‹ Le val-perduChapitre 68 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nies dans une maison amie, aux suites possibles d'une méprise , d'un mouvement précipité?... Serrez ces pistolets, monsieur; serrez-les. je vous en prie.

— Comme vous voudrez, colonel, reprit Ravaud avec humeur; mais je comptais vous trouver moins scrupuleux envers ceux qui se raillent impudemment de vous.

— Quoi! vous persistez à croire?...

— Je persiste à croire que, depuis le joli petit garçon que vous teniez ce soir sur vos genoux jusqu'au vieux grand-père, tout le monde agit dans le même but, obéit au même mot d'ordre pour vous faire tomber dans quelque piège. On chuchote en vous regardant, on échange des signes sans fin; tout ce qui vous arrive, tout ce que l'on vous dit, parait calculé d'avance... Vous ne voyez pas cela, vousj mais, moi j'ai de bons yeux, et, si je ne me trompe, on les redoute déjà. Avezvous remarqué comme le vieux cherchait à me griser ce soir en me versant rasade sur

rasade , en mêlant sans cesse le rouge et le blanc, de manière à bouleverser ma pauvre tète? De par tous les diables, il a réussi à moitié... Néanmoins je me suis aperçu de sa charitable intention; j'en ai conclu que l'on vous préparait quelque nouvelle niomerie pour la nuit, et qu'on ne serait pas fâché de me mettre dans l'impuissance de vous assister quand le moment serait venu.

— J'ai beau chercher, Ravaud, je ne devine pas dans quel but on se plairait à me tourmenter si cruellement; et, à moins que vous ne parveniez à m'expliquer...

— -Je ne vous expliquerai rien du tout, colonel, car je ne puis me donner à moi-même la moindre explication raisonnable de ce qui se passe ici... Seulement nous avons affaire à un vieil original, têtu comme un mulet , et dans la tête duquel peuvent s'implanter les idées les plus biscornues... Mais vos persécuteurs vont sans doute se remettre à l'œuvre, il est temps de nous préparer à les recevoir.

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