‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 62 sur 70 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sant au comte ; voilà où ont abouti ces persécutions inouïes , ces apparitions , ces fantômes de contrebande ! Il parle de braver l'empereur comme de boire un verre d'eau fraiche.

— M. le capitaine Ravaud me permettra de traiter librement avec mon parent de nos affaires de famille, interrompit le comte avec beaucoup de dignité... Armand de Verneuil, ajouta-t-il en s'adressant au colonel, vous ne me contesterez peut-être pas le droit de vous demander la cause d'une résolution aussi désespérée : quelle est cette personne pour laquelle vous renoncez si aisément à votre brillante carrière et à la faveur d'un protecteur tout-puissant ?

— Une femme dont un seul regard eût pu autrefois me récompenser amplement de ces sacrifices, et qui maintenant ne règne sur moi que par le souvenir, car elle est morte !

Une espèce de frémissement courut parmi

les auditeurs.

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— ^ Vous ai-je bien compris? Serait-ce de Galatée, de ma malheureuse papille que vous voulez parler?

— C'est d'elle, en effet, M. le comte; je Taimais, je lui avais juré de n*épouser jamais d'autre femme qu'elle , et , pour gage , je lui avais passé au doigt Fanneau dema mère. Cette promesse, je n'avais pas cru l'éluder en consentant à donner mon nom à là jeune fille inconnue dont une volonté souveraine m*imposait l'alliance... Mais je m'étais trompé ; la nuit dernière les morts sont sortis du tombeau pour me reprocher ma faute... Je resterai toujours le fiancé de Galatée.

11 y eut un moment de silence à la suite de cette déclaration explicite. Mais Ravaud ne put contenir longtemps son indignation , et s'écria avec ironie en se tournant vers le comte :

— £h bien! monsieur, étes-vous enfin satisfait du résultat de vos machinations ? Votre malheureux parent vous semble-t-il avoif

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fisamment la cervelle à Tenvers?... £t l'on croit que je laisserai faire, mol ; que je permettrai plus longtemps de torturer et de mystifier un brave camarade ! Non, de par la peau du diable 1... A nous deux, mon vieux monsieur, si vous le voulez bien... Vous allez nous dire sur-lechamp quel est le but des sottes marcarades qu'on voit ici depuis l'arrivée du colonel Verneuil ; oui, vous le direz, entendez-vous? quand je devrais, pour vous y forcer, mettre le feu au quatre coins de cette bicoque et assommer tous ceux qui tenteraient de la défendre !

Les assistants paraissaient stupéfaits de cet éclat, que les circonstances justifiaient pourtant jusqu'à un certain point.

— Au nom du ciel ! modérez-vous , dit la vicomtesse à voix basse en se glissant derrière Ravaud ; vous allez tout perdre.

— Capitaine, dit Verneuil d'un ton de reproche, est-ce ainsi que vous tenez vos promesses? Mais vous rétracterez , je l'espère,

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ces paroles inconvenantes, et vous demanderez pardon à M. le comte.. •

— J'en suis bien fAché , Armand , mais je ne rétracterai rien, et je n'ai pas Thabitade de demander pardon ; vous êtes mon chef au régiment, mais ici vous n'êtes que mon égal.

M. de Rancey conservait une attitude calme et dédaigneuse.

— Le capitaine Ravaud oublie où il est, et à qui il parle, dit-il.

— Je n'oublie rien, et je sais ce que je fais, s'écria le militaire hors de lui ; je me conduis comme unbrutaletungrossier soldat, c'estpossible ! J'en rendrai raison plus tard à vous, à votre fils, à Armand lui-même, à l'univers entier, s'il le faut... Mais, mille tonnerres! je dirai ce que j'ai sur la conscience... Y a-t-il du bon sens de se conduire envers un parent comme on s'est conduit envers ce pauvre Verneuil ? 11 est à peine depuis quarante-huit heures dans cette baraque d'enfer, et il est déjà à moitié mort et à moitié fou... M^r

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