CHAPITRE VI. 4S
donc à suivre le conseil d'Armand; et, laissant la bougie allumée pour le cas où le spectre jugerait à propos de se montrer de nouveau, 11 se jeta tout habillé sur. son matelas, où il ne tarda pas à s'endormir d'un sommeil presque léthargique.
Le reste de la nuit se passa tranquillement. Néanmoins Verneuil, dévoré d'une fièvre ardente, ne fit que s'agiter en prononçant par intervalles des mots entrecoupés et sans suite. ; que le jour parut, il se leva avec effort , alla appeler son domestique , couché dans une pièce voisine , et l'envoya s^informer si M. de Rancey était visible. Le domestique revint bientôt annoncer que le comte était déjà sur pied et s'occupait des préparatifs du départ.
Armand acheva de s^habiller avec le secours de cet homme, et le congédia. Puis il se prépara à quitter la chambre quoîqull fût blanc comme un suaire, et que ses jambes
eussent peine à le porter. Ravaud , assis sur 2. 17
son matelas , l'observait avec un vif intérêt.
— Colonel , denianda-t-il , que comptezvous faire ?
— Vous le saurez, mon ami ; accompagnezmoi, car aussi bien il me serait impossible de marcher sans aide.
Ils descendirent en silence. Dans la salle basse ils trouvèrent M. de Rancey, son fils et sa fille, entourés de paquets qu'on se disposait à charger sur une lourde berline stationnant dans la cour.
A la vue du colonel , le vicomte et la vicomtesse ne purent retenir un cri d'effroi. Le vieillard lui-même eut comme un mouvement de regret.
— Grand Dieu ! mais il se meurt* dit £s« telle en regardant son père.
— Est-il possible , dit le vicomte , qu'en si peu de temps?... Asseyez-vous, mon cher colonel, ajouta-t-il en avançant un siège avec empressement, vous respirez à peine.
Armand s'assit. M. de Rancey, qui av u
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le temps de se remettre d*une première impression, s'approcha à son tour :
— En effet, M. de Verneuil , dit-il froidement, vous paraissez avoir mal dormi. Seriez-vous malade? Voilà une circonstance fâcheuse au moment de nous mettre en voyage !
— M. le comte , répliqua le colonel d'un ton ferme , il ne peut plus être question du voyage prijeté... Je vous remercie de vos bonnes in( entions à mon égard, mais je n'en profiterai "^as.
— Y so gez-vous , Armand? Et votre mariage qui : lanquera peut-être? et votre fiancée qui vous attend ? «
— Elle m'attendra vainement , monsieur, car j'ai une fiancée dont les droits sont plus anciens et plus sacrés.
Le vieillard le regarda fixement.
— Quelle est cette nouvelle folie, monsieur? dit-il d'un air mécontent; la fiancée dont vous parlez peut-elle entrer en parallèle