‹ Le vandalisme jacobinChapitre 18 sur 53 · C.ATHKDRAI K DK Ri IMS · texte numérisé non relu

C.ATHKDRAI K DK Ri IMS

I^ctiiil dune arcaturc dans l'ancicti ('loîtrc (vers ii8<i).

François Daujon.

Sommaire. — La carrière politique de Daujon. — A Saint-Pierrede Chaillot. — Épuration de monuments civils. — A l'Oratoire et à Saint-Germaindes-Prés. — A Saint-Thomas d'Aquin. — A Saint-Sulpice : une toilette sculpturale complète. — Aux Invalides : Daujon se heurte à la concurrence. — A Saint-Médéric Aux-Filles-Dieu. A Saint-Boch. Aux Quatre-Nations. — Aux Grands-Jésuites. — A l'Hospice Bcaujon. — Les mécomptes de Daujon. — Un morceau d'éloquence,

,, ^* ,, , Parmi les insurgés qui, dans la nuit

carrière politique ° ^

de Daujon. du 9 au 10 août 1792, s'emparèrent de 1 Eclcl de Ville de Paris et formèrent la nouvelle Commune, se trouvait un a artiste » nommé François Daujon (i).

Ce citoyen de la section de Bondy, âgé de trentetrois ans, était, dès le 12 août, a administrateur provisoire de police, surveillance et salut public », et il signait en celte qualité, avec Panis, Real, Ghartrey, Rossignol et Duffort, l'ordre d'arrêter à Sèvres M. d'Angremont qui avait proposé à l'agent de police Bachelu « d'enrôler et de payer cent hommes à l'effet de se mêler dans les groupes, d'empêcher les motions incendiaires et de rappeler le peuple au respect de la Constitution ; » les citoyens armés

(i) Né en 1755, mort (76, rue du Temple) le i" avril i8ii. — Voir a Bévue des Études historiques d'avril 191^.

l38 LE VAMDALISMK JACOBI?»

de Sèvres devaient aider " leurs Irère.s de Paris *» à se saisir d'ufi aussi redoutable aristocrate, « à mourir plutôt (jue de ne pas l'amener sain et sauf devant le Comité, » et l'arrôté se terminait par celte entraînante apostrophe : « Allons, marche ! et que nous ayons tout de suite ce grand criminel si intéressant à avoir! (i) »

Le lendemain, Daujon fait arrêter un autre " criminel » : le curé de Sillé-le-Guillaume, l'abbé Trouillard, réfractaire et, à ce titre, i conspirateur contre la chose publique ». — Le i4 août, il était agrégé au définitif « Comité de surveillance >, chargé de dévoiler les « complots affreux > de la journée du lo août, — c'est-à-dire les a complots » ourdis contre l'insurrection triomphante.

Au fond, ce pourvoyeur des prochains massacres, — jadis fabricant de « têtes de méduses » pour le compte du Bureau municipal (2), — n'était point sanguinaire. Le i^'" décembre 1792, à la dernière séance de la Commune du 10 août, il osera s'écrier : (( La philosophie a fait assez de progrès parmi nous pour bannir la peine de mort; elle répugne aux principes établis; je suis de l'avis de ceux qui en demandent la radiation. Nous n'en serions pas plus avancés quand il y aurait deux ou trois têtes de moins. » On applaudit cette « philosophie > — sans consentir, naturellement, à lui enlever le

(i) M. d'Angremont fut arrêté le jour même (Arch. Nat., G. 190 no i6o4).

(3) En brumaire II, il réclamera 4.000 livres pour « les deux têtes de Méduses » faites en 1787 à la fontaine du Marché des Innocents (Arch. Nat., F ^3, 213).

UN ICONOCLASTi: JACOBIN iSq

moyen de progresser encore (i). — Le 27 août, il avait même fait évader le prince de Poix au moment où on transférait celui-ci à l'Abbaye, et soustrait un carton rempli de pièces à sa charge, — du moins certains u scélérats » en accusèrent le coni- L missaire, ajoutant qu'il avait été « gagné à force d'argent ». Mais il avait su bientôt confirmer sa ré-

Iputalion d'ardent « patriote », ayant pour cela ses raisons.

Le 3 septembre, au Temple, il flatta, de son propre aveu (2), les assassins de la princesse ^e Lamballe avec un art dont on va juger : u Deux individus, ^ raconte-t-il, traînaient par les jambes un corps nu, ■ sans tête, le dos contre terre et le ventre ouvert jusqu'à la poitrine... Au bout d'une pique était une tête qui souvent touchait mon visage par les mouvements du porteur en gesticulant. A ma gauche, un autre plus horrible tenait d'une main les entrailles de la victime appliquées sur mon sein, et de l'autre un grand couteau. Par derrière eux un grand charbonnier tenait suspendu à une pique au-dessus de mon front un lambeau de chanvre trempé de sang et de fange. » Daujon, commissaire de la Commune, voulut tout de même fraterniser avec ces bandits qui « vomissaient » contre la Reine « les termes les plus obscènes et les plus dégoûtants avec des hurlements affreux ». (( Je loue leur courage, leurs exploits, j'en

(i) Feuille de Paris du a décembre. (Voir F. Braesch, La Commune du iO août).

(a) Relation publiée par M. G. Lenôlre, La captivité et la mort de Marie-Antoinette, p. 59-6^.

lllO I K VANDAI.ISMI JACOMIII

fais des liéros,.. J(î leur dis que les dépouilles (pi'ils portaient étaient la propriété de tous : « De (picl droit, ajoutai-je, prélencJez-vous ^euls jouir de votre conquête? N'apparlient-elle pas atout pjiris? La nuit bientôt s'avance. Ilatez-vous donc de quitter cette enceinte trop resserrée pour votre gloire C'est au Palais Royal, c'est au jardin des Tuileries où tant de fois a été foulée aux pieds la souveraineté du peuple, que vous devez planter ce trophée comme un monument éternel de la victoire que vous venez de remporter... Ils sortent etnousremplisscnt de sang et de vin par les plus horribles embrassades )>. Sans doute ces « embrassades », en empêchèrent-elles une autre plus horrible encore, puisque les émeutiers voulaient obliger Marie-Antoinette à « baiser la tête coupée de son amie » ; sans doute, au dire de Daujon du moins, la Législature lui témoigna-t-elle sa a satisfaction » ; mais à quel niveau ne s'était-il point abaissé !

Ce même jour, 3 septembre, il fut au nombre de 24 « commissaires, membres de la Commune de Paris », choisis par Hébert, Darnaudry et Joly pour aller inviter les Départements à exécuter le mot d'ordre du Comité de Surveillance : « Imiter l'exemple que venait de donner Paris en se débarrassant des traîtres par un massacre général, n

Comme un député se plaignait à Danton de la conduite de l'un de ces effervescents : « Eh! f. .., répondit le ministre de la Justice, croyez-vous qu'on vous enverra des demoiselles ! » Daujon ne fit pas figure de « demoiselle ». Chargé, avec l'épicier

Martin, d' « exciter le zèle » des popululions de l'Yonne, de la Haute-Marne et de la Haute-Saône, il se mit à taxer sur les marchés le blé et les vivres, à menacer de mort les récalcitrants, à dépouiller de leurs plombs les maisons d'émigrés, — préludant ainsi à ses futures opérations. Des troubles sanglants éclatèrent : à Langres, l'apôtre maratiste et son compère furent malmenés; à Vcsoul, le Directoire dépirtemental les fit arrêter et décida u de les faire accompagner par la gendarmerie nationale, de brigade en brigade, jusqu'à Paris, afin de les remettre entre les mains des membres du Conseil Exécutif ». — A Lisieux, l'imprimeur Momoro et l'épicier Dufour avaient eu un sort analogue (i).

Mis au courant, le Conseil Exécutif, par la plume du ministre Roland, ordonna, le 2 octobre, de « remettre sur-le-champ en pleine liberté » les deux commissaires.

En mai 1793, nous retrouvons Daujon membre de la Commission des Cerlijîcals de civisme de la Commune de Paris : le i5, il signait une lettre au Comité révolutionnaire de la Section des Piques annonçant que les citoyens devaient se munir de nouveaux certificats de civisme, délivrés seulement (( à ceux qui seraient reconnus pour avoir bien servi la chose publique depuis la Révolution, attendu qu'il importait de ne conserver en place que des hommes vraiment républicains ».

En octobre 1793, c'est lui qui remplit les fonctions

(i) Voir Morlimor-Tcrnaux, Histoire de ii Terreur, t. IV, p. 433 et *uiv. — Arch. Nat., F', 36.88a.

l/l'J I.i: V.V.^DALISMK JACOni?!

(le secrétaire lors de l'inlerrogaloire de Louis Wll, de Maric-Thérèse-Charlotte et de Madame Klisabelli, et sa signature s'étale à côté de celle de Chaumelte, an bas do ces monuments d'ignominie (i).

Tel est le « vrai républicain », le pur sans-culotte dont nous allons maintenant exposer les exploits de démolisseur ofïîciel. Pas plus, nous le répétons, que l'architecte Poyel, vérificateur de ses basses œuvres, pas plus que tant d'autres agents de la Terreur, il n'était un adepte bien convaincu de la u philosophie » du régime ; mais il entendait en profiter, et c'est pour ce solide motif qu'il accepta, qu'il revendiqua aprement l'emploi de bourreau des œuvres d'art.

Daujon Au début de i7q3, il déclara la

fait son apologie. ' ^^

guerre aux vestiges de la a tyrannie » et delà « superstition». En juin, le Département des Travaux publics le chargea de porter ses marteaux au Muséum et au « Palais national » ; et comme u il plut » au ministre de l'Intérieur u de suspendre ces ordres », il lui adressa aussitôt cette épître qui le dépeint tout entier :

«... Je suis assez connu sous le rapport des arts pour me croire dispensé de parler de moi ; cependant, si l'envie pouvait élever quelques doutes à cet

(i) Du moins au bas des interrogatoires de Madame Royale et de Madame Elisabeth. — Voir les fac-siraile qu'en a donnés M. Gustave Bord dans Anloxir du Temple, IIII (Paris, Emile-Paul, 1912).

UN ICONOCLASTE JACOBIN l43

égard, je la renverrais à mes ouvrages et au citoyen David (i).

» Les sacrifices sans nombre que j'ai faits depuis 89 ; l'abandon de mes affaires et de mes intérêts les plus chers depuis le dix auguste; les dangers que j'ai courus dans les départements au mois de septembre en qualité de Commissaire du pouvoir exécutif... l'empêcheront de rien dire de moi à cet égard.

)) Je crois être dans le cas, en ma qualité d'artiste et en raison des services que j'ai rendus, de vous demander l'autorisation de supprimer les pièces de féodalité sur le Muséum et le Palais national, ainsi qu'un Logement du Louvre (2). »

On jugea qu'en effet 1' « artiste » avait maintenant le droit de songer à a ses affaires » et ce prétentieux mercenaire se mit à l'œuvre.

Après de menus travaux aux Carmes de la place Maubert, — où il fit disparaître du fronton extérieur «un grand écusson armorié avec colliers, cordon, croix, fleurs de lys, le tout surmonté d'une grande couronne dite alors royale », qu'il transforma en bonnet de liberté, — il alla s'installer à Saint-Pierre de Chaillot.

A saint-Pierre- Cette église était infectée d'attributs

de-ChaiUot. ®

pontificaux : la Révolution, qui avait brûlé le Pape en eifigie au Palais Royal, ne pouvait souffrir que l'art décoratif continuât à en rappeler la domination.

(1) David lui aussi signa les deux interrogatoires du Temple. (3) Arch. Nat., F" 5o3.

I^/| LF VA?II)AI.ISME JAf:OBI!<»

Sur la porte de Saiiil-Pierrc de (^liaillul se délacliaieiit uiio tiare cl ses deux clefs : Daujon les rasa cl dissimula la plaie sous deux brandies de palmiers. Même soin pour la tiare portée au-dessus du banc d'œuvre par un vaste trophée : il continua la guirlande de fleurs qui l'entourait et sculpta un magnifique bonnet de liberté a à l'antique ». D'autres clefs en bois, d'autres emblèmes pontificaux ; les croisillons d'une croix patriarcale qui ressembla désormais à une pique républicaine ; les bâtons de maréchal, « avec colliers des ci-devanls Ordres Esprit et Michel, casques, heaumes, lambrequins et tous les hochets de la féodalité » qui représentaient de chaque côté du maître-autel le blason des Bassompierre ; les écussons qui ornaient les nefs ; la couronne qui surmontait le calice d'un bas-relief en mosaïque ; enfin, sur quatre épitaphes, a toutes les lettres et qualifications proscrites » disparurent à leur tour. Comme l'artiste avait travaillé c avec beaucoup de soin, ragréé à l'entour et uni les fonds proprement » ; comme le bois de chêne était vieux et dur ; comme « la distance des lieux et la saison rigoureuse » avaient encore augmenté ses peines, on lui alloua, pour un travail si a proprement » accompli, la somme de 43i livres lo sols (i).

♦ ♦ Epuration de Les mois suivants, d'avril à septembre

monuments *^

civils. 1793, il épura divers monuments civils.

(i) Arch. Nat., F ^ 987. Ordre du département des Travaux publics du II janvier 1793 ; rapport à la Commission des Travaux publics du 22 mai 1794.

Rkims, Kr.i.iSK Saint-Rkmi.

II. liment ilii pied du Cirand (^.andélabre ..|ui ornait auirctois

(Musée de Reims, X\'I' sieclt

IMI' •• DBtitHQUe. PARI*

^u^ la iMntc !.. ociint-Pierre de Chaillol se delà cliaient une liare et ses deux clefs : Daujon le» rasa f' '• "imula h plaie sous deux branches de palmiers. M M. 0 soin pour la liare portée au-dessus du banc d'œuvrc par un vaste trophée : il continua la guirlande de fleurs qui l'entourait cl sculpta un magnifique bonnet de liberté « à l'antique ». D'autres clefs en bois, d'autres emblèmes portlificaux ; les croi- .;n -v^ -ï'nno croix pnti'î «rr alo nui ressembla désorifTîtr les bâtons de

des ci-devants Ordres Esprit et Michel, casques, heaumes, lambrequins et tous les hochets de la féodalité o qui représentaient de chaque côté du maître-autel le blason des Bassompierre ; les éoussons qui ornaient les nefs ; la couronne qui surmontait le calice d'un bas-relief en mosaïque ; enfin, sur quatre épitaphes, « toutes les lettres et qualifications proscrites ^ disparurent à leur tour. Gomme l'artisle a 'é « avec

beaucoup de soin, ragréé à l'enloui les fonds

proprement » ; comme le bois de chêne était vieux et dur ; comme «la distance des lieux et la saison rigoureuse » avaient encore ses peines,

on lui alloua, pour un travail si proprement > accompli, la somme de 43i livres lo sols(i).

Epuration de Les mois suivants, d avril a septembre

monuments . • «i

civils. 1793, il épura divers monuments civils.

(i) Arch. Nat., F" 987. Ordre du département des Travaux publics da II janvier i/gS; rapport à la Commission des Travaux publics du aa mai 1794.

N. l)-l'hoi Ri IMS, H(.i.isi: Sain i-Ri':mi.

l'raunicnt du pied du (M'aïui Candélabre qui ornait autrefois

le Choeur.

(Musée de Reims, X\ T siècle)

IMP a IIEUKHQUE. PARIS

UN ICONOCLASTE JACOBIN l45

A la grande salle de la Bourse de la rue Vivienne, au-dessus de la porte d'entrée, il gratta u deux grandes lettres lleuronnées » : aux vingt pilastres du pourtour de la salle, dans les corniches, il supprima les chiffres et couronnes de Jules Mazarin — un ministre du despotisme ! un cardinal ! — Aux angles des plafonds, il détruisit les fleurs de lys et même les simples étoiles, incompatihles, paraît-il, avec l'idéal jacobin. A la voussure des plafonds, il effaça u des lettres entre les mains d'enfants »>, et des chapeaux de cardinal (i).

A rÉcolc militaire, aux trois frontons d'un bâtiment attenant au palais construit par Gabriel, l'ordinaire bonnet de liberté fut substitué aux couronnes et colliers d'Ordres. Opération moins banale, Daujon gratifia de têtes d'aigles chacune des « deux têtes de coqs formant l'extrémité d'un bouclier antique » (2)... Le coq Gaulois s'était par trop compromis au sommet des clochers !

A la barrière de la Fédération, un autre bouclier perdit ses fleurs de lys, et lesécussons royaux furent martelés.

A la Fontaine des Innocents, Daujon supprima, non seulement les écussons royaux, mais encore ceux de la ville de Paris : le vaisseau symbolique sombrait... Les noms de Henri II, de u Gapet », des échevins, du lieutenant de police disparurent: plus de ci-devants (3) !

(i) F^ ai2. Ordre du 17 avril lygS.

(a) F ^5 2 13. Mémoire examiné par Happe le 7 juin 1793. Ce travail coûta i5o livres.

(3) F ^3 212, 3 1 août 1793. Coût : 5Gi livres. Mêmes suppressions d'écusson à l'arche centrale du Pont-Royal.

I V> LE VANDALISMK JACODn

Au Palais de Justice, alors que son collègue Coudct torturait la Grande Grille, que l'enlrepreneur Varin démolissait la flèche de la Sainte- Chapelle, notre homme nettoyait l'intérieur de celle-ci, raclait les fleurs de lys ornant les cannelures des colonnes lorses de l'escalier, et supprimait « trente couronnes sur la tôle des Dauphins )) ; en haut du grand perron, il privait la slatue de la Loi de ses fleurs de lys et de son sceptre.

A la Cour des Miracles, rue Meuve iÉgaliié, » sur le grand mur et très haut », il recouvrit de peinture (( six toises d'armoiries et de signes ».

Rappelons ici que trois années auparavant, en juin 1790, Daujon avait présidé à une destruction plus importante : celle des quatre « figures d'esclaves )) enchaînées, place des Victoires, aux quatre angles du piédestal de Louis XIV. Il avait veillé i< à l'enlèvement des attributs et accessoires, enseigné aux ouvriers la manière de démonter..., rassemblé tous les dits objets sans confusion », et ordonné de les déposer aux magasins de la Ville (i). Louis XIV lui-même avait bientôt subi le sort des « esclaves » : « Ces monuments de l'orgueil, avait déclaré Alexandre de Lameth le 20 juin 1790, ne peuvent subsister sous le règne de l'égalité. » Le 10 août 1792, les (( Commissaires de la majorité des sections » décidaient que la place des Victoires se nommerait la place de la Victoire Nationale, et qu'à l'efïîgie du tyran Louis XIV serait substituée une pyramide sur laquelle seraient gravés a les noms des généreux

(i) Ibid. Coût de cette surveillance : 192 livres.

UN ICONOCLASTE JACOBIN lii']

citoyens morts pour la liberté dans la journée du 10 août». Déjà le Louis XIV de l'Hôtel de Ville, œuvre de Coysevox, avait été, lui aussi, proscrit par le procureur Manuel, et le Corps Municipal avait arrêté que « l'eiligie pédestre de Louis XIV, en bronze, qui n'est même pas un chef-d'œuvre de l'art, se convertirait en canon», u La liberté, seule idole que doivent avoir les nations éclairées » (i), remplacerait l'infâme despote. — Admirable doctrine qui annonçait, écrivait pieusement en 1898 le Docteur Robinet, a une évolution nouvelle de l'esprit révolutionnaire, s'élançant enfin hors des formes théologiques pour s'élever à un culte plus réel et marcher délibérément à la religion de l'Humamanité ».

Cette « religion 1), le sacrificateur Daujon s'efforçait d'en instaurer le culte sur les murailles des églises conquises par la « Raison ».

« * A l'Oratoire et à En août i7q3, il Supprima à la porte

Saint- Germain- '^ '^ ^ ^

des-Prés. de l'église de l'Oratoire « deux têles en médaillon représentant, l'une la ci-devant Vierge^

(i) Arrêté signé : Pclion, maire ; Dejoly, secrétaire-greffier. — « Point de grâce! s'écriaient les Hévolutions de Paris (n° i56). En détruisant un des chefs-d'œuvre de Coysevox, on donnera aux peintres et aux sculpteurs une leçon dont ils ont besoin. On leur apprendra à ne choisir désormais pour exercer leurs talents que des sujets véritablement dignes des regards de la postérité ». Heureusement, la statue de a ce sultan qui signa tant de lettres de cachet » ne fut point détruite et elle orne aujourd'hui la cour d'honneur de Ihôtel Sévigné. — Voir Le mouvement religieux à Paris pendant la Révolution (publ. sous le patronage du Conseil Municipal), t. II, p. /ii5-4i6.

l/lS LK VAMlJAf.ISME JACOBIJI

et l'autre son fils »» ; ù la j)orlc (Jes Théâtiii», deux fleurs de lys en cïiône (ij ; au corps de garde des BlancH Manteaux, sur deux grands boucliers, les fleurs de lys des armoiries de la ville de Paris et « quelques autres aussi sur les épées » (2) ; puis il trouva à Saint-Germain-des Prés un plus vaste champ d'opérations (3).

Dès les 27 et 28 mars 1791, on avait détruit ou mutilé les antiques tombeaux de l'Abbatiale : tombeaux de Childebert, de Frédégonde, de Chilpéric (4). Il avait été ensuite question d'abattre les quatre statues du grand portail qui, six siècles auparavant, avaient échappé à la fureur des Normands : l'architecte Bélanger en écrivit à l'ex-marquis de Sillery. député à la Convention.

A ce portail, Daujon détruisit un bas-relief de pierre représentant « la Pasques(5) » ; de chaque côté du tympan, deux anges agenouillés ; au milieu, une statue de saint ; aux deux battants de la porte, deux saints de bois, les noms de Marie et de Jésus, des iîouronnes.

Au fronton de laporte « donnant sur le jardin du

côté de la cour », il gratta un grand écusson de

pierre (6) avec attributs d'abbés, crosses et mitres.

Pénétrant par le portail dans l'église, à gauche,

(i) F 13, no 397.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

(4) Détails sur les destructions de différents tombeaux de rois et reines de France faites à Saint-Germain-des-Prés, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, igiS, 3e fascicule, art. de M. G. Vauthier.

(5) De 8 pieds sur 3.

0 De i5 pieds sur 7.

^m UN ICONOCLASTE JACOBIN 1 Af)

H il découronna huit têtes de rois placées dans de hautes niches et a refit des cheveux à la place des couronnes ».

Dans la frise d'un grand hufTct d'orgues, u tout le long», il transforma en lleurons plus de quatrevingts fleurs de lys. Les trois fleurs de lys placées au-dessus du cadran subirent le même sort, ainsi

rque les vingt et une fleurs de lys sculptées u en quart de rond » sur la chaire à prêcher. « « Dans les panneaux cintrés », il supprima quatre

écussons du <( cydevant Roy », et « restaura avec soin

[chacun d'iceux, ainsi que les colliers, cordons, couronnes ». — En quoi consista cette u restauration » ? Daujon ne le précise point.

Au mausolée de Casimir de Pologne, il enleva u une grande inscription, avec des baguettes et corbeaux de fer qui la soutenaient » ; il enleva aussi (( douze grands chiffres avec couronnes » qui ornaient la vaste draperie déployée derrière le mausolée et douze autres chiffres dorés et couronnés, en pierre dure, placés au centre de l'arcade.

Dans la même chapelle, il détruisit complètement un autre mausolée u avec inscriptions en cuivre, entouré de bordures de marbres ».

Au-dessus du maître-autel, de chaque côté des voûtes, à «cent cinquante pieds de hauteur», il arracha u trois immenses écussons armoriés, avec couronnes, calices et croix ». Aux chapitaux de six colonnes, il coupa « vingt-quatre grandes fleurs de lys en plomb formant fleurons». Même opération pour les huit fleurs de lys en bois doré de la cou-

l5() M'. VANDALISME JACOBIN

roiine du l)al(la(|uiii. Au " suspoiisoir », " pour ne rien dégrader », il cul l'ingéniosité de « coller du papier azuré » à la i)lace de la couronne royale...

A la chapelle de Douglas, il débarrassa l'autel de ses (( signes de féodalité », descella et descendit (( deux grands blasons armoriés en marbre blanc et très épais, l'un de Douglas, l'autre de Gastelane ».

A la chapelle de Saint-Claude, les épitaphes, écussons et inscriptions de marbre noir tombèrent sous son ciseau.

Dans une chapelle située « au fond du chœur », il priva une Vierge de sa couronne « diadamée » et — comme aux statues des rois — il « refit des cheveux à la place ».

Il avait mis de côté pour le « magasin » de la République ce qui lui avait paru digne d'être conservé : sept inscriptions de marbre, provenant de divers mausolées ; a deux guerriers de plus de six pieds de proportion en marbre blanc, avec leur socle » ; deux pleureuses en bronze ; « une teste de chérubin de métal » ; un entablement supporté par deux colonnes de marbre, avec chapiteaux et bases en bronze, « très bien sculptés ».

Le travail d'ensemble fut achevé par une couche de peinture à l'huile, «couleur de bois », sur les cicatrices des fleurs de lys.

Le tout rapporta à l'artiste quinze cent quinze livres : à ce prix les « patriotes » de la Section des Quatre Nations, — Section de l'unité depuis avril J793, — purent s'assembler dans l'église Saint-

UN ICONOCLASTE JACOBIN l5l

Germain-des-Prés sans être scandalisés par tant de vestiges du fanatisme (i).

A la Section de l' Unité, succéda d'ailleurs, en février 1794, la Raffinerie de VUnité, (ralïînerie de salpêtre). — En l'an X, le préfet de la Seine Fruchot devait constater que « les chapelles, les boiseries, les dalles n'existaient plus», que l'église u n'était tout au plus propre qu'à former des magasins )). Des chaudières et de grands fourneaux avaient été adossés au Baptistère ; les chapelles du fond avaient été transformées en cabinets et bureaux ; dans les autres, « la terre montait jusqu'aux voûtes ». Fruchot proposait en conséquence de l'aliéner au plus tôt (2).

A Saint-Thomas ^ Saiiit-Tliomas d'Aquin, il y eut

d'Aquin. . , . ^ ' J

moins à faire : au reste, Daujon reconnut que « tout le décor de cette église était d'une fraîcheur agréable et d'un grand fini », et il se contenta d'y opérer, en octobre 1793, les modifications les plus indispensables (3).

La chaire à prêcher portait une tiare, une crosse et une croix patriarcale : la tiare devint a un livre en forme de tables de loi ». Au-dessus du buffet d'orgues, trônait, a à cent pieds de hauteur», le « ci-devant roi David » : il perdit sa couronne, et

(i) Restaient les ornements sacerdotaux : nous verrons plus loin (chap. viii) lusago qu'en fit, le iS nov. 1793, la Section Je l'Unité,

(a) G. Vauthier, loc. cit. — L'église ne fut rendue au culte qu'en avril i8o3.

iba LE VA?IDALI8ME JACODIN

Daujoii lui « refit des cheveux ». Dans un fronton (lu chœur était une boiserie «très riche» : Daujon lui enleva seulement deux chapeaux de cardinaux avec leurs accessoires, deux croix patriarcales ci (( différents signes de superstition » ; une tiare devint ici un magnifique bonnet de liberté, et une croix fut avantageusement transformée en pique. — Le (( sans-culotte Jésus >, comme disait Marat, ne s'en serait-il pas contenté ?

Profitant sans doute de la proximité des lieux, Daujon se rendit à la même époque à l'église du Couvent de Bellechasse qui lui réservait une belle récolte de croix patriarcales : il en supprima neuf à la chaire, au buffet d'orgues, aux médaillons des pilastres et aux portes. Pendant qu'il y était, il abattit la croix de « pierre de vergelet •) qui se trouvait dans la cour, au-dessus d'une porte, et il découronna une Vierge « et son enfant». — Gela lui faisait toujours i35 livres de gagnées (i). A saint-suipice : Puig^ il alla àP (( église Sulpice ».

une toilette ^ ^

sculpturale chef-d'œuvre de l'art du xviii® siècle, complète. ,

où le montant de ses démolitions ne

devait pas être inférieur à 4.026 livres. Et ce

n'était pas trop cher ! Qu'on en juge.

Au portail situé en face du cimetière, entre les

colonnes, à plus de cinquante pieds de hauteur,

s'élevaient « deux grands trophées d'église de trente

pieds de hauteur sur huit de largeur, encadrés

dans une bordure » ; sous les vitraux, de chaque

côté, « une grande gloire de quinze pieds de lar-

geur sur six pieds de haut ». Le tout fut abattu et produisit u une immense quantité de pierre très ferme ». Les moulures de l'archivolte furent ensuite « poussées dans toute leur longueur ». Les statues des niches furent ainsi corrigées : la croix de l'une devint un tronc d'arbre ; les clefs de la voisine disparurent, et « par-dessous fut repoussée la draperie » ; la branche de lys d'une troisième se mua en branche de chêne.

Les statues placées à l'entrée du môme portail furent aussi bien traitées : une croix fut remplacée par une épée, et, sur le grand livre que tenait le ci-devant saint, furent inscrits ces mots : Ilisloire de la Révolution Française... Une « branche de chêne isolée » remplaça a une figure de Christ sur une croix n. La porte elle-même du cimetière' perdit ses deux croix de Jérusalem ; et Daujon poursuivit les malheureux saints — comme les septembriseurs leurs proies humaines — jusque dans la cour et dans l'escalier du séminaire.

Ses plus belles transformations furent accomplies sous le péristyle du grand porlail. Après avoir démoli les quatre médaillons circulaires, avec (( attributs de superstition », qui se trouvaient de chaque C(Mé, à quarante pieds de hauteur, il s'attaqua aux bas-reliefs de pierre placés de face, audessus des portes. Ici, laissons parler tout seul son minutieux Mémoire :

(( ... Avoir supprimé savoir : à celui — (au bas-relief) — de la foi, un calice rayonnant, et à la place avoir fait un flambeau... Pour avoir fait

l5/i I.E VANDALISME JACOniM

le flambeau, assez considérable... 54 1. ; '•»! basrelief (le I.'i Helij^ioii, avoir suj)priiné une croix et à h\ place avoir fait un faisceau : ce faisceau, très grand, bien soigné... 78 1.

» A un autre, supprimé sur un bouclier de deux pieds une croix rayonnante

)) A un autre, sur la tête, une couronne royale antique, et fait les cheveux et ragréments pardessus....

» A celui de la charité supprimé un géova avec les rayons;...

» A un autre, supprimé de même un géova rayonnant sur la poitrine d'un enfant, et refait les chairs par-dessous une couronne sur la tête de la femme, ainsi qu'une main à un doigt à un autre qui était cassé.... »

Laissons encore Daujon nous expliquer comment il a expurgé les bas-reliefs de pierre de a la chapelle à droite en dehors », toujours sous le péristyle :

(( ... A celui de droite, à la place d'un ciboire posé sur un rocher, avoir fait un tronc d'arbre, et à la place d'un chandelier avec un cierge avoir fait un flambeau. A un autre bas-relief, à côté de l'autel, avoir supprimé des inscriptions sur des tables de Moïse, et gravé à la place : droits de Vhomme et du citoyen

)) Idem, supprimé un ornement d'église et à la place avoir fait une couronne de chêne en pierre.

)) Avoir supprimé de même une grande croix, et de la tige en avoir fait un faisceau selon que la place le comportait....

UN ICONOCLASTE JACOBIN l55

)) Idem, supprimé un calice eu pierre aussi, et à la place fait des piques. »

L'iconoclasie pénétra dans l'église.

A l'intérieur, ù chaque tambour des portes, il enleva « deux têtes de chérubins avec les quatre ailes, ce qui fait quatre tètes et huit ailes pour les deux ». Il en enleva d'autres aux angles et dans les ovales, ainsi que « des groupes d'enfants » et (' différents attributs et ustencils de religion, comme croix, mitres, crosses, couronnes ».

On connaît les merveilleux bénitiers dont les coquilles géantes furent offertes à François P' par la République de Venise, et dont les motifs décoratifs, — plantes marines, crabes, poulpes, — furent fouillés par Pigalle. Daujon ne les respecta point : au-dessus de chacun d'eux, il détruisit {( deux goupillons mêlés parmi les ileurs, ainsi que les grandes draperies qui les liaient ensemble », et il (( refit à chacun environ un pié de fleurs, afin de laisser subsister les vases ».

Les « gloires » ou « trophées » qui encombraient alors les églises étaient moins heureux, mais cette considération était assurément étrangère à V (* artiste » républicain !

A l'entrée de Saint-Sulpice, entre les colonnes de chaque côté, s'élevaient u deux grands trophées formés d'ustencils religieux, avec un Saint-Esprit rayonnant dans le milieu » ; ils étaient entourés (t d'un cadre circulaire avec rubans, les rayons s'étendant hors du cadre, le tout de la hauteur de huit pieds sur cinq pieds de largeur, à quinze pieds

l5() LIî VANDALISME JACOBI.I

(le terre ). 11 y avait aussi au-dessus des portes de côté (( deux grandes gloires servant de culs-delampe », de seize pieds sur sept, avec têtes, nuages, etc., et attachées par une immense quantité de ferrements. Entre la voûte et le cintre des croisées, deux autres « gloires » entouraient des « symboles de religion,... en pierre très ferme ». Le tout fut remplacé par une unique <' pomme de pin » que Daujon sculpta au sommet de l'un des cintres.

Il nettoya ensuite les chapelles. Aux voûtes, des (( Saint-Esprit » rayonnants et des « Ave Maria avec accessoires ) eurent le sort des trophées. Dans la (( troisième chapelle à gauche du chœur », disparurent un saint Roch, en pierre de Tonnerre, et un saint Louis qui fut « conservé pour le piédestal du colosse décrété », c'est-à-dire du colosse populaire proposé par David. A côté de la chapelle de la Vierge, sur la porte d'un passage, fut coupée « une croix de 12*^ de diamètre ». Derrière le chœur, sous la coupole, Daujon supprima (( quatre chiffres entrelacés d\Ave Maria,... au milieu de couronnes et étoiles qui ont été conservées » , car « on a laissé subsister , observe-t-il, tout ce qui n'était pas contraire aux lois ».

Cet heureux motif lui permit d'épargner diverses statues auxquelles il fit simplement — comme à celles du portail — un bout de toilette : la Foi fut privée du calice qu'elle tenait à la main ; dans la chapelle des Fonts Baptismaux, un enfant —

\jy ICONOCLASTE JACOBIN l57

sans doute un enfant Jésus — reçut une branche d'olivier à la place d'un sceptre ; un autre enfant fut placé sur a un livre », et des couronnes de chêne remplacèrent un relicfuaire et une croix de Jérusalem.

La chaire, — où les orateurs jacobins avaient succédé aux prêtres du lieu, exilés, emprisonnés, apostats ou mariés, — avait été naturellement débarrassée de son Géova et d'inscriptions a rappelant le fanatisme ».

Pour terminer Daujon descendit dans la « basse église )) où il démolit les quatre trophées de la chaire et de l'autel, les sept gloires ornant les panneaux et le dessus des portes. Enfin, il monta au sommet des tours, et, a à une hauteur prodigieuse », il enleva u à quatre immenses groupes d'évangélistes en pierre les symboles qui servaient à les désigner n ; il fabriqua à la place « soit des tertres, soit des nuages selon que la forme prêtait au sujet ». Il a soin d'ajouter : u Cet ouvrage très difficile il cause du danger qu'il y avait et de la grande quantité de changements sur un développement aussi prodigieux ». Mais ne valait-il pas la peine de risquer sa vie pour assainir, de la base au sommet, le temple où Servandoni, Bouchardon, Carie Van Loo, Le Moyne, Stodtz et leurs élèves avaient si honteusement marié l'art et la « superstition (i) » ?...

(0 Sous la Restauration, on rendit à Saint-Sulpice le Saint Jean en marbre de Boizot, la Sainte î'i^r^e et les six apôtres, de Bouchardon, qui avaient été transportés dans le Musée do Lenoir.

lf>b LE VA^CDALISME JACOBIN

Aux Invalides : Après laiit de services remJus, Dau-

Daujon *

se heurte à la jon espérait elre chargé d'une entreconcurrence,

prise plus importante et plus glorieuse

encore : le dépouillement de Notre-Dame.

On lit à la dale du 26 frimaire an II (iG décembre 1798) dans le procès-verbal fie la Commission des Monuments :

« Il se fait lecture d'une lettre du citoyen Daujon qui réclame tout à la fois et pour le citoyen Bellier et pour lui-même les travaux de démolition commencés à la ci-devant église Notre-Dame : s'appuyant surtout sur une convention faite par la Commission qui, suivant l'intention de la Convention Nationale, emploie sans doute les citoyens qui sont le plus dévoué à la cause de la Liberté ; enfin sur le droit qu'il semble avoir acquis à ces démolitions parce que depuis longtemps il est employé à la suppression des signes de féodalité... »

La Commission laissa bien à Bellier le soin de (( débarrasser )) les églises, au nom de la Municipalité, « des objets précieux dans les arts que la Commission avait cru devoir réserver » pour les dépôts publics, mais elle ne tint pas compte des (( droits acquis » de Daujon, et c'est l'architecte Varin qui acheva les travaux de Notre- Dame (i).

Daujon se dédommagea aux Invalides. Pourtant,

(i) Ces « travaux » seront exposés plus loin (chap. x).

UN ICONOCLASTE JACORIN 169

là aussi, il se heurta à d'avides concurrents soutenus par Hubert, inspecteur général des bûtimcnts de la République.

Il écrivit, le 3i décembre 1793, au ministre de l'Intérieur (i) :

(( J'ai été chargé par le Département des Travaux publics de la suppression des signes de royauté et de féodalité à l'Hôtel National des Invalides, mais on demande votre autorisation à ces ordres. Puis-je espérer l'obtenir? J'en ai déjà fait une partie et je mérite peut-être quelques égards pour les sacrifices nombreux que j'ai faits à la Révolution. »

Le ministre abonda en ce sens et répondit à Daujon le 4 janvier 179^ "•

(( Je crois ne pouvoir mieux confier qu'à toi le soin de faire disparaître les signes de royauté et de féodalité qui existent tant à l'extérieur que dans la ci-devant église des Invalides. Je suis assuré d'avance que tu t'occuperas en artiste de la manière de soustraire à des yeux républicains les traces avilissantes de l'ancienne servitude. ))

Muni de cette lettre si flatteuse, Daujon, triomphant, alla trouver Hubert — qui se borna à plusieurs reprises à « remettre » le sculpteur sous le prétexte qu' « il y avait un projet général ». Le 1 1 janvier, Daujon se plaignit de nouveau au ministre; on pouvait toujours, observait-il, « enlever d'une part le baldaquin qui détruisait le bel

l6o LE VAJJDALISME JACOBIJf

ciisciiiblc; de ce inonuriient, la chaire à prôcher, des autels en bois, des Heurs de lis sur les portes, des écussons royaux en cuivre et en ploml), et beaucoup d'autres clioses qui, sans loucher à l'ai cliitecture,... déshonoraient cependant le rnonu nient et donneraient à la République une prodigieuse quantité de matières extrêmement utiles... pour le progrés de ses armes ». Suivaient des considérations plus personnelles qu'il est intéressant de reproduire, car elles illustrent à merveille la psychologie du personnage :

(( Citoyen, depuis le commencement de la Révolution, je me suis entièrement dévoué à la liberté ; depuis le lo août, je n'ai travaillé uniquement que pour elle ; mais enfin j'ai ma famille à soutenir, et puisqu'il y a de l'ouvrage j'ai quelque droit d'en espérer. Envoyé dans les départements au mois de septembre 1792 pour faire lever tous les Français contre nos ennemis et incarcérés (sic) par ordre de l'infâme Roland, à mon retour j'ai rendu compte de ma mission au Conseil Exécutif qui, par délibération du 7 novembre, m'a donné des témoignages honorables de sa satisfaction. Tous mes collègues ont été indemnisés ou placés, et moi, qui crois n'avoir fait que mon devoir, je n'ai rien demandé (i), conséquemment rien obtenu. Aujourd'hui, l'occasion se présente de m'employer, et je te prie, citoyen ministre, d'achever ton ouvrage. Donne ordre au procureur-syndic des Invalides de me laisser commencer, ainsi que le

(i) Pas même les démolit:o:is de Notre-Dame !

My* jJi'tt ^^ti .-//fx/T /5 <^.^ ivw»/ ^àJL>%^/I^L^<40^A^j%.^A4\n< J.^ i^Ju^

•^ »/■«<#» «'«.«M. ^mstfK um /♦*/*»« t/^-nuM «-O^tM* ^»'*-/^*"*-^ *<•<"» <A.A!,,^ «mmi. A^ y^/f!,^.

S.AI'KI H RoC.HKH SK IM.AINI M Pkrk DlCniSM DIS II.KLRS 1)1 , - .- I r\„-

tMi: N I '. KNCORK I.A CaTHKDRMK d'OrI.KANS.

-a page de hi lettre reproduite commence ainsi : <•... Iiiternale hile, k-mme s... monstre d'Orléans et mère des infâmes complices du scclénit de

nnouriez, avec tout cela procureur-syndic, de ce District : juge, juge bon. jy, bon père Duchesne, juge du iicsesp(»ir de ce malheureux Jean t. de pays, tst à toi, oui à toi, .|ue moi, ton camarade, et les braves sans-culottes ont tours pour rendre nui réclamation c-t la leur publique. Si tu hais les scélé- ,ls de prêtres de toutes espèces, fais les donc bannir, qu'ils ne paraissent >nc plus dans les administrations; que le décret ou f. la loy du mois •oust soit exécutée, et que les autr»rités constituées s... nom double s... ncnn an j. f. soient épurées, destituées, et que je nv v(»is... etc.

Archives Nationales^

iijyj Lk. va.u»al;^ui.

cnscinhio de ce monument, la chaire à pi dei^^mtels en bois, des fleurs de lis sur le» porti d< issons royaux en cuivre et en plomb, <

beaucoup d'autres choses qui, sans loucher k l'ai cliitccture,... déshonoraient cependant le monu ment et donneraient à la République une prodi gieuse quantité de matières extrêmement utiles, pour le progrès de ses armes •>. Suivaient de considérations plus personnelles qu'il est intéres sant de reproduire, car elles illustrent à mer veille la psychologie du personnage :

(( (atoyen, depuis le commencement de la Révo lution, je me suis entièrement dévoué à la liberté depuis le lo août, je n'ai travaillé uniquement qu< pour elle ; mais enfin j'ai ma famille k soutenir et puisqu'il y a de l'ouvrage j'ai quelque droi d'en espérer. Envoyé dans les départements au mois de septembre 1792 pour faire lever tous le Français contre nos ennemis et incarcérés (sic par ordre de l'infâme Roland, à mon retour j'a rendu compte de ma mission au Conseil Exécuti qui, par délibération du 7 novembre, m'a donn des témoignages honorables de sa satisfactioii Tous mes collègues ont été indemnisés ou placéet moi, qui crois n'avoir fait que mon devoir, jn'ai rien demandé (i), conséquemment rien ob tenu. Aujourd'hui, l'occasion se présente de m'em ployer, et je te prie, citoyen ministre, d'achevé ton ouvrage. Donne ordre au procureur-syndic d« Invalides de me laisser commencer, ainsi que i

(i) Pas même les démolitions de Notre-Dame !

Li Saim.ih Rociikr sk plaint ai Pkrk Di chism: hks ii.i-irs ni: i vs t.ni " i'\n-

SKMINI » KNCORK I.A CaIHKDRAI.K dOrI.KANS.

I.;i p;ii;c lie la lettre reproiluite cotiiinence ainsi : «... Infernale tille, teiiiine ilu s... monstre d'Orléans et mère des infâmes Cf)mplices du scélérat île huiiitHiiie/, a\ec t«uit cela procureiir-svndic, de ce District : juge, jui^e bon, ainy, bon père Diichesne, juge du désespoir de ce malheureux Jean f. de pays, cest à toi. oui à toi, ».|ue moi, ton camarade, et les bra\es sans-culottes ont recours pour rendre ma léclamation et la leur publique. Si tu hais les scélérats de prêtres de toutes espèces, tais les donc bannir, qu'ils ne paraissent donc plus dans les administrations ; que le décret ou f. la lov du mois li'anust soit exécutée, et que les autorités constituées s... nom double s... nom d'un ). t". soient épurées, destituées, et t-jue )e n'y vois... etc.

(.\rchives Nationales)

UN ICONOCLASTE JACOBIN l6l

ciloyen Huberf, au moins pour les choses que j'ai annoncées ci-dessus. J'attends de toi cette récompense. »

Impossible, on le voit, d'être plus désintéressé...

A sa lettre au ministre, Daujon joignait la copie d'une menaçante épître qu'il adressait (sans le nommer) à l'inspecteur-général Hubert, et qu'il est utile de citer aussi:

(( Mort aux tyrans, arrière les intrigants !

» D'après l'ordre du ministre, je ne devais pas m'attendre aux dilîîcultés qu'on me suscite et je pourrais ne pas tout à fait (en) ignorer les causes. Comme je pense, citoyen, que ce n'est pas toi qui veux me faire ces difQcultés, lors même que tu aurais intérêt à le faire, je dis à ceux qui veulent m'évincer que plus qu'eux j'ai droit à obtenir du travail de la nation, Il me répugnerait trop d'énumérer mes titres pour te persuader de la justice de ma demande ; j'ai fait mon devoir, et encore tous les jours ; cela pourra venir, s'il le faut absolument. Je te dirai seulement, qu'ayant été commissaire du Conseil exécutif dans les départements en septembre 1792, et ce sans rétribution, il me fut promis de penser à moi. Le moment en est venu ; le ministre a tenu la parole du Conseil. Je ne veux ni ne dois vouloir grâces ni préférences préjudiciables à la République, mais ici c'est justice. Je ne dirai rien de mes talents, ils sont connus, et le citoyen David peut me rendre justice. En conséquence, je t'invite républicainement, oui ou non, à me dire ce qu'il faut

l6a LE VATIDALISME JACOBI1

(jur3 je fasse. Fais ce (jue dois; advienne cjuc pourra. »

Cette mise en dcineiirc était signée: « Daujon, olïicier municipal, membre de la Commission des certificats de civisme de la Commune ». — Hubert était averti !

Au reste, le i8 janvier, le ministre de l'Intérieur (( rendait justice » à Daujon: il lui donnait l'autorisation requise et en avertissait le procureur-syndic de l'administration des Invalides et l'inspecteur général. Hubert n'avait plus qu'à s'incliner :

(( Je te propose, — écrivit-il, le 21 février, au ministre, comme si l'initiative venait de lui, — je te propose d'autoriser le citoyen Daujon, sculpteur, à faire enlever d'abord le baldaquin qui menace ruine et à faire disparaître seulement du Dôme et jusqu'à la grille tous les signes de féodalité, en bronze, plomb et autres métaux qui s'y trouvent, le tout sous mon inspection directe, — [chacun sa part!], — mon intention étant de veiller avec la plus scrupuleuse attention à ce qu'il ne reste aucune trace de ces signes, comme à la conservation des matières d'or et autres métaux que leur suppression pourra produire, et à celle non moins intéressante des objets d'art que ce monument renferme, n

Nous ne savons au juste comment s'exerça aux Invalides la collaboration de l'inspecteur et de l'inspecté. En 181 5, on devait rendre aux Invalides les statues colossales en marbre de Saint-Louis et de

UN ICONOCLASTE JACOBIN l63

Charlemagne, provenant du portail; « une colonne en marbre noir de 12 pieds pour le tombeau de Vauban » ; le tombeau en marbre du marécbal de Turennc, composé de quatre statues sculptées par Tuby et d'un bas relief en bronze représentant la bataille de Turkeim ; une statue colossale en marbre blanc, figurant la Religion (i) : cela sufTit à indiquer la besogne de Daujon. En tous cas, lorsqu'il se faisait fort de conserver les 0 matières » précieuses, celte promesse était à coup sûr en grande partie irréalisable puisque, trois mois auparavant, « une députation de l'achiiinistralion de la maison nationale des militaires invalides avait été admise à la barre de la Convention pour » prononcer le discours suivant:

« Législateurs, nous vous apportons la dépouille de l'hypocrisie et les hochets de la superstition qu'il était bien temps de faire servir au succès de la liberté, après avoir été pendant tant de générations le masque du vice... Les militaires invalides, indignés du luxe insolent qui régnait dans leur asile,... n'ont eu qu'un vœu, celui de faire sersir contre les despotes et les fanatiques les métaux qui, pendant si longtemps, avaient servi à rehausser l'orgueil et l'ambition des uns et des autres. Ainsi la superstition avait encore quelque chose de bon et de réel, c'était l'or et l'argent dont elle couvrait sa honteuse effigie et que nous

(1) Provenant de la salle des Antiques. On y ajouta une statue en marbre blanc de Stodtz {Jésus portant sa croix;, provenant de Sceaux et deux vertus en marbre blanc, provenant du tonabeau du maréchal de Créquy. (L. Courajod, Alexandre Lenoir).

iG^l I-E VA?(I)ALI8ME JACOBIJf

venons déposer aux piccJs fie Taulel de la Pairie... pour sauver la Hépu!)lique. » On applaudit, noie le procès verbal, et /'//// des pélition naines ajouta : (( Il existe encore clans celte maison sept cent quarante-six marcs d';irgent que nous apporterons à la première réquisition. » a Les invalides, admis aux honneurs de la séance, traversent la salle en criant : Vive la liépuhlique ! Vive la Montagne! » ( i).

A saint-Médéric. Y>évi Daujoii avait trouvé son i^a^ne-

AuxFiUes-Dieu. ,

A saint-Roch. pain en d'autres monuments.

Aux

Quatre -Nations. En janvier 1794, il dressait ses échafaudages devant le petit portail de Saint-Médéric. rue de la Verrerie, et supprimait têtes d'anges, paires d'ailes et nuages (2). — La loi était exigeante. — Aux Capucins, (où siégeait l'assemblée générale de la section Des Piques), il démolissait « deux grands vases de sept pieds de hauteur avec des flammes ). trois anges de pierre et tout un ciel de nuages (3), Au piédestal de la place des Piques, il avait effacé 54 « lignes d'écriture », et, sur un développement de 196 pieds, son ciseau avait atteint a le fond des lettres au vif, de manière à n'en laisser aucun vestige ». Ci : 566 livres (4).

Pour Saint-Roch, — section de la Montagne. —

(i) Séance du 6 nov. 1798, Moniteur, XVIII, p. 875.

(4) Réglé à 5i5 livres. F^ 968.

iU

UN ICONOCLASTE JACOBIN l65

le Mémoire s'éleva à 12. 22/1 livres (i), car c'était spécialement dans cette église que triomphaient gloires et trophées : il y en avait à tous les portails, de chaque coté des vingt-deux arcades de la grande nef et du chœur, le long des frises et tout autour des montants de l'autel, au sommet des !^vingt-cinq croisées, aux murs des chapelles Sainte-Geneviève, des Ardents et de la Vierge. Nous avons compté ainsi cent quarante pièces de (( pâtisserie •> qui, sous le marteau de Daujon, durent couvrir les dalles d'une couche épaisse de matériaux ; de u gros enfants tenant différents instruments du culte », une croix en pierre de douze pieds de hauteur, deux groupes de statues, déjà mutilées, de papes, d'évêques, mêlaient leurs débris à ceux des chérubins et des célestes rayons. — Dominant le chaos, Daujon voulut en quelque sorte laisser sa marque de... destruction en dessinant un niveau avec les rayons du géova de la voûte du chœur.

En février, il allait à l'église des Filles-Dieu, « rue Denis » (2) : sur une tombe en marbre noir, il effaçait « un écusson armorié avec une couronne de comte pour cimier et, au-dessous de cet écusson, tout l'espace rempli de qualifications seigneuriales et sacerdotales », soit au total u 3i5 lettres, gravées profondément ». Puis, « sur le parquet en bois, dans un cercle de trois pieds »,

(i) Réglé à 10.738. F ^3 g(33 — Les dépouilles de saint Roch furent amenées à la Convention le même jour que celles des Invalides, (a) Jbid,

i66 m: vandalisme jacobi!<

il gratte « les arinuiries du tiian, avec couronne, cordon, etc., en bois de couleur d'ivoire plaque » ; sous cette incrustation, il fait disparaître encore une autre inscription, « ce qui, ayant un peu creusé le parquet, comme il se trouve dans un passage, il a fallu regagner le tout un peu de long à l'outil afin d'éviter les chutes ou accidents » (i).

Aux Quatre-Nations (2), il fut gêné par un obstacle singulier : l'église était devenue le magasin des suaires de la Commune ! Le citoyen Garrez, inspecteur-général de la voirie, avait adressé à ce sujet un long rapport aux administrateurs des travaux publics ; le 2G mars 1794, ces derniers représentèrent à l'architecte Poyet combien il était (( nécessaire » de faire quand même (( entièrement disparaître, conformément à la loi », les signes de féodalité qui subsistaient dans le monument : « Gomme ces suères (sic) sont dans des tonneaux, écrivit à Poyet l'administrateur Avril, cela n'empêchera pas de travailler. Au surplus, tu pourras t'entendre avec le concierge pour ne faire travailler que dans les parties les moins embarrassées, et n'y envoie que des ouvriers d'une intelligence assez connue pour être certain qu'ils ne dégraderont rien » (3). Daujon était tout désigné et il se mit à l'œuvre dès le 27 mars : à la

(i) A la même époque il travaille à l'église de la Trinité : a Dans une frise en bois », il supprime a deux chififres et une tête ailée de ci-devant chérubin » et il ne manque point de a ragréer le tout proprement ».

(a) Eglise déjà visitée parle marbrier Adam (voir plus haut, p. iSy).

(3) F 13 963, no 63i.

porte de l'église, il supprima des armoiries ducales ; u sur le petit cartel du milieu », il u refit à moitié un faisceau » pour remplacer des signes féodaux ; au-dessus du grand autel, il abattit un « mauvais » bas-relief en plâtre, de lo pieds sur 5, représentant u Louis IX à genoux devant des prêtres, et rempli de sujets superstitieux et féodaux accompagnés des différents accessoires proscrits ». Aux (( parties triangulaires des archivoltes du dôme », il effaça u six légendes que tenaient des figures » et « différentes inscriptions superstitieuses gravées profondément » ; aux clefs de cintre des trois arcades du même dôme et aux portes des tribunes, les chiffres de Mazarin surmontés de la couronne ducale; aux « quatre ventaux », six étoiles en bois doré — qui rappelaient, elles aussi, le Cardinal ; puis des têtes de chérubins ailés et des tableaux.

Ainsi les tonneaux de suaires municipaux, — qui, dans celte église, avaient pris la place des soixante petits provinciaux entretenus par la munificence du Premier Ministre de Louis XIV, — auraient une remise digne du sans-culottisme...

Gran<l^.«sui.es. ^" """"^^ ^^ '"'»' '794- l'église des

Grands-Jésuites, « rue Antoine », donna à Daujon beaucoup de fil à retordre : quoi de moins républicain, en effet, que la richissime ornementation du u style jésuite » ? — Enumérons,

l68 LE VANDALISME JAC0BI5

(l'aprcs le Mémoire, tout ce qu'il est obligé d'abîitlre.

D'abord les sculptures sur métal ou sur bois ; dans la seconde cliapelle à droite, deux arabesques en plomb, « un grand couronnement en bois doré et rempli d'attributs caractéristiques des ci-devants mistères;... un vase enflammé, symbole de la ferveur dite chrétienne;... un socle en bois doré, orné de plusieurs têtes de chérubins » ; — dans la quatrième chapelle, deux grands écussons armoriés, quatre trophées en plomb, deux candélabres en plomb, deux vases en cuivre, « deux guirlandes de ciprès avec deux têtes de chérubins )) ; — un grand couronnement en bois, avec globe, croix et « beaucoup de nuages », « deux enfants en plomb » ; — dans les autres chapelles, une gloire, deux vases enflammés, quatre autres vases, deux candélabres, un couronnement représentant (( l'adoration des ci-devants anges i. d'autres u enfants sur des nuages ».

Ensuite, les sculptures sur pierre : au portail, quatre fleurs de lys ornant la voussure, une tête d'ange formant clef de cintre, deux autres têtes d'anges, un cœur enflammé ; — à l'intérieur, quatre bas-reliefs au-dessus des portes ; — à la voûte, du côté gauche, un Ave Maria avec cœur enflammé et huit groupes de nuages rayonnants, des têtes de chérubins sur des nuages; aux voûtes des chapelles, des pigeons aux ailes étendues sur des nuages ; dans les mêmes chapelles, des statues de saints en basreliefs formant seize pendentifs, a avec tous les

instruments et attributs de leur métier» ; dans la grande nef, aux archivoltes des arcades, seize ((grands adorateurs, les ailes étendues, drapés et tenant chacun divers instruments de la ci-devant religion des prêtres » ; aux frises, des fleurs de lys et chiffres entrelacés (( formant des noms de J. et M. » ; aux clefs de voûtes, huit écussons armoriés ; aux cintres et aux arcs doubleaux des vitraux, vingttrois têtes de chérubins ailés ; à la balustrade et dans la rotonde, loi fleurs de lys, des cœurs enflammés, des clous (de la Passion), i6 grandes lettres (( formant les noms de Jésus et sa mère », (( 12 grands Ave Maria avec tout leur attirail ».

L'église des Jésuites était bonne maintenant à engranger du foin, — et Daujon pouvait présenter un fructueux Mémoire de /i.2(j7 livres (i)...

A. l'Hospice Avant thermidor, — de mars à juin 170/1,

Boaujon. '' '^

— il gagna encore 1.087 livres (2) à la chapelle de l'Hospice Beaujon. Les travaux qu'il y accomplit font vraiment grand honneur à \\( intelligence ) que prisait si fort l'administrateur Avril. Un beau badigeon, servant de repoussoir à une inscription républicaine, remplaça les trois tables gravées qui surmontaient l'entrée. Les mains d'une statue de saint Jean, — qui perdit sa croix et sa coquille, — furent (( avec soin continuées et ragréées ». Mêmes soins furent donnés aux quatre évangélistes

(i) Il fut « réglé » h 3.877 livres.

(3) Il en avait demandé i.a^9(F ^^ gCa, no 397).

Page 1