‹ Le val-perduChapitre 70 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Ravaud, répliqua le colonel en secouant la tète, vous ne découvrirez rien.

— Bon! vous voilà encore avec vos idées superstitieuses; mais essayons, et si je ne réussis pas, vous serez en droit de penser ce qu'il vous plaira... Voyons, Armand, continua-t-il avec une certaine rudesse cordiale, soyez homme, morbleu! souvenez-vous de vos résolutions d'aujourd'hui; en vérité, ces terreurs de vieille femme sont indignes de vous !

— Vous avez raison, Ravaud, répliqua Vrineuil avec fermeté. Mon honneur est intéressé à ce que je déjoue une supercherie qui peut me couvrir de ridicule... Eh bien! je consens à tout ; seulement, vous me promettez de ne faire aucun éclat, de n'user d'aucune violence inutile...

— C'est entendu ; liez-vous à ma prudence... A l'ouvrage donc ! car nous perdons un temps précieux.

Il souffla la bougie, après avoir préparé

néanmoins tout ce qu'il fallait pour la rallumer prompteinent ; puis, s'aidant du treillis de la vigne, il descendit sans accident dans le jardin, où il se glissa d'un pas furtif et léger.

Armand de Vcrneuil s'était accoudé sur l'appui de la fenêtre. Teu à peu ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, et il parvint à reconnaître vaguement quelques-uns des objets environnants; le grand oranger apparaissait comme une masse noire et compacte, arrondie par le haut, et les vitres de la serre envoyaient encore un reflet terne et blafard. Tout le reste se confondait en masses sombres, d'où l'imagination pouvait faire surgir les formes les plus monstrueuses et les plus effrayantes.

Lu long espace de temps s'écoula, et le capitaine Ravaud n'avait donne aucun signe de sa présence dans le jardin; san>. doute, tapi derrière une touffe d'arbustes, il se tenait prêt à s'élancer quand le moment serait

Page 1