Le val-perdu
Le lieutenant Ravaud, en arrivant dans la grande rue, eut quelque peine d'abord à se reconnaître au milieu de la fumée noire et épaisse qui couvrait Rosenthal comme un voile sinistre. Il aperçut enfin, à quelque distance, Verneuil occupé à faire sortir les soldats des maisons où ils s'étaient embusqués, et à les ranger en bataille. Il avait le
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sabre à la main ; sa tête élait nue ; car il avait perdu son grand chapeau genevois dans sa course précipitée; son visage était pâle comme la mort, mais calme et intrépide. Ravaud allait le joindre, quand il rencontra sur son chemin quatre soldats portant un blessé qui, quoiqu'il eût une jambe fracassée, jurait, pestait, se débattait pour obliger ses porteurs à l'abandonner et à retourner au feu. Ravaud reconnut le sergent Labrune.
— Quoi donc! mon vieux, dit-il avec un accent de regret en lui touchant la main, déjà content?... Du diable! si vous ne vous êtes pas trop pressé de retirer votre épingle du jeu.
— Ah ! c'est vous , mon lieutenant , dit Labrune d'un air de satisfaction; je ne suis pas fâché de vous voir, vous et le capitaine Verneuil , reprendre la queue de la poêle ; elle est décidément trop chaude pour moi... J'ai reçu un vilain atout, et me voilà réduit à jouer à cloche-pied pour le reste de mes