LL LE
ee
jure, Calixte,
—Mademoisel le.
Calixte ne Parut point entendre; d'un mouve-
ment non pas brusque mais énergique, l’homme -qui se tenait debout près d'elle sérra le bras de la jeune fille.
En poussant un C
mademoiselle.
ri elle se redressa,
— Mademoiselle, c'est moi, Broussailles, le berger. J'étais dans le taillis OCCUpé à me tail ler une houlette... ot voilà que par hasard, bien Par hasard, J'ai entendu.
Calixte ler Pouvante.
— Vous save ce de dire?
—Je le sais.
—Mon Dieu! il ne me manquait plus que cette
honte! + —Ne craignez rien,
ni du misérable —Eh! que
homme!
—Les bergers ont. des secrets, mademoiselle.
—Je n’y crois pas.
—Et Pourquoi Les nieriez-vous ? Jurez-moi d’a-
Voir confiance dans le vieil homme qui vous pro-
tège et qui arracha M, Jacques à l'incendie...On,
doit signer dans huit jours votre contrat Mariago?
Dimanche, oui, — Prenez trois bri moiselle, portez-los où le notaire faites, si vous
egarda avec des Yeux remplis d'é-
7 ce Que cette homme à eu l’auda-
mademoiselle, ni de moi, qui convoite votre fortune.
Pouvez-vous pour moi, pauvre
de
dimanche prochain...
ns de cette fleur bleue, ma:' SUT Vous jusqu’au moment Vous pricra de signer. Si vous le avez confiance en moi, je vous je VOUS screz sauvée.
—Pauvre bon berger! vous m' -Profondément...
— Donnez
‘’mez done 2
VOs brins de fleurs bleues, alors,
vous êtes un vieillard, et votre prière à Dieu me donnera du courage.
Elle se leva, regarda Broussailles, et, pour la première fois, demeura frappée du caractère de sa physionomie. Le désespoir s'y mélait à unc tristesse incurable.
—Vous serez heureuse! fit-il, je le veux.
Il décrivit un grand cercle avec sa houlette neuve, comme s’il voulait conjurer un mauvais esprit, puis il s’enfonça dans le taillis, pendant que Calixte s’éloignait en chancelant.
Elle ne gardait guère d’espérance la pauvre fille; la convoitise et la cruauté d'Anatole Corseul lui semblaient trop redoutables pour que le pouvoir du berger les conjurät. Quand elle revint de sa promenade, brisée, pâle, et se trainant avec peine, son père poussa un cri d'épu: vante.
—Qu’as-tu ma chérie, qu’as-tu?
—Sur mon chemin j'ai trouvé un reptile, et j'en suis toute effrayée. Ce ne sera rien! rien!
M. Vauvilliers la prit dans ses bras, et cette caresse lui causa une telle émotion qu’elle fondit en larmes.
—Tu es bon! dit-elle en relevant la tête et en le regardant de ses grands yeux remplis de tendresse... Oui, tu es bon, car je vois ton âme dans tes prunelles.. Une âme grande et sainte...
—Toute âme garde ses ombres, mon enfant, mais grâce à Dieu je puis bien tout, dire devani tous: —Je suis un honnête homme!
Elle joignit les mains avec une expression de reconnaissance profonde, et répéta:
—Un honnête homme! oui, le plus probe et k:
meilleur de tous.
Dans son âme une grande paix venait de descendre. Elle ne craignaiït plus. Le sentiment de
la noblesse, de la bonté et, de la grandeur du caractère paternel passa soudainement en elle, et la chère créature se reprocha comme un crime d’avoir pu être ébranlée dans sa sainte confiance par le misérable moyen employé par Anatole pour la tromper, et lui arracher une parole qui serait sa condamnation à un éternel malheur. ,
Lorsque Jenny Chazelles et son fils rentrèrent, elle avait retrouvé son sourire, bien que la pàleur demeurât sur son front, Et cependant elle: sentit plus d’une fois un serrement de cœur dou loureux, quand ses regards se portaient sur Jacques. Le misérable qui avait eu recours à un moyen infâme pour les séparer n'ourdirait-il point quelque trame nouvelle? Elle porta ma chinalement la main à son corsage dans lequel étaient enfermées les petites fleurs bleues, et elle s'efforça de secouer sa préoccupation, Le Jen demain cependant elle ressentit une émotion aussi profonde que douloureuse, en trouvant, dans le coffret où elle serrait son travail une feuille de papier sur laquelle se trouvaient écrits ces mots: “N'oubliez pas!” Elle essaya de se distraire, de perdre le souvenir de Ja menace qu'on lui rappelait brutalement, mais elle ne PU& V parvenir et tomba dans une sombre tris
Son père l'en arrache en entrant dan:
soncabinet de travail: i] tenait à la main une assez grande cassette et. l’ouvrant devant sa ille,, il Jui dit:
—Là se trouvent des souvenirs remontant bien loin: l’histoire des familles se résume souvent
quelques bijoux... La cassefte est pleine jusqu'aux abords. Tn vas te m ier, ma chérie, et je te l'apporte... À ton téér tu ftrans-
meîtras à tes enfants ce qu’elle contient...prends
au hasard... tu rogardes cet étrange bijoux... ta bisaïeule le porta... C’était un bijou ‘à la victime” une guillotine en or qu’on se suspendait au cou... Il n’en reste peut-être plus une seule... Cette boîte à mouches appartint également à Gabrielle Vauvilliers... elle était belle, comme tu peux en juger par cette miniature... Deux montres semblables; il fut de mode de porter ces montres et de riches breloques, ton grandpère s’en pära. Il était élégant quoique savant.. Un bracelet de diamants que je donnai à ta mère, glisse-le à ton poignet, mon enfant
Un collier de perles fines venant de ma sœur Lise, morte à vingt ans... La tabatière d’or de mon grand oncle. Ce portrait enrichi d’émeraudes et de brillants me rappelle un être qui me fut bien cher jadis: mon frère Georges.
—]l est mort? demanda Calixte.
—Peut-être; mais jamais nous n’avons pu Savoir la vérité à son sujet. Intelligent et ïinstruit il ne domina jamais ses passions, et ses passions le conduisirent à l’abîme...
—Quel singulier regard, dit, Calixte en posant les yeux sur la miniature, il me semble l'avoir rencontré quelque part.
Puis subitement elle ajouta:
—Ainsi vous ignorez ce qu’il est devenu?
—Complètement.. 11 quitta la France à la suite d’un événement terrible et jamais il ne nous a écrit.
—T] s'appelait Vauvilliers.. murmura Calixte.
Son père continua à énumérer les bijoux renfermés dans la cassette, puis après l’avoir embrassée, il la laissa seule, les veux encore fixés sur le portrait du conpable et malheureux Georges.
Elle ne quitta son cabinet que pour se rendre
chez Mme Chazelles. La sérénité d'âme de la veuve la calma, Cependant elle éprouvait un impérieux besoin d'entendre parler d'histoires dramatiques surverues dans les familles. On eut, dit que pour £e fortificr, elle voulait, connaitre des drames intimes dont, les héros avaient fait preuve d’une rare énergie,
Pour 4a première fois elle oSa parler à Jenny du mari qu'elle avait perdit. Puisqu’elle devait entrer dans la famille Chazelles, les morts lui appartenaient comme les vivants. D'ailleurs entendre parler par Mme Chazelles de la tendresse qu’elle avait ressentie Pour son mari, c'était en quelque sorte écouter l’écho de son propre cœur.
—Si je lPaimais, Calixte, ma fille, répondit la veuve à une question de Mlle Vauvilliers, il avait pris la meilleure part de mon âme, et la place qu'il 9CCupa resta vide. Ma tendresse Pour Jacques n’a pas réussi à me faire oublier le malhour qui me fut ravi d’une façon si creulle. Je le préferais à tons ceux qui demandèrent alors ma main... de ce nombre était un jeune homme hardi, violent, qui prétendit longtemps m’imposer une affection dont, j'éprouvais une crainte secrète. I] était riche, beau, et portait le même nom que le maïît re de la fonderie... C'elui-là jura de se venger de mes dédains.. et si le crime qui nous ruina n'eut été un assassinat, au lieu d'être un vol, l'aurais soupçonné...
Elle s'arrêta brusquement, et dit en manière de conclusion:
—1] existe beaucoup de Vanvilliers en France.
Calixte comprenant le mal que faisait à Jenny l’évocation de ces souvenirs J’embrassa et, amena Fentretien sur Jacques.
—J’ai donné au fils une double tendresse, re-
ve
prit Mme Chazelles. Je vis de sa vie, je mourrai de sa mort... Et, vous le dirai-je, chérie, je me suis vue sur le point de vous haïr...
—Moi! s'écria Calixte.
Vous! oui, si vous ne l'eussiez pas aimé, Jacques eut succomBé à sa douleur; ne secouez pas la tête, mon enfant. Ce jeune homme si fier, si beau n'avait jamais aimé avant de vous rencontrer... le jour où il m'apprit que nous devions abandonner le Val-Perdu je compris l’étendue et la puissance de son mal...
—Ne me dites pas cela, je vous en conjure !
s’écria Calixte en joignat les mains. Je ne dépends pas de moi, mais de mon père... Si je mourais, Jacques devrait pourtant se résigner… Nous ne sommes pas mariés, nous ne serons même fiancés que dans huit jours... Il arrive bien des événements durant une semaine... Oh ! né me regardez pas de cet air effrayé... Dieu est au-dessus de nous... Le bonheur est fragile entre les mains des hommes... Ma mère! vous qui remplacerez celle que je n’ai point connue, je puis bien vous le dire à mon tour, je ne survivrais pas à la perte de la félicité sur laquelle je comptais si bien!
—Qu’as-tu, Calixte? demanda Mme Cha!
en relevant le visage de la jeune fille, tu sembles inquiète et nerveuse. Tes discours rcspirent la tristesse et la défiance... Que t’a-t’on dit, que crains-tu ?
—Quand on est heureux, on doit toujours redouter le malheur, ma mère.
Il ne t’atteindrait point dans nos bras.
Calixte en quittant Mme Chazelles trouva dans le jardin Marielle Aubenas.
—Un miracle! s’écria Calixte. Vous êtes donc guérie?
—À peu près, je ne désespère plus.
—Enfin! M. de Verfeuil sait que vous seule pouvez le rendre heureux
—Je vous dois d'avoir adouci le caractère de sa mère, Du jour où M. Adémar accepta une place au Val-Perdu, elle comprit qu'il rejetait derrière lui d'autres ambitions et que le travail nous rapprochait.. Klle ne demande plus que trois ans d'épreuve; nous sommes armés pour la patience, Je renais, je respire, et le portrait que fit de moi M. Jacques n'est presque plus re Connaissable, Je ressemblais alors À une agonisante, tandis que maintenant, je vis! je vis!
Toutes deux s'embrassèrent et causèrent longtemps sous les grands arbres. l'andis que Mariclle voyait devant, elle se dérouler un avenir de joie, Calixte se demandait ce qui arriverait, d'elle dans quelques jours. La conversation qu'elle avait eue ave son père apaisait ses alarmes, mais le Souvenir d’Anatoie Corseul, et de la lettre qu'il lui avait montrée, la tourmentait encore, Que devait-elle croire des prédictions du berger, pauvre homme habitué à croire aux rêves et à regarder les étoiles? Du reste, si elle avait, un moment repris courage, un incident la replongea dans ses terreurs. Un des valei: de M. Corseul s’avança sur la pelou- “t, Un magnifique bouquet à la main. 11 le po- Sa Sur une table de jardin en disant:
—De la part de mon maître.
Calixte cut an instant l'idée de le fouler aux Pieds, elle se retint, jeta un louis au valet et, la visage enflimmé de coîère, elle lui fit signe de s'éloigner.
—Calixte, demanda Marielle, comment recevez-vous des fleurs de M. Corseul, puisque vous êtes engagée à M. Chazelles?
nu
Calixte prit le bouquet, le lança sur l'herbe et le piétina avec rage, puis, cachant son front dans ses mains, elle pleura.
Deux heures plus tard Anatole parut au Val- Perdu, sous prétexte de faire une visite à M. Vauvilliers. En traversant la pelouse, il vit son bouquet lacéré, piétiné; une expression de colère traversa son regard, il releva une rose maculée et broyée, la serra dans un portefeuille et ne trouvant point M. Vaavilliers à son bureau il revint dans le jardin.
La vue de deux robes claires le guida. IL se dirigea du côté de Culixte et de Marielle. Mile Aubenas dédaignait profondément ce Parisien aux airs conquérants,; elle prit congé de Calixte qui, après l'avoir reconduite jusqu’à la grille, revint à pas lents vers la maison.
Anatole prit dans son portefeuille la rose flétrie, et la tendant à Mlle Vauvilliers.
__l'raîche ou froissée, vous la porterez, dit-il.
Elle essaya de lutter, mais la voix de M. Corseul devenue plus impérieuse répéta:
-Dans trois jours nous serons engagés l’un à l’autre, ou votre père sera perdu...
Calixte tendit machinalement la main vers la fleur qu’elle serra dans ses doigts avec une contraction nerveuse si violente que le sang jaillit de nouveau de ses mains.
—Prenez garde! dit-elle à son tour étincclante de colère, je n’aurai pas à chercher loin d'ici un homme qui me vengera de vos lâchetés et de vos bassesses.
__Vous vous trompez, mademoiselle, la personne à laquelle vous faites allusion et dont les sévères principes me sont connus rejettera bien loin la pensée d’une alliance avec votre
famille quand J'aurai montré la lettre que vous avez vue, Me défiez-vous d'agir ?
—Qui, répondit-elle; en vérité j'étais folle, j'ai tremblé pour mon père. Un de ses regards à suifi pour me rassurer. Je crois capable de tout, mais je lutterai ct d'autr 8 von. 4 r'ASeront,
—J'aurai pour excuse de selle, la violente passion qu rée. J'ai demélé tous les Fi rible, je les garde en mair, «ei rnicr atout, qui me fera gagner la partie . i Le, attandez un moment. mademoiselle votre pi: et M.
Chazelles viennent de ce côt u bout &e quelque menutes d'un entretien dout vous se rez témoin, si vous Jugez que votre père court un danger, si vous désarmez enfin, vous relèverez vous même cette rose flétrie. Cette fois, je ne vous la tendrai plus.
En effet Vanvilliers ct Jacques arrivaient lentement de ce côté.
Calixte ‘était tombée sur un banc, et regardait d’un œil morne les débris de fleurs jonchant le sol autour d'elle. Son père ct son fiancé paraissaient complètement heureux: et le sourire qui se jouait sur leurs lèvres alla au cœur torturé de Calixte Pour Je rassurer de nouveau.
M. Vauvilliers Parut surpris d’apercevoir Anatole,
—Monsieur, dit-il avec une sorte de sécheresse, ma fille ne s’entend guère à la métallurgie.
—Vous vous trompez, monsieur, les aptitudes de mademoiselle lui permettent d’avoir des idées très nettes sur la valeur de la mine du mont Canigou: mais en ce moment je lui parlais de l’opéra de Gounod, ‘“Sapho”’, qui doit être
représenté cet hiver. Je lui décrivis les splendeurs de cette salle d'Opéra dont l'escalier pourrait être mis dans un écrin, et je lui répétais que sa place serait dans une de ces loges où trônent les reines de l'élégance et de labeauté!
__Mafille restera tout simplement reine du, Val-Perdu. et cette royauté-là en vaut bien une autre. Elle donne audience à ses pauvres, au lieu de recevoir des fournisseurs qui, pourvu que la folie de la toilette monte au corveau des jeunes femmes, se changent vite en créanciers. {ci elle est si riche que je lui permets de soulager toutes les misères; à Paris Calixte posséderait une fortune à peine suffisante pour soutenir ‘ luxe dont, une loge à l'Opéra est un détail. !': reste, je connais assez ses goûts cb ses sentiments pour être certain que les plaisirs de Paris ne la tentent guère.
Anatole se retourna du côté de Jacques:
__Monsieur, lui dit-il, les hasards de la conversation m'ont ‘fait prononcer l’autre jour votre nom chez mon notaire, maître Froideveaux qui, comme vous, esb originaire de Riom: et il me fit une singulière confidence... En vous la répétant je crois vous rendre un service, car vous devez tenir avant toutes choses à vente votre malheureux père. Un crime vous rendit.
orphelin.
Pourquoi rappeler cet horrible souvenir monsieur.
—Je vous l'ai dit, afin de vous venger.
— Jacques, dit Vauvilliers d'une voix grave, pardonnez mon ami... Dieu qui épaissit les ombres du mystère sur votre malheur semble vous avoir commandé l'oubli. Plus de vingt années se sont écoulées depuis ce malheur l'enfant
est devenu un homme... Celui qui vous priwa de votre fortune est mort peut-être...
— En êtes-vous certain? demanda Anatole en regardant en face le maître de la fonderie.
Celui-ci parut se troubler, et ce trouble n'échappa point aux yeux de Calixte.
l'opinion de maître Froideveaux différait de la vôtre, poursuivit Anatole, il connaissait l'histoire d’une rente anonyme reçue par votre mère à des époques indéterminées, et il étui convaineu que la main qui vous jeta ceite aumône était celle de l'homme qui déroba à votre père les quatre cent mille francs qu'il venait de toucher en échange de sa terre de...
—Mousieur! s'écria Vauvilliers avec colère, Pourquoi rappeler à Chazelles ces souvenirs terribles ?
— Mais, dit en riant nerveusement Anatole Corseul, chacun à son petit amour-propre, monsieur; je ne suis point fâché de prouver que j’aurais pu entrer dans une afitre carrière que celle des affaires... tenez, il me semble que j'aurais eu beaucoup de disposition: pour la magistrature... Je pensais mérit andement de M.{h:zelles en le mettant : piste vainement, poursuivie...
—Vous troubleriez sa vie! dit Vauvilliers en s'avançant vers Corseul; encore une fois, laissons dans le passé ce drame funèbre. le présent va largement compenser les douleurs subies ; Jacques sera heureux, et sa fortune dépassera de beaucoup celle qui jadis lui fut ravie.
—Pauvre père! murmura Calixte, comme il semble souffrir. ,
—M. Vauvilliers ne peut traduire votre pensée, continua Anatole en étendant la main vers Jacques. Il est de votre devoir de traîner de-
vant les tribunaux le misérable qui devint de fait l'assassin de votre père... Dites un mot et je vous apprends son nom, et ie le traîne à vos pieds, et si c'est à lui que vous devez votre fortune...
Si c'était à lui, monsieur, avec quelle rage et quel dégoût je ia lui jetturais à la face! répliqua Jacques.
Prenez garde, s'il occupe un rang élevé!
Je le démasquerai..
-Quel qu'il soit?
—En pouvez-vous douter...
__Vous serez satisfait, monsieur, répondit Anätole en faisant le geste de prendre un carnet dans sa poche.
.-Taisez-vous, monsieur! dit Calixte d’une voix étranglée, et se baissant rapidement elle prit la rose qu’elle fixe à son corsage.
-Es-tu folle? demanda M. Vauvilliers, ceci n'est pas une fleur, c'est du fumier.
Et il l’arracha pour la rejeter au loin.
Calixte passa rapidement devant Anatole.
Je serai votre femme, dit-elle.
Cette fois est-ce pronggun retour ?
—Sans retour.
__Je me trompais, dit Anatole, il me semblai' avoir sur moi mon portefeuille, je l'ai laissé à Beauchâtel… Mais soyez tranquille, monsieur, je vous romettrai la note rédigée par maître Froideveaux.
Viens, Calixte, dit Vauvilliers à sa fille.
Jacques allez, je vous prie, surveiller la fonte de la Grande Cérès de Firmin.
Le maître de la fonderie resta seul avec Anatole.
__Retenez bien ceci, monsieur, lui dit-il, j'aime Jacques Chazelles comme un fils, et je vous sau-
rais le plus mauvais gré de troubler cette âme loyale. Si vous tenez à ce que nous traitions ensemble quelques affaires, vous ne retrouverez jamais la note dont vous venez de parler.
—Je serai toujours disposé à me rendre à vos desirs, monsieur, ce n'est point d'aujourd'hui que vous connaissez mon respect et ma sympathie, doublés, vous le savez, encore par mon admiration et ma tendresse pour Mlle votre fille.
—Ma fille, monsieur, doit rester complètement en dehors des affaires que nous avons à traiter, s’il faut vous en donner une raison qui, dans quelques jours sera publique, elle va devenir la femme de Jacques qui deviendra mon associe.
—Je sais, monsieur, que M. Jacques Chazelles est mon rival, mais deviez-vous m'accuser de fatuité, je vous dirai que souvent une jeune fille se trompe sur le premier battement de son cœur. Vous avez trop répété à Mlle Calixte que le bonheur est de vivre au fond du Val-Perdu: elle rêve aujourd'hui Paris et ses fêtes, et sielle ne vous avoue point encore qu’elle regrette d’avoir laissé des espérances à M. Chazelles, elle 1.2 tardera point à vous dire que mieux éclairée sur ses sentiments elle a fait un nouveau choix.
—Voudriez-vous me laisser entendre que Ua lixte..
—Daïigne m'encourager, oui monsieur.
—Elle changerait ainsi? brusquement elle plongerait Chazelles dans le désespoir... Monsieur, vous avez mal agi en essayant de jeter le doute et le trouble dans l'âme de mon enfant... Mais Calixte m'aime, Calixte a confiance en moi...
—Je vous en prie, pas un mot de plus! vous finiriez par diro que jamais vous ne m'acceptorez pour gendre!
—Heureusement nous n’avons à traiter que l’affaire de la mine. Je vous donnerai une réponse définitive dans trois jours.
M. Vauvilliers salua légèrement et s’éloigna le visage hautain, une profonde irritation dans l’âme.
—1l faut éloigner cet homme à tout prix, murmurait-il en prenant le chemin de son habitation. Comment ce secret est-il parvenu jusqu’à lui... Le devoir professionnel auraît dû empêcher Froideveaux de révéler l’existena de la rente faite à Bertrand. Mais ce Corseul en sait davantage... On dirait qu'il connaît le nom de celui qui...
Vauvilliers n’acheva pas, mais son pas s’alourdit, son visage devint sombre, et le malheureux était d’une mortelle pâleur quand il franchit le seuil de sa maison.
Dans le hall Calixte l’attendait.
M. Vauvilliers examinait la maquette d’une statue que Firmin Bercy venait de déposer sur son bureau lorsque Calixte y entra timidement. Sa démarche était chancelante, son' front d’une pâleur de marbre, Elle paraissait si abattue et si faible que son père poussa un cri de surprise douloureuse.
—Qu’as-tu? lui demanda:t-il, qu’as-tu?
Elle se laissa tomber sur un tabouret, puis d’une voix basse comme celle d’une mourante elle lui dit:
—Pèré, promets-moi de ne pas t'irriter contr. moi.
—M'irriler, ma chérie, jamais tu ne m'en as fourni la cause.
—Mais si je le faisais, père si dans ma conduite, quelque chose t’attriste jure-moi d'avance que tu me pardonneras.
Le regard qu’elle attacha sur lui, et l'accent: avec lequel Calixte prononca ces mots prouvà rent à M. Vauvillicrs qu’il s'agissait d'une faire plus grave qu’il ne l'avait cru d’abord.
--Ne m'alarme pas, chère enfant: j'ai en to une confiance sans bornes, As-tu dépensé tri d'argent pour ta parure? Je suis prêt à ac quitter tes mémoires. Te faut-il une somme importante pour tes aumônes? Je la tiens à ta disposition. Ne vas-tu pas d’ailleurs disposer de ta fortune? Dans deux jours ne seras-tu point fiancée à Jacques Chazelles ?
Calixte saisit la main de son père et y coll: ses lèvres.
—Mon Dicu! fit-cle, comment vous apprendre? Vons savez, père, le cœur d’nne jeune fille peut aisément se tromper. On croit aimer d'i ne façon puissante, et, tout à coup on s’apor- -çoit...
La pauvre enfant, s’arrêta, et. pour la seconde fois, mit un baiser sur la maïn de son père
Celui-ci la retira avec une sorte de brusquerie, puis éloignant de lui le front de sa fille:
— Ah! çà qu'est-ce que tu veux dire? Auraistu lu des romans, par hasard? Tu me répètes là des phrases tontes faites qui traînent dans les livres... Le cœur se trompe! Non, ma fille, duand il est droit. comme Je tien.il ne saurait errer: je n’en demande pour preuve que ton choix... .Taceques ost, digne d’une grande nffection, ct je te connais assez Pour savoir que tu la li œarderas jusqu'à la mort.
—Tu refuses de me comprendre! s’écria Calixte, et cependant il le faut... Le temps marche, et dans deux jours il serait trop tard.
—Cela devient sérieux, fit Vauvilliers en attachant sur sa fille un regard sévère; parle donc, j'écoute, je jugerai.
Ne me traite pas durement, je t'en supplie.
Je souffre assez de te faire cet, aveu... «1 le faut cependant, il le faut. Jacques... M. Chazelles, que J'avais cru capable de faire mon bonheur, n'y parviendra jamais.
Que me dis-tu 1à?
—La vérité, père, la vérité... Je me suis hien étudiée, j'ai fouillé au plus profond de mon âme, et je sais maintenant que mon mariage avec Jui est impossible.
—Mais c’est de la folie! et pourquoi ce mariage qui réunissait toutes les convenances et toutes les tendresses, se trouve-t-il aujourd’hui ne plus présenter que des dangers?
—Oh! ce n’est point la faute de M. Chazelles, fit Calixte avec une hâte généreuse: je crois même que ma décision lui causera un sensible chagrin. J’essaierai cependant de le lui faire comprendre... Tiens, c’est moi qui suis mauvaise et coupable... Si j’épousais M. Jacques, je ne resterais nas au Val-Perdu…
—Tu t'y déplais donc?
—J’y ai passé dix-sept ans, répondit Calixte d’une voix altérée.
—Dix-sept ans! oui, c’est vrai! Mais entourée de tant de soins, couvée avec tant de sollicitnde... N’ai-ie pas fait tout ce que j'ai pu pour te rendre ja vie heureuse, dans cet horizon que tu sembles aujourd’hui trouver trop étroit. Calixte! seraistn incrate? Situ as vécu pour moi n’ai-je pas sacrifié davantage en reposant
sur toi seule l'affection de mon cœur? Quand mourut ta mère, j'étais Jeune cneore, il m'eut, été facile de trouver une nouvelle compagne: et J'ai repoussée toute idée de second mariave dans la crainte qu'une belle mère te causât des chagrins Ici tu as des amis qui te chérissont, Que demandes-tu de plus ?
—Ce que je demande, c'est d'autres plaisirs que ceux qui me sont offerts dans cette vallée... c'est voir autre chose que les hauts fourneaux. Ce qui me manque, ce sont les plaisirs et les élégances de Paris!
—Mais tu partiras pour Paris aprôs ton mariage, ma chérie, et F'rtras autant de mois qu’il te corn nousibla de vivre sans ton père... Enfin s'il faut, te promettre davantaro, td y possèderas une installation d'hiver, et ie te ferai construire un petit hôtel.
— Vous êtes bon, mon père, incitant et grénéreux... Mais ce n’est pas seulement la vie parisienne qui excite mn convoitise, il fant que le COMpagnon de mon existence anima le bruit, le mouvement ct le plaisir, Il faut qu’il ait l’habitude des élégances, le goût, du Inxe et le talent de faire honneur à ses revenus... M. Chazelles est ei crave, si raisonnable; il travaille d’une façon si asridne que le désaccord ne tardera point à régner dance notre m'nawe. Lorsque je parlerai d’aller aux courcs :! obiectera un travail à finir. Si jo vaux assister À une première représentation, il témoignera qu'il ent, Préféré travailler dans son cabinet. D'abord il cédera, puis œtte condescendance lui semblera plus difficile, {1 mo pricra de sacrifier au plaisir, fe lui reprocherai de ne point assez s’occuper de moi: ja euerre éclatera dance notre ména ge, et alors.
—Si je comprends, dit M. Vauvilliers, tu ne veux plu. épouser Jacvues.
—Non, mon père.
—Sais-tu bien que ce serait une infamie! et qu'on n’a plus le droit de se jouer des sentiments d’un honn‘'ti; homme, que de lui dérober son bien. Oui, ce serait une infamie! et je n’en deviendrai pois romplice. Mais folle créature, quel ami trou -ras-tu jamais qui possède les qualités de J:cques? Son amour du travail ne le rend ni morose ni sévère; il fera pour toi tous les sacrifices. Lui retirer la parole donnée! Jamais! Quoi! lorsque luttant contre son cœur il voulait s'éloigner, je l'ai forcé à rester; lorsque tous deux nous ne devons la vie qu'à son courage, nous le chasserions aujourd'hui.. Tu n'as point réfléchi, Calixte, à l’énormité de ce que tu me proposes. Nous serions des misérables si nous repoussions aujourd’hui toi, l'homme a qui tu dois ton père, moi, celui qui m'a gardé ma fille. Tu as librement accepté Jacques pour fiancé, tu l’épouseras.
—C’est impossible, mon père, impossible! répondit Calixte.
Vauvilliers fit un effort pour canserver le calme dont il avait besoin. La colère bouillonnait en lui, et cependant il voulait, parler à sa fille sans brusquerie, et l’amener à une confidence complète par la douceur et la longanimité.
—Souhaiterais-tu retarder seulement, la célébration de ton mariage?
—Non, fit-elle en s’exaltant par sa propre douleur, je veux rompre ce projet sans retard.
—Âs-tu pensé à entrer au couvent?
—Non, mon père.
—Tu renonces simplement au mariage”?
—AÀ ce mariage-là seulement,
calait ille nce
éle-
ou-
—Veux-tu dire que tu accepterais un autre prétendant?
—Tenez mon père, sez de détours et,
reporté sur un autre.
—Un autre... Adémar de Verfeuil?
—M. Anatole Corseul, répondit Calixte écrasée de honte,
.… J'espère que tu S de ses aptitudes financières.
Mmpromis dans une affaire de nelle au sujet des ‘“‘Chemins de
; et je ne me risquerai
la mise en activité des n s’est procuré des renseignements qu’il m’a transmis hier. Je pourrai d'ail. leurs, si la fantaisie m’en prend, acheter cette mine du véritable Propriétaire, dont Corseul n'est que le mandataire pour une limite de temps qui ne tardera point à être périmée. Retiens bien ceci, ma fille, je ne te pardonnerais point de repousser Jacques; je te maudirais si tu persévérais dans ta volonté d’épouser Corseul,
Les mains de Calixte se joignirent, et deux Il joues. :
prends le jeu joué Par ce miséra
; tandis que Jacques su taisait par respect, lui, parlait avec unc faconde de menteur. [Il connaît le chiffre de ta dot; il sait, l'importance du
Val-Perdu; Beauchâtel n’est point payé, et M. Corseul a joué la comédie du sentimrent parce que tu es riehe, et qu'il est pauvre.
Üne parole méchante jaillit de la bouche «ii Calixte,
—Jacques aussi est pauvre!
—Je lui dois tout! s’écria Vauvilliers qui suira presque violemment les mains de sa fille. En te donnant à lui, en le faisant heureux et riche, j'accomplissais un devoir, un devoir rigoureux.
Calixte recula:
-Un devoir! murmura-t-elle, et ses yeux remplis de terreur se fixèrent sur son père.
Ainsi, pensa-t-elle, cela serait vrai, mon père devrait expier. Oh! ccla est pourtant trop horrible de suspecte son pire. xi j'essaie pourtant de me soustraire à la violence morox qu'exerce sur moi un misérable, il révélera à Jacques des vérités terribles, il perdra mon père... Il existe un sccret, oui, un secret. Ma famille et celle de M. Jacques sont liées par un mystère... [l faut me perdre pour sauver mon père, et renoncer à Jacques pour acheter le silence de M. Corseul.
—Mon père, reprit Calixte, je t’ai montré le fond de ma penste, je te supplie de me permettre d’épouser celui que j'ri choisi,
—Te pæmettre! jamais! Oserais-tu me dtsobéir ?
—J'en suis au désespoir, et pourtant.
——Va-t'en! cria M. Veuvilliers à sa fille, vat'en! je te maudirais…
Calixte jeta uv regard empreint de désespoir à son père, et s'enfuit on poussant un cri qui le remua jusqu’au fond de l’âme.
Vauvilliers, demeuré seul, se demanda &’il de-
vait révéler à Jacques l'entretien qu'il venait d’avoir avec sa fille. 11 ne le crut pas, Quoi qu'il ne comprit rien à la conduite de Culixie, il pensait avoir assez d'influence pour lu rumcner dans la voie de la droite raison. Loin de changer quelque chose aux projets arrités, 1l ré solut d'agir comme si Calixte ne lui avait fuit aucune confidence. Du reste, il était impossible de contremander la fête dont les invitations étaient lancées depuis quinze jours. {] resta; d'ailleurs, parfaitement décidé à prendre Ju ques pour son associé, même si Calixte persi tait dans sa volonté de rompre tout projet de mariage. Cependant il se sentait si profondément irrité contre Calixte qu'il n'osa chercher la Compagnie de Jacques, dans la crainte que celui-ei l’intkrrogeñt. Afin d'opérer une diversion violente il visita les ateliers dans leurs moindres détails et rentra seulement chez lui au mo ment où sonnait la cloche du diner. Mme Cha zelles et Jacques l'attendaient, Le retard de Calixte devait être prémédité; elle redoutait, de se trouver en face de la mère et du fils. Elle rentra très rouge, des fleurs plein les bras; le bouquet cueilli lui servit de prétexte pour expliquer sa rentrée tàrdive.
Le dîner fut triste, et Jacques fut saisi d’un douloureux pressentiment, La jeune fille paraissait si différente d’elle-m, me. NCs yeux se levaient à peine, elle balbutiait lorsque Jenny lui adressait la parole. Enfin son embarras fut, si visible qu’il inquiéta la mère de Jacques.
Aussitôt le repas fini, elle prit ie bras de Calixte et l’entraîna sur la terrasse.
—Que se passe-t-il, mon enfant? demanda-telle en serrant, Mlle Vauvilliers dans ses bras. Votre père semble irrité; vos joues portent des
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
Mel
APPLIED IMAGE ne
1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone
(716) 288 - 5989 - Fax
traces de larmes. A peine gardez-vous la force de rester debout...
—Ma mère, madame, je suis bien rnalheureuse.
—Malheureuse et votre père vous adore, et mon fils...
—Votre fils! oh! c'est par lui que je soufire davantage.
En quoi peut-il vous avoir froissée?
— Écoutez, madame, écoutez-moi avec pitié, avec indulgence. Mon pére s’est irrité, seule vous me plaindrez… Devant lui j'affecterai la force, j'accentucrai la résistance, je mentirai le sourire aux lèvres... Car il me faudra sourire plus tard, quand j'aurai la mort dans le cœur, Vous êtes femme, et vous me comprendrez... Vous êtes mère, et vous consolerez Jacques...
—Ma fille, demanda la veuve devenue subitement craintive, de quel malheur faudra-t-il Je consoler ?
Les mains de Calixte se tordirent. Pas plus à Mme Chazelles qu'à son père, la malheureuse fille ne pouvait avouer la vérité. Un conflit effrayant de pensées se livrait dans son esprit; et pourtant elle devait parler; il devenait indispensable que Mme Chazelles, avec sa tendresse eb son autorité maternelles, amortit le coup qui allait atteindre son fils. Mais avouer la vérite devant cette femme qui avait été à la fois una sainte et une martyre, la frapper dans son fils comme jadis elle avait été frappée dans son mari. Déchoir devant elle, lui apprendre cette chose monstrueuse qu’elle allait devenir la femme d'Anatole Corseul, et n'avoir pas à fournir l'excuse que cette union était le dernier effort de sa verlu, la suprême ressource de son désespoir. Se rendre méprisable ct paraître lâche, quand elle faisait à deux mains saigner son cœur. Si elle
disait tout... Oui, peut-être eut-elle moins souffert, car enfin on eut compris son sacrifice, on l'aurait plainte; elle cut trouvé de crands CŒuUrS pour la comprendre, et des mains anis Dour essuyer <cs larmes. Mais prouver qu'elle Ctait forcée de rcprendre sa promesse, d'être pürjure à un serment sacré, c'était accuser son pè re, et sinon prouver le crime, du moins mon trer qu'on le soupconuait, I fallait se taire ; il fallait ajouter au rovret de briser son avenir de joie, la pensée que Jacques et sa mère la mépriscraient. Le dédain dans lequel ils tenaient Anatole retomberait sur elle Qui, ne pouvann l'élever, s'ahaissait Jusqu'à lui, Dans l'impossibilité de s'abandonner avoe franchise à l'élan de sa douleur, elle se contenta de répéter à Mme Chazelles:
Vous consolcrez Jacques, vous Je consolerez.
Mais de quel chagrin, mon Dieu! quel coup immérité, inattendu menace mon entant? Les bontés de votre père assurent son avenir, La tendresse qu'il vous porte et que vous lui rendez ne lui laisse Pas un vœu à former, Jacques est et restera heureux, à moire que...
Eh bien? demanda Calixte avec une sorte de hrusquerie,
À moins que vous changiez d'affection a que vous retiriez votre promesse.
-Nous ne sommes pas encore fiancés !
Et cependant vous portez au doigt Ja bague qu'il vous à donnée,
Calixte d’un mouvement violent l’arracha, puis, repentante ou désolée, avec un geste douloureux et un cri plaintif, elle la tendit à la veuve.
—Cette bague vous appartient, dit-elle: c’est Pour vous que M. Jacques l’accepta de la main
d'un roi. Reprenez-la, madame, bien que le pré-
tre ne l'eut point bénite, C'était, vous avez rai.
Son, un gage d'alliance.
Mais, s'écria Mme Chazelles alarmée, c'est done vrai? Quoi, vous causeriez à mon fils cette humiliation et ce désespoir de refuser d’être sa femme? Mais que voulez-vous qu’il devienne Si vous ne demeurez pas le but de sa vie ? Certes Jacques m'aime tend: ent, mais je ue me fais point l'illusion que n.on affection remplaccrait son amour brisé! Ce n’est, Pas vrai, ce que vous venez de dire! Vous me trompez, et vous voulez m'éprouver.
— C’est vrai, répondit Calixte blanche comme une morte, en fixant sur Ja veuve des yeux dont l'ardeur fiévreuse S’éteignait dans les larmes.
— Vrai! vous me Je répétez et je ne puis Je croire, Je vous sais loyale ct bonne...
— Vous vous trompez, madame, je suis frivole et coquette.
—Aïnsi vous vous êtes jouée cruellement des sentiments de mon fils, vous lui avez montré l’Eden de la vie, le rêve fixé, la joie sans ombre, puis vous le chassez de ce Paradis sans Souci de ce que deviendra celui dont, vous tucrez à jamais la jeunesse.
IT oubliera, madame, il est jeune.
— 1] n’oubliera pas! il aimait.
—Alors il me dédaignera, le dédain cicatri la blessure, I] so dira comme je suis ne mérit
sera qu’une créature légère ait point l’amour délicat et fort qu’il me portait. Car je me trompais moi-même en le trompant, madame. J'étais de benne foi, lorsque ie lui disais que je bornais mes désirs à vivre au Val-Perdu! Etaitce assez fou, assez romanesque, Je comprends ma folie aujourd’hui. Il me faut Paris, sos bals et,
os
ses fêtes. J'y serai reine un jour par ma beauté, car on dit que je suis belle, par ma fortune, car celle de mon père est considérable. J'épou serai un homme capable de la doubler, On citera mes équipages, mes diamants, on accourra à mes fêtes. Je m'étourdierai au bruit des louanges; pas un jour sans emploi bruyant, Esi ce donc vivre que de s'enterrer dans cette v lée! Non! non! je le comprends, c'est Pr.
qu'il me faut...
—Eh bien! si vous renonciez à renfermer votre vie dans cette vallée, pourquoi ne point Île dire à mon fils. Il possde assez de talent pour se créer une haute situation partout où il $e présentera. Vous voulez connaître le monde, il se serait arraché Je soir à ses travaux pour Vous conduire au bal, au concert, au théâtre. {| eut pour vous été capable de tous les sacrifices, il ne s'agissait, que de les demander.
—Vous vous trompez, s'il eut cédé une fois de temps à autre, ç’aurait été avec répugnance, Un Savant reste savant, et demeure enfermé dans Sa Science comme dans une forteresse. A une créature frivole et eocnet(e il faut un de ces Parisiens qui remuent, des millions de trois à qua tre heures de l'après.midi autour de la corbeille, et qui, le reste du jour, obéissent aux caprices de leurs femmes. J'aurais ‘fait le malheur de votre fils, je ferai le bonheur de M. Corseul…
—Quoi, vous renonceriez à Jacques pour choi- Sir
—M. Corseut, oui, madame.
—Et ce choix obtient l'agrément de M. Vauvilliers ?
—J’amènera;i Mon pore à | ‘pprouver.
—Le connaît-i]?
—-Oui,
mer
—Et vous croyez qu'il vous laissera libre d'é- Pouser un homme semblable. Oh! Calixte !
chère Calixte! quand, après m'avoir entendue vous devriez encore Persevérer dans votre cruauté, je parlerai, car depuis le jour où Jacques vous choisit je vous ai considérée comme ma fille... Demandez à M. Lirmin ce que vaut l'homme qui est aujourd'hui l'objet ces. Faites prendre sur ini Paris... C'est
de vos préféren- ‘les renseionements à vous dire qu'ayant cu l'adre donner se démission d mins de fer du Congo, avec autant de bonheur combinaison linancicre appelée ‘Les Choômnages”. Le virement du Capital exigé n'a paint été fait, On a traliqué de valeurs déposées, et M. Bercy disait hier à Chazelles devant moi qu'un de ses amis Jui envoyzit des renseiwnements déplorables sur la Situation de M. Corseul... Prenez garde, Calixte, dé vous un abîme... cet homme est à la lois avide et, fourbe... {1 vous Perdra comme il s'est perdu... —Je l'épouserai, dit Calixte de.
“se de administrateur des clieil ne parvicndra point à sortir indemne d'une
icter dans
d'une voix sour-
Elle prit les mains de Mme Ch
azelles, les porta à ses livres avec un
eMportement désespéré CU quitta le salon de la veuve,
Celle-ci, bouleversée par | fut encore davantage par 1 fille. Tout en elle dément taient de sa bouche. Ses blaient, des sa nglots s’
‘aveu de Calixte, Je ‘attitude de la jeune ait les paroles qui sorlèvres blêmes treinamassaient au fond de SA poitrine, des larmes montaient à ses veux troublés. Elle s’accusait top pour être vraie. Ce besoin affolé de plaisirs d’une voix saccadée s’étalait point mensonger, Mais
Parisiens énuméré trop pour n'être quel intérêt pourrait
Ir
avoir Calixte à mentir? Qui la pouxsait au.
devant du malheur en Jui imposant un Parjure ? Ce mistrable Corseul! s'écria Mme Chazclies.
AU lieu de redouter l’arrivée de son fils, elle éprouva un fiévreux besoin de le voir, et, bien Que jamais elle ne iranchit le cile résolut de Je chercher, de |
seuil des ateliers, e trouver et de tout lui apprendre. Jacques découvrirait ce qui lui échappait à cette heure, Jacques defendrait EL'Sauveraib"Son bonheur même,
Quand elle entra duns le cabinet de son fils, elle Le trouva vide, M. Aubervar consulté répondit que Jacques, mandé chez Mme de Verfeuil, s'v était rer du, et que, d'après les ques mots qui Jui étaient échappés, d'Adémar se trouverait fort, malade.
Faudrait-i] vous SONO Votre nacre me? demanda Je secrétaire de M. Vauvilliers.
Je vous remercie, monsieur, J'irai au-devant de Jacques.
quel la mère
Mme Chazelles traversa rapidement la première rue du village: comme elle entrait dans un chemin conduisant à Ja colliae, elle aperent Ca lixte à cheval Passant comme un éclair, et
vravissant d'un élan furicux les premiers mouvements de la colline.
Elle va se tuer, pensa-t-elle.
Cette fougue impétueuse. le monvement terrible avec lequel Calixte si ‘alme d'ordinaire Cravachait un cheval qu'elle aimait, un bel arabe payé quinze mille francs par Vauvilliers, con- Vainquit Ja veuve que (Calixte au désespoir avait besoin d’une agitation folle Pour chasser les pensées qui l’obsédaient. ot combattre la douleur par le mouvement.
Elle precse davantage le Pas, avide de trouver Jacques, de tout lui dire, de l'envoyer au-
devant de cette enfant, affolée, et de lui arracher un secret don elle aussi pouvait mourir.
Elle le rencontra à deux pas de la maison de Mine de Verfeuil,
— Cette pauvre femme se meurt, dit-il; avant d'expirer elle accomplit une bonne œuvre, j'ai laissé Marielle à son chevet. Adémar sera heureux d'avoir pour ses fiançailles la bénédiction de sa mère.
Viens, dit Mme Chazelles, rentrons.
Tu me permettras de revenir ce soir, Adémar est en proie à un chagrin tel que je me dois de le soutenir et de le consoler.
Quipeut mesurer la souffrance d'autrui? s’écria la veuve. Dieu la dispense à chacun selon ses forces. Adémar perd sa mère, mais celle-ci après une existence de lutte, s’en va le regard calmé par le speatacle du bonheur futur de deux êtres dignes l’un de l’autre: tandis qu'il est des mères dont le martyre sera de voir éternellement saigner le cœur de leurs fils.
Par un de ces hasards plus fréquents qu’il ne semble dans la vie réelle, Jacques et sa mère se trouvaient en cé moment près du tronc d’arbre sur lequel Calixte s'était assise le jour où Anatole Corseul lui imposa sa volonté d’une façon féroce.
—Reposons-nous, dit la veuve, je me sens lasse et souffrante, 11 faut, m’aimer et me soigner, Jacques, sans cela je m'en irais sans bruit comme la mère d’Adémar.
—Non seulement je t’aimerai toujours, répondit le jeune homne, et je t’entourerai de soins ct de tendresses, mais nous serons deux pour faire de l’automne de ta vie la fête continuelle de ton cœur.
—Non, tu seras seul à me chérir, Jacques.
tue GT
—Ne crois-tu pas à la tendresse de Salixte!
—Calixte à la légèreté de son à: e, ion en fant.
— Elle t'aime non seulement parce que nu es l4 mère de celui qui va devenir son mari, mais encore parce qu'elle to juge la meilleure, «4 la plus sainte des femmes.
Jacques, l'esprit est enclin à ne tro er ci des vertus dans les êtres qui sont l'objet de no tre affection. Ce culte absolu, cette admiration sont des pièges. le me prends à trembler quand le songe que tu fais désormais ton bonheur sur
une enfant... Calixte à hx-&pt ans. Une en fant, te dis-je! Qui sait si le jour où tu son geais à quitter le Val-Perdu tu ne VOVAIs pas
clairement, dans l'avenir.
—Mon Dieu! dit Jacques d’une voix trou je ne sais « je comprends mal te paroles, mais
il me semble qu'elles tendent toutes à m'attrisfer, et à me faire douter du bonhour que j'attends... C’est demain que je deviens le fiancé
de Calixte, mon rêve se fait réalité, et ta pensée d’abanconner cotte maison Calixte est jeune! Nous n’aurons que plus de temps pour nous rendre mutuellement heureux. fu pâlis, tu me regardes et tu pleures. Miro! mére! le malheur est, sur moi. Calixie! où est, Calixte! —Mon pauvre enfant! écrin Mme Chazelles en serrant Jacques dans ses bras. :
—Où est Calixte? répêta Jacques, c'est, d'elle, d'elle seule que je veux apprendre la vérite —Elle m'a chargé de ce triste sn: . non enfant... Mon Dieu, pardonne-moi de 6 faire souffrir. Calixte retire sa parole, f'alixte ne sera, pas ta femme...
— Allons done! cécria Jacques, c'est impossible, ma mère. J'ai Ja promesse de M, Vauvil-
liers, et sa fille a mis volontairement sa main dans la micyne... En quoi ai-'e démérité à ses yeux? Que s'est-il passé?
— Rien, mon fils; elle seule s'accuse de légèreté.
—Quoi? Mais ce serait, vrai, elle pourrait...
— Elle préfère M. Corseul.
—Lui! un misérable!
—Calixte ne parle plus que de vie mondaine, de plaisirs bruyants... Elle a, paraît-il, annoncé à son père, ct celui-ci a menacé de la maudiro.
—À cause de moi? Oh! jamais, non jamais une malédiction sur sa tête. Lit tossible pourtant? Quoi! cette jeune fille que je plaçais si haut descendre à un choix semblable, Cruelle fillé! n’a-t-elle donc Pas Compris ie mal œu'elle allait me faire?
—Nous partirons, mon enfant; nous r1ournerons à Paris... Ta mére te reste, ta mère dont l’amour ne te manquera jamais.
—Où est Calixte! répéta Jacques d’une voix presque calme; je veux avoir avec elle un dernier entretien; sur le point de la perdre, je veux entendre mon arrêt de sa bouche, je veux lui dire adieu. Sois tranquille, je ne m'’abaisserai point à prier. Mais quoi qu’elle fasse, quoi que tu m’apprennes, j'entends en moi une voix qui la défend, une voix qui me répète: Calixte est un ange, et Calixte se sacrifie…
Mme Chazelles étendit le bras du côté de Ja montagne.
“Mlle Vauvillicrs à pris le chemin de la carrière.
—Merci, ma mère, rentre chez nous, sans aucun dote je te rejoindrai dans deux heures... Ne crains rien de mon désespoir... Tu m’as don-
né le caractère d’un homme et l’âme d’un chré. tien.
L ses
reté.
Line, 10onudi-
das ible sai elle elle
rneont
Oix lereux lui rai uoi Dix xte
la
Il serra sa mère dans ses bras et s'éloigna rapidement.
Après être demeuré un moment immobile à regarder son fils, la \ suve descendit le sentier et traversa le jardin. ze maître de la fonderie la reconnut, courut à elle, et l’entraîna dans l’habitation.
—Venez, dit-il, il faut que je vous parle.
Pendant ce temps Jacques gravissait la pente conduisant au Trou-aux-Mâcres.
Calixte y était déjà. La course folle de son chevai l'avait emportée comme en rêve au sommet de la côte. Quand il s'arrêta couvert d'’écume, et pliant sur ses jarrets nerveux, elle sauta à terre, l’attacha par la bride à un arbre placé à l'entrée du bois, puis elle s'enfonça sous le couvert sombre.
Elle marcha jusqu’à ce qu’elle fut arrivée au noyer gigantesque dont les branches descendaient dans le gouffre, alors se penchant audessus de cet abîme, où elle avait failli périr, elle parut en sonder la profondeur, puis tombant agenouillée sur l’herhe, le regard perdu, elle répéta par trois fois:
—Mon Bieu! mon Disu! mon Dieu!
L'expression de son visage était effrayante, mais si gra le que fût sa douleur il lui était impossible & oleurer.. Elle repoussa dans son esprit eufiévre les souvenirs de sa jeune vie, parmi lesquels 5 icques et sa mère tenaient une si grande place. Elle se vit su fond de cette carrière à côté d'un enfant affoiée de terreur: elle aperçut alors celui qui venait la sauver... puis elle le retrouvait sur la terrasse, un soir de fête, et la première elle lui tendait la main. À mesure que ces souvenirs se faisaient plus vivants, elle sr rendait un compte précis de la
conduite de son père Celui-ci avait mandé Jacques à la jouderis au moment où, revenant d'un long vuyuye, il se trouvait sans emploi... Sans refuser à l'ingénieur un talent réel, Calix- & qui semblait s'être promis de jeter une clar- & complète duns le drame dont elle allait étre la victime, Culixte ne put s empecher de recon- Haitre que l'avancement de ce jeune bommre avait été bien rapide. En quelques mois il en etait veut à remplacer M, Vauvillirs dans les ateliers et dans les mines. L'arrive de sa mere, la façon dont le mañvre de a fonderie la Lrallält, Lous ces détails semmblèrent à Calixte, durant cctte heure d'agénie, avoir leur signification véritable, HEniin, M. Vauvilliers, par les éloges continucls «ii! avait faits de Jacques, par la façon délicate dont il traitait sa roère, et l'abandon avec loquel il lui confia sa fillo avait certainement aidé à faire naître dans le “eur de Calixte le sentiment, qui y régnait à cette houre, .
Mon père connaissait à l'avance la situation de M, Jacques, pensa-t-lle; mon père la fait venir avec l’idée arrétte de me le donner pour mari si nous avions des qualites que je possède, et de c equ'on appelle ma beauté, ma dot suffirait pour me permettre de choisir mon mari parmi Jes plus titrés ob les plus riches... Un mystère plane sur la famille Vauvilliers.…… ce mystère mon père le connaît, Une main mystérieuse fait parvenir des bienfaits à la venve de M. Chazr'les, cette main. si c'était elle...
Calixte s'arrêta. lle comprit qu'elle allait accuser son père. N'était-ce point assez de le rendre malheureux. Et pourtant, M. Corseul
eCOTI- LHC en
5 les nièla ixXLe, nifir les jues, 1ère,
fille s le ON
tuala nner je ma non Ün ce de
lait
le seul an-
tes. Et puis, il y avait cette lettre, cett: lettre terrible dont l'honneur du père dépendait...
La malheureuse fille ne trouvait au fond de son âme ni consolation ni courage. (Ce père qu’elle sauverait par le plus cruel des sacrifices, on s’efforçait d’en faire à ses veux un misérable.
Ün moment* vint où elle cessa de penser: ses yeux s’obscurcirent; elle tomba sur le sol, les deux mains sur son visage, et se mit à sangloter. L'’excès de son désespoir (tait tel qu'elle n'entendit point un bruit de pas dans le bois de noyers. Sans l'orage de ses pleurs, à voir son immobilité, on aurait pu la croire morte.
Ün homme s'avança, s'agenouilla près d'elle, et dit tout bas.
-Calixte,
Elle ouvrit les veux et ses sanglots s'arrètèrent. Un rayon de joie folle :rilla dars son regard.
—Vons venez me sauver? demanda-: lle.
Ce mot éclaira subitement l'esprit ae M. Chazeftes.
Elle souffrait, puisqu'elle versait des larmes; elle etait menacée, puisqu'elle criait à l’aide.
—Devant Dieu qui me voit et qui m’entend, Calixte, je jure de vous sauver si vous remettez votre salut dans mes mains.
Mais elle refoulait déjà au dedans d'’elle-méine le cri instinctif qui lui était échappé. Honteuse d’être trouvée au milieu d'une semblable crise d’abattement et de larmes, tremblante des conclusions que l'ingénieur en pouvait tirer, elle se releva, s'appuya contre le tronc de l’arbre séculaire, puis d’une voix faible, elle dit à Jacques:
—Vous m'avez tirée de ect abîime à l'heure où
je n’espérais plus rien; je paie votre votre dé- Vouement par la trahison et l’ingratitude. Le lieu qui me rappelle tant de souvenirs est bien celui où nous devions nous dire adieu.
— Ainsi tout est vrai?
—Tout.
—Vous épousez M. Corseul ?
—Oui.
—Pourquoi Pleurez.vous, alors?
Jacques. Si vous suivez vous cédez à votre désir, douleur et ces sanglots.
votre père en lui faisant mentir À une mère en lui parlant de votre amour du plaisir... Vous mentiez à tous deux... | La vérité, Calixte, la vérité, je vous en covjure, pour qu'en vous perdant je puisse vous estimer.
Elle le regarda de ses yeux brûlé
—Je voudrais, dit-elle, devant vous dans la duplic vers eux, et je ne
demanda votre vouloir, si que signifient cette Vous avez pu tromper croire à un caprice,
s de pleurs.
je voudrais persister ité dont j'ai usé enpuis plus... Ne me demandez rien de plus que ce motx —J'’épouserai M. Corseul, mais chaque jour je demanderai à Dieu d’abréger le nombre des jours que je devrai Passer près de lui. —Je le savais! dit Jacques, vous obéissez à je ne sais quelle idée de dévouement... Ce men- Songe vous est inspire, vous cédez à une volonté perverse, et cette volonté est celle d’un misérable. Mais je suis là Pour vous défendre, et so- Yez-en certaine, je ne renoncerai pas à l'espoir que je tiens de vous.
—Je vous en supplie! s'écria-t-elle, pas un mot, pas un effort pour Soutenir une lutte impossible!
Elie prononça ces mots avec un tel sentiment
nda
si ette per ice, )tre bats JjUsti-
de douleur que Jacques devina un mystère effrayant. Mais les questions qu’il adressa demeurèrent sans réponse, et Calixte se contenta de lui dire:
—Dieu seul paie certains sacrifices. Imitezmoi, Jacques, et résignons-nous. Demeure, au Val-Perdu près de mon père Vous calmerez son irritation contre moi, vous inclinerez son cœur à l’indulgence; il me pardonnera d'avoir brisé son rêve et le vôtre... Tenez, je voulais vous mentir comme j'ai menti à mon père, à votre mère, mais si l'ai le courage de me sacrificr, la force me manque pour me rendre odicuse... J’épouse M. Corseul, et je suis au désespoir.. J'en ai trop dit... Il faut nous séparer Près du gouffre où nous nous rencontrâmes pour la première fois, où l'instinct de nos cœurs
vous me
—Oh! fit Jacques, je parlerai à votre père, je lui dirai.
—Vous vous tairez, surtout devant lui, ditelle en joignant les mains avec angoisse.
Calixte était debout, pâle encore, mais non plus douloureusement abattue. Elle tendit une de ses mains à Jacques, puis de l’autre elle lui montra le ciel.
Alors sans attendre que M. Chazelles la conduisit jusqu’à Ja lisière du bois, elle s'enfuit à travers les arbres, sauta sur son cheval et descendit la montagne au galop.
Jacques lui aussi allait quitter le Trou-auxhâcres, quand la haute silhouette du berger se dressa près de lui:
—C'est une sainte, dit-il, une sainte du bon Dieu! Ne craignez rien! le berger a des secrets. le berger la sauvera.
Tandis que ces scènes douloureuses se passaient entre des êtres doués de sentiments si complets d’abnégation et de générosité, Anatole Gorseul, jouissant des douleurs dont il était cause, et triomphant dans ses ruses, savourait chez lui la pensée que le lendemain son mariage avec Calixte serait publiquement annoncé, et que sa fortune deviendrait non plus un reve, mais une réalité basée sur des millions.
Quant au consentement de M. Vauvilliers, il s'en inquiétait peu, certain qu’il était de le voir céder à la volonté de sa fille. Le dévouement paternel et l’amour filial devaient à la fois servir les plus lâches passions. Il avait fait venir de Paris quelques bijoux pour les offrir à sa fiancée, et à l’heure où le désespoir brisait deux nobles cœurs, Anatole, paisible dans sa iâcheté, se fût estimé le plus heureux des hommes si un court billet d’un de ses amis ne l'eut alarmé au sujet de la “Banque Ouverte”. Cette Société de crédit avançait de l’argent sur toute espèce de garantie. Elle acceptait depuis l’argenterie ancienne jusqu'aux reconnaissances du mont-depiété. Sous des formes diverses l’usure s'y pratiquait sur une large échelle. Sans doute Anatole ne s’occupait point du détail des affaires, mais il avait jadis versé un capital pour l'expioitation de la ‘Banque Ouverte” et son nom figurait sur les régistres de la Société. Elle
encaissait de beaux bénéfices, lorsqu'un incident menaça de la compromettre. Une grande dame étrangère éprouvant un besoin d'argent pressant y engagea pour trois cent nulle francs de diamants. Une somme de soixante mille francs lui fut versée; il était convenu qu'elle pourrait reprendre ses pierreries au bout, de trois mois. Par suite d’un voyage, d’un oubli peut-être, cette date fut dépassée de deux jours: eë lorsque Mme Vadilo se présenta aux bureaux de la ‘Banque Ouverte”, on lui répondit en lui montrant la vente signée par elle de la totalité de ses diamants au prix ferme de soixante mille francs. Un refus formel fut opposé à sa réclamation. D'un caractère énergique, irritée de ce manque de bonne foi, car on lui avait affirmé que cette vente à réméré n'était qu’une formalité, mais qu’elle garderait durant une année ‘ le droit de reprendre ses bijoux, Mme Vadilo, sur le conseil d’un avocat, déposa une plainte au parquet. L'affaire en était là et le correspondant d’Anatole ne semblait point trop alarmé ; Corseul ne fut pas de cet avis, il trouva la situation inquiétante; la plainte portée, il s’agissait d'en attendre les suites. Après bout, Anatole n’était pour rien dans l'administration des fonds, et les actionnaires d’une compagnie, s'ils risquent de perdre leur argent, ne co
fes dangers des gérants et des administrate Cependant cette nouvelle devenait un point ne
à l'horizon. I] s’efforça de l’oublier, expédia une dépêche priant le Directeur de le tenir au Courant, et se dit que si son nom se trouvait prononcé, ce seraït trop tard pour empêcher son
Après AVOIr r Ê
Promcork IiUT-
melle de Calixte, il n’osa point retourner à la fonderie, Trop lâche pour supporter sa part de
colère de Vauvilliers, il voulait que les premiers coups tombassent sur sa généreuse fille, 1] devenait cependant indispensable de le voir et d’excuser sa conduite, en en rejetant les bassesses Sur une passion irrésistible.
Calixte avait subi le Premier coup de cette colère, il devait à son tour l'affronter, Calculant ses heures, il se dit qu'il se présenterait à la fonderie après le dîner de M. Vauvilliers.
La première irritation du mat re serait passée, il s'efforcerait de l’amener, sinon à un consentement tacite, du moins à la résignation.
Il prépara sa défense, et se donna une répétition de la scène qu'il Jouerait, comme un acteur placé devant une glace étudie ses effets et récite son rôle. Enfin rassemblart son audace, il procéda à sa toilette avec une lenteur prouvant l'importance qu'il attachait aux moindres détails.
Sur sa table de toilette se trouvaient, au milieu de flacons à bouchons de vermeil, des bijoux, des objets de luxe, puis une assette de fer gravée avec soin, et qui semblait d'une solidité à toute épreuve. Après avoir fouillé dans les poches de ses vêtements, il en tira le portefeuille dans lequel se trouvait enfermée la lettre de Bertrand Closeraie, et la plaça dans cette cassette.
FT était prêt, vêtu avec une prétentieuse élé- £ance, résolu à tout, et certain de l'emporter dans cette lutte contre un père adorant sa fille, et une enfant résolue à se sacrifier pour lui,
À quelque distance de Peauchâtel, il apercut Sur la route conduisant à la fonderie un nuage de poussière au milieu duquel retentissaient des Piétinements sourds et des aboïements furieux, dominés de temps à autre par ee cri répété:
—Tout beau Cafaro! hardi la Jeunesse!
—La peste soit de cet animal de berger, pensa Anatole son troupeau et ses chiens sont capables d’effrayer mon cheval. Hé! l'homme à la limousine! cria-t-il, ,rangez-vous, que diable, vous et vos hôtes.
—Soyez tranquille, monsieur, arrêtez-vous seulement un brin... À gauche, Cafaro! ranve tout, la Jeunesse! À gauche! à gauche!
Le bâton du berger étendu suifit comme indications aux chiens intelligents, courant sur les flancs du troupeau, poussant les uns, mordant les autres, ils forcèrent les moutons d’abandonner la route poudreuse, et de courir à travers un ohump dont l'herbe pouvait leur offrir un repas suffisant.
Le berger se rapprocha alors de la voiture.
—Sans vous faire tort, monsieur, demanda-til, vous allez à la fonderie?
—Qu’est-ce que cela peut te faire?
—J’aime les jeunes gens, répondit Broussailles, et je protège les amoureux... Faut croire les bergers, voyez-vous, les bergers possèdent des recrets... Tls lisent la destinée dans les étoiles, et font des amulettes avec des herbes puissantes. Voulez-vous un philtre, un sachet où un horoscope?
Je veux que tu lâches la bride de mon cheval, imbécile!
Et comme Broussailles ne «<e hâtait point, Anatole lui lança un coup de fouet. Le visage du berger s’empourpra de colère:
—Va! dit-il, va demander en mariage l’héritière de la fonderie! Jamais elle ne sera ta femme! c’est le berger qui ne le veut pas!
Corseul s’efforca d’atteindre une seconde fois Broussailles mais celui-ci se rangea de côté, et
frappant rudement de son bâton sur la croupe du pur-sang, celui-ci partit à fond de train Comme un cheval emballé!
Le berger quitta rapidement la grande route, puis gagnant Beauchâtel il se mit à rôder autour de l’habitation.
Le jardinier travaillait à planter des fleurs d'automne. C'était un brave homme, marié, Père d’une enfant si aiétive qu'on craignait Pour sa vie. Broussailles lui remit un petit paquet d’herbes, lui enseigna la façon de faire infuser, puis il ajouta:
—UÜn pauvre homme comme moi n’a jamais visité de château, ne Pourriez-vous point permettre de voir celui-ci.
—Je crois bien, Lilitte va vous conduire.
Lilitte 6 ait la petite malade,
Il appela l'enfant qui montra tour à tour au berger les salons de réception, puis les chambres du premier étage. Broussailles paraissait étudier avec soin les dispositions de ces diverses pièces, puis détailler chaque meuble. Ils étaient tous élégants, mais fragiles. Dans le cabinet de toilette en voyant le coffret de fer, le berger s’arrêta, le souleva, puis profitant du moment, où l'enfant juuait avec un magot, il s'approcha de la fenêtre dominant un massif d’arbustes, et le lança dans le bosquet, Quittant ensuite le château, il recommanda au jardinier de bien suivre ses instructions. le remercia et, s'éloigna à la hâte. 11 gagna le massif, il s'assit à terre, prit dans sa poche de petits outils, dévissa les charnières, pis ouvrant la boîte il y saisit un portefeuille, trouva la lettre de Bertrand Closereie, cette lettre à l'aide de laquelle il
les
me
pouvait consoler le désespoir d’une famille. Le berger cacha la lettre dans sa poitrine, replaça je
portefeuille dans la cassette revissa les eharcharnières, et se demanda comment il la rcporterait dans le cabinet de toilette. Sa résolution fut bientôt prise, en s’aidant d'un treillage il gagna le balcon, poussa la porte-fenêtre, placa le coffret où il l'avait trouvé, et redescendit avec une rapidité qu’on ne pouvait attendre de cet homme paraissant si vieux. Un bruit de voix qu’il entendit à quelque distance l’obligea à demeurer dans les massifs: le fardinier, sa femme et Lilitte passaient. Lorsqu'ils eurent disparu Broussailles regagna la campagne.
—Jeunesse! Cafarro! Ici mes chienc!
Chiens et moutons obéirent et Je berger marchant derrière le troupeau, prit sans se presser le chemin de la bergerie.
Le soir même il suivit à pied la route de Perpignan, après avoir prévenu un jeune garçon de la ferme qu’il eut le lendemain à s'occuper des moutons, attendu qu'il prendrait part aux fêtes.
Lorsqu'Anatole Corseul se présenta chez le maitre de la fonderie, M, Vauvilliers se trouvait seul dans le hall.
Calixte brisée s'était abstenue de paraître au diner. M. Vauvillicrs en proie à un profond chagrin cherchait le mot de l'énigme qui se dressait devant lui. I} ne pouvait croire à l'amour de sa fille pour Corseul, il & demandait Par quel moyen ce Parisien débauché, vicieux, était parvenu à lui arracher une promesse, e! lui faire trahir la parole donnée à Jacques Chazelles. Cefut au moment le plus douloureux de Son angoisse, que le valet de chambre an A :
—Monsieur Corseul.
—Entin! vous voilà, monsieur, et l'espère que vovs m'apprendrez de quel droit vous <emez le
désordre dans ma famille! Vous m'avez demandé ma fille en mariage, et je vous l'ai refusée, ne Vous trouvant pas les quaktés sérieuses que j'exigerai de l'époux de Calixte.. Un homme d'honneur se fut retiré, La volonté d’un père est sacrée. Vous, au contraire, vous avez tenté de séduire ma fille Par la promesse de plaisirs qu'elle ignora jusqu'ici. Vous avez fait miroiter devant ses regards les distraction parisiennes, et cette enfant troublée, affolée, déclare qu’elle vous accepte Pour mari, et brise mes projets les plus chers.
—Monsieur, répondit Anatole, permettez-moi de vous dire que les jeunes filles ne jugent point la vie dela même façon que leurs, parents.
Agréé par Mlle Calixte, je vous supplie de ne Point me repousser, et ie vous jure que je la rendrai heureuse... Ne croyez point que je vous l’emmènerai tout à fait. Je passerai six mois à Paris, et six mois à Beauchâtel, à moins que Vous nous offnez l’hospitalité chez vous...
—Jamais je ne consentirai à ce mariage!
—Cette parole est trop cruelle pour que vous
ne la rétractiez point...
—Jamais! jamais! je ne vous appellerai mon fils!
Au moment où la colère de Vauvilliers se trahissait par une grande violence, la porte s’ouvritet Calixte parut. Elle était blanche comme sa robe, et sa marche Jente trahissait la faiblesse, mais son regard brillait d’un feu étrange, et s’approchant. de son père:
—Si, ditælle, si vous me laïsserez devenir la femme de monsieur... Sans cela. il n’existera plus pour moi de repos possible... Vous m'’aimez, il s’agit de me le prouver... Je Mourrais si ce mariage ne s'accomplissait pas.
Vauvilliers, suns répondre, passa ses deux mains sur son front. Calixte jeta ses bras autour de son cou, et répéta:
—Consens à cette union et je te bénirai toute ma vie.
—Tu m'accuseras plus tard d'avoir fait ton malheur.
ait point encore, mais fille était en proie le
—Monsieur, ajouta Corseul. je vous promets de rendre Mile Calixte heureuse,
—Si tu étais majeure userais-tu de tes droits? demanda M. Vauvilliers à sa fille.
—Oui, répondit C'alixte en baissant la tite.
—Alors tu es diwne de cet homme, épouse-le... Seulement, je n’assisterai pas à la bénédiction nuptiale.. Mon consentement par écrit te suffira... Sortez, Calixte.. demain j'annoncerai votre mariage aux amis qui devaient venir fêter le bonheur de Jacques.
-—Persistez-vous dans votre proiet de prendre M. Chazelles pour associé? dit Anatole d’une voix inquiète,
— Certes, monsieur: ma fille vous accepte pour mari, elle vous livre sa dot: mais ie suis le maître de la fonderie, et ie lapartawe avec l’homme le plus généreux et le plus noble que je connaisse. Nous nous reverrons demain, monsieur; Calixte, priez Dieu qu'il vous pardonne.
—Et vous, mon père ?
—Moi, je ne vous pardonnerai jamais; vous perdez un père en prenant un mari contre son gré! Calixte fit un mouvement Pour se jeter dans çoe hrac
Vauvifliers la repoussa froidement.
—Calixte, ajouta-t-il, Je notaire doit venir demain porteur d’un acte d’association et d’un Contrat. Jusqu'au dernier moment, je vous laisserai libre de réfléchir et de vous soumettre, Retirez-vous, monsieur, cette scène douloureuse est trop dure.
Anatole salua Calixte qui détourna la tête, et M. Vauvilliers qui ne parut pas le voir, La malheureuse fille voulut encore se rapprocher de son père, mais celui-ci l'écarta, et Calixte sortit en étouffant ses sanglots
Il est des martyrs dont nous sentons à peine l’amertume. Se dévouer pour un être cher dont la tendresse nous soutient, dont la voix nous console peut devenir un bonheur. Les larmes versées gardent une douceïr secrète, Une caresse, un mot affectueux diminuent, l'amertune du sacrifice; mais Calixte ne trouvait rien autour d’elle pour la soutenir et la consoler. Le père à qui elle immolait son bonheur et sa vie lui retirait sa tendresse, Elle perdait sans retour toutes les espérances, toutes les joies de la vie, et ne gardait pour se soutenir que lesentiment d'un austère devoir. Dieu seul le connaissait, Dieu seul le récompenserait, car M. Vauvillxrs ne
Connaîtrait jamais l'héroïsme de sa Ülle, Le regard qu'elle jeta sur son père en quittant hall où elle Je laissait «
le eul exprimait une douleur si poignante que le maître de Ja fonderie en eût été touché, mais il ne vit rien et varda ses Yeux vaguement fixés sur la pelouse,
I resta longtemps dans
un état de prostration absolue, et ce *
qu'en entendant la voix de Jacques Chazelies quil retrouva le sontiment réel des choces qui : entouraient,
—Je vous remercie d'être venu, Jacques, Votre
amitié me soutiendra dans cette épreuve... Avezvous vu ma fille?
—Je l’ai vue. je lui ai parlé... Un mouvement de désespoir l'avait fait courir à la carrière abandonnée.
—Que vous a-t-elle dit?
—Rien, sinon qu’elle épouserait M. Corseul; je le savais déjà. Seulement à travers ses phrases coupées, heurtées, j'ai compris qu'elle nous trompait tou en affirmant qu'elle chaississait volontairement M. Corseul pour mari. Ce misérable lui ÿmpose un mariage qui lui fait horreur. Calixte mourra du regret de quitter le Val-Perdu et le père qu’elle adore...
—Si cela était vrai, mon ami, ma fille uous confierait quel pouvoir cet homme exerce sur elle. Calixte implorerait notre secours contre lui.
—Î règne dans tout ceci un mystère étrange... Ce mystère nous étreint, et nous tue... Quel date! monsieur, nous sommes au 20 septembre... il y a vingt-quatre ans que mon père fut assassiné.
—Oui, vous avez raison, répondit M. Vauvi liers, c’est une date terrible...
Il cacha son front dans ses mains, et murmura:
—Mon Dieu! le crime du passé ne s’expiera-til jamais ?
—Si je savais, reprit Jacques, pouvoir sauver votre fille au péril de ma vie, croyez que je n'hésiterais pas, mais je ne trouve pas un moyen pour lui arracher son secret et pour m'en faire une arme contre M. Corseul. Il nous reste une nuit pour la sauver... Tenez, monsieur, en présence de certains hommes, on a besoin ” de toute sa foi, et de toute la force de sa conscien-
ce, pour ne pas leur jeter une insulte à la face, et les obliger à prendre un pistolet ou une épée, Ah! si le duel n'était pas un crime!
—Confione-nous en Dieu, et attendons jusqu'à demain. Tant de choses peuvent survenir en quelques heures. Jacnues, la conduite que vous tenez en cette douloureuse circonstance, me fait encore regretter davantage de voir renverser mes plus beaux rêves... J'ai dit à cette malheureuse enfant que je la laisserais libre d'agir ; elle peut réfléchir encore et reculer devant Je désespoir dans lequel elle me plongerait.
Les deux hommes restèrent longtemps dans le hall, cherchant une solution au problème qui jes troublait également, mais ils n'en trouvèrent aucune, Le dernier mat de Vauvilliers à Jacques fut:
—Promettez-moi de rester au Val-Perdu quoiqu'il arrive, le vous considererai comme un fils. -
—Je resterai, dit l'ingénieur,
11 regagne le pavillon, mais il ne prit uucun repos. 5
Le matin les invités arrivèrent, et Calixte nt
leur faire les honneurs de la maison. (C'était, après déjeuner que devaient être signés les différents actes apportés par le notaire et que Je préfet de Perpignan remettrais à M. Vauvilliers la croix de la Légion d'honneur.
Calixte très pâle semblait résolue. A plusieurs reprises elle se jeta dans les bras ïe Mme Chazelles; mais elle regardait son père avec un profond sentiment, de crainte et de douleur.
Les chefs d'atelicrs devaient être présents tanais que je notaire lirait l'acte d'association de Jacques Chazelles et du maître de la fonderie, Corse il, à qui cet acte enlevait une Partie de
la fortune de Vauvilliers, éprouvait une sourde rage, tandis que Celixte se réjouissait à Ja pensée que M. Chazelles gurdait au moins avec l'affection de son père une situation inespérée,
C'était dans le hall que Govvient < échanger les signatures. On en laissa les portes ouvertes, et les ouvriers qui n'auraient pu y trouver piace, restèrent au dehors regardant d’un regard curieux Île préfet Férou, Jacques Chazelles, et les propriétaires de tous les châteaux voisine.
Le préfet avait eu d'avori ja pensée d'attendre la signature des différents actes, mais à1l réfléchic que la bonne nouvelle dont il était porteur doublerait la joie de ia famille et des ouvriers, et après avoir échangé un regard de complicité avec Chazelles, il s'avança et dit:
—Mes amis, car tous ceux qui sont ici sont les amis de M. Vauvillicrs. Dans les jours où se groupent autour d'un homme ceux qui lui portent du respect et de l'affection, la joie le tous se double du bonheur qui lui arive, Ce cher grand homme donne à +2 fille une cassette remplie de btjoux, dans sa générosité il voudrait lui donner jusqu'à la fonderie, cette fonderie qui prospère grâce au concours de tous. Eh bien ! J'ai voulu aujourd'hui offrir quelque chose à celui qui, sans compter, prodiue son bien à tout le monde... Vauvilliers, vous êtes chevalier de la Légion d'henneur, voici le brevet, le eontre-maître aux cheveux blanes attachera la croix à votre boutonnitre.
Un cri formidable de: Vive ‘te netron! fut poussé par cinq cents voix. Le vieil ouvrier s'avança, ses mains tremblèrent de joie, tandis qu'à l’aide d'une épingle il fixait le ruban rouge.
Vauvilliers serra le vieillard dans ses bras:
—C'est vous tous que j'embrasse! dit le maitre. Amis, qui m’avez aidé à gaguüer ce ruban merci à tous! 1l est placé sur la poitrine d’un honnête homme.
—Vive le patron! répétèront les ouvriers.
Il fallut laisser se calmer l'émotion qui s’était emparée de tous ces braves gens. Tandis qu’elle éclatait bruyante et animée, le regard de Corseul ne quittait point Calixte,, comme s’il eut voulu lui faire comprendre qu’un mot de lui Suffirait pour qu’on arrachât à Vauvilliers une distinction dont il était si fier ?
Lorsque le calme se fut rétabli, le notaire lut l'acte d’association que Jacques Chazelles et Vauvilliers signèrent.
Pendant ce temj:s un homme se slissa jusqu’à Calixte et lui remettant un bouquet:
—Prenez et lisez, il y a un papier dans les fleurs.
Calixte tourna rapidement la tite et reconnut le berger.
Que voulait-il dire? Ne lui avait-il Joint promis de lui venir en aide! Apportait-il le salut à l’heure où elle semblait perdue.
Elle trouva dans le bouquet une enveloppe scellée, la brisa, puis en tira ure feuille de pa- Pier qu’elle parcourut avidement du revard,
Une expression de joie indicible éclaira sun visage; tremblante et pouvant à peine se scutenir cllerejoignit son père. Alors s'attachant à son bras elle lui jeta ces mots comme un cri de triomphe:
—Nous serons heureux, tous heureux! Annonce devant tous mon mariage avec Jacques Chazelles.
Vauvilliers se demanda si Calixte devenait folle, La veille elle le désespérait par son obs-
lut
qu'à les nnut
oint > sa-
)ppe pa- 1 Vienir son de
1onha-
nait )bs-
tination à devenir la femme de Corseul, aujourd’hui elle renouait des projets brisés par un capriee.
Mais le maître de la fonderie s'estimait trop heureux pour ne point obéir immédiatement au vœu de Calixte, œ se penchant vers le notaire.
—Mon cher ami, lui dit-il, prenez votre projet de contrat de mariage, ct lisez-le tout haut ; mon gendre, M. Jacques Chazelles, apporte comme vous le voyez en mariage à ma iüille la moitié de la propriété de la fonderie.
Mme Chazelles prit le bras de son fils marchant vers Calixte:
—Ah! dit-elle, à quelle épreuve vous l’avez soumis...
—Elle m'a permis de comprendre quelle affection il me porte, répondit la jeune fille.
Mais Anatole Co:seul, déçu dans son espérance, Anatole voyant retirer subitement, la promesse de Calixte sur laquelle il échafaudait sa foreune, fouilla rapidement dans sa poitrine, et en tira un portefeuille. L'expression triomphante de son visage ne pouvait laisser aucun doute sur ses projets. Calixte serra le bras de son père, et demeura les veux fixés sur le misérable.
—Je vous perdrai! je vous perdrai tous! répéta-t-il.
Mais en vain fouilla-t-il dans son portefeuille; il n’y trouva plus la lettre accusatriæ de Bertrand.
—Volé! dit-il, je suis volé! Mais ceci ne se Passera point sans «scandale. On m’a dérobé une lettre, une preuve... Je parlerai, ct la preuve se retrouvera... Mademoiselle Vauvillicrs, vous faites bien de changer de nom, celui que vous portez est déshonoré… Monsieur Chazelles, l’argent de la fille vous permettra d'oublier l’infa-
mie du père...
me, ce Bertrand cher son silence!
— Assez! misérable ! S'écria le maître de Ja fonderie, assez Si vous ne craignez pour votre vie.
—On à insulté le patron!
d'ateliers! A £enoux! Qu'il fasse ses excuses!
—Des excuses! l'affirme et je prouverai que Vauvfiliers à VO* jadis M. Chazelles; je prouverai que c'est Jui qui à subvenu pendant de longues années aux dépenses de la veuve et de l’orphelin.. Et qu'en lui faisant épouser sa fille, il cède au remords,
Je retrouverai Je témoin du crià qui M, Vauvilliere achète si
s'écrièrent, les chefs
et n’accomplit qu'une restitution.
Calixte venait de tomber dans les bras de son père.
—Ah! fit], je comprends tout! Voilà de quelles armes le misérable se servait pour ta contraindre à Un mariage odieux.
—Justice Pour tous, dit alors le père Broussailles. Ce misérable a causé jci trop de malheur. Heureusement le procureur de la république vient de lancer un mandat d’amener au sujet de la ‘‘Banque Ouverte’? ,
Anatole tressaillit, chercha du regard une issue, essaya de &e fraver à travers Ja foule, mais les ouvriers irrités s'écrièrent:
—On l’arrêtera ici! devant, tous !
Au même moment le commissaire de police fit son entrée,
cn s’avançant
—Je vous demande mille p terrompre une fête semblable, mais je vous rends service à tous en
VOUS empêchant d’être plus longtemps dupes d’un An
— C’est bien, Monsieur, je vous Suivrai, dit Je faiseur d’affaires.
ardons, dit-il. d’in-
atole Corseul.
u crite si
e Ja votre
Son départ fut suivi d'un moment de silence, puis chacun respira plus à l'aise, et le notaire acheva de rendre à chacun sa liberté d'esprit en disant:
—Et le contrat! Croyez-vous que cet incident m'empêchera de le lire?
11 ouvrit son cahier et lut lentement, Ni Calivte ni Jacques n'écoutaient. M. Vauvillien serrait les mains de Mme Chazelles, et ce fut seulement quand le bourdonnement de la voix du notaire cessa de se faire entendre que l’on comprit que le contrat était lu.
Il ne restait plus qu'à signer.
Les parents et les fiancés venaient de mettre leur nom au bas du contrat, lorsque le berger s'avança vers la table.
—Nous te devons la vie, dit le maître de la fonderie, signe,
Le berger S'approcha et écrivit en £iosS Caractères: Henri Vauvilliers.
Le maître de la fonderie étouffa un cri de Stupeur.,
Ün moment après les invités se dispersèrent dans les jardins, et il ne resta plus dans le hall que les deux familles et Je berger.
Calixte courut à Jui.
— Vous m'avez encore sauvée! lui dit-elle
Le berger secoua la tête sans répondre et marcha vers Vauvilliers.
—J'ai expié, lui dit-il, et je me crois quitte envers la justice. La loi n’atteint plus celui qui, durant plus de vinet ans, dérouta ses poursuites. Puisque les Girconstances m'ont forcé de me trahir, je demanderai pardon à celle que j'offensai et ie m'éloignerai sans retour, Il s’avança du côté de Mme Chazelles.
—Vous ne me reconnaisssez point, n'est-ce pas? demanda:til.
—Non, répondit-elle, je ne vous reconnais pas. Je ne crois pas mû
‘me VOUS avoir vu avant la nuit de l'incendie,
—Rappelez-vous, madame, rappelez-vous la ville de Riom, où vous demeuriez alors, homme qui vous demanda en mariage...
Jenny Chazelles Passa Îles mains sur front, comme Pour en évoquer ses souvenirs:
— Henri Vauvilliers! fit-elle subitement. Ah ! malheureux! malheureux !
—Oui, malheureux Par vous d’abord, mais ensuite bien coupable. Un autre me fut préféré, celui-là je jurai de Je punir. Convaincu que sa brillante situation de la fortune vous avait seule portée à me le préférer, je résolus de le rendre plus pauvre que moi-même, et de eondamner à la misère celle qui avait eu peur de ma médiocrité... J'attendis Votre mari, et je le dévalisai comme un voleur, puis après l'avoir dépouillé je détruisis les billets de banque dérobés, car je ne me sentais pas ass Pour profiter de cette fortune. Mon crime avait
eu un témoin: Closeraie… qui m'eut vendu sans la généreuse intervention de mon frère... Je quittai momentanément la France, bout de quelqués années j'y rentrai. Je souffrais tellement de l'exil que toutes les douleurs me Paraissaient Supportables à côté de celle-là... Une maladie grave, les remords qui blanchirent mes cheveux me laissaient à peine reconnaissable. Mon frère venait d'acheter le Val-Perdu… Je me présentai chez son fermier, et j'y obtins le misérable emploi de berger... De temps à autre il m'était permis d’apercevoir mon frère, et cette joie, mêlée d’amertune, me donnait la for-
et un
son
“misérable
puis au
ce de vivre. Tandis que je perdais ma première jeunesse dans le désordre et que je m'abandonnais à des passions qui devaient me conduire à ma perte, Picrre faisait valoir son patrimoine, et je descendais vers la misère. Lorsque je commis le crime qui vous fit veuve, je possédais à peine assez d'argent Pour payer mon passage en Amérique... Je ne pouvais done rien vec ituer de la somme dérolie et, perdue, mais le jour où mon frère connut ka vérité, le lendemain du vol qui rendit votre mari fou, il me jura de vous defendre contre la misère. C'était en mon nom due vous était faite cette restitution, et jamais Vous n'avez reçu d'aumonc.. Si peu que j'adressasse la parole aux Ouvriers ct aux serviteurs du Val-Perdu, j'y appris votre arrivée... Elle me troubla et me consola en méme temps... La justice, qui n'avait point découvert les auteurs de l’agreston dont votre mari fut victime, en admettant qu'elle apprit un jour la vérité, be pouvait rien contre moi. J'étais couvert par la prescription. Je ne saurais vous dire de quelle tendresse J'aimais ma nidée, cette Calixte si belle, si bonne qui me jetait parfois en passant un mot bienveillant.. A partir du jour où vous arrivâtes au Val-Perdu, monsieur Chazelles, je devina'i le projet de mon frère. 11 comptait, si vous aimiez Calixte, ot si Calixte vous aimait, vous marier tous deux, et rétabiir d'une façon complète l'équilibre de vctre fortune... À partir de ce moment ie me rapprochai davantage. L'incendie me fournit le moyen de me dévouer pour vous. Je hénis Dieu qui me permettait de reparer à l'égard du fils le crime commis contre le père... Dans un de es courses Où je Suivais Calixte. je surpris l’entretien de M. Corseul avec elle, j'entendis la lectu-
re d’une lettre par laquelle mon frère recommandait à Closeraie un sitence necessaire pour sauver l’honneur des Vauviiliers.. 11 plaçait vette enfant entre la perte de son père, car il lui répétait que ma faute était l'œuvre de Pierre, et un mariage qui ke faisait riche... Je me jurai de reprendre cette lettre et j'y réussis Ma eonfession est finie, un autre a réparé ma faute. Il ne me reste plus, monsieur, qu'à obtenir... votre pardon.
Vauvilliers plia le genou devant Jacques Chazelles.
—Soyez pardonné, lui dit-il, une passion terrible vous égara jadis, mais Calixte et moi nous vous devons la vie... Vous avez souffert, vous avez expié; le tribunal de la famille ne sera pas plus sévère que ne se montrerait la justice humaine qui a perdu le droit de vous frapper Que la mère de Calixte prononce sur votre sort.
Calixte pleurait dans les bras de Mme Chazelles. Pierre Vauvilliers jeta sur celle-ci un regard suppliant.
La veuve s’avança vers le coupable.
—Ce que dit mon fils e:t bien. répondit-elle d'une voix altérée... Le berger du Val-Perdu doit disparaître et se faire oublier. Mais plus tard, le frère du maître de la fonderie pourra revenir parmi nous.
Henri poussa un cri de joie étouffé, porta à ses lèvres les mains de la veuve, puis celles de son frère et répéta:
—Soyez heureux! soyez heureux!
11 disparut, et les membres de cette-fatnille si troublée depuis quelques semaines se retrouvèrent le cœur rempli non seulement dela jrie qu’ils devaient à ‘leur loyauté et à leur ten-
dresse, mais encore du contentement, divin ressenti-par ceux qui mettent en pratique cette parole admirable: ‘“‘Bienheureux ceux qui sont miséricordieux””?,
Pour paraïtre prochainement