‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 52 sur 70 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

— Une dame! répéta Verneuil avec agitation. En effet, je crois déjà avoir entendu parler de cette circonstance, quoiqu'elle m'ait paru d'abord indifférente... Mais il n'y a, au Val-Perdu, aucune autre dame que la vicomtesse de Rancey : ne serait-ce pas elle, par hasard, qu'on aurait voulu désigner?

— Non, non, colonel; madame de Rancey n'a pas quitté l'habitation depuis six mois, et, deux heures avant l'arrivée de la personne en question, on avait vu la vicomtesse se promener avec son mari dans la grande avenue. C'était une étrangère qui avait l'air de se cacher soigneusement ; ils ont traversé le village avec la rapidité du vent, et depuis ce moment on ne l'a pas revue...

Armand se leva avec anxiété.

— Ravaud, dit-il, appelez Wolf et sa femme ; je veux les questionner moi-même ; je veux savoir...

— Ils ne vous diront rien de plus sur

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cette histoire, sinon peut-être que le voile de point d'Angleterre, qui enveloppait rinconnue de la tête aux pieds, valait plus de mille écus : c*est Claudine qui a fait cette remarque. On ne sait absolument pas autre chose sur la dame de la voiture. Cette aventure a-t-elle un rapport quelconque avec votre vision de la nuit dernière? Il ne m'appartient pas de prononcer là-dessus. Néanmoins , je voudrais qu'il me fut permis de rester prés de vous pour avoir l'œil ouvert sur vos affaires : je parierais ma moustache que nous finirions par découvrir quelque vilain pot aux roses.

— Et moi, Ravaud, je sens que votre présence me serait d'un grand secours... Vous êtes calme, brave, dévoué; vous me soutiendriez contre moi-même. Depuis quelques heures je suis faible et pusillanime comme une femme; je me trouve lâche!

— Triple tonnerre ! voilà une épilhèl me parait fièrement saugrenue, à mo-

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sais comment vous avez gagné votre double épauleUe k graines d'épinard. Mais voyons, colonel, n'y a-t-il aucun moyen de m*introduire dans celte maison hantée par les revenants? Un liôie de plus ne causerait pas un grand embarras dans une famille aussi ricbe...

— J*ai entendu dire que le comte et ses enfants étaient logés fort à l'étroit...

— Allons donc ! je suis militaire et je sais au besoin tenir |)eu de place : un grenier, une soupente, un chenil, tout me sera bon.

— £hbien! j'essayerai, je vous le promets.

— Essayez, colonel ; il vous sera facile de toucher quel({ues mots à voire vieux parent d'un de vos amis qui serait enchanté de faire sa connaissance. Dès ce soir, je prendrai garnison chez lui, et s'il y avait du louche, on verrait qu'il n'est pas facile d'atiraper des lapins comme nous, quand ils sont deux.

Ils s'entretinrent encore un moment sur

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ce sujet. Armand redoutait un peu le sansgéne soldatesque et républicain de son compagnon d'armes. Néanmoins il se contenta de recommander au capitaine de ne pas se présenter au Val-Perdu avant d'avoir acquis la certitude qu'il y serait le bienvenu, et il partit en promettant de lui faire savoir, le jour même, le résultat de sa requête.

Cette conversation avec un ami qui, sous des formes rudes, cachait un jugement sain, avait fait grand bien à Vemeuil.. Il se trouva même si calme et si dispos, qu'avant de quitter l'auberge il put s'entretenir familièrement avec Claudine, qu'il aperçut dans la salle basse, et la complimenter avec gaieté sur l'accroissement prodigieux de sa famille. L'épouse de mattre Wolf parut heureuse de cette marque d'intérêt ; elle rougit, elle sourit avec un reste de son ancienne naïveté, et, tout en dissimulant sous sa mantille son ventre rondelet, elle murmurait avec un g. — soupir :

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