‹ Le Vallon-MillyChapitre 1 sur 13 · PARTS HACHETTE ET {]'•: — J OU VET ET O · texte numérisé non relu

PARTS HACHETTE ET {]'•: — J OU VET ET O

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lA VIE ET L ŒUVRE DE LAMARTINE

La vie et l'œuvre de Lamartine sont si étroitement mêlées qu'elles ne sauraient être présentées séparément, et que la meilleure biographie de l'homme se trouve dans les vers du poêle: il a tenu lui-même, plus qu'aucun autre, à en affirmer la parfaite unité. 11 déclare qu'il n'a rien d'un « auteur», que « ses livres ne sont pas des livres, mais des feuilles détachées et tombées presque au hasard sur la route de sa vie * ». Il n'eût même pas pris le soin de les publier : il a fallu qu'elles fussent « recueillies par la bienveillance des âmes tendres, pensives et religieuses.... Elles sont écrites comme elles ont été senties, sans liaison, sans suite, sans transition; poésies réelles et non feintes, révélation intime et involontaire des impressions de chaque jour ». 11 raconte avec complaisance que M. Didot trouva ses vers « non sans talent, mais sans étude »; le plus bel éloge que lui décerne son plus fidèle admiralenr- est que le nom d' « artiste » ne saui-ait lui convenir. « J'étais né impressionnable et sensible, dit-il

i. Prélace des Harmonies.

2. V. de LapraJe, Préface deS Po^sje* inédites de Lamartine (1881). Lainarlinc a dit de lui-mùnie : u Je n'ai jamais été, en poésie, qu'un aiiialeur dislin''ué ».

fi INTRODUCTION.

dans la Préface des Méditations; ces deux qualités sont les deux premiers éléments de toute poésie.... J'étais une glace vivante (ju'aucune poussière de ce monde n'avait encore ternie et qui réverbérait l'œuvre de Dieu. » Plus tard un autre poète, non moins spontané que Lamartine, trouvera sur son chemin la même idée et l'exprimera en des termes presque identiques:

Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal, Fait reluire ou vibrer mon àine de cristal, Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j'adore Mit au centre de tout, comme un écho sonore.

Mais combien différents apparaissent, dans ce rapprochement même, le caractère et le génie des deux poètes ! V. Hugo se proclame l'ouvrier conscient d'une œuvre colossale, et la poésie est pour lui le labeur héroïque du prophète élu à qui Dieu marque sa tâche; Lamartine affecta toujours de considérer la poésie comme le retentissement presque involontaire de la vie dans une âme bien douée, « un cantique délicieux qui s'élève spontanément en nous /).... « une voix qui balbulie sur des lèvres d'enfant ».

Je chantais, mes amis, comme l'honmie respire, Comme l'oiseau gémit, comme le vent soupire, Connue l'eau murmure en coulant.

Dans sa pensée, cette intime union entre la personne et l'œuvre devait'profiter autant à l'une qu'à l'autre: si la poésie en paraissait plus naturelle, la nature de l'honmie en restait plus poétique. De là, la constante noblesse, la dignité un peu théâtrale de son attitude dans la vie journalière.

On lui demanckiit, un jour, où il siégerait à la Chambre des députés : « Au plafond », répondit-il, en montrant le ciel. On se souvient aussi du refus qu'il lit à un journal satirique de lui laisser publier sa caricature, ne voulant pas « (|u'on déshonorai l'œuvre de Dieu ».

Comme J. Sandeau l'a dit d'Alfred de Vigny : « Il ne vécut jamais dans la familiarité de personne, pas même de lui ».

Lamartine fut naïvement et sincèrement le même en toutes choses: « il a porté dans tous ses actes la hauteur et la douceur de son vers »; il fut uniquement un poète, et c'est dans le développement de sa poésie qu'il faut chercher l'histoire de sa vie.

Né à Màcon en 1790, en pleine Révolution, élevé à la campagne (à Milly) par une mère tendre et par un pieux abbé, Lamartine se ressentit toujours des impressions tantôt douces et tantôt tragiques de son enfance. Le nom de Milly revient bien souvent dans ses vers, ainsi que le souvenir des rêveries pastorales qui s'y mêlait; mais l'aventure de son père, condamné à mort par la Terreur et sauvé par le 9 Thermidor, la mort du duc d'Enghien, les gloires et les revers de l'épopée napoléoràenne laissèrent une trace profonde dans sa Jeune et vive sensibilité.

A sa sortie du collège, il partit pour l'Italie en 1811. De retour à Milly en 1813, il écrivit ses premiers essais* : deux tragédies, Médée et Zoiaïde, « tribut payé au goût du temps ». Comme le dit M. de Laprade : « le génie le plus original ne peut soustraire aux influences régnantes ses premiers coups d'aile,... mais son essor l'emporte bientôt au-dessus des courants inférieurs. » C'étaient d'ailleurs les novateurs qui attiraient le plus le jeune poète: Ossian, dont les poèmes apocryphes devaient leur triomphe à l'épuisement de la veine classique et au sentiment confus qu'une ère nouvelle se préparait; Chateaubriand, qui venait de transformer l'art poétique et l'imagination littéraire de la France*.

Une vive passion qu'il conçut vers ce temps, et dont l'histoire se déroula près du lac du Bourget, tit jaillir son premier chant, le Lac (1817). Trois ans après (mars 1820), paraissaient les Premières Médilalïons, qui lui ouvraient la carrière diplomatique et le faisaient célèbre d'un coup. 11 se marie alors et entre dans la période la plus brillante et la plus féconde de sa vie : tour à tour secrétaire d'ambassade à Naples et à Florence, il publie les ISouvelles Méditations, la Mort de Socrate, le Dernier Chant du pèlerinage d'Harold, hommage rendu à lord Byron dont il adoptait le héros, le Chant du Sacre, les Épîtres, et enfin les Harmonies poétiques et religieuses (I8.")0), qui sont restées son chef-d'œuvre.

Il entre à l'Académie (1830), où il est reçu par Cuvier, assiste à la chute de Charles X, refuse de servir le gouvernement de Juillet et part pour l'Orient, où il promène à travers la Turquie, la Pales -

1. Voyez Poésies inédiles de Lamartine, publiées par Mine Yalentiiie de Lamartine (1881).

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