CHAPITRE PREMIER
jours ; mais ça ne fait rien : Vive la république!... Ah ça ! vous avez eu une hère idée ce matin de nous mettre en garde, car si nous nous étions laissé surprendre par ces coquins, nous serions maintenant fricassés sans remission... Mais quand a-l-on pris le capitaine Verneuil ou le lieutenant Ravaud au dépourvu ?
— Allons, vous êtes un vieux flatteur, répliqua Ravaud avec un peu de confusion j mais nous avons autre chose à penser... Sergent, il me faut trente bons drilles qui ne boudent pas pour aller s'embusquer là-bas dans les broussailles, et cela vivement, car nous sommes cernés.
— Entendez-vous ça , vous autres? reprit Labrune avec agitation en s'adressant à ceux qui le portaient. Posez-moi tout doucement contre cette muraille, la figure tournée vers l'ennemi ; mettez à côté de moi mon fusil et ma giberne, et emboîtez le pas avec le lieutenant, mille jambes de bois I
i LE VAL-PERDU.
— Mais, sergent..., objecta timidement un des soldats.
— Mais vous êtes des poltrons ; vous faites les empressés autour du sergent Labrune, afin de ne pas vous trouver à l'endroit où les balles et les boulets tombent dru comme grêle... Posez-moi là , vous dis-je, et allez à votre besogne, tas de fainéants !
Et quand les grenadiers eurent enfin cédé à ses instances en l'asseyant sur des herbes sèches au pied de la muraille, il grommela d'un air de satisfaction :
— Je suis , pardieu , bien à plaindre ! Me voilà établi comme un pacha à trois cent quarante-deux queues et demie sur des trognons de choux ; ma parole d'honneur, il ne me manque plus que la pipe!... Avec ça que je ne me lèverai pour personne, et que si le général Souwarow lui-même venait me faire visite, je le recevrais assis sur mon trône comme un véritable empereur de pommes cuites... Ah! ma foi , on se dorlote un peu ;