‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 49 sur 70 · CHAPITRE IV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. i

naieiit son approbation. Vertieuil était trop absorbé pour remarquer ces détails ; mais il en résultait une sorte de malaise général qui aggravait encore ses douloureuses préoccu* pations.

Aussi, à rissue du souper, s1nforma-t-il si son valet de chambre était venu de Rosentbal avec ses bagages; et sur la réponse affirmative , il demanda la permission de se retirer. M. de Rancey se leva.

-^ Je vous ai fait préparer la chambré'que vous connaissez déjà, colonel, dit-il avec une gaieté affectée, en prenant lui-même un bougeoir des mains d'un domestique; mais en raison de la manière un peu fâcheuse dont nous quittâmes autrefois cette chambre, je prétends vous y conduire moi-même... Ce sera une réparation, si vous voulez.

Armand s*inclina, etaprès avoir pris congé du vicomter et de la vicomtesse, il suivit le vieillard en silence.

La chambre était absolument telle qu*il

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Tavail laissée : mêmes meubleS| même sinn plicité propre et scrupuleuse.

— Mon cher clievalîer, dit le comte en s*asseyant à côté d'Armand qui s'était jeté avec accablement dans un fauteuil, je ne veux pas vous retenir longtemps, lorsque vous paraissez avoir si grand besoin d'être seul. Je dois vous dire pourtant dès à présent , afin de tranquilliser votre esprit, que je conconnaîs le but de votre voyage, et que je suis^out disposé à combler vos vceux, en me conformant aux ordres de l'empereur.

Verneuil tressaillit.

— Quoi! s'écria-t-il , vous savez. .. Mais c'est juste, c'est juste, reprtt-il aussitôt avec un sourire forcé, je ne peux encore m'habituer à cette idée que ce qui est Un grand secret à Paris soit déjà connu au Val-Perdu... Eh bien! M. le comte, connaissant votre amour de la solitude et votre horreur pour le monde, celte complaisance de voir'- ■— '* m'étonne, je l'avoue. Sans doute, vousi*^

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retendue du sacrifice que j^avais d'abord Tia*tealiou de réclamer de mon tuteur*,. Mais depuis que j'ai retrouvé Philémon dans le comte de Rancey, je ne Y^ux plus songer aux miséi^bles intérêts personnels qui m'ont ramené ici.

— J'y so^ngerai donc pour vqus^ colonel» et si vraiment le vieux et illustre nom dont je suis l'humble dépositaire peut jeter quel* que éclat sur votre union, je vous accompagnerai à Paris , Je me montrerai à la. cour impériale avec mon fils et ma fille..» li'héritière de l'ancienne maison de Saiicy est un excellent parti; j'ai connu sa famille, et je suis fier pour vous d'une pareille alliance; D'ailleurs la jeune fille, dit-on, est cbarmante^ et peuHtre l'aimez-vpu^ f^éja?». .

Armand secoua la tète.

— Je ne l'ai jamais vue, murmura^ t-il*

— Mais du moins, vous save^ qu'elle est riebe et que la faveur de Pempereur sera le prix de votre soumission... Il n*ost pas sage

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de regretter éternellement ses affections de jeunesse, et une femme pounrue d'aufant. d'avantages que mademoiselle de Ssjncy devra compenser aisément. • .

— Âh ! monsieur, interrompit Armand avec un éclat de douleur , comment pouvezvous me parler de mon union avec une autre femme^ dans cette maison qui est tonte pleine de Galatée ?

Et il se cacha le visage dans ses deux mains. Le comte Fobservait d'un air inquisiteur.

— C'est juste, dit-il enfin en se préparant h sortir, il faut que les premiers moments se passent; mais vous serez déjà plus calme demain matin. Adieu donc, mon cher Verneuil ; nous reprendrons cette conversation ; en attendant, ayez courage; tout ira bien.

Il embrassa Armand, et se retira.

Un moment après le valet de chambre vint offrir ses services, mais Vernenil le congédia définitivement, et il put s'abandonner " — contrainte à ses réflexions.

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La plus grande confasion régnait dans ses idées. Les révélations s'étaient succédé si vite depuis son arrivée, il avait été emporté si brusquement parles événements, qu'il n'avait pas eu le loisir de se rendre compte de ses impressions; aussi ne pouvait-il croire encore qu'il fût réellement au Val-Perdu, que Philémon fût le comte de Rancey, son parent, le protecteur de son enfance ; il ne pouvait re* connaître dans le jeune homme élégant et la jeune femme frivole , parlant sans cesse de modes et de plaisirs , le berger et la bergère qu'il avait vus si simples et si naïfs au temps de Galatée. L'aspect même de cette chambrette, où il avait songé tant de fois à ses fraîches amours avec la charmante pupille de Philémon, le mettait hors de lui. Par mo* menls ses traits s'illuminaient de bonheur, et ses lèvres souriaient avec délices en la contemplant; puis son visage s'assombrissait tout à coup, et des sanglots s'échappaient de nouveau de sa poitrine oppressée.

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Il passa ainsi plusieurs lieares^ qui lui semblèrent aussi coortes que dei minutes* Cetle agitation de l'àme s'était coLimuniquée à Torganisation ; son sang était en ébullicion, son fronf brûlait. Il s'approcha de la fenêtre pour respirer um peu d'air frais.

Cette fenêtre, encore eneadiréede branches de vigne^ était celle où il s'accoudait jadis en attendant l'heuire d'aller joindre Galatée au jardin. Il retrouvait les «spaiiws qui lui servaî^it autrefois d'échelons pour sortir et rentrer pendant la nuit« Aucune modificaHon importante n'avait été faite smlour de la maison. Le jardin était toujours là, avec ses pkites4>aade8 remplies de fleurs, avec ses bouU'Bgrtns bordés d*orangers et de lauriers* roses dans leurs caisses vettes. La lune, qui se levait en ce moment, éclairait d'un re^et pâle les vitraux de la serre. Partout régnait le calme le plus profond*

Peu à peu Armand se crut revenu à i'><nA de ces veilles délicieuses où» caché dei

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le rideau 4e moufiseUne, sans lumière, et pal{)itant d'impatience, il guettait furlivement sa chère Galatée. C'étaient même calme dans l'air, même sérénité dans le cid, mêmes émanations suaves de la campagne. Son imagination supprimait le temps et les événements passés. Amnand n'avait pas quilté le ¥al*Perdu depui» six ans; Galatée vivait; elle était encore l>rillante de fraîcheur et de jeunesse; elle céderait aux instances de son amant ; elle allait se glisser, toute tremblante, à pas timides, retournant la tête, au moindre bruit, vers le grand oranger. L*œil fixé sur cet arbre prédestiné , Verneuil cherchait A entrevoir une forme svelte et légère; il épiait un mouvement du . feuilk^ , ou un pan de robe ondulant doucement à la brise nocturne.

Tout à coup il pâlit et se pencha en avant comme s'il allait tomber; sa bouche s'ouvrit pour pousser un cri ; «mais le sonniarriva pas jusqu'à ses lèvres. Haletant, les cheveux hé-

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risses sur la tète, il serrait convulsivemenl l'extrémité d*une branche de vigne qui se trouvait a portée de sa main.

C'est que riUusion s'était faite réalité. La forme svelte et légère venait en effet de se montrer au pied de l'oranger, blanche et vaporeuse comme la sylphide des traditions allemandes ; les branches parfumées se ba* lançaient au-dessus de sa tète, et le pan de sa robe de soie chatoyait aux rayons de la lune.

Armand posa la main sur ses yeux, et les tint fermés un moment ; puis il les rouvrit de nouveau ; il revit l'apparition à la même place.

Le colonel de Verneuil passait pour un des plu$ braves soldats de cette grande armée qui comptait tant de milliers de braves; cependant son visage était baigné de sueur, et il frissonnait.

Il eut néanmoins un éclair de réflATîAn.

— Quoi d'étonnant, pensa-t^îl, que

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qu*un se promène dans le jardin par celte magnifique nuit? Il n'y a là, sans doute, qu*une circonstance toute naturelle.

Alors, comme si elle eût deviné ses pensées, Tapparition sortit lentement de Tombre épaisse que projetait Toranger, et s'avança vers lui. C'était une femme, e*ëtait Galatée; Galatée, telle qu'il l'avait vue autrefois, avec son petit chapeau de paille, sa tunique de satin, son écharpe bleue, ses beaux bras nus aux bracelets de corail. La lune Téclairait tout entière, et Armand pouvait aisément reconnaître des traits si bien gravés dans sa mémoire. Elle était plus pâle et plus frêle qu'autrefois , mais son visage n'avait jamais resplendi d'une beauté plus céleste. Elle semblait affligée et levait fréquemment ses mains diaphanes d'un air de douleur.

Armand poussa un cri sourd et posa le

pied sur l'appui de la fenêtre pour s'élancer

dans le jardin. Mais au milieu de sa frénésie,

une sorte d'instinct l'arrêta. 11 recula viveâ. Il

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ment, et cachant sa lèle dans les couvertures 1 de*son Ht, il murmura cPnne voit entre- { coupée:

— il n'y a plus de doute..., je suis fou , ^ mon Dieu! j'ai perdu la raison.

Après avoir employé quelques Instants à se remettre de son trouble et à se répéter qu'il était dupe de son imagination exalta par la fièvre, il revint à la fenéti .

Cette fois le fantôme avait disparu. Il attendît plus d'une heure encore sans que rien troublât le silence et Timmuabilité de la nuit.

li'intvuf.

Aux premiers rayons du jour, Armand fut debovt et il se hâta de-de^céndre dans la cour pour échapper aux visions effrayantes qui rayaient poursuivi toute la nuit. A cette }ieure matinale, les maîtres du logis sem- ]^ai^nt encore se livrer aq sommeil, et les ^ijbétres étaient closes. Cependant une certaine activité r^nait déjà autour de la mai-

son. Un palefrenier promenait dans la grande avenue deux magnifiques chevaux de main couverts de housses écarlates * H#^.<s laboureurs ou des jardiniers, leurs oiïfi.^ r l'épaule, se rendaient à leurs travaux ; — entendait au loin les beuglements des bestî^iux qui allaient aux pâturages, sous la ga de de bergers bien différents de Lysandre c. de Néniorin. La solitude s'était peuple'' , l'Arcadie d'autrefois, devenue une ber^. 'le suisse, avait perdu son mystère et son élégance, mais non tout à fait son charme et sa poésie.

Verneuil désirait ardemment de revoir seul les lieux où s'étaient passées les principales scènes de cette histoire. Il redoutait les regards curieux qui eussent pu dans cette espèce de pèlerinage épier ses impressions et gêner sa douleur. Aussi , après s'être assuré que personne ne semblait avoir remarqué sa sortie , s'engagea-t-il rapidement dans cette ancienne allée de tilleuls qui conduisait ^ la partie la plus solitaire du VaUPerdu.

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