‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 50 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le soleil se levait ; la rosée pendait en perles brillantes aux grandes herbes et aux buissons, A droite et à gauche du chemin, des pommiers et des pêchers en fleurs faisaient-pieu voir sur la terre leurs fins pétales blancs et roses. Le rossignol soupirait ses dernières mélodies, tandis que les grives bariolées, les loriots au corsage d'or, les merles à la livrée de velours noir, saluaient avec la plèbe des linottes, des pinsons et des fauvettes , celte journée de printemps qui commençait.

Néanmoins, plus Verneuii avançait, plus son ^ cœurseserrait^plussesréflexionsprenaientun caractère mélancolique. Une foule de détails inaperçus, ia veille, dans un rapide examen, venaient maintenant fixer son attention et attrister son àme. La nature était toujours riante au Val-Perdu ; mais ce qui était Touvrage de Thomme y portait la trace de la négligence et de l'abandon. Les stachis fétides, les orties et les arroches avaient en-

lis LE'vàWmin;.

vahi les sentiers qui serpentaient caprieieu-sèment à travers les plantations. Ces statue^ blanches d'un effet si pittoresque au milieu d*un bocage sombre étaient mutilées ou ron-^ gées de mousse; les ponts s'étai^^teifondrés dans le torrent; les kiosques -lenaçaient ruine. Évidemment, celui qui veillait au*trefois avec tant de soliieitudé à rembellisse* ment de ces déKcieux jardins s'était dégoâté de son œuvre et Tavait vouée d^*>uis iong^ temps à la dégradation et à l^ubl

Le colonel visita ainsi la clairière tm. ii avait rencontré les deux bergères, où il avait surpris leurs teiîdrés confidences, le cabinet de verdure qui servait ^ux joyeux soupers du soir, la grotte où travaillait Lysandre. Chacune de ces stations, comme on peut le croire, avait éveillé en lui bien des sentiments douloureux, bien des pensées amères; mais 11 n'avait pas osé encore approcher du lieu qui résumait à la fois ses plus doux et ses pltfs poignants souvenirs, de ce

kjs^émçmes où il avait déclaré son amour à Galatéeet où plus tard il avait vu la jeune fille pour la dernière fois.

Cependant une force irrésistible rentrainai^vers cet endroit fatal ; il lui semblait que c'était un devoir sacré pour lui de revoir ce rocher de tragique mémoire d'où Tinfortunée bergère s'était élancée dans Tabime, et quoique son cœur se brisât à la seule pensée d'accomplir ce devoir» il voulut. à tout prix Itaccomplir. Il se fraya passage à travers les mauvaises beri^es qui s'étaient multipliées particulièrement dans cette partie solitaire de la vallée^ et il atteignit enfin la lisière du pré des Anémones.

Arrivé là, Armand fut pris d'un saisissement inexprimable. Il s'arrêta, ei s'appuyant eontre un arbre, il resta plusieurs minutes sans oser jeter les yeux autour de lui.

Il s'y décida enfin par un effort de cout rage. Heureusement il n'aperçut pas d*abord la roche fatale, qui s'avançait dans* le lac

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comme an petit promontoire derrière un bouquet de peupliers, et la prairie en ellemême n'avait rien de sinistre.

Les jolies fleurs blanches qui lui avaient donné leur nom émaîUaient toujours le gazon avec la brillante argentine, la campanule bleue, les majestueiix orchis et l'odorante hyacinthe. Le saule au pied duq ~~1 Verneuil avait fait a la bergère l'aveu de oon amour était là encore, secouant mollement ses longues et onduleuses branches au feuillage pâle, quand un souffle léger venait soulever les petites lames clapoteuses de l'étang.

Armand, après avoir déposé respectueusement un baiser sur le tronc noueux de cet arbre sacré , s'achemina en chancelant vers l'extrémité du pré des Anémones. Bientôt il se trouva sur l'étroite langue de terre à rextrémité de laquelle s'élevait la pierre maudite. Un monument; fort simple désignait cette pierre à la religion des habitants du Val-Pefdu : c'était une petite pyn

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maçonnerie surmontée d'ane croix de fer doré. En face, était disposé un banc rustique où l'on pouvait s'asseoir pour prier ou pour méditer. L'isolement de ce lieu, le calme profond qui y régnait, et surtout les souvenirs qui s'y rattachaient, eussent inspiré du recueillement aux personnes les plus étrangères au drame dont il avait été le théâtre. Qu'on juge de l'effet que dut produire ce tableau mélancolique sur l'esprit du malheureux Armand !

— Elle est là ! murmura-t-il ; ils l'ont enterrée dans le lieu même où elle a péri... 0 ma Galatée! c'est donc là ton tombeau?

Il allait s'agenouiller devant la croix, quand il s'aperçut qu'il ne serait pas seul à remplir ce devoir pieux. Une personne que ' la déclivité du sol lui avait cachée jusqu'à ce moment était à genoux devant l'humble mausolée. Verneuil reconnut le petit Charles, dont il avait reçu la veille un accueil si affectueux. L'aimable enfant portait une été-

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gante tunique de velours noir sur iaquelie retombaient les longues bouc)es de sa chevelure blonde. Son chapeau à plume était posé près de lui sur le gazon. -Les ni^ins jointes, les yeujL tournés vers 1^ croix, il récitait à voix haute une prière naïve doqt quelques paroles» frappèrent le colonel.

. « Mon Dieu, disàit«il, ayez «pitié de la pauvre femme qui, à c^tte même pJace, a osé attenter à reicistence que v^is lut aviez donnée. Pardonnez-lui commb «iie^méme a pardonné à tous ceux qui furent la cause involontaire de cette action coupable; étendez sur eux et sur elle votre mis(éricorde infinie. La prière de Tenfanee vous est agréable, parce que Tenfance est pure et innocente. Exaudëz^oioi donc en répandant vos bénédictions sur ceux que j'aime et accordezrleur les prospérités terrestres en attendant le bonheur du ciel. — Ainsi soit-il. » Pendant que le petit garçon priait aînj;i a^ec une onctipn extcaordinair '

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