parts.

Au milieu de cette scène de carnage, Armand ne semblait occupé que du soin de réunir ses hommes et de les mettre promptement en ligne. Il y parvint enfin, et aussitôt il les lança au pas de course sur les rangs autrichiens. Arrivé à trois pas d'eux, il commanda feu, à son tour, et une cl., explosion ébranla la campagne.

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