Comparer le Mazeppa de V. Hugo
Ainsi lorsqu'un mortel sur qui son Dieu s'étale S'est vu lié vivant sur ta croupe (alale,
Génie, ardent coursier.
En vain il lutte, hélas! tu bondis, tu l'emportes Hors du monde réel dont tu brises les portes
Avec tes pieds d'acier!
'2. Sur les causes qui ont am.Mié au xix" siècle une recrudescencf d'uiithousiasmc lyrique (la Ré\olution, l'épopée napoléonienne, la rénovation, sociale et intellectuelle, etc.), voyez le chapitre consacré à la poésie lyrique dans le beau livre de M. Paul Albert, la l'ocsic.
Dans la Préface des Médilalions, Lamartine, recherchant ce que pourra être la poésie au xix' siècle, dont il pouvait espérer de donner lui-même la fornuile et le modèle, écrivait : u Elle ne sera plus épique ni dramatique : elle sera de la raison chantée. Elle sera philosophique, religieuse, pohtique, sociale, comme les époques que le genre humain va traverser. Elle sera intime surtout, personnelle, méditative et grave; non plus un jeu de l'esprit, un caprice mélodieux de la pensée légère et superficielle, mais l'écho profond, réel, sincère, des plus hautes conceptions de l'intelligence, des plus mystérieuses impressions de l'àme. Ce sera l'homme lui-même et non plus son image, l'homme sincère et tout entier'. »
Voilà la définition la pins large et la {dus philosophique que l'on puisse donner de la poésie lynque. Certes une telle tâche est bien faite pour exciter cet « entiiousiasme » qui parait, aux critiques superficiels, l'essence même du lyrisme et qui n'est rien si on le sépare de ses sources naturelles; certes aussi « c'est à communiquer les sentiments exaltés de l'amour et de la religion' » que la poésie ainsi entendue doit s'employer tout entière; mais ce qui nous frappe surtout dans celle analyse c'est que l'élément fondamental en est la sincérité d'âme, l'émotion jjrolonde et souvent poignante de la conscience en présence du mystère de noire être. « Le XIX' siècle, dit encore M. Paul Albert, a créé un lyrisme nouveau, la poésie individuelle la plus vibrante, la plus passionnée, la plus délicieusement caressante. Plus d'épopées artificielles, plus de poèmes didactiques ou descriptifs, vains jeux de mots, tours de force puérils, mais le Moi humain vibrant, et la nature associée aux orages du cuMir. it
Nul ne pouvait mieux réaliser cet idéal que celui qui a pu dire, sans pr(''leution, de ses propres œuvres : « Voilà les pages de ma vie intérieure, inspirées tantôt par la tristesse et tantôt parla joie, par la solitude et par le monde, dans mes heures de séchc-esse 011 d'enlhousiasme, de prière ou d'aridité » ; que celui qui, invité a s'expliquer sur le sens du mot Harmonies, répondait^ :
1. Voyez égralement, sur le rôle et la dcstinoe de la poésie au dixiipuvièine siècle, la Préface de CromwU et la Préface des Contemplalions de V. Ilupo.