Ï'JO LK V\M)\I-ISME JACOBIN
(jui ornaieiil quatre dessus do portes et présenlaienl d'odieux attributs : bœuf, lion, aigle. Ces animaux disparurent, tout comme les ailes de « ci-devant anges », des couronnes d'épines, des têtes de mort. Les papes et les cveques furent descendus de leurs niches « avec beaucoup de soin pour ne pas gâter l'architecture qui est faite bien précieusement o. Citons encore ces savoureux passages :
« A un grand bas-relief proprement fait, de 12 pieds de longueur sur 5 de haut, représentant la religion, avoir enlevé un calice qu'elle tenait en ses mains ; sur une draperie, fait le niveau de l'égalité, et d'une grande croix que tenait un enfant devant la principale figure, en avoir fait un faisceau entouré de liens et surmonté du bonnet de la liberté, le tout fait avec beaucoup de soin pour ne pas gâter cette sculpture agréable et bien soignée. Estimé tous ces objets qui ont demandé des soins, du temps, de l'attention et de l'inteUigence, la somme de 96 livres.
n Idem, à sept ci-devant anges, avoir supprimé les ailes qu'ils avaient au dos et refait avec soin les chairs des omoplates. »
Suivait rénumération d'enlèvements d'objets qui pourtant, eux, n'avaient même pas d'ailes : quatre consoles en marbre blanc ; trente-deux bandes ou morceaux de marbre blanc, gris ou veiné, qui garnissaient l'autel ; colonnes et globe de marbre blanc formant le tabernacle ; autres colonnes avec socles « en bleu turquin », et vases de marbre blanc « en forme de cassolettes, servant de béni-
tiers » ; deux autres cassolettes en bois sculpté ( i)... Nous pouvons arrêter ici nos inventaires ; ne fallait-il pas les rendre aussi minutieux pour montrer jusqu'où pouvait descendre l'u intelligence» d'un Daujon, et à quels résultats aboutit le vandalisme oiïiciel de l'époque révolutionnaire ? Ce ne sont pas seulement les « signes de féodalité et de superstition » qui furent livrés aux iconoclastes, — et l'on sait maintenant quelle extension fut donnée à ces termes, — mais encore ce qui, ayant une valeur marcliande, pouvait être arraché sans perdre toute cette valeur et était propre à enrichir les spéculateurs u nationaux ».
Les mécomptes Cependant, la rapacité destructrice de
de Daujou. ^ '
Un morceau Daujon eut finalement de singuliers mé-
d'éloquence.
comptes : dans une lettre au ministre de l'Intérieur du i4 avril 1797, T» artiste » se plaignit de ce que ses Mémoires , montant à 3 1 . 745 francs et réglés à 29.468 francs, eussent été réduits à 21.101 francs en vertu de la loi du 1 1 germinal an IV (2) ; encore cette somme lui avait-elle été payée en mandats, valeur nominale, ce qui lui avait rapporté 5% en argent, juste l'intérêt de la somme « qui lui était si justement due » ! « Porter mes réclamations devant l'ami des arts, ajoutait-il, c'est être assuré d'un jugement favorable. Enfants de la liberté, nous l'avons servie sans profit... Je demande une indem-
(i) Lenoir donna un récipissé de ces objets- (a) 33 mars 1796.
172 l.i: VANDAMSMK JACOlilN
nité, j(i n(! I.i lixc pas ; bi réconomic est utile, la
justice est nécessaire Je compte sur la vôtre.
— « Répondre au citoyen Daujon, nota le nrjinistr* qu'il a (Hé payé d'après le mode fixé par la loi, et (|u'il n'existe pas de nouvelle loi pour régler les indemnités accordées pour jugements consommés, qu'ainsi le ministre ne peut faire droit à sa demande. » Une réponse en ce sens est jointe en effet à la requête, et se termine par la formule: o Salut et fraternité... »
Il est probable que le citoyen Daujon eut d'autres compensations. En 1799, il était <f commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale du 4^ arrondissement du canton de Paris )), et il prononçait en cette qualité, pour l'anniversaire du Dix Août, dans «le Temple de la Reconnaissance », un discours dont voici quelques passages :
(( L'homme est né pour la liberté, elle est un des attributs de son existence... Périsse le tyran qui tenterait de lui ravir cette liberté. » Il en est de même de l'égalité: <( Gloire, gloire éternelle aux citoyens morts le 10 août pour la liberté et l'égalité Loin de nous ces siècles de crimes, ces siècles
d'esclavages cimentés par la superstition et le despotisme... (Au 10 août), déjà les poignards aiguisés par les mains d'Antoinette sont, par elle aussi, distribués de rang en rang ; le signal du carnage est donné... [Quant à Louis XVI], tandis que vous perdez la vie pour lui, il n'est occupé que du soin de la sienne : il boit, il mange,... il digère sur vos
cadavres... Vive, vive à jamais la République (i)! » Celle '( page d'hisloire » parul si sublime à l'Administralion qu'elle se hâla, a à la demande des aulorilés civiles et militaires » , d'en ordonner l'impression et l'envoi au Déparlement, au Bureau Central el aux 44.000 Municipalités.
Un sans-culotte aussi complet et aussi persévérant que ce « vainqueur » du Dix Août eut certes une responsabilité très limitée ; mais que dire du gouvernement qui Ta pris à sa solde, el qui, des années durant, l'a déchaîné dans ces sanctuaires des Arts qu'étaient aussi les sanctuaires de la « superstition » ?
(i)Bibl. Nat , L. B. ^2, a^aS.
CHAPITHE VIII
Les Saturnales de la (( Raison »
au sein de la Convention.
Sommaire. — « Gaieté saturnale. » — Ahtri sacra famés. — Les d>jputations départementales (octobre 1793;. — (Sovembre 1703). Mascarades « patriotiques ». — Les dépouilles de Saint-Dems
— La Commune de Paris veut confisquer tout Vor et Vargeni
— Les sarabandes parisiennes du 12 octobre. — Les cortèges des Sections. — Hébert, Danton et Robespierre plaident pour la tolérance... — La loi de « Liberté » du 4 décembre 1793. — Les « extravagances philosophiques » continuent. — Le culte de V « Être Suprême t ; son caractère et ses conséquences.
«Gaieté saturnale.» ^^ Ce ne sont point d'abord des Polyeuctes qui font irruption dans les églises de Paris et renversent l'autel, a écrit M. Aulard : ce sont des gamins, des loustics, des lecteurs goguenards du Père Dachesne (i). » Et l'auteur cite le jugement de Mercier : a On ne procédait pas à ces destructions avec la fureur du fanatisme, mais bien avec une dérision, une ironie, une gaieté saturnale, bien propres à étonner l'observateur (2) ».
Nous savons maintenant qui étaient les « Polyeuctes » iconoclastes. Quand à la « gaieté satur-
(i) Le culte de la Raison et le culte de l'Être Suprême, p. 97. — Plus haut (p. a3), M. Aulard avait écrit : a Les sans-culottes iconoclastes devinrent peu à peu autant de Polyeucles » !
(2) Nouveau Paris, IV, p. 108.
nale » que manifesta la galerie, il importe de montrer qu'elle eut, elle aussi, un caractère olficiel, gouvernemental, puisque c'est au sein de la Convention qu'elle s'épanouit avec son plus infernal rictus.
L'Assemblée était-elle athée ou déiste ? Cette question (i) nous paraît bien superflue. La « philosophie » jacobine, — si on peut lui appliquer ce terme trop noble, — était essentiellement négative : le u culte ^) de l'a Lire Suprême », qui succédera au culte de la « Raison, » ne fut, au fond, qu'une altitude politicienne, et elle ne terminera point la guerre au u fanatisme ». Pourquoi, sous ce nom perfide, vouloir écraser la religion nationale ? Parce qu'elle était bien l'ennemienée de la dictature révolutionnaire ; parce qu'elle entretenait, contre celle-ci, et à jamais, l'insurrection des consciences ; parce qu'aussi ses richesses constituaient, au profit des spoliateurs, une proie gigantesque.
Auri sacra famés. Cette soif de l'or fut au reste pour beaucoup dans le fanatisme nouveau qui, selon les expressions de Robespierre en personne, « attacha les grelots de la folie au sceptre même de la philosophie ».
Le 5 novembre 1798, Cambon prononça ces mémorables paroles : u Bientôt nous présenterons une loi somptuaire, la première de ce genre dans la République, pour poursuivre ce métal odieux et vil que les tyrans sont allés chercher dans l'Amérique pour opprimer les peuples. L'or, aux yeux du sans-culotte républicain, ne doit être que du fu-
(i) Sur laquelle disserte longuement M. Aulard.
17<> l'E VANDALISMi: JACOBIN
iiiier (i). » On applaudit, mais on se rend compte de l'utilité de ce « fumier», et c'est à qui, des « sansculottes », s'y vautrera le mieux. Pas môme besoin, pour cela, de « lois somptuaires » : clercs, aristocrates, riches doivent rendre gorge.
Le i8 octobre précédent, Laplancbe, envoyé dans les départements du Loiret et du Cher, a informé en ces termes la Convention des « fruits » de sa mission : a J'apporte 53.ooo livres en assignats, et 5.000 livres en argent ; 4o jetons en argent, un Saint d'argent, des calices, des burettes, des patènes. 20 louis en or ; ces 20 louis viennent d'un sexagénaire d'Olivet, le plus fougueux aristocrate et le royaliste le plus indécrottable du canton. Je n'ai pu lui attraper que ces vingt louis d'or, mais je lui ai fait donner 20.000 livres en assignats. J'apporte aussi deux montres en or, des boucles d'argent et auUes bijoux : ce sont les dépouilles des mauvais prêtres de Bourges. {On rit et on applaudit.) Avant huit jours, arrivera une guimbarde chargée de vases d'or et d'argent. {On applaudit.) Je demande, en terminant, que la Convention décrète que tous ceux qui ont des effets d'or et d'argent soient tenus de les convertir en assignats ». On murmure, mais JuUien (de Toulouse) demande que l'Assemblée « approuve la conduite de Laplanche » et « l'approbation est décrétée ».
Le 22 octobre, — car il faut que le lecteur se
(i) Moniteur XVIII, p. 36 1. — Les citations suivantes sont également extraites soit du Moniteur (XVIII, XIX, XXXXI, XXIII), soit des Procès-Verbaux de la Convention. On les v trouvera à leurs dates.
N. D.-Phni.
^. I). Il»; La<»n
ACOBI^
iiiier (i). » On ayidaiidd, mai» on se rend compte de l'ulilité de ce « fumier», et c'est à qui, des « sansculotles ». s'y vautrera le mieux. Pas même be8(»in, pour cela, de « lois somptuaires » : clercs, aristocrates, riches doivent rendre gorge.
Le i8 octobre précédent, LaplancliL-, envoyé dans les déparlements du Loiret et du Cher, a informe! en ces termes la Convention des « fruits » de sa mission : « J'apporte 53.ooo livres en assignat? livres en argent ; ko jetons en argent, ur j>aml d argent, des calices, des burettes, des patènes 20 louis en or ; ces 20 louis viennent d'un sexagé naire d'Olivet, le plus fougueux aristocrate et \< royaliste le plus indécrottable du canton, .le n'ai pi lui attraper que ces vingt louis d'or, mais je lui a; fait donner 20.000 livres en assignats. J'apporte aussi deux montres en or. des boucles d'argent et ' - -ont les dépouilles des mauvais
J)n rit et on applaudit.) Avant i:u..juui- ...- - une guimbarde chargée de vase d'or et d'argent. {On applaudit.) Je demande, en terminant, que la Convention décrète que tous ceux qui ont des effets d'or et d'argent soient tenus de les , convertir en assignats «. On murmure, mais JuUien ^ (de Toulouse) demande que l'Assemblée « approuve < la conduite de Laplanche n et u l'approbation est
décrétée ».
Le 22 octobre,-^ car il faut que le lecteur se
(O MonUear XVIU. p. 56i. - Les citations suivantes sont également extraites soit du Moniteur (XVIII. XIX. XXXXI. XXIII). soit des Proch-y '■■'■■ r ^p la Convention. On les y trouvera à leurs dates.
Kgi isi N. n. i)i: I.AON l'igurc du Portail Nord.
rende compte que ni cette rallie, ni ces félicitations ne furent des exceptions, — le 22 octobre 1793, (( des commissaires du département de l'Allier sont admis à la barre, ils annoncent que ce département est tout à fait régénéré. Aux fêtes religieuses ont succédé des fêtes civiques, qui sont terminées par des banquets où éclatent surtout la gaîté et la fraternité. L'évêque (i), à la place de sa crosse et de sa mitre, se sert, dans l'exercice de ses fonctions, d'une pique et d'un bonnet rouge. Une armée révolutionnaire a été formée. Dans ses promenades civiques, elle oblige les riches à payer les taxes qui leur sont imposées... Ces pétitionnaires déposent sur le bureau [de la Convention] une croix d'or du poids de sept marcs, garnie de diamants, et quarante-six marcs d'argent. Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance n.
Le surlendemain, trois envoyés d'André Dumont déposent dans la salle, en « plusieurs malles », les (( trésors » découverts par le conventionnel : « 80.873 livres en or et en argent, 37.070 livres en assignats, cent six couverts, dix huit cuillers à café, quatorze cuillers à ragoût, huit chandeliers, une tabatière d'or, quatre cafetières, deux couteaux, un calice et sa patène, un drapeau brodé en or, trouvé chez un émigré, et d'autres effets également riches » : u J'enjoindrais encore beaucoup d'autres, écrit Dumont, si je n'en avais laissé au district d'Abbeville. On vous déposera des médailles d'or sur lesquelles est gravée la figure de Louis le rac~
(i) F, X. Laurent, qui abdiqua et se maria.
178 I.E VA?«DAMSME JACOHI^f
courci. Quolcjuc ce monstre n'ait jamais rien valu, c'est sur de l'or et de l'argent que sa slupide figure a été gravée... Je viens de requérir l'arrestation des prêtres qui se permettraient de faire célébrer des fêtes ou dimanches ; je fais disparaître les crucifix et les croix, et bientôt je comprendrai dans la proscription les animaux noirs appelés prêtres. J'ai dissous hier la Société populaire, et j'ai nommé un Comité secret chargé du scrutin épuratoire... Je pars pour Beauvais que je vais mettre au bouillon maigre avant de lui faire prendre une médecine... " — La « gaieté saturnale » ! — Et la Convention « goguenarde )), après l'audition de ce rapport qui vaut le rapport fait, dans quelque criminel repaire, à une bande de brigands, « ordonne la mention honorable, l'inscription au Bulletin, et une indemnité de 600 livres en faveur de la commune de Péquigny qui a aidé André Dumont dans ses opérations ».
Cette prime au vol à main armée du a glaive de la loi » encouragea du reste André Dumont qui écrivit encore le i" décembre à la Convention : «... Partout on ferme les églises, on brûle les confessionnaux et les saints ; on fait des gargousses avec les livres des lutrins. Je reviens de Péronne où la fête de la Raison se célèbre avec toute la simplicité de la nature... Il faut néanmoins convenir que messieurs les saints étaient des personnages bien précieux à garder ; car j'apprends à l'instant que parmi tous ceux qui se rassemblent dans les salles du département, la seule tête de monsieur saint Jean
LES SATURItALES DE LA (( RAISON » I79
vaut 1 50.000 livres. Ils étaient si luxurieux, ces messieurs, qu'on avait fait à leurs os de petits édifices en or et en argent, et qu'au lieu de tuiles ou d'ardoises, on les avait couverts de pierreries. »
Pour en finir avec ce facétieux u collectiviste », ajoutons que le 4 novembre il arrive lui-même à la Convention précédé de « sacs » et de « malles remplis d'or et d'argent » : (( ... J'ai trouvé, dit-il, dans une abbaye de moines, près d'Hesdin, 61.000 livres dont j'ai fait hommage à la Convention. On m'a accusé d'être brouillé avec la religion. Eh ! bien, j'ai fait une réquisition, et trois ou quatre cents saints m'ont demandé de venir à la monnaie... J'ai fait arrêter les Ilarcourt, les Beuvron, les Faucigny... Il n'existe plus dans les églises du département de la Somme ni plomb, ni cuivre, ni argent... Les citoyens ont partout crié : Vive la République! » — Mention honorable est décrétée....
L'année suivante, en mars 1794, Albitte écrira (( à ses frères jacobins » : « Le fanatisme fuit du département de l'Ain et du Mont-Blanc. Les. aristocrates sont en lieu de sûreté; les sans-culottes chantent la Carmagnole en détruisant tous les hochets delà superstition... Les revenus des gens suspects servent à la République » (i). Le i3 juillet» on lira à la Convention cette lettre envoyée de Maubeuge par Laurent : u Citoyen président, les églises évacuées par les uhlans regorgeaent de saints ; ils n'ont pas plutôt recouvré la liberté qu'ils ont voulu aller voir la Convention nationale à Paris. Je leur
(1) Séance des Jacobins du 21 mars 1794.
l80 LE VA.IDALISMi: JACODI?(
ai donne des ciboires, des calices, des remontrances, des f^alons pour faire leur route, et je le les envoie de suite par la diligence de Maubeugo. Ils méritent de ta part un accueil d'autant plus gracieux qu'ils sont les précurseurs de deux millions en numéraire, que nous avons imposés, Gillet et moi, sur les richards de Mons... »
On ne saurait donc se le dissimuler : en appliquant de la façon la plus complète le décret déjà rendu par la Constituante, — « l'argenterie des églises, chapitres et communautés religieuses qui a été ou qui pourra être jugée inutile au culte... sera envoyée par les directoires de Districts aux hcMels des monnaies les plus voisins '> (i), — en précipitant au {( creuset national » les « vestiges du fanatisme, le Terrorisme n'était pas sans avoir avidement compté sur le résidu. La richesse, elle aussi, était devenue a aristocrate »... Ne l'oublions pas au cours des étranges spectacles que nous donnera Ja salle du Manège d'octobre 1790 à mars 1794.
Les députations Commençons par la période de deux
départementales ^ . . ^
octobre 17 93). mois qui va jusqu a 1 aurore du « Culte
de l'Etre Suprême )>, exactement jusqu'au décret
du 4 décembre 1798 sur la « liberté des cultes ».
Chose inattendue : c'est des départements que
parviennent d'abord en foule les offrandes à la
Raison.
(i) 5 mars 1791.
LES SATURNALES DE LA (( RAISON » l8l
Le i"^ octobre, la Société populaire de Maubeuge ouvre la marclie : elle vient d'être u régénérée », annonce l'orateur de la députalion, u échaufl'ée par le flambeau du républicanisme qui éclaire la France v» ; (( des mitres, des chasubles, des calices et des éloles «, — prémices du futur envoi de Laurent, — sont donc déposés sur le bureau où préside Cambon aux applaudissements de l'Assemblée. — Deux jeunes sectionnaires en ré(iuisition viennent de demander que leur solde soit portée à quarante sous : cela favorisera sans doute l'augmentation....
Le i4 octobre, une députation delà commune de Vire apporte a un panier rempli d'ornements d'église en or et en argent ». — Le lendemain, les délégués des Sociétés populaires de Sedan, Montmédy, Givet et Philippeville déposent « plusieurs objets d'or et d'argent donnés à leur ville par l'ancien despotisme et les ornements du ci-devant cardinal de Larochefoucauld » : ils étaient aussi chargés de « demander le prompt jugement de la veuve Capet» ; mais ils ont eu (( la satisfaction d'apprendre que leur désir était rempli n ; ils réclament toujours un lot de têtes, — Brissot, Vergniaud, Saladin, Bailly, (qui a u pillé » le peuple !), Ilouchard, etc., — puis a l'arrestation de tous ceux qui tacheront de faire perdre au Comité de Salut public la confiance qu'il mérite à si juste titre, l'arrestation des signataires de toutes les pétitions liberticides », la nomination aux « places importantes » des seuls sans-culottes, le rappel des conventionnels Cales et Perrard coupables d'avoir déclaré « que les Sociétés populaires étaient com-
i8a iK N A?(iMi.i>Mi; .lAconi:^
poft<';e.s (le polissons », la fonnatioii, avec ces n po- Jissons », d'un régiment qui s'appellera Jacobin : « Si du fond de nos retraites, s'écrient-ils, nous épouvantons les tyrans, jugez, citoyens, quelle sera leur terreur lorsqu'on leur dira : Vous avez à vos trousses un régiment de Jacobins ! » — Combien Gaies et Perrard s'étaient trompés !
Le i8, c'est la commune de Melun qui remet à la barre « un grand nombre d'instruments d'église, en or et en argent », car le représentant du peuple Dubouchet a a fait monter l'esprit public dans le département de Seine-et-Marne à un point où l'on n'osait espérer qu'il pût atteindre ».
Le 20, Fouché (de Nantes), représentant dans la Nièvre, envoie u par des députés qui viennent déposer au tribunal révolutionnaire 1.091 marcs en or et en argent, provenant de la dépouille des églises et des offrandes patriotiques des citoyens ». — Le 28, de la commune de Monjon, arrive « une malle remplie de saints, de châsses, de calices et autres vases d'argent, pesant trente marcs » : « ces meubles, dit la commune, seront plus utiles à l'hôtel des monnaies qu'à l'église », et le don est accepté (( avec mention honorable ». — Le 3o, des sansculottes de Gorbeil entrent avec une châsse d'argent doré où logeait (( je ne sais quel vieux saint » à miracles : « Dans le siècle de la raison, remarquentils, nous avons cru que c'était la boîte d'argent seule qui pouvait avoir quelque vertu )>, et ils conjurent la Montagne de rester à son poste jusqu'à ce qu'elle ait « écrasé tous les aristocrates, les
LES SATURNALES DE LA (( UAISON » l83
royalistes, les fédéralistes, les accapareurs et autres insectes à figure humaine ». {On applaudit) (i). (Novembre 1793) Eq novembre, de semblables scènes
Mascarades
M patriotiques ». se multiplient et nous n'en pouvons retenir que l'essentiel.
Le 3, les délégués de la commune de Gonesse déposent « une croix d'argent ». Le 6, « des citoyens revêtus de chappes et portant des bannières sont introduits » : ils annoncent que les membres de la Société populaire de Mennecy (2) « ont arrêté de mettre les bustes de Lepelletier et de Marat à la place des statues de saint Pierre et saint Paul et la statue de la Liberté sur le grand autel de leur ci-devant paroisse ». Le 7, des députés de l'armée révolutionnaire entrent avec des caisses remplies d'or et d'argent : ces « vrais républicains », soutenus par r « énergie » de Mazuel et Girard, a sont parvenus à faire des habitants de Beauvaisun peuple de bons républicains », et ils offrent à la patrie « les amas corrupteurs que faisait l'aristocratie du commerce » : 17.208 livres en or, 45.559 livres en argent (3). (i vingt croix » de u ci-devant chevaliers du poignard ». {On applaudit!) Le 9, les sans-culottes de Meaux apportent i.iiA marcs d'or et d'argent provenant « des dieux inutiles de ce district », et ceux de Sèvres 7 marcs d'or, 219 marcs d'argenterie, 3oo marcs de vermeille, plusieurs diamants et pierres
(i) L'administration de Provins annonce ensuite un envoi de 1.179 mars d'argent, « provenant des églises et des biens des émigrés n, (a) Seine-et-Oiso. (3) Trouvées a dans des caves! »
164 '•>- VA.MJALIS.Mh JALOIJIN
précieuses : « Denis de Syracuse, dit l'oraleur, ola i\ Jupiter son manteau... Nous venons d'oter à nos prêtres, à nos saints, les richesses, les vôteinents splendides qui contrastent trop avec la simplicité... (iii sans-culollc Jésus... Les sacrifices des prêtres sont trop risibles... On n'immolera plus de victimes humaines aux dieux imaginaires. Le dieu répuhhcain, c'est la liberté, c'est l'égalité... » On applaudit et la Convention décrète l'impression de l'adresse au Bulletin. Trois autres caisses de matières précieuses sont dues à une o incursion philosophique dans les églises «du territoire de Nemours.
Le 10, un détachement de V « armée révolutionnaire » défile encore dans la salle au bruit du tambour : (( La marche est ouverte par des volontaires dont les uns portent des piques, et, au bout de leurs piques, des ornements d'église; d'autres ont recouvert leurs uniformes de chasubles et de chapes >, dépouilles de l'évêque de Sentis. Depuis six semaines, ces républicains ont arrêté cent prêtres de Seine-et-Oise : ils les ont internés à Chantilly « où ils avaient le temps de lire leur bréviaire ». Ils ont rafïlé 162 marcs d'argent à Luzarches, 820 à Sentis, 2.5oo.ooo livres pesant de cuivre, plomb et fer. Leur char de triomphe est suivi de « dix hommes qui vont payer de leurs têtes leurs forfaits ». Enfin, au cours de cette magnifique campagne, ils ont trouvé deux drapeaux fleurdelysés, et ils demandent c d'y mettre le feu et de danser la Carmagnole autour ». On applaudit, et ces demandes, « converties en notions, sont décrétées ». Sur la proposition de Levas-
NliALi&Mb iACOiii>
précieuses : « Denis de Syracuse, dit l'oraleur, ola il Jupiter son manteau... Nous venons d*(>ler à nos prôlres, ù nos saints, les richesses, les vôtemenls spiendides qui contrastent trop avec la simplicité... du sans-culotte Jésus... Les sacrifices des prêtres sont trop risiblcs... On n'immolera plus de victimes humaines aux dieux imaginaires. Le dieu républicain, c'est la liberté, c'est l'égalité... o On applaudit et la Convention décrète l'impression de l'adresse au Bulletin. Trois autres caisses de matières précieuses sont dues à une " incursion philosophique dans les é. emours.
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dont les uns portent des piques, et, au bout de leurs pi ries ornements d'église; d'autres ont recou-
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LES SATURNALES DE LA (' RAISON )) l85
seur qui a vu les pétitionnaires se comporter, à Gonesse, où ils ont « épuré les autorités constituées », (( avec beaucoup d'ardeur et de sagesse », la Convention approuve en outre leur conduite (i), — La salle du Manège est bien une salle de l'hospice de Gharenton.
Les Dépouiues Lq séance du 1 1 lèverait d'ailleurs
le Saint -Denis.
tous les doutes : avant que des députés
Nivernais apportent « pour un million d'ornements d'églises n. ceux de Saint-Denis déposent à la barre, entre autres dépouilles opimes, la tête de saint Denis, — ce qui soulève « les plus vifs applaudissements » ; — et voici quelques spécimens de leur éloquence : u Le miracle de la régénération des opinions vous ramène cette tête à Paris. Le saint, dit la légende, baisait respectueusement sa tête à chaque pose, et nous n'avons pas été tentés de baiser cette relique puante... Ge crâne et ces guenilles sacrées vont enfin cesser d'être le ridicule objet de la vénération du peuple... L*or et l'argent qui les enveloppent vont contribuer à affermir l'empire de la raison et de la liberté... Saints, saintes,.., montrez-vous enfin patriotes, levez-vous en masse,... partez pour la Monnaie... Nous vous apportons, citoyens législateurs, toutes les pourritures dorées qui existaient à Franciade... Nous en avons rempli six chariots... On ne pouvait mieux faire escorter les bienheureux que par le maire de notre commune qui... a sacrifié à la philosophie les erreurs sacerdotales en
(i) Autre dépulalion de Bercy.
l8G I.E V \M).\I.I^MI. JA<.oni>
se déprôlrisanl et en se mariant... » La Convention ordonne anssitol d Tinserlion de l'adresse au Bulletin » (i).
Le i8, Couturier arrive d'Etampes avec i3 voitures de fer et de bronze, sans compter une grande quantité d'or et d'argent : les saints et les saintes, observe la deputation, se sont prononcés en faveur des sans-culolles : « quelle puissance formidable ! » (2).
Les jours suivants se présentèrent une quinzaine d'autres députations (3) qu'il serait superflu d'énumérer.
Nous avons réservé celles de Paris, car il convenait de faire admirer, dans un tableau séparé, à quelles contorsions se livraient alors les vandales jacobins dans la capitale de la < Raison ».
La commune de La danse de l'or et des reliques du
Pans ^
veut confisquer passé a ici deux théâtres d'une égale l'or et l'argent.
importance, et dont les troupes du reste
sont les mêmes : la Commune et la Convention.
Le 4 novembre, le procureur Chaumette a fait
(i) Autres ofTrandes de Charenton-Saint-Maurice et de Tours-en- Parisis. — Le i3, « les citoyens protestants » apportent quatre coupes d'argent. — Le i6, offrandes des communes d'Etiolés, Saint-Maur, Clamart, Asnières, Vitry-sur-Seine, Brunoy, etc. Pour cette dernière, il faut a trois chariots ». — Le 7, envoi de sept autres communes.
(2) Autre deputation de Choisy.
(3) Par exemple, le 24, Saint-Quentin, Saint-Flour, Pontoise, Luc, Epernon, etc. ; le 27, Montereau, Monzon ; le le"" décembre, Tours ; le 3 décembre, Angers.
charger les comités révolutionnaires de sections de porter à la Monnaie, après en avoir dressé l'état, (( tous les objets d'or et d'argent qui se trouvent dans tous les établissements publics, maisons de cultes et autres, de la Commune de Paris » (i). Le surlendemain, au club des jacobins, un citoyen annonce que la Commune a arrêté « que tous les hochets des églises de Paris seraient transférés à la Monnaie pour être transformés en espèces républicaines » ; a le département de Paris, en approuvant cette mesure, l'a étendue à tout le département » ; un autre membre observe que « bientôt il ne restera plus un seul de ces restes de notre ancienne folie dans tout le département », et Ton applaudit.
Le 7, c'est une députation de l'administration des Invalides qui annonce les premiers résultats de cette phénoménale expropriation (2).
Le II, les sections des Quinze-Vingts, des Lombards, des Gravilliers, des Droits de l'Homme, de l'Arsenal, de l'Indivisibilité et du Muséum annoncent à la Comnmne qu'ayant fait u fermer les églises de leurs arrondissements », elles vont porter à la Convention a tous les effets précieux qui alimentaient l'orgueil des soi-disant interprètes, de la Divinité » (3). La veille, la déesse de la Raison, conduite à la barre de la Convention par
(i) Séance du Conseil général, (a) Voir plus haut, p. iG3.
(3) « Le Conseil ordonne la mention de ces déclarations au procèsverbal ».
i88 II: nam>aijs\ik .iAf:omN
Chauinclte, a rcvii <^iu Préaidcnl <» le baiser fraternel » et l'Assemblée « s'est môlée au peuple » pour aller chanter en son temple, (a Notre-Dame), l'hymne à la Liberté.
Les sarabandes Le 1 2 , le Gonseil général de la Com-
parisiennes ^
du 12 octobre, mune reçoit des croix, des soleils, des calices, des chapes », etc., etc. (i). Benjamin Jacob observe que presque tous les juifs de la section ^de la Réunion « ont prévenu le vœu du Comité révolutionnaire en apportant eux-mêmes leurs reliquaires et leurs ornements, la fameuse chape qui, dit-on, a appartenu à Moïse » ; le Conseil leur octroie la c mention civique » ; puis Hébert présente a trois yeux d'apôtres faits avec de la poix résine, un morceau de la robe de la Vierge, un morceau de la verge d'Aaron,... un grand nombre de tibias des saints les plus renommés jusqu'à ce jour o. Le Conseil arrête que (( toutes ces béatilles vénérées par les dévotes seront déposées aux archives pour être brûlées ». A la Société populaire de la section du Muséum et à celle des Champs-Elysées, « les bréviaires, missels, oraisons de sainte Brigitte, anciens et nouveaux Testaments » ont déjà expié dans un grand feu les sottises qu'ils ont fait faire à l'espèce humaine ». Dans la même séance, on arrête que le département ({ sera invité à faire abattre les clochers qui... semblent contrarier les principes de l'égalité ». Cependant, — le 12 également, — diverses députa-
(i) Apportés par le Comité révolutionnaire de la section de la Réunion.
LES SATURNALES DL LA d UAISON » 189
lions sectionnaires sont introduites au Manège : (( La superbe arche de saint Paul, un grand nombre de chasses, presque d'une égale richesse; douze brancards portant des calices, des candélabres, des chapes et mille autres objets provenant des églises de Paris, de Saint-Paul, de Saint-Sulpice ; des caisses pleines de sacs d'argent, des bustes dorés d'évèques, de moines ; des Saint-Esprit, une longue sacoche remplie de numéraire, un caisson plein d'écus, traîné par dix hommes, et le contenu d'un chariot plein d'or et d'argent venu du département de la Nièvre entrent dans la salle des séances de la Convention au bruit des applaudissement universels et des cris de « Vive la République », — la République « communiste » ! Le Comité d'inspection et la Commission des arts, observe Sergent, sont « encombrés de trésors parails », et il fait miroiter une agathe, estimée loo.ooo livres, représentant Agrippine et Néron; elle est blanche, rouge et bleue, (( c'est-à-dire aux couleurs nationales »... Huit membres, adjoints au Comité, feront le tri des objets d'art.
La section des Gravilliers a ménagé une surprise aux législateurs : « A sa tête marche une troupe d'hommes revêtus d'habits sacerdotaux et pontificaux : la musique sonne l'air de la Carmagnole et celui de Malborough s'en va-t-en guerre. On apporte des bannières, des croix et, à l'instant où le dais entre, on joue l'air Ahl le bel oiseau. Tous les citoyens de cette section se dépouillent à la fois, et de dessous les travestissements du fanatisme on voit
I9<> Il VANDALISME JACOBI?(
sortir dos (icfonsours de la patrie, couverts de l'uniforme nalionai. (]\m(i\in jette le vêtement qu'il vient d'oter, et l'on voit sauter en l'air les étoles, les mitres, les chasubles, les dalmaliques au bruit des instruments et aux cris répétés de Vive la liberté! Vive la République ! » L'orateur élève à la barre un jeune enfant qui « n'a encore appris que la Déclaration des droits de l'homme qu'il sait par cœur » et qui, choisi par la Section pour exprimer ses vœux, u lit avec grâce » un hommage à la [Raison et à la Convention, a Les applaudissements se répètent. On demande, au milieu des transports du plus vif enthousiasme, que l'enfant reçoive du président (i) le baiser fraternel : il est porté au fauteuil du président au bruit des acclamations et des instruments qui font retentir la salle d'accords patriotiques n. Deux prêtres de la même section déposent leurs lettres de prêtrise, et « V Assemblée décrète V impression et Venvoi du procès-verbal à tous les départements ».
Le lendemain, la Convention délègue deux de ses membres à la section Marat qui doit « purifier la ci-devant église de Saint-André des Arts ». Le i4, elle décerne à Marat lui-même les honneurs du Panthéon.
Les cortèges Le i6, les sections du Faubouref Montdes Sections. ^
martre et du Mont-Blanc apportent l'argenterie de leurs églises. Le 3o, nouvelles réjouissances qui méritent quelques détails.
Après l'offrande de la section de la Fontaine de
(i) Laloi.
Grenelle, — diamants, or et argent <( trouvés dans les caves du ci-devant ministre Amelot », — défile la section de l'Unité : « A sa tête, marche un peloton de la force armée : ensuite, viennent des tambours suivis de sapeurs et canonniers revêtus d'habits sacerdotaux, et d'un groupe de femmes habillées en blanc, avec une ceinture aux trois couleurs ; après elles vient une file immense d'hommes rangés sur deux lignes et couverts de dalmatiques, chasubles, chapes. Ces habits sont tous de la ci-devant église de Saint-Germain-des-Prés ; remarquables par leur richesse, ils sont de velours et d'autres étoffes précieuses, rehaussés de magnifiques broderies d'or et d'argent. On apporte ensuite sur des brancards des calices, des ciboires, des soleils, des chandeliers, des plats d'or et d'argent, une châsse superbe, une croix de pierreries, et mille autres ustensiles... Ce cortège entre dans la salle aux acclamations des spectateurs, aux cris de Vivent la liberté, la République, la Montagne ! aux fanfares des instruments guerriers. Un drap noir, porté au bruit de l^ir Malboroagh est mort et enterré, figure la destruction du fanatisme. ...On voit tous les citoyens revêtus d'habits sacerdotaux danser au bruit de l'air de la CMrniagnole, Veillons au salât de V empire etc. L'enthousiasme universel se manifeste par des acclamations prolongées. La troupe se range ; les citoyens vêtus des habits sacerdotaux se placent sur les bancs du côté droit, et garnissent tout ce côté ». «... Muse de l'histoire, — s'écrie Dubois, ïorateur, — brise tes pinceaux ; tu n'as eu jusqu'à ce jour
193 LK vandai.ism: .JAilOni*^
que (les crimes à peindre ; lu n'.iura» dësorinais que des vertus à célébrer », et le président se félicite qu' (( (Ml un instant » on ait fait « entrer dans le néant dix huit siècles d'erreurs »>. De nouveau on élève un jeune enfant qui promet d'imiter ces (( beaux exemples » et « brûle d'apprendre le catéchisme républicain » que fera l'Assemblée. Des applaudissements redoublés saluent cette <> ingénuité républicaine » : Hamel demande qu'on lui envoie « le premier exemplaire » du livre élémentaire, Gouli que le président écrive à ses parents <( une lettre de satisfaction,... pour la manière dont ils l'ont élevé », un anonyme que c tous les discours et tous les détails de cette journée, soient insérés en entier au Bulletin et envoyés aux départements », — ce qui est, bien entendu, décrété.
La section de la Montagne termine la journée : précédée des musiciens du théâtre national de la rue de la Loi, « une multitude de citoyens et de citoyennes dont une grande partie est revêtue d'ornements sacerdotaux qui ... éblouissent les regards » remplit de nouveau la salle ; elle est suivie de « vastes corbeilles » garnies de u vases d'or, de vermeille et d'argent, de toutes les formes, et enrichies de pierreries ».
Le 21 novembre, enfin, la section de Beaurepaire déverse à la barre l'argenterie et les ornements de son église, et demande que l'église de la Sorbonne soit convertie en Temple delà Raison : une députation de l'Assemblée assistera à l'inauguration des bustes de Marat et de Lepelletier qu'elle doit célébrer le 3o.
Hébert, Danton {{ est donc bien établi que toutes ces
et Robespierre *
plaident pour la ignominies et tous CCS rapts avaient été
tolérance... , ,
applaudis, confirmes, « légalisés » par la Convention. Elle avait même chercbé à solidariser tous les u républicains » avec les histrions du Manège en inondant la France de ses procèsverbaux.
Pourtant, n'étail-on pas descendu trop bas.^ La Révolution ne s'était-elle pas vouée à la risée, autant qu'à l'horreur du monde civilisé ? Les plus habiles le pensèrent, et, le 21 novembre, au club des Jacobins, l'artificieux Robespierre eut l'audace de prononcer ces paroles : u On a supposé qu'en accueillant les olTrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n'a point fait cette démarche téméraire. La Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des eultes, qu'elle a proclamée... On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe... Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe... iVe voyez-vous pas le piège que nous tendent les ennemis de la République et les lâches émissaires des tyrans étrangers ? En présentant comme Vopinion générale les travers de quelques individus et leur propre extravagance, ils voudraient nous rendre odieux à tous les peuples. » La République, représentée par la Convention, n'était pour rien, pour rien du tout, dans ces c extravagances » traîtresses ! !
IQ'i I^E VA!«(I)AMSME .iacohim
Le 26 novembre, ce fut le tour de Danton. A la Convention, Delaunay, ex-curé de Mennecy, venait d'exhiber à la barre sa femme, <• l)onne républicaine », ses trois enfants, nommés Le Peletier, Maral et Robespierre, et divers dons patriotiques (sa montre en or, les boucles d'argent de sa femme, un écu de six livres). L'Assemblée avait approuvé ce charlatanisme en décrétant l'insertion au Bulletin et la mention honorable au procèsverbal (i); mais Danton protesta : « ... Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du fanatisme, nous ne voulons pas plus honorer le prêtre de l'incrédulité : nous voulons servir le peuple. Je demande qu'il n'y ait plus de mascarades antireligieuses dans le sein de la Convention... Il est un terme à tout, même aux félicitations. Je demande qu'on pose la barrière. » Comme Danton revenait de Bar-sur-Aube après une longue absence, il avait, à cet égard, le droit de parler ainsi.
^haumette, lui, était le principal initiateur et organisateur des « mascarades ». Le 28 novembre, il avait encore fait prendre par la Commune l'arrêté ordonnant la fermeture des églises. Or, le 28, le même Chaumette fit arrêter par la même Com-j mune le libre exercice des cultes au nom de la Déclaration des Droits et de l'article 122 de l'acte constitutionnel : « La Constitution garantit à tous les Français la liberté, l'égalité et le libre exercice des cultes. » a Si j'ai méprisé la superstition,
(1) Procès-verbal, XXVI, p. i68.
LES SATUKNALES DE LA u RAISON » 1 96
déclara le Procureur, je ne me crois pas en droit de persécuter celui qui en est atteint. »
La loi \^Q /j décembre, enfin, sur le rapport
de u liberté n ^ ^ '
du 4 décembre de Robespierre, la Convention défen- 1793. ,. . ,
dit (( toutes violences ou mesures contraires à la liberté », et invita u tous les bons citoyens, au nom de la patrie, à s'abstenir de toutes disputes théologiques ou étrangères aux grands intérêts du peuple français ».
Commentant ces « graves mesures protectrices du catholicisme », M. Aulard a écrit : (( Il était impossible de rendre alors au catholicisme un service plus efficace : le gouvernement le sauvait... C'est avec raison que les âmes pieuses s'adressaient ainsi (i) à Robespierre. Il fut vraiment et autant qu'on pouvait l'être en ce temps-là le défenseur des catholiques (2). »
De qui donc l'auteur de ces lignes veut-il aussi agréablement se moquer (3)? — Les dispositions du décret du 4 décembre, que nous avons citées, encadraient cet article restrictif: la Convention a n'entend déroger en aucune manière aux lois répressives » ni a fournir à qui que ce soit aucun prétexte d'inquiéter le patriotisme et de ralentir l'essor de l'esprit public ». La veille, la Réponse de la Convention nationale aux manifestes des rois ligués
(i) Comme les syndics de Saint-Just (Lol-ot-Garonne) qui demandent justice à Robespierre tout en disant : « Nous ne tenons point aux exercices extérieurs, coname processions, car nous n'avons jamais clé fanatisés. »
(3) Le Culte de la Raison, pp. aSo, 333, 3^0.
(3) Pas de Robespierre : n'est-ce pa? à cause du « cléricalisme » de celui-ci que M. Aulard est « anli-robespierrisle » ?...
KjO LE VA?(DAL1SME JACOBIN
contre la liépablique avait condamné < les extravagances du pliilosophisnie », mais c comme les folies de la superstition et comme les crimes du fanatisme ». Superstition et fanatisme, on sait bien que ces vocables bypocrites désignaient le catbolicisme.
Du reste, dès le 6 décembre, l'Assemblée rectifiait expressément le décret du 4 : ^< Plusieurs représentants du peuple dans les déparlements,
— dit Barère au nom du Comité de Salut Public,
— ont pris des arrêtés pour aider les citoyens à
détruire la superstition ; nous pensons qu'il doit être
ajouté au décret que la Convention n'entend pas
improuver les arrêtés pris par les représentants
du peuple. » Et cette « addition au décret » fut
adoptée (i). — En somme, Robespierre avait
voulu rendre gaillotinables les Hébertistes, dont il se
débarrassa en effet bientôt ; et si le Concordat qu'il
signa avec « l'Etre Suprême » lui fut un moyen
d'établir, au profit de sa sanglante dictature, une
sorte de pontificat, le respect du catholicisme n'y
fut à coup sûr pour rien.
Les Les u graves mesures protectrices »
« extravagances . , , , , ^ . ,, ,
philosophiques» du 4 décembre tirent-elles du moins continuent.
cesser les u extravagances philosophiques » ? — Qu'on en juge.
Le 10 décembre, une députation de la Commune de Strasbourg « rapporte sur l'autel de la patrie les dépouilles de ses églises », et la Convention décrète la mention honorable ; puis les citoyens
(i) M. Aulard cite lui-même en note (p. a33) cette rectification.
Martin et Bonjour, commissaires du Comité de Sûreté Générale dans le Pas-de-Calais, font hommage de l'argenterie des églises d'Oignies et de Carvin-Epinoi : « Déjà, ajoutent-ils, nous avons remis à la Monnaie deux cent quinze marcs de vaisselle d'argent armoriée que nous avons trouvés enfouis dans une des caves du ci-devant château d'Oignies, appartenant à la ci-devant comtesse de Lauraguais ». Le président VouUand loue cette a honne conduite » qui « justifie le choix du Comité de Sûreté Générale ».
A la séance du i:?, une lettre de Laplanche annonce l'arrivée des dépouilles religieuses du Calvados : onze cents marcs; et, dans une croix, un diamant de /i.ooo livres. Les « communes o de Mond ville, Gravus, Evrecy ont « expulsé » leur curé, leur culte devant être désormais a la patrie et la prohité >, — la probité! — A Saint-Gervais (district de Pont Audemer), la a première opération )) du représentant Louchet a été de confisquer i/i.220 livres en numéraire que le domestique de l'abbé Carrey « avait reçues en dépôt » ; sa seconde opération de saisir dans le cabinet du château 5i.ii^6 livres, sur les indications de la municipalité ; et la Convention félicite le domestique Noël Legras, qui a découvert 1' « armoire d'argent », de son infidélité.
Le lendemain, i3 décembre, Ivry, Riom, Seyssel, la section des Lombards (i.3oo marcs d'argenterie et lo.ooo livres de diamants) accroissent le monceau des u dépouilles du fanatisme ». — Le i" janvier,
I()8 LK VA!1D\LISME JACOIU?!
André Dunionl annonce qu'il Monl.ignc sur-Mer u il n'y a plus d'égliso », que les citoyens n'ont qu'c un seul v(Bu, la répuhlifinc ou la mort », que « les saints et les saintes ont éWi brûlés », et pourtant "la Société républicaine était de deux cents membres : elle n'est plus que de trente », (mais seule importe la qualité). A Boulogne, « la célèbre et très incomprébensible, la très sainte Vierge noire, que les Anglais n'avaient pu brûler, fut, dans la plus belle fête qui se puisse célébrer, jetée dans le bûcher ». Dumont est donc regardé comme le «sauveur» de la ville devenue u le temple de la liberté ». Le i6 janvier, le district de Roanne, qui a remis à la messagerie 896 marcs d'argent provenant des églises; le 29, Lagnieu (i), où « les églises se sont fermées aux signes religieux, aux prêtres, et à leurs lucratives charlataneries » pour s'ouvrir « à une doctrine qui doit élever l'homme, développer son génie et lui présenter un bonheur réel et sûr » ; le 22 février, Orléans ; le 2 mars, Gluzes et Ghambéry, dont les saints, dit l'orateur, u ont fait leur entrée à la Monnaie de Paris » après avoir été « précipités dans les coffres de la République, ayant la tête, les bras et les jambes séparés du reste du corps», mutilation «représentant l'état de la superstition » (2) ; le 10, Cherbourg et Bourg-Théroulde, oii un confessionnal, placé à la porte de la Municipalité, sert de guérite (3), continuèrent à accoupler, à la barre de la Convention, le vol sacrilège et la « légalité ».
(i) Ain.
(a) Mention honorable.
(3) Lettre du représentant Jean Guimberteau.
Le Le 7 mars i7q4, — après le supplice
culte de 1» « Etre ' i\J ' f ff
suprême » ; son d'Hébert et de Danton (i), — fut volé
caractère et ses , . , . i» . .
conséquences, le decrot reconnaissant « 1 existence de l'Être Suprême et de l'immortalité de l'àme », maintenant la (( liberté des cultes » et menaçant de la rigueur des lois les provocateurs de troubles, u Je demande, s'écria Couthon, — Gouthon ! — qu'attendu que la représentation nationale a été calomniée chez les peuples étrangers, le rapport de Robespierre et le projet de décret soient traduits dans toutes les langues et répandus dans tout l'univers ». Mais qui donc, aujourd'hui, oserait parler sérieusement de cette théologie, de cette morale et de cette liberté ?
VÉlre Suprême ? C'était la nature, le genre humain, la république, la u haine des tyrans et des trailres », auxquels on consacrait, expressément, les tètes nouvelles: «Ce n'était pas sans intention, a écrit Laharpe (2), que Robespierre substituait à Dieu son être suprême. Le peuple ignorant connaît fort peu Vêtre suprême : il laisse cette dénomination oratoire et poétique aux philosophes qui ne sont pas athées. Mais il connaît beaucoup le bon Dieu (c'est bien son nom), et ces deux titres ne sont pas pour lui la même chose. Aussi un sans-culotte disait-il à un de ses camarades qui parlait de Dieu : Tais-toi donc; il ny a plus de Dieu, il n'y a plus qu'un être suprême ; et il parlait de très bonne foi. »
La morale selon Gouthon ou Robespierre ? Le jour même, elle envoyait à la guillotine quatorze
(1) a4 mars et 5 avril 179/i.
(a) Le fanatisme dans la langue râvoluUonnaire, p. 58.
aoo LK vandalismf: jacobm
mallieurcux ; le leiidcrnain, vingl-liuit, dont Lavoisier, six sexagénaires et quatre septuagénaires — fermiers généraux dont les tètes valaient leur pesant d'or ; — la veille, il y avait eu quatre victimes, dont une femme de 67 ans ; l'avant-veille, quinze, dont six femmes, parmi lesquelles deux sexagénaires (62 et 67 ans) (i), une modiste, une coiffeuse de 25 ans, une cuisinière de 21 ans. — Au surplus, « quelle ridicule inconséquence de recommander la morale aux gouvernés, quand les gouvernants la violent à tout moment, quand, h l'aide de quelques plats sophismes, celte violation est tous les jours érigée en principe à la tribune des législateurs » (2). L'un des massacreurs de Nantes, Goulin, répondra justement aux accusations du tribunal révolutionnaire :
(( Tout ce qui vous paraît aujourd'hui si affreux n'était alors que révolutionnaire. )>
La liberté des cultes ? L'article XI qui la « maintenait )) était suivi de l'article réprimant « tout rassemblement aristocratique ». Les a troubles » que
(i) Quelqu'un, raconte Laharpe (op. cit.j p. 87), proposa une exception pour les sexagénaires et au-delà : a L'orateur Montagnard répondit que c'étaient précisément ces têtes à cheveux blancs qui étaient les plus dangereuses, qui en imposaient davantage aux simples, qui paralysaient le plus les peuples,.. » Et p. 89. 0 En prison, logeait à côté de moi un vieillard de quatre-vingt-huit ans; en prison, et deux mois après le fameux 9 thermidor, j'ai vu expirer sur les marches d'un perron Madame de Machaud, l'épouse d'un homme dont la marine française conservera le souvenir, tant qu'il y aura une marine française, et cette femme était âgée de quatre-vingt-onze ans. Dans celte même prison était un autre vieillard absolument imbécile, prévenu de la conspiration qui a existé... L'imbécillité, la surdité, la paralysie, toutes les infirmités morales et physiques étaient de la conspiration, et cela était très conséquent ».
(a) Op. cit.^ p. i3i.
prévoyait l'article XIII étaient nettement déterminés par les « prédications fanatiques n et les u insinuations contre-révolutionnaires », vouées à la a rigueur des lois )) (i). L'année suivante, le 2 février 1795, celte ({ rigueur > permit à la Convention d'adopter le projet de décret ordonnant de vendre, dans les trois mois, les églises et presbytères : u Une expérience de seize siècles, disait le rapporteur Lecointre, a prouvé que les ministres du culte catholique sont les plus intolérants de tous les hommes ; qu'en substituant les dogmes d'une théologie révoltante et barbare à la sagesse et à l'urbanité de leur fondateur,... ils ont représenté la divinité comme un tyran implacable... Telle est la source des richesses immenses qu'ils avaient accumulées. »
Richesses immenses ! La dilapidation de ce patrimoine fut bien, en dépit de tous les sophismes encore poussés en avant, la raison dernière des hideuses saturnales de la a Raison».
(1) On a lu plus haut la lettre de Laurent. (Séance de la Convention du i3 juillet 179^)
CHAPITHE IX
La guerre aux Châteaux Versailles. — Fontainebleau.
Sommaire. — Une députation versaillaise à la Convention. — Le sac du Palais. — Un pi^ojet « patriotique » : ce que les Jacobins voulaient faire de Versailles. — Approbation ministérielle. — Les « frères et amis » de Fontainebleau, et le Ministre Roland. — Le dépouillement du Château. — Un autodafé de chefs-d'œuvre (1).
La Révolution, — qui ne donna point la paix aux chaumières, — fit aux châteaux une guerre acharnée.
Le i4 août 1792, Lefebvre, député d'Eure-et-Loire, demanda qu'ils fussent a détruits et rasés » (2). Le 24 novembre, Roland, ministre de l'Intérieur, écrivit au président de la Convention qu' a il conviendrait d'en vendre les matériaux en détail » (3) ; les acquéreurs des fonds, a jaloux de se faire une habitation dans leurs nouvelles propriétés, joncheront ces campagnes de maisons utiles, riantes et commodes, nées des colosses qui ont si longtemps pesé sur la France )>. Et cela était u l'exposition
(i) Voirie Correspondant du a 5 décembre 191 3.
(2) Moniteur, XIII, p. /liig.
(3) Les matériaux des a ci-devant châteaux des éaiigrés », — Ihid., XIV, p. 56o.
sommaire de pétitions innombrables » adressées au ministre !
Le 17 mars 1793, Barère recommande à l'Assemblée de réaliser une mesure « elTicace pour le succès de la révolution dans les campagnes ». « Il y a, ditil, une infinité de châteaux d'émigrés, vieux repaires de la féodalité qui resteront nécessairement invendus. Ces masures qui souillent encore le sol de notre liberté, peuvent, par leur démolition, servir à favoriser les pauvres et laborieux agriculteurs... Que les directoires soient chargés de vérifier le nombre des châteaux d'émigrés qui, par leur antiquité et leur tournure féodale, ne sont propres à d'autre usage qu'à fournir des matériaux pour construire des demeures aux agriculteurs ». On applaudit (i). Toutefois ce fut seulement le 6 août suivant que la Convention décréta « le principe de la démolition des forts e\ châteaux de l'intérieur » (2).
Les « repaires » de la royauté auraient-ils le sort des (( repaires de la féodalité » ? Ils furent naturellement saccagés et, si on ne les détruisit point, on leur fit subir des mutilations qui devinrent pour les arts de lamentables désastres.
Versailles et Fontainebleau en restèrent longtemps d'illustres témoins.
Une députation Le palais de Versailles chantait la
versaillaise ^
à la Convention, gloire de 1' u exécrable » Louis XIV et d'un siècle entier où le « despotisme » avait atteint
(i) Monileurt XV, p. 741.
(a) Ibid., XVII, p. 33/1.
ao'l LE V A. M) A LIS M i: JACOÏJn
son aj)o^'(îe : ne fallait il pas lui infliger le sort (le la statue de la place des Victoires-*
Le démolir était trop onéreux, — raison qui empêchera, à Chartres, le citoyen Cochon liohus de faire ahoutir sa motion (Fahallre la cathédrale, — mais on pouvait le dépouiller et le mettre en vente.
Les Versaillais — qui avaient été si cruellement lésés par le départ « du Boulanger, de la Boulangère et du petit Mitron » — tenaient cependant à conserver au moins leur château et ses merveilles, et lorsqu'en septembre 1792 ils en virent commencer le dépècement, grande fut leur douleur. Le 21 au soir, ils dépêchèrent à la première séance de la Convention une députation qui, au nom du département de Seine-et-Oise, annonça l'envoi aux frontières d'un dixième bataillon de volontaires prêt à (( sauver la république » ; puis, au nom cette fois du Département, des Sections de Versailles et de tous les corps administratifs « réunis », prononça le discours suivant :
(( Représentants de la nation, nous avons vu les rois et leurs crimes, et nous les avons méprisés. Nous avons subsisté à l'ombre de leurs palais, des débris de leur indigne prodigalité, et nous avons préféré une honorable indigence à leur faste humiliant (i)... Une dernière ressource restait à cette cité déserte, à ses propriétaires ruinés... Les habitants de Versailles espéraient que sur cette terre, enfin deve-
(i) Ce discours se trouvant au Moniteur (Réimpr., XVI, p. 12), nous n'en donnons que les passages les plus caractéristiques.
LA. GUERRE AUX CHATEAUX ao5
nue libre, l'étranger viendrait contempler les restes d'une puissance destructive;... que l'artiste, en copiant ces traits d'héroïsme tracés par d'habiles pinceaux, dirait : les habitants de Versailles n'en furent pas les vains admirateurs. Et cependant on leur enlève ces tableaux, ces superbes monuments ; on dépouille ces châteaux, comme si les enfants de la liberté n'étaient pas dignes d'être les gardiens des arts.
» Législateurs, n'empêcherez-vous pas cette injustice? Le Muséum de Paris ne peut-il s'embellir que de notre ruine? Il ne peut seulement contenir la moitié des chefs-d'œuvre amoncelés par le faste des Cours... Puisque vous nous avez débarrassés de la royauté, que ferez-vous des superbes établissements dont il [Versailles] est plein, si vous ne vous rappelez qu'assez proche de la capitale pour offrir, avec le charme de la solitude, la ressource des sciences, il semble fait pour être le lycée de la nation française, la retraite de ses philosophes, l'école de ses artistes ? »
Ces revendications étaient exprimées en termes
ffii (( patriotiques » ; elles étaient d'ailleurs, en ce
qui concernait l'utilisation du palais, si sensées,
[ue la Convention vola d'enthousiasme, à onze
[heures du soir (i), a la suspension du décret relatif
[au transport des monuments de Versailles à
*aris » (2).
(i) Heure donnée par la lettre au ministre Roland citée plus loin. (a) Nous n'avons retrouvé ni la tlale ni le texte du décret ainsi suspendu ».
30(J I,i: VANDALISME JACOUM
C'est Diisaulx, membre; de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui, à la séance du 21 août, avait déjà réclamé la conservation du parc de Versailles (i) et de la porte de Saint-Denis, — (( Us contiennent des antiques, s'était-il écrié, des antiques même aristocrates qu'il ne faut pas perdre. Gardons-les comme un simulacre d'horreur. Qu'on puisse dire dans la postérité : il y a deux mille ans que des despotes pesaient sur la terre ; les despotes ne sont plus. (On applaudit.) Pour moi, qui adore les arts, qui demande grâce pour leurs chefsd'œuvre, je donnerai, si l'on veut, la clef de mon cabinet : on n'y trouvera pas la figure d'un roi />, — c'est ce singulier adorateur qui convertit en « motion » la demande des pétitionnaires. Il y avait été sans doute encouragé par le ministre de l'Intérieur, ainsi que le laisse supposer les remerciements adressés le 22 septembre ù Roland par a les membres du Conseil permanent et commissaires des sections réunies » de Versailles :
(( Monsieur, écrivaient-ils,... c'est à vous que nous rapportons le succès que nous avons obtenu. Nous savons que deux officiers municipaux vous ont fait de notre part des représentations : aussitôt vous avez parlé à l'Assemblée Législative d'une manière énergique et pressante (2); vous avez marqué, pour les habitants de cette commune appauvrie, généreuse, patriote et infortunée, un intérêt qui a
(i) « Il est aussi question du parc de Versailles... (Une voix : qu'on le laboure!) Oui, qu'on le laboure, mais qu'on respecte les arts. » (Moniteur', XIII, p. 5o3.)
(2} Le procès-verbal ns mentionne pas celte intervention.
fait sentir les inconvénients de l'observation du décret spoliatif : il présentait les signes de la dénudation et les présages de la nulité (sic) ou de la destruction... Nous désirons qu'en ce moment vous vous fassiez l'idée d'une cité entière réunie auprès de vous (i). »
Hélas ! que pouvait attendre la cité de protecteurs qui assimilaient ses chefs-d'œuvre à des « simulacres d'horreur», et ne voulaient même pas souffrir des rois en peinture dans leur cabinet ?
A la séance du 20 octobre, on lut une lettre du ministre de l'Intérieur — de Roland lui-même — observant à la Convention u qu'il était instant de vendre les objets qui se trouvaient dans le château de Versailles > et de l'autoriser à faire procéder aux enchères : « Je convertis la demande du ministre en motion, dit aussitôt Manuel ; non seulement les meubles doivent être vendus, mais il faut aussi afficher maison à vendre ou à louer... » La Convention autorisa la vente des meubles et renvoya au Comité d'aliénation a la vente de la maison » (2) ! — Dusaulx n'intervint plus.
Le sac du Palais. L'effrovable gaspillage commença, — ou plutôt continua, car il avait commencé le 25 août 1792: de cette date au 3o nivôse an III (19 janvier 1790), on vendit pour une somme de 1.784.779 francs, u Au moment où on déménagea, raconte M. L. H. Gatin(3), rien ne fut épargné; on
(i) Signé: Gaucher, ofQcier municipal; Rohan,adm, dép.; Parou(?); Loir; F'errot; Devienne; Rémond; Nuvé. (Arch. Nal., F^^yig.)
(a) Moniteur, XIV, a 56.
(J) Venaillespendint li Révolution française, Y crsAÛles^ Auherl, 1908, p. 3io.
ao8 LE VANDALISME JACOBI?(
arracha les ;,'laces, les ornements dorés, pour ne laisser en quchjue sorte que les quatre murs. » Les glaces furent d'ailleurs demandées i)lus tard par le ministre des Finances « en paiement pour les créanciers de la Ucpul»li(iue » (i) ; et les archives de Soineet-Oise (.>-) renferment des pièces de ce genre : le 5 frimaire an II (20 novemhre i7<j3), le Directoire du District de Versailles nomme un commissaire pour (( faire dans les maisons nationales un choix de glaces dans les dimensions depuis 5o jusqu'à 65 pouces de largeur, sur 70 à 90 pouces de hauteur, avec leurs cadres, bordures et ornements choisis dans le meilleur goût, les plus frais et les mieux conservés , pour une somme d'environ 240.000 livres, y compris la valeur des cadres et bordures, pour être exportées et servir d'échanges avec l'étranger ».
Ces « reprises »... nationales — et gratuites — furent beaucoup plus importantes que les simples ventes faites aux a bandes noires » qui s'abattirent alors, telles des nuées de corbeaux, sur le somptueux cadavre : à la date du 9 mars 179^, on avait déjà envoyé à la Monnaie pour 2.070.846 livres de métaux, dont 1 3 2. 0^7 de cuivre, plomb et fer. le reste d'or et d'argent. — Le palais était transformé en mine, en carrière et en magasin de bric-à-brac, tout <îomme les plus merveilleux monuments de l'architecture gotlûque...
(i) 21 messidor an IV (9 juillet 1796). (2) Q, Versailles, Mélanges.
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Un projet Mais qu'étaient donc devenus les
u patriotique » :
ce que braves pétitionnaires du 21 septembre
les jacobins
voulaient faire 1792? — Ils rédigeaient, ou du moins
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deux d'entre eux (i), unis à leurs successeurs à la Municipalité, imaginaient de « patriotiques » projets comme celui dont nous allons donner l'analyse.
La séance de la Convention du 8 juillet 1798 porte cette simple mention :
« Carra. Décrétons dans ce moment le principe que le palais de Versailles sera transformé en gymnase et en lycée, et renvoyons au comité l'organisation de cet établissement.
» Cette proposition est décrétée (2). »
Le « principe » ainsi posé par le louche individu qui avait proposé de donner le trône de France au duc d'York, négocié avec le duc de Brunswick et appuyé en ces termes l'idée, exprimée par David, de détruire, au Palais de France à Rome, les bustes de Louis XIV et de Louis XV : « Laissons à Kellermann le soin de faire tomber tous ces monuments de l'orgueil et de la servitude et de les confondre dans la poussière avec les emblèmes de l'opposition sacerdotale», ce « principe» fut développé dans le Mémoire sur le projet de lycée départemental envoyé au ministre de l'Intérieur par la Municipalité de Versailles le 27 août 1798 (3).
(i) Rémond et Nuvé, signataires de la lettre à Roland du 21 septembre 1792 et du Mémoire du 27 août 1793.
(a) Moniteur, XVII, p. 75.
<3) pi» 5oa.
aïO Li: VANDALISME JACOBIN
Il faut d'abord, exposaient les signataires, — Mier» maire; Hcmond, J. 13. Bournizet, Loiscleur, Messie, Nuvé et Grincorne, — déinolir, a comme inutiles », i( les parties de bâtiments donnant sur la Cour de marbre, dépendant des deux ailes de droite et de gauche, et dans lesquelles se trouvent ce qu'on appelait cy-devant les pelils appartements. It sera substitué à la place des bâtiments démolis des cours vertes et des plantations. » — Mais renonçons à souligner les «idées» les plus originales, car le Mémoire tout entier y passerait.
« 11 ne sera conservé que les parties des bâtiments sur les jardins connus sous le nom de Grands Appartements, tant au nord qu'au midy, ainsi que la Gallerie. »
Seront encore démolis : l'aile située « entre la cour royale et celle ditte des princes, et par suitte l'aile neuve ou de la nouvelle salle des spectacles » ; puis, ce qui était de moindre importance, « tous les bâtiments additionnés successivement dans les cours des ailes, sur les rues des Réservoirs et de la Surintendance, afin de ne plus faire qu'une seule cour de plusieurs petites ».
Les bâtiments conservés pourront alors être dotés des affectations suivantes :
Le rez-de-chaussée du « Corps du Château » recevra (( tous les groupes de sculptures et bas-reliefs d'un mérite reconnu, ainsi que de très belles copies de l'antique » provenant des palais royaux, des édifices religieux et des maisons d'émigrés. On y « rassemblerait » même « tous les beaux morceaux du
jardin qu*on remplacerait, (surtout au tapis verd et au fer à cheval), par quelques autres groupes répandus dans l'intérieur des bosquets de façon que le tapis verd et le fer à cheval se trouveraient toujours décorés »...
Au-dessus de ce Musée, « tout le premier étage sur le jardin , depuis et y compris le salon d'Hercule, les pièces ensuite, la galerie, les deux salons de la guerre et de la paix et le cy-devant appartement de la Reine jusqu'à la salle des Gent-Suisses, ne formera qu'un seul et même cabinet ». On y rangerait, a par écoles autant qu'il serait possible », tous les tableaux précieux du département ; seulement « il faut avant tout supprimer tout ce qui a rapport à la royauté ».
Passons aux ailes, — du moins à ce qui n'en serait pas détruit.
Du côté du midi, le rez-de-chaussée deviendrait une école de médecine, de chirurgie, de mathématiques et de « mécanique » ; le premier étage serait consacré à l'optique, à la physique et à l'histoire naturelle.
Le côté du nord ou de la Chapelle serait occupé par les « beaux-arts », les estampes, la bibliothèque. A l'aile u attenant l'Opéra », rue des Réservoirs, on établirait « des ateliers de métiers en tous genres pour les jeunes citoyens », des écoles de géométrie et d'architecture militaire.
Dans « le reste», seraient installés les écoles primaires, l'a apothicairerie », les offices. Quoique monument de la superstition, la Chapelle serait conservée « pour les exécutions de musique, branche
aia LK VATfDALISME JACOBl^f
bien intéressante de l'éducation sociale en grand » ; de même, la salle de l'Opéra servirait «à apprendre à parler en public ») ou «à des assemblées électorales et autres ». La nouvelle salle de spectacle, élevée dans « la cour ditte royale », sera, elle, abattue ({ avec l'aile »>, et « ses décorations serviront dans celle qu'on pourra établir dans la cour ditte des Princes pour l'éducation des jeunes citoyens». — Admirable façon assurément de découvrir Saint- Pierre pour couvrir Saint-Paul !
Dans les jardins, l'Orangerie, n'ayant rien de contraire aux principes de la Révolution, sera conservée. Sur la pièce d'eau des Suisses, on pourra établir « des écoles pour les premiers principes de la navigation ».
Les Trianons n'étaient-ils pas ce qu'il y avait de plus «infâme» à Versailles, puisque la «nouvelle Médicis » y avait couvert de pierres précieuses ses décors de théâtre, puisqu'aux rendez-vous nocturnes du Salon de Venus, « sur un sopha en soie brochée tissée d'or fin, les jupes d'une reine de France traînaient [jadis] parmi les plis écarlates d'une robe de cardinal » (i) ? Donc, à expurger ! Le Petit Trianon « doit être employé à un jardin de Botanique ou à une école d'agriculture dans tous les genres, en y réunissant le terrain depuis la rive nord du canal jusqu'à la porte Saint-Antoine. Il ne faut conserver que le principal corps de bâtiment et ceux jugés nécessaires pour les personnes qui seront attachées
(i) Pour ces monstreuses calomnies, voir Fuiick*6reataao^ la Mort de la Reine, p. i48.
LA GUERRE AUX CHATEAUX ai3
à ce service». — Le Grand Trianon sera de même « réduit au principal corps » ; l'aile de retour sera démolie.
La Ménagerie était plus précieuse : « Elle sera conservée et même augmentée autant qu'il sera possible pour l'utilité des arts et des sciences et pour une école vétérinaire. » Dans les fermes et terres d'alentour on pratiquera l'élève « de bœufs, chevaux, moutons, etc. ». D'ailleurs, « en détruisant les murs des grand et petit parcs, et en y joignant quelques portions de terres aux habitations des Suisses et Portiers, on en ferait de petites métairies particulières qui seraient bien vendues ». Enfin, « il convient d'abattre l'avenue de Villepreux, d*en vendre les bois et de rendre le terrain à l'agriculture. Il convient d'en faire autant de plusieurs avenues du petit parc».
N'était-ce point le véritable retour à la nature, et Dusaulx lui-même ne devait-il pas s'incliner devant une application aussi complète des doctrines de son grand ami Jean-Jacques Rousseau?...
Si quelque malhonnête adversaire de la Révolution voulait marquer à quel point elle détraqua certains cerveaux, pourrait-il fabriquer pièce plus accablante que le Mémoire dont on vient d'apprécier la minutieuse ingéniosité ? Et pourtant il conquit tout de suite la sympathie du ministre de l'Intérieur,
Approbation Le 3i août 1703, Paré adressait en
mlnistérieUe. ' ^
effet la lettre suivante « aux maire et officiers municipaux de Versailles » (i) :
(i) F^ 5oa. (Brouillon de la lettre ministérielle.)
3l/| LE VA?fDALlSME JACOBIH
« J'ai reçu, citoyens, voire Mérnoiro sur le projet d'un lycée dopartcinental et d'écoles primaires dans remplacement du cy-devant château de Versailles. J'ai cru devoir le renvoyer aux Comités d'aliénation et d'instruction publifjue auprès desquels ces renseignements peuvent être particulièrement utiles. Je leur ai rappelé, bien surabondamment sans doute, les sacrifices que votre commune a faits en tous sens à la Révolution. Je n'ai point trouvé de meilleure manière de recom mander votre projet au Comité d'aliénation. »
Au dos du même document, se trouve le texte de la missive annoncée. Voici quelques lignes de ce texte :
(( Paris, le 3i août 1798. — Le Ministre de l'Intérieur aux Représentants du peuple composant les Comités d'aliénation et d'instruction publique.
» La Municipalité de Versailles, citoyens, me fait passer, sous la forme d'un Mémoire, le programme d'un lycée départemental... J'ai cru devoir, citoyens,... en soumettre les différents objets à votre sagesse. Je préviens du renvoi la Commune de Versailles à qui je fais espérer de votre justice et de votre amour pour les arts une attention à la demande vivement recommandée d'ailleurs par les grands sacrifices qu'elle a faits à la Révolution. »
L* « espérance n de la Municipalité de Versailles fut singulièrement déçue ! Son c amour pour les arts », en effet, ne semble avoir inspiré au Comité en question aucune décision. C'est huit mois après seulement qu'il fut de nouveau question du palais
LA GUERHE AUX CHATEAUX ai5
à la Convention nationale : au nom du Comité de Salut Public désireux « de purifier en les utilisant les maisons nationales des environs de Paris qui avaient été trop longtemps des objets d'un luxe insolent et désastreux », Couthon fit décréter que le Raincy deviendrait u un établissement pour ïédacation des troupeaux » et Versailles un établissement « d'éducation publique » (i). Ce décret, complété par celui du i5 septembre 1796 qui, après de longs débats, sauvegarda la ferme de la Ménagerie, parut assurer l'exécution du Mémoire du 27 août 1793 (2). Mais il n'en fut rien, et, le 10 janvier 1798, le Directoire en était encore à adresser au Conseil des Anciens un message « sur la question de l'aliénation du château et du parc de Versailles » : il demandait « à quoi ce château pouvait servir » (3)... On n'était pas fixé du touti
Ce message « insistait, à cause de la Ville de Versailles, pour que ce grand monument ne fût pas détruit ». S'il ne fut pas détruit, il continua à être exploité; le 21 pluviôse an VIII (10 février 1800), le ministre de l'Intérieur réclamait par exemple pour les Tuileries — où résidaient les Consuls — les glaces qui y restaient : « Vous ferez délivrer en même temps au même architecte (4) et pour le même service les serrures, fermetures de portes, plaques, croissants tant de cheminées
(i) Moniteur, XX, p. 897.
(3) Ibid,, XXVIII, pp. /iag et ^36.
(3) Moniteur, XXIX, p. i3i.
(4) Le Coûte.
3l6 LE VA!1DALISMR JACOBM
quo de rideaux et autres cfTels dorés et surdoréa existant dans les magasins du ci-devant château » (i). — Voilà à quoi « il pouvait servir »>...
Par bonheur, les (>on8ul8 ne se contentèrent pas d'achever son dépouiilennent ; ils s'avisèrent d'utiliser ses murs et arrêtèrent, le 28 novembre 1800, qu'il serait « mis à la disposition du ministre de la Guerre pour y loger des militaires invalides ».
Les arts en reprirent possession en 1837, — on sait dans quelles lamentables conditions.
Les M frères et Versailles était surtout la synthèse amis » de
Fontainebleau des magnificences du (( Roi Soleil ». Fouet le ^ ^ ministre Roland, tainebleau était l'un des plus antiques
« foyers » de la monarchie. Robert P"" y avait résidé dès 999. Louis VII et ses successeurs, jusqu'au xiii* siècle, y avaient habité. Philippe le Bel y était né, et plus tard Henri III et Louis XIII. Reconstruit par François P"*, le château avait été embelli par huit rois, de Henri II à Louis XV. Louis XVI y avait signé un traité avec la Hollande, et c'était à Fontainebleau qu'on avait élevé l'obélisque rappelant son mariage... Que de souvenirs, y compris celui de la Révocation de l'Édit de Nantes, à livrer aux fanatiques de la « table rase » !
Ces derniers étaient représentés à Fontainebleau, — comme ailleurs — par la Société des Amis de la
(i) Cité par M. L. H. Gatin.
Liberté et de V Égalité, et c'est ce club qui était maintenant le maître de l'heure : « A la nouvelle du décret [de supension du RoiJ, — exposa Méchin, futur baron et préfet de Napoléon V^ et de Louis- Philippe, à la séance des Jacobins du 22 août 1792, — les patriotes se sont présentés à la Municipalité pour la prévenir qu'ils allaient effacer le signe d'idolalrie élevé dans leur commune à Marie- Antoinette. Ils ont ôté toutes les devises adulatrices qui couvraient cette pyramide, et, à la place de l'effigie du traître Louis XVI, ils ont mis le tableau de la Déclaration des Droits. Les sections sont assemblées maintenant pour casser la Municipalité aristocrate, composée presque entièrement des valets du château... (i) »
Le ministre de l'Intérieur n'avait rien à refuser à ses « frères et amis n de la Société : le 24 novembre, il leur écrivait en les gratifiant de ce titre, et il s'empressait de leur accorder « la jouissance d'une salle de la Maison Nationale dite l'Hôtel de la Chancellerie » ; l'un de ses « vœux les plus chers » était « de seconder autant qu'il était en lui les services importants que les Sociétés populaires étaient dans le cas de rendre à la patrie ». Il ajoutait : « Il sera beau de voir une société d'hommes libres assemblés dans un lieu où des esclaves amoncelés (sic) venaient bassement mendier un sourire, un regard de l'orgueil et de la vanité. Ce lieu, j'aime à me le persuader, ne retentira jamais que des accents du vrai républicanisme
(1) Aulard, Société des Jacobins, IV, p. a3o.
ai8 l.K VANDALISME JACOniX
fondé sur des vertus austères, sérieuses et réfléchies, fondé sur le culte des lois plus encore 8*11 est possible que sur cette ardeur bouillante et parfois indiscrète qui crée sans doute, mais qui ne conserve pas toujours (i). »
Il s'agissait bien de c conserver » !
Le lo décembre 1792, Roland reçut du Conseil général de Seine-et-Marne un rapport appuyant le Mémoire par lequel les ofïïciers municipaux de Fontainebleau « demandaient, au nom de cette commune, l'agrément du Département pour la conversion en canons des figures de bronze mutilées qu'ils avaient été autorisés à enlever du château, par des commissaires du pouvoir exécutif » ; ils appuyaient leur sollicitation « du sacrifice que la Commune avait fait de deux canons achetés à ses frais, qu'une compagnie de volontaires levée dans son sein avait emmenés et dont elle désirait le remplacement » ; d'ailleurs, le District de Melun avait affirmé le i5 octobre que, « suivant le rapport de deux artistes envoyés pour examiner ces figures, elles n'avaient aucun mérite »...
Le ministre, — reconnaissons-le à sa louange, — fut tout effaré : « Convertir » en canons les statues de bronze du château de Fontainebleau ! Il essaya de s'interposer, de gagner au moins du temps ; le 7 janvier, il demanda une description détaillée des « figures », car le rapport des a deux artistes » ne l'avait pas persuadé : « Je sais, écrivait-il aux administrateurs de Seine-et-Marne, qu'il existait en
(1) Arch. Nal., F ^ Boa. — Même carton pour les pièces suivantes.
bronze, au château de Fontainebleau, des monuments précieux de sculpture et qu'il serait bien fâcheux que les figures d*art dont il s*agit en fissent partie. » L'autorisation donnée aux « commissaires du pouvoir exécutif » l'étonnait, et à ce sujet aussi il requérait d'amples détails : « Je n'ai donné aucune commission à cet égard... La surveillance des objets d'art m'est spécialement réservée par les lois. »
Roland oubliait-il que « l'un de ses vœux les plus chers » était de « seconder autant qu'il était en lui » le « républicanisme » des patriotes de Fontainebleau? Conformément d'ailleurs aux lois elles-mêmes qui chargeaient les Municipalités de de mener sur place la guerre aux vestiges de la tyrannie, ils se passèrent de la « surveillance » ministérielle, et bientôt commença le dépouillement méthodique du château et des autres monuments rappelant l'histoire abhorrée.
Contentons-nous d'analyser le « Mémoire des
ouvrages de serrurerie et emplois de journées
faits et fournis de l'ordre des citoyens et olïîciers
municipaux de la commune de Fontainebleau
pour faire disparaître tous les signes royaux et
féodaux,... par Marcelin, serrurier au dit lieu » (i).
^^ Le 22 janvier i7q3, trois compagnons
dépoulUement "^ '^ ^ '^
[du Château, u ôtent toutes les fleurs de lys de quatre colonnes près l'obélisque et les transportent à la municipalité ».
Du 3 au 6 février, trois ouvriers s'acharnent
(0 FM aia.
330 l'E va:idali!jme JAC0I)1:<
coi»lre les bronze» de la Porte Daiiphine : comme c'était « très dur », ils y brisent deux poinçons et huit ciseaux pourtant « bien assierrés et trempés » ; mais enfin tous les bronzes disparaissent.
Le 4 mars, Marcelin « commence a ôter tous le» bronzes de la cy-devant chapelle du château » et h en casser « les armoiries en pierre n. Puis, il démolit « le couronnement et les armoiries de la grille cy-devant royale près le chenil n ; il arrache « toutes les fleurs de lys des croix des différentes églises paroissiales, cimetières et chapelles, ainsi que tous les signes de féodalité » ; il arrache aussi <( les fleurs de lys des serrures des grandes portes des cy-devant Gardes du Corps et de l'imposte de la porte du ci-devant hôtel d'Estrées n ; il démonte « toutes les grilles et appuis de communion de toutes les églises, chapelles, calvaires et hôpitaux » : le tout est encore transporté par trois compagnons, durant cinq journées, à la Municipalité, qui tenait à jouir du fruit de ses victoires...
Ces belles opérations furent, notons-le, approuvées dans la suite par le pouvoir central lui-même ainsi qu'en fait foi cette note de Panis du 24 février 1794 : « Je soussigné, inspecteur des bâtiments nationaux, certifie que les objets énoncés au présent Mémoire (i) ont été faits d'après les ordres et réquisitions de la Municipalité, et pour satisfaire aux décrets connus de la Convention, conformément à la loi. »
Un autre Mémoire (2) relatif à la seule chapelle
(i) F^ 313. Mémoire également certifié par l'Inspecteur des Bâtiments nationaux, le Département et la Municipalité. (3) Le mémoire que nous venons de résumer.
du château porte ce titre : « Mémoire de menuiserie présenté à la Municipalité pour avoir jeté bas les armoiries à la chapelle du château, ordonné par le citoyen Peire, contrôleur des bâlimenls, à GeolTroy jeune, menuisier à Fontainebleau, le 23 mars 1793. »
Ce menuisier, fds de menuisier, n'était pas le premier venu : chargé, en 1787, de meubler l'ancien hôtel de Savoie, il avait été élu olïîcier municipal, puis député à la Convention. 11 sera plus tard « messager d'Etat » au Conseil des Anciens et au Tribunat, puis directeur des Contributions directes. — Ses travaux de 1793 le dégoûterent-ils de sa profession ?
Les 23 mars et jours suivants, « il bûcha avec précaution deux cent quatorze pièces, tant couronnes que fleurs de lys » ; ils les a applanit au ciseau et racloire, une partie des dits ayant été jetés bas à l'échelle » (i). Dans le vestibule de la tribune, (( il bûcha sur la porte d'entrée et celle de la Galerie de François P"" vingt couronnes et fleurs de lys » ; il déposa, « à trois hommes », l'imposte « de dessus la porte d'entrée de ci-devant Madame ». — Le i5 août, il opéra « le bouchement des portes et croisées du château, aite neuve, côté des petits jardins et autres lieux, pour assurer le mobilier national ».
Si ce « bouchement » arrêta la destruction du palais où les peintures et les bas-reliefs du Rosso et du Primatice avaient fourni de prestigieux mo-
(i) Il demandait 3 francs par pièce.
aau m: vandalisme jacouiti
dcles à trois génoralions d'artistes, soyons-en reconnaissants au m(3nuisier OeofTroy. Un autodafé Mallieurcnscmcnt , les « frères et
de cnefs-d'œuvre.
amis », voire les » amies » du Club avaient complété les démolitions administratives en brûlant, devant le buste de Marat, « tous les portraits des Rois, Reines et parents qui tapissaient les murs du ci-devant château ». Le ii [octobre 1793, dit le procès-verbal de la cérémonie, « la présidente déléguée des citoyennes de Mclun, Marcelin, fit mettre le feu à cet holocauste patriotique ; la flamme eut bientôt dévoré tout ce fatras de rois... On a remarqué sur le bûcher, entre autres, le portrait de cet imbécile Louis XIII, de cet homme dont l'atroce poltronnerie fit plus répandre de sang que toutes les inquisitions ensemble : ce portrait se trouvait être an des [chefs-d'œuvre de Philippe de Champaigne. On avait cru pouvoir extraire un bras à moitié nud pour rendre hommage à ce fameux artiste, mais il fut, à la satisfaction générale, rapporté au tronc. Ce spectacle offrait du moins la consolation de sentir que les arts ne seront plus à l'avenir prostitués à transmettre aux races futures l'effigie des despotss qui avaient désolé l'humanité )).
Parmi ces effigies, il y avait aussi plusieurs Léonard de Vinci. — Mais il faut ajouter la fin du procès-verbal : « Mânes de Marat, vous dûtes être satisfaites, un vent frais semblait conduire la fumée vers vous comme l'encens le plus agréable qu'on pût vous offrir!... Tous les citoyens et citoyennes
pêle-mêle se rendirent à la salle de la Société populaire.,. Les citoyennes qni avaient présidé à la fête vinrent offrir un drapeau tricolore à la Société populaire, et la citoyenne Crewton, leur organe, invita les Amis de la Liberté et de l'Égalité à le recevoir comme un gage de la fraternité de toutes les citoyennes de la ville ... (i). »
(i) Fleureau, Les Arbres de la Liberté à Fontainebleau. — Constant, le Club de Fontainebleau.