‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieur (volume 2)Chapitre 30 sur 31 · MADAME DE BELMONT · texte numérisé non relu

MADAME DE BELMONT

Vous avez raison; les tantes ne vivent pas d’amour. Je serais pourtant cliarme'e de vous voir prendre votre part du café de mademoiselle Dupuis.

J’en pris en effet et avec plaisir; rien ne me manquait plus que de savoir pourquoi mademoiselle de Belmont avait prolongé mon incertitude. Voici comment elle satisfit ma curiosité.

Avant d’avoir perdu mon oncle, j’avais déjà raconté à ma tante, dont je connaissais toute la bonté pour moi , que vous m’aviez délivrée , ainsi que M. Rouvy , des mains des Allemands, et tout ce qui s’ était passé entre nous , ainsi que les engagemens que j’avais pris; mais aussi je lui avais fidèlement répété tout ce que vous m’aviez dit des

bonnes qualités de mademoiselle Dupuis , et que votre récit, quelque sincère qu’il fut , avait laissé pénétrer dans mon cœur un mouvement de jalousie ; que je ne pouvais croire que votre attachement pour cette jeune personne n’eût été que de l’amitié , et que je ne pouvais m’empêcher de craindre le retour d’une première inclination. Loin de combattre mes craintes, elles les approuva , parce que le repos de toute ma vie en dépendait ; voilà la source du chagrin que je vousai causé, et la cause du silence que j’ai gardé avec vous ; mais nous n’en avons pas moins été instruites de votre sort. Aussitôt après le décès de mon oncle, madame de Belmont a eu la bonté d’écrire à Paris et de charger quelqu’un de s’informer si vous étiez revenu ; nous avons su quelque temps après que vous veniez d’arriver blessé , mais sans danger pour votre

( Mo )

vie. Tranquilles sur ce point, nous avons arrangé , ma chère tante et moi , de venir à Paris , de prendre le nom d’un petit domaine quelle possède à quelques lieues de Tours, et laissant toute affaire d’intérêt, de ne nous occuper que de ce qui me touchait le plus.

Pendant la route, nous avons fait notre plan , et nous sommes venues chez mademoiselle Dupuis , sans qu’ellè pût soupçonner qui nous étions. Par tout ce que nous avons entendu , ainsi que par ses sentimens à votre égard, nous avons eu la preuve qu’elle ne s’intéressait à vous que pour votre bonheur, et j’ai eu la confusion d’être obligée de rougir de mes soupçons ; mais en revanche , j’espère avoir acquis une amie estimable, et qui ne nous quittera plus que lorsqu’elle aura trouvé quelqu’un digue d’elle, ce qui ne pourra manquer d’arriver lorsqu’elle sera à portée d’être

’vue par vos amis et ceux de ma tante- Voilà tous mes torts, et je crois qu’ils trouvent leur excuse dans les sentimens que vous avez désiré obtenir de moi.’ Je suppliai Sylvie de ne plus parler de Justification; que ce quelle appelait ses torts ajoutait à mon bonheur et eomblail tous mes vœux.

Il n’y avait plus que mademoiselle Dupuis qui paraissait affligée; elle devait l’étre, en effet, d’avoir ignoré que j’eusse retrouvé mademoiselle de Belmont à Farmée avec son oncle ; je lui en exposai les motifs , que j’ai déjà fait connaître dans mon trente-quatrième diapitre : comme ils n’avaient rien que d’obligeant pour elle , la paix générale fut ratifiée entre nous , et madame de Belmont, qui joignait un sens droit à un cœur excellent , nous inteiTompît dans nos épanchemens de tendresse pour nous dire : Mes enfaus, je suis naturelle*

lî

mentexpédltiveenaffairelorsquils’agît d’arriver au bonheur, dont lesmomens sont si courts. Ne remettons pas à demain ce qui peut être commencé au!»

jouid’hui.

II est d’abord décidé que mademoiselle Dupuis vendra le fonds de son magasin ; qu’elle viendra demeurer avec nous ; qu’elle sera de la famille , et qu’elle sera pour moi une seconde nièce jusqu’à ce qn’fille ait trouvé quelqu’aimable chevalier qui int'dte de devenir mon neveu.

Quant à vous , monsieur de Tilly ^ vous allez nous reconduire pour connaître notre demeure. Vous irez vite trouver ensuite M. Merlin, lui faire part de tout ce qui vous est arrivé ce matin, et le prier en mon nom et celui de ma nièce, de venir dîner avec nous sans cérémonie, pour traiter nos affaires îe verre à la main.

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