AVANT-PROPOS VII
« il n'y eut pas là cette connivence plus ou moins avouée du pouvoir que l'on retrouve à de récentes époques ; la Convention a tout fait pour prévenir ou pour punir » les dévastations accomplies de son temps. Voulant u préciser ce dernier point par un exemple », Eugène Despois choisit « le plus éclatant » : celui de la destruction des tombeaux de Saint-Denis!...
Il est impossible, — nous l'établirons cent fois, — d'affirmer plus audacieusement de plus parfaites contre-vérités. Mais, depuis 1868, les historiens de la même école ont continué à broder sur le thème de Despois d'identiques apologies.
En 1898, dans son Mouvement religieux à Paris pendant la Révolution, publié sous le patronage du Conseil Municipal de Paris, le Docteur Robinet trouvait lui aussi que « les décrets conservateurs de la Convention » avaient sauvé « de la fureur révolutioimaire » la plus grande part des richesses artistiques d'un passé u que six siècles [!] de décadence et de décomposition finale avaient irrévocablement dégradé et fait condamner ». Achevant de dévoiler ainsi le fond de sa pensée, ce jacobin farouche ajoutait : la fureur de destruction était d'ailleurs bien « légitime à ce moment » ; ce n'était que justes u représailles » de la guerre impie (( suscitée contre la France par le chef de la catholicité »...
L'année précédente, M. F. Benoît — dont l'œuvre
VIII AVANT-PnOPOS
rernarqujihlc (i) n'est d'ailleurs pas comparable aux productions du D"^ Uobinet, — avait cru devoir sacrifier (très passagèrement) à la légende par des affirmations de ce genre : « La faute [des pertes artistiques] n'en saurait remonter à la Révolution », et il ne faut pas en croire les « vains bavardages » des adversaires de la Révolution ; « comment s'étonner que la fureur populaire ait brutalisé les signes matériels d'un régime détesté,... martelé ou arraché des fleurs de lys,... brisé ou brûlé des eflîgies de rois ou de seigneurs » ; le peuple était ignorant, mais « à qui la faute de son ignorance ? »
Dans un article paru en décembre 191 2 (2), M. Aulard présentait à son tour, comme la cause des « actes de brutalité contre les monuments », « la guerre civile que suscita la trahison des émigrés et des prêtres (3) » ; et il s'indignait de ce qu'on osât à ce sujet a déverser l'odieux sur la Révolution, présenter nos aïeux comme des vandales, comme des brutes et cela quand il est prouvé que le Comité du Salut Public, la Commission des Arts, le Comité d'Instruction Publique s'ingénièrent, en 1793 et en l'an II, c'est-à-dire en
(i) L'Art Français sous' la Révolution et l'Empire, Paris, May, 1897. (Aujourd'hui en dépôt chez Pion).
(3) Revue la Révolution française, article intitulé Boniments contrerévolutionnaires.
(3) C'est la fameuse thèse de a défense républicaine ». 11 faut lire la critique définitive qu'en a faite M. Augustin Cochin dans la Crise de l'Histoire révolutionnaire, Taine et M. Aulard (Paris, Champion, 1909).