AVANT-PROPOS
LES NEGATEURS
Le conventionnel Grégoire écrivait le ii janvier 1794 dans son Rapport sur les Inscriptions des Monuments publics : « ... On ne peut inspirer aux citoyens trop d'horreur pour ce vandalisme qui ne connaît que la destruction ». Le nom était trouvé de l'entreprise barbare qui constitue le triste objet de cet ouvrage.
Pourquoi, après dix années de Révolution, — car l'indignation de l'abbé Grégoire restera stérile, — pourquoi l'efilorescence magnifique de monuments religieux dont dix siècles de civilisation chrétienne avaient couvert la France parutelle avoir subi le choc d'un épouvantable ouragan.^ — C'est que la doctrine de la « table rase », ou du u retour à la nature », est un reniement du passé : pour elle, ce qui en rappelle l'histoire est une insulte à la « raison » ; or rien n'est aussi chargé d'histoire, chrétienne et française, qu*une cathédrale ; la plus humble de nos églises de village est elle-même un être vivant dont l'âme est faite
VI AVA>T-I'KOl»OS
des âmes tic tous les morts qui, de générations en générations, ont ajouté leurs cendres à la terre qui la soutient. Comme l'a écrit Maurice Barrés, nos églises sont bien « la voix, le chant de notre terre, une voix sortie du sol où elles s'appuient, une voix du temps où elles furent construites et du peuple qui les voulut... (i) » La Révolution devait chercher à les détruire, puisqu'elle exige que les morts se taisent.
Mais on a nié, et on nie encore, l'application gouvernementale et systématique de ces principes.
Il y a un demi-siècle, dans un livre ironiquement intitulé le Vandalisme révolutionnaire (2), Eugène Despois, fils pudique de la Révolution, a essayé de jeter sur les hontes de sa mère un manteau d'épaisses équivoques : u Certes, — dit cet admirateur des Fondations littéraires, scientifiques et artistiques de la Convention y — certes, si les Révolutions populaires pouvaient avoir le sang-froid nécessaire et aussi Tintelligence de leurs véritables intérêts, il eût été utile à la démocratie triomphante de laisser subsister [les monuments religieux], ces témoins muets de la tyrannie des uns et de l'abrutissement des autres » ; par bonheur, les destructions de 1793 n'eurent rien d'officiel : « L'autorité centrale s'efforça toujours de les empêcher », et
(i) Tableaux des Églises rurales qui s'écroulent (Paris, Poussielgue, 1913 — Public, de la Soc. Bibliographique.)
(2) Le Vandalisme Révolaiionnairej Fondations littéraires, scienlifiques artistiques de la Convention. Paris 1868.