CHAPITRE VI
venu. De son côté, Verneuil, livré à luimême , retombait insensiblement sous le coup des idées rétrospectives que cette veille nocturne était si bien faite pour inspirer. Ses souvenirs de Galatée lui revenaient en foule; il songeait combien de fois, à pareille heure et à cette même place, il avait attendu la bergère ; et son cœur se serrait à la pensée de ne plus la revoir.
Tout à coup il crut entendre derrière lui un léger bruit comme celui d'une porte qui s'entr'ouvre avec précaution. Il se retourna vivement ; mais la plus complète obscurité régnait dans la chambre, et il ne vit rien. Après un moment d'attention , il soupira et reprit sa place à la fenêtre.
Alors, soit réalité, soit illusion, il lui sembla que son soupir était répété faiblement à l'autre extrémité de la chambre. Il regarda de nouveau , mais il n'aperçut rien encore.
Enfin une voix douce et plaintive appela près de lui d'une manière distincte :
— Armand de Verneuil!... Armand !
Le colonel fit un pas en avant, les bras tendus, les cheveux hérissés sur la tête; il avait reconnu, de manière à ne pouvoir s'y tromper, la voix de Galatée.
— N'avancez pas, reprit-on , ou je disparaîtrai et vous ne Saurez pas ce que j'ai à vous dire.
Verneuil resta immobile.
— Qui ètes-vous? balbutia-t-il avec effort. Au nom de Dieu, je vous adjure de me dire qui vous êtes !
— Je suis celle que vous avez vue, du haut du rocher blanc, se précipiter dans le lac du Val-Perdu, il va six ans!
Cette réponse devait naturellement réveiller dans l'esprit troublé du colonel les idées superstitieuses qui y germaient depuis la veille ; mais, par un bizarre effet de la contradiction humaine, il éprouva un sentiment tout opposé.
— A-t-on réfléchi , demanda-t-il avec co-