CHAPITRE IV. 1 lô
qu'un se promène dans le jardin par celle magnifique nuil? 11 n'y a là, sans doute. qu'une cireonslanee toute naturelle.
Alors, comme si elle eût deviné ses pensées, l'apparition sortit lenlemenlde l'ombre épaisse que projetait l'oranger, et ;>'a\anea ver> lui. C'était une femme, c'était Galatée; Galalée, telle qu'il l'avait vue autrefois, avec son petit chapeau de paille, sa tunique cl t satin, son écharpe bleue, ses beaux bras nus aux bracelets de corail. La lune l'éclairait tout entière, et Armand pouvait aisément reconnaître des trails si bien gravés dan> >a mémoire. Elle était plus pale et plus frêle qu'autrefois, mais son visage n'avait jamais resplendi d'une beauté plus céleste. Elle sein blait affligée et levait fréquemment ses mains diaphanes d'un air de douleur.
Armand poussa un cri sourd et posa le
pied sur l'appui de la fenêtre pour s'élancer
dans le jardin. Mais au milieu de sa frénésie,
une sorle d'in>liuct l'anéla. 11 recula \i\e- 2. il
ment, et cachant sa (ète dans les couvertures de son lit , il murmura d'une voix entrecoupée :
— 11 n'y a plus de doute..., je suis fou, mon Dieu ! j'ai perdu la raison.
Après avoir employé quelques instants à se remettre de son trouble et à se répéter qu'il était dupe de son imagination exaltée par la fièvre, il revint à la fenêtre.
Cette fois le fantôme avait disparu. Il attendit plus d'une heure encore sans que rien troublât le silence et l'inimuabilité de la nuit.
L intrus.
Aux premiers rayons du jour, Armand fut debout et il se hâta de descendre dans la cour pour échapper aux visions effrayantes qui l'avaient poursuivi toute la nuit. A cette heure matinale , les maîtres du logis semblaient encore se livrer au sommeil, et les fenêtres étaient closes. Cependant une c'rtaine activité régnait déjà autour de la mai-
son.1 Un palefrenier promenait dans la grande avenue deux magnifiques chevaux de innin couverts de housses écarlates; des laboureurs ou >des jardiniers; leurs outils sur l'épaule, se'rendaient à hmrs travaux ; on entendait au loin les beuglements des bestiaux qui allaient aux pâturages, sous la garde de bergers bien différents de Lysandre et de Némorin. La solitude s'était peuplée; l'Arcadie d'autrefois, devenue une bergerie suisse, avait, perdu son mystère et son éléganee,mais non tout à fait son charme et sa poésie.
Verneuil désirait ardemment de revoir seul les lieux où s'étaient passées les principales scènes de cette histoire. Il redoutait les regards curieux qui eussent pu dans cette espèce de pèlerinage épier ses impressions et gêner sa douleur. Aussi , après s'être assuré que personne ne semblait avoir remarqué sa sortie, s'engagea-t-il rapidement dans cette ancienne allée de tilleuls qui conduisait à la partie la plus solitaire du Val-Perdu.