Lcllre à M. d'Lsyiig'iy U'dsc en préface aux Harmonies
« La jeunesse qui s'éveille, l'amour qui rêve, l'œil qui contemple, l'âme qui s'élève, la prière qui invoque, le deuil qui pleure, le Dieu qui console, l'extase qui chante, la raison qui pense, la passion qui se brise, la tombe qui se ferme, tous les bruits de la vie dans un cœur sonore, ce sont ces Harmonies. Il y en a autant qu'il y a de palpitations sur la fibre inlinie de l'émotion humaine. >
Le Vallon a ('tt- écrit en 1818, quelques uiois après le Lac, an même temps environ que le Désespoir, isolement, la Foi, le Soir et le Souvenir, toutes pièces dont l'unité d'inspiration est d'ailleurs évidente. Le meilleur connnentaire qu'on en puisse donner est de rappeler d'abord cpel était l'état de la poésie française (piand parnrent ces vers, et de noter ensuite à quel moment de la vie lie Lamarlino ils correspondent, (juclle crise d'âme les ('.\pli(|nc.
(( Je me souviens, dit Lamartine', qu'à mon entrée dans le inonde il n'y avait qu'une voix sur l'irrémédiable décadence, sur la mort accomplie et déjà froide de celle mystérieuse facullé de res|)rit humain, la poésie. »
Le tableau est noir, mais il snflira de citer quelques noms el quelques dates pour établir (pi'il est à peine chargé. Voyons (piels (>xemples s'inq)osent à la jeunesse au moment où Lamartine commence d'écrire -. En 1S17, la distribution des prix du coiu'ours général, auquel V. lluiio vient de prendre part, est présidi'e par M. Uoyer-Collard, assisté de M. Silvestrede Sacy. A l'AcadiMiiie française, le rapporleur des concours est M. liaynouard, l'aiilcni- des Templiers et des Étals de Blois. Lu des juges qui ont le pins apprécit' la pièce couronnée de Victor Hugo salue en lui
I. l'rrmièrrs iiintildlioiis. Secdiiilo préfact! do Lamartine (1854) sur « I,es destinées de la poésie ». p. XXVI et s([. (Kdit. Hachette).
1. Pour plus de détails sur celte épo<pie, voir V. Uiigo, par I.éopoKl Mabilieau. p; 0 et sq. Hachette, 189.i,
« un succcsseiu' de Malfilâlro » ; lo doyen de l'Aradéniic, M. François de Neufrhàlean, l'appelle « tendre amant des neuf sœurs ». Le jour où Lamartine va jtorter.à M. Bidot ses premiers vers, on lo renvoie avec ce conseil: « Lisez nos maîtres, Delille, Parny, Michaud. Raynouard, Lure de Lancival, Fontanes.... « Partout c'est la convention qui règne, un goût enfantin et vieillot, une galanterie verbale et grimaçante trahissant l'usure de la langue, l'amoindiisseinent des génies et des caractères, le mantpie de vie et de lii)erté. Aux jeunes gens (pii entrent dans la carrière, « l'art ap])araît connne une sorte de livrée banale endossée sans elVorl par le premier venu », et ne permettant d'autre supériorité (pie l'adresse de la main. On esl frappé de ce qu'il y a de scolaire et de servile dans les rouvres de ce temps. Débutants et vétérans, tous ont l'air de s'acharner h des travaux de collège, de développer des thèmes inq)osé's, selon des régies apprises.
Lamartine devait s'attarder (piehiues années dans les ornières de cette fausse littérature. Il en fut heureusement tiré par son afimiration p(»in-(( les deux génies qui protestaient seuls contre cet arrêt de mml i\o l'ànie, de l'intelligence et delà poésie: Mme de Staél et M. Chateanbiiand » '. bujour où il les a aimés, il a senti, lui aussi, naître en son sein « ime protestation vivante contre l'oppression du cu-ur, contre le dessèchement et l'avilissement du siècle ». Il n'hésite pa- à Icni' altribuer sa conversion et celle de tous les vrais poètes qui se levaient abti's : « Ils prirent sur nous comme un droit de famille, ils furent de notre sang, nous fûmes dn leur, et il est ]»eu d'entre non^ qui ne \ruv dnivc ce ipi'il fut, ce qu'il est et ce ipi'il sera. »
Mais la noble modestie de cette leconnaissance ne «loit pas nous égarer: l'originalité de Lamartine ne prend sa soiu'ce dans aucune imitation. Nous l'avons dit, les livres n'ogt point été ses véritables maîtres. Si Ir Lac excita, du premier ctmp, cette surprise d'enchantenieni qui rendit l'auteur célèbre en un jour, si les Mrililalions \n\ tireni eu (piehpies senuiines une place à pari dans la litléraluio, une place (pie nul ne put songer d'ab(»rd à lui disputer, c'est à une disposition d'âme toute personnelle et toute nouvelle qu'il ]o dut ; e'i'sl ([u'il a, pour ainsi dire, retrouvé le secret de la poésie par un retonr à rintimilé de l'Iiomme avec la nature; c'est (pie ses plus suiilimes inspirations ont leur priii-