‹ Le vandalisme révolutionaireChapitre 33 sur 58 · EXPOSITIONS ANNUELLES · texte numérisé non relu

EXPOSITIONS ANNUELLES

La seconde eut lieu en 1793, l'usage étant établi depuis plus de trente ans que les expositions n'eussent lieu que tous les deux ans. Mais, à partir de 1795, les expositions furent annuelles jusqu'au Consulat, qui rétablit l'usage des expositions biennales.

La liberté est une mère féconde. Sous le régime de la libre concurrence, le nombre des exposants et le mérite des œuvres exposées allèrent toujours croissant d'année en année. Pour 1789, dernière année du privilège, « l'explication des peintures et sculptures exposées par messieurs de l'Académie royale » contenait 350 numéros. Celle de 1791, première année de la liberté artistique, compte déjà 794 numéros; celle de 1793, plus de 1000 numéros (encore avait-on réuni plusieurs ouvrages du même artiste sous un seul numéro) ; enfin, celle de

et notez qu'il ne parle que des prix de Rome : que dire des autres, parmi lesquels il pouvait s'en trouver un bon nombre qui eussent autant et plus de mérite que les lauréats ? — Notez encore que les académiciens (et c'est Deseine qui nous le dit) n'étaient pas même égaux entre eux., qu'une partie seulement, le corps administratifs « avait le droit de prononcer , lorsqu'il s'agissait d'un aspirant à l'Académie » (p. 33), et il se composait de trente à trente-six votants (p. 36) ; enfin, que « les ouvrages de peinture et de sculpture, envoyés aux expositions, étaient placés selon le rang d'ancienneté de réception à l'Académie, en sorte que les académiciens, témoins eux-mêmes de l'arrangement du salon, n'avaient jamais le droit d'élever la voix pour demander une place à laquelle ils ne devaient pas prétendre » (p. 50). Deseine trouve tout cela superbe; — heureusement, car, sans son naïf enthousiasme pour toutes ces imbécillités , comment les saurions-nous? On voit que, même dans les arts, 1814 avait ramené des ci-devant, qui, par leurs préjugés, faisaient, sans le vouloir, l'apologie la moins suspecte de la Révolution.

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septembre 1795, 3048 numéros. Il ne faudrait pas sans doute attribuer trop d'importance à ces chiffres, si Ton ne devait remarquer que la valeur des œuvres exposées alla croissant avec le nombre des exposants. L'essor imprimé à l'art continua jusqu'à l'exposition de l'an V, qui fut son point culminant. Selon le savant critique que j'ai déjà cité, « il faudrait peut-être remonter jusqu'à la Renaissance pour retrouver un mouvement dans l'art aussi intéressant et aussi plein d'expansion : il n'a été que trop court », et, si l'on a jugé sévèrement cette École, ajoute M. Renouvier, c'est qu'on l'a jugée sur ses derniers ouvrages, sur ceux qui furent surtout consacrés à célébrer une y loir e égoïste. « Deux parts sont à faire dans l'École de David : l'Empire n'a eu de cette École que la queue, sa tête est à la Révolution. Quand on la jugera sur ses œuvres les plus vitales, celles de sa jeunesse, on reconnaîtra que, dans les sujets antiques, elle est restée l'interprète de son temps, qu'elle a montré une grande puissance de dessin, une fi ère expression de la pensée (1). »

(1) flist. de Fart pendant la Révolution, p. 27 et 28.

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