‹ Le vandalisme révolutionaireChapitre 36 sur 58 · LE MOYEN AGE ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE ET LA RÉVOLUTION

que personne le souvenir de ces temps, maucliis par elle, où la royauté avait eu à subir tant d'humiliations de la part des grands vassaux. L'histoire officielle (il n'y en avait pas d'autre) dissimulait tout cela et agrandissait démesurément dans le passé le rôle des rois de France ; ce qu'elle ne pouvait passer sous silence, elle n'avait garde de le recommander. Elle imitait dans le domaine de l'intelligence l'œuvre accomplie par la royauté ellemême dans le domaine des faits. Les ruines féodales qui couvrent la France, et qui ont éveillé de nos jours de si poétiques souvenirs, sont de la façon des rois beaucoup plus que de celle du peuple. Le plus actif et le plus brutal des démolisseurs, le précurseur de la bande noire, n'est autre qu'Armand Duplessis, cardinal de Richelieu. La seule classe qui eût recueilli quelques épaves du vieux temps, c'était le clergé; mais ce qu'il en gardait n'avait rien qui pût parler aux imaginations. Il en avait supprimé uniquement le côté poétique et grandiose, pour s'attacher aux choses utiles et productives : dîmes et privilèges de toute espèce. Il n'avait pas même soupçonné le parti qu'il devait tirer un jour de l'art du moyen âge, et de l'archéologie s'intéressant aux pierres des vieilles cathédrales. Le plus libre esprit peut-être du temps de Louis XIV, celui qui, du sein d'une orthodoxie scrupuleuse, faisait sortir des hardiesses de tout genre, très-propres à effaroucher son siècle, Fénelon, s'exprimait sur l'art gothique dans des termes aussi méprisants que tous ses contemporains (1). Au siècle

(1) Voyez Lettre à l'Académie, dernières pages. Ce sentiment est universel d'ailleurs, et les laïques, à ce sujet, n'ont pas

suivant, celui qui devait être à la Constituante le défenseur le plus acharné de l'ancien régime , l'abbé Maury, dans son panégyrique de saint Louis, parlant des croisades , se contentait de plaider timidement en leur faveur les circonstantes atténuantes, et n'osait excuser ces expéditions d'outre-mer, qu'en invoquant des motifs empruntés aux idées d'une politique profane et toute moderne. Vers 1789, le clergé jouissait solidement du présent et des biens qui allaient lui échapper , sans y mêler le moins du monde les souvenirs romanesques d'un passé condamné par tous, et qu'il oubliait volontiers; et, quant aux esprits indépendants que l'Église contenait dans son sein, les jansénistes, tous fort indifférents à l'art, sous quelque forme qu'il se présentât, leurs souvenirs et leurs regrets remontaient plus haut que le moyen âge : c'était au sein de la primitive Église qu'ils vivaient par leurs pensées ; c'était dans ce passé lointain que se reposait leur foi étroite et sombre. Les seules ruines modernes qui eussent le don de les émouvoir étaient celles de Port-Royal, rasé par Louis XIV.

Quant au tiers état, ses antipathies pour le moyen âge n'ont guère besoin d'être constatées. Pour lui, le passé était un enfer dont les souvenirs le poursuivaient encore dans le purgatoire de la monarchie. Il en avait assez souffert pour qu'en cet oublieux pays de France l'impression n'en fût pas effacée. Il existait même

d'autre opinion. La Bruyère dit de l'architecture : « On a entièrement abandonné l'ordre gothique que la barbarie avait introduit dans les palais et pour les temples, etc. » (Chap, I.)

encore des serfs en 1789, et ils appartenaient à des moines. Les jurandes et les maîtrises, par leur esprit d'exclusion et leur hiérarchie aussi aristocratique que celle de la noblesse, n'étaient guère de nature à faire regretter aux travailleurs des villes le temps où le travail même était un privilège soumis à de redoutables restrictions. Enfin, les classes lettrées n'avaient appris chez les grands écrivains du XVIIIe siècle, ni à aimer, ni même à comprendre dans ses nécessités historiques le régime à jamais effacé par 1789, et dont la suppression progressive avait été amenée par de si longs et de si patients efforts. A tous égards, et devant tous, le moyen âge était également condamné.

Ses traces subsistaient plus dans les monuments que dans la société.

Certes, si les révolutions populaires pouvaient avoir en pareil cas le sang-froid nécessaire, et aussi l'intelligence de leurs véritables intérêts, il eût été utile à la démocratie triomphante de laisser subsister ces témoins muets de la tyrannie des uns et de l'abrutissement des autres. A ce titre, les oubliettes des vieilles demeures féodales, les signes divers et toujours permanents des diverses justices, royales, seigneuriales, ecclésiastiques, tout cela était bon à conserver. Le gibet de Montfaucon, par exemple, aux portes même de Paris, racontait à lui seul toute une portion de notre histoire. A l'époqu de la Révolution, il avait fort dégénéré; mais, dans son beau temps, « i! se composait, dit un historien, de seize gros piliers qui avaient chacun dix à douze mètres de hauteur. De* barres de bois réunissaient ces piliers ; on y avait sii!- pendu des chaînes de fer pour attacher les sup-

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pliciés. Des échelles, perpétuellement dressées le long des piliers, servaient pour hisser les patients au gibet, Il y avait ordinairement cinquante ou soixante cadavres qui s'y balançaient. Au milieu était une cave qui recevait les cadavres lorsqu'ils tombaient par lambeaux » (1) , ou, comme le dit Piganiol de Laforce, <« lorsque les chaînes et les places étaient remplies » (2). Ce monument, déjà fort élevé, était encore exhaussé sur un tertre, afin d'être visible de plus loin. Vers le milieu du XVIIIe siècle il était tout délabré, a Présentement, dit le même Piganiol, la cave est comblée, la porte de la rampe est rompue, et les marches de la rampe sont brisées. Quant aux piliers, à peine en reste-t-il sur pied deux ou trois. » Vous croyez peut-être qu'à la veille de la Révolution, la monarchie va faire disparaître les derniers vestiges de l'exécrable gibet? Erreur! Il réclame une restauration: il l'aura. C'est le seul monument du moyen âge qui éveille alors cette sollicitude. On le rebâtira en 1761 , en le transportant seulement de l'extrémité du faubourg Saint-Martin au pied des buttes Chaumont. On ne s'en servira point, hâtons-nous de le dire. Ce ne sera pas précisément un monument historique, un objet d'art, un souvenir : ce sera mieux, un symbole, le signe de la justice royale, et c'est à ce titre qu'on le rétablira. N'oublions pas que les fourches patibulaires, ou gibets, constituaient au bon vieux temps une décoration, une vanité, tout comme les armoiries : c'était une marque

(1) Chéruel, JHct. de la France.

(2) Piganiol de Laforce, Description de Paris, tome III, p. 435.

de ce qu'on était en ce monde. Les simples seigneurs n'avaient droit qu'à deux piliers; les barons en avaient quatre ; les comtes, six ; les ducs, huit. Quant au Roi, il en avait tant qu'il voulait ; s'il n'en mettait que seize à Montfaucon, c'était, de sa part, discrétion, modestie pure. La Révolution donc trouva le monument restauré, le détruisit : grande sottise, imprévoyance, qui nous flatte, du reste; nos pères s'imaginaient que nous n'oublierions pas notre histoire ! Que ce soit là leur excuse; mais Montfaucon subsistant nous eût expliqué de lamentables représailles, et il eût aussi prévenu ou démenti peut-être plus d'une de ces histoires gracieuses où nous avons admiré depuis les félicités de l'ancien régime.

Que les amis du moyen Age ne se plaignent pas trop des ruines qu'a faites la Révolution, car elle les a souvent par là servis sans le vouloir. Ce qu'elle a surtout détruit, c'était ce qui la choquait d'abord, par conséquent ce qui accusait l'ancien régime et la justifiait ellemême. Ce qu'elle a conservé avec une sollicitude que nous constaterons, ce sont les monuments de l'art du moyen âge, c'est-à-dire les seuls souvenirs capables de le recommander encore et de faire illusion à un siècle sans mémoire pour tout le reste et qui ne semble avoir créé l'histoire en France que pour en méconnaître les enseignements.

Quant aux donjons détruits, qui avaient si longtemps servi à maintenir la servitude féodale, oublie-t-on qu'ils n'étaient pas seulement un souvenir exécré, et que si la noblesse n'avait pas jugé à propos d'émigrer, ils eussent pu servir de point d'appui à de redoutables résistances?

Craintes vaines, dira-t-on, avec les conditions de la guerre moderne. Il paraît au moins que Napoléon n'en jugeait pas ainsi, puisque les bords du Rhin, de Cologne à Mayence , sont jonchés des ruines de vieux châteaux détruits par ses ordres en 1806.

En tout cas, on ne voit point à quel titre les hommes de 89 auraient pu se croire obligés de respecter ce qui avait coûté à leurs pères tant de larmes et tant de sang. L'histoire, telle qu'ils la savaient par la légende et par la tradition des longues haines, leur montrait dans ces pierres maudites l'instrument fatal des tortures héréditaires. Paris , à la première explosion, avait jeté bas la Bastille, et la chute de cette prison avait soulevé d'unanimes transports. Nous subissons encore assez la tradition de celle destruction mémorable, nous entendons assez distinctement l'écho des cris d'allégresse qu'elle souleva, même hors de France, pour que la curiosité moderne — la seule passion qui nous anime — n'ose trop regretter les visites intéressantes que nous pourrions faire dans les recoins de la Bastille, et les souvenirs que l'histoire recueillerait encore dans ces cachots habités successivement par tant d'hôtes illustres. Alors nulle voix ne s'éleva pour réclamer la conservation de ce monument historique, l'acclamation fut universelle :

Déraciné dans ses entrailles, L'enfer de la Bastille, à tous les vents jeté, Vole, débris infâme et cendre inanimée, Et de ces grands tombeaux, la belle Liberté

Altière, étincelante, armée, Sort!...

Cette destruction expiatoire, qu'André Chénier saluait ainsi, avait à se renouveler partout en France. Chaque canton avait sa Bastille et voulut imiter Paris. Elles étaient, dit-on, depuis longtemps inoffensives, toutes ces Bastilles locales. Peut-être. Admettons, si Ton veut, que, comme celle de Paris, ce n'était plus qu'une menace : à ce titre, c'était encore trop. Mais le souvenir des misères que chacune d'elles représentait vivait au inoins ! Le roturier, qu'on veuille bien le croire, a ses ancêtres comme le gentilhomme ; pourquoi eût-il été indifférent aux souffrances qui ne l'atteignaient plus, à celles qui n'avaient frappé- que ses pères? Quand le préjugé commandait au noble de se rappeler ses ancêtres, était-ce donc un devoir pour le vilain d'oublier les siens ?

Au reste , ces souvenirs , ces rancunes invétérées sont restées si vives en France, qu'on ne s'est guère avisé de condamner à cet égard l'explosion révolutionnaire qu'au nom de la poésie, de l'archéologie, de l'histoire, toutes choses que le paysan de 1789 , maintenu dans une pieuse ignorance , ne considérait guère , et qui n'ont pas touché davantage Paul-Louis Courier, quand, sous la Restauration , il applaudissait encore aux derniers efforts de la bonde noire (1).

Qu'au milieu de ces passions aveugles , déchaînées pour la première fois, se soient accomplies des dévastations regrettables, que des monuments vraiment précieux au point de vue de l'art ou de la science aient

(1) Voyez son éloquente lettre V au rédacteur du Censeur , 4 2 novembre 1819, et son discours sur Chambord.

été mutilés ou détruits, nul n'en doute, quoique le nombre en ait été singulièrement exagéré, tout aussi bien que la valeur surfaite. Mais il en est arrivé autant dans toutes les révolutions ou réactions, tant politiques que religieuses; et ici qu'on nous permette de citer quelques exemples antérieurs, on verra que la Révolution française ne peut que gagner a cette comparaison.

La révolution chrétienne, une fois triomphante, a-t-e!le respecté les monuments du paganisme ? Je ne parle pas de sa conduite à l'égard des personnes, laquelle était du reste fort simple : « Contre quiconque visite les temples, allume du feu sur un autel, brûle de l'encens, fait des libations, orne de fleurs le gond des portes, la peine de mort(1). » — Je ne parle ici que des mesures qu'elle crut devoir prendre contre les monuments du culte proscrit, les chefs-d'œuvre de l'art antique. Écoutons sur ce point i\l>L Louis et René Ménard :

« Depuis que le christianisme était devenu la religion de l'empire , quatre édits successifs avaient ordonné la destruction des œuvres de l'art grec. Cette destruction s'accomplit surtout sous Théodose, lors de la grande persécution du paganisme. Les ordres des empereurs étaient exécutés par les gouverneurs des provinces, par !es évoques et par les moines, avec un zèle qui, s'il faut en croire Eunapios , se récompensait lui-même par le

(1) Voy. Edg'ard Quinet, Introduction aux OEuvres de Marnix.

pillage... Au milieu de cette dévastation générale, on a quelques détails sur la destruction du grand temple de Sérapis, qui passait pour une des merveilles du monde ; mais personne ne sait au juste comment périrent les chefs-d'œuvre de Phidias, de Praxitèle, de Lysippe, de Polyclèle. ils disparurent au milieu de l'indifférence de l'histoire, retombée en enfance dans la décrépitude de l'esprit humain. On laissa subsister quelques temples qu'on changea en églises ; mais les statues d'or, d'argent et de bronze furent fondues pour faire des monnaies ; quant aux marbres, on se contenta d'abord de les briser pour effacer les traces d'un culte proscrit; plus tard, on en fit de la chaux (1). »

Faut-il rappeler la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie par l'évoque Théodoret, qui en vida si bien les cases, que « le farouche Omar » eût eu grand' peine plus tard à commettre le crime de lèse-science que l'ignorance continue à lui imputer ? Mais à quoi bon insister sur cette proscription générale , soit des livres , soit des statues de l'antiquité? N'a-t-elle pas été proposée chez nous à l'admiration des générations successives , non pas seulement dans les légendes des saints , mais dans les chefs-d'œuvre de l'art moderne, depuis le saint Paul de Lesueur, qui brûle les livres, jusqu'au Polyeucte de Corneille, qui brise les statues ?

Si toutes ces dévastations ont eu d'ailleurs cette excuse de s'accomplir dans l'ivresse d'une victoire longtemps disputée, ont-elles au moins cessé dans des temps où

(1) Tableau historique des beaux-arts, ouvrage couronné par l'Académie des beaux-arts, 1866, p. 8.

la religion nouvelle avait définitivement conquis l'ancien monde romain ?

Nullement. A Constantinople , le génie grec, toujours subsistant, m£me sous la décadence, avait sauvé quelques débris de l'art grec. En 1206, les croisés, s'emparant de Constantinople, achèvent l'œuvre de destruction. « On croit même que le Jupiter de Phidias ne fut détruit qu'à cette époque (1). » Est-il nécessaire de rappeler les exploits du pape saint Grégoire le Grand, et, à une époque beaucoup plus éclairée, ceux de saint Pie V, qui, en pleine Renaissance, fit détruire le tombeau plus ou moins authentique de l'historien Tacite, coupable d'avoir mal parlé du christianisme, qu'il ignorait ?

La Réforme a-t-elle été plus respectueuse pour ce qu'elle regardait comme une infraction aux préceptes de l'Écriture? Les protestants, se conformant en toute rigueur au verset du Décalogue que rien, dans le Nouveau Testament, n'est venu contredire, ont-ils épargné les images? Et pourtant, entre leur conduite et celle des premiers chrétiens, il y a une différence essentielle qu'il faut signaler : c'est que les chefs protestants, les ministres même, au moins en France, s'efforcèrent d'empêcher ces dévastations. Dans une instruction des consistoires, il est dit : « Il a été défendu d'abattre des images, briser des croix : faut obéir, car l'office des ministres est d'abattre les idoles du cœur de l'homme par la publication de la parole de Dieu , non autrement. » Mais comment, en un temps de luttes, les chefs se fussent-ils

(1) Charles Clément, Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci, p. &.

fait obéir en ce point par des soldats volontaires et qui croyaient obéir à Dieu même en démolissant les idoles ?

Ces démolitions tumultueuses ne ressemblent pas du moins aux destructions officielles exécutées sous les empereurs chrétiens. Les dévastations ici viennent de la foule, des destructeurs anonymes, et ce qu'il y a parmi les réformés d'autorité publique s'efforce d'y mettre obstacle.

C'est le même caractère que nous retrouvons aux destructions qui eurent lieu en 1793, et que l'autorité centrale s'efforça toujours d'empêcher. Il n'y eut pas là cette connivence plus ou moins avouée du pouvoir, que l'on retrouve à de récentes époques, soit en 1831, chez nous, lors du saccage de Saint-Germain l'Auxerrois et de l'archevêché de Paris, soit à Rome (1),

(1) Voici le récit d'un témoin oculaire, Girodet, alors élève à l'Académie de France à Rome. « Sur le refus du pape de laisser placer à la maison du consul de France les armes de la République, Rasseville (agent de la République à Rome) nous engagea à partir tous pour Naples : dix de mes camarades partirent surle-champ. Ayant plus d'affaires à terminer, je restai deux jours de plus ; si je fusse parti, je n'eusse couru aucun risque ; mais, à cet instant même, le major de la division Latouche arrive à Rome, chargé par Mackau, ministre à Naples, de faire placer les armes. J'avais demandé à faire celles qui devaient servir pour l'Académie, et chacun le désirait. Je crus de mon devoir de rester pour les faire ; en un jour et une nuit, elles furent prêtes. J'étais aidé par trois de mes camarades. Nous n'étions que nous quatre à l'Académie, et nous avions encore le pinceau à la main, quand le peuple furieux s'y porta, et en un instant réduisit en poudre les fenêtres, vitres, portes, ainsi que les statues des escaliers et des appartements. Ils n'avaient que vingt marches à monter pour nous assassiner : nous les leur épargnâmes en allant

dans les premiers jours de 1 793, lorsque le gouvernement papal tolérait pour le moins le meurtre de Basseville et le pillage de l'Académie de France.

Concluons donc :

Premièrement, que les mêmes destructions se sont accomplies à toute époque de révolution et d'effervescence populaire.

En outre, qu'au point de vue de l'art, puisque c'est l'art qu'on prétend intéresser ici surtout, les chefs-

au-devant d'eux. Ces misérables étaient si acharnés à détruire, qu'ils ne nous aperçurent même pas ; mais des soldats, presque aussi bourreaux que ceux que nous avions à craindre, loin de s'opposer à eux, nous firent descendre plus de cent marches à grands coups de crosse de fusil, jusque dans la rue, où nous nous trouvâmes abandonnés au milieu de cette populace ivre de notre sang... Un de mes camarades fut poursuivi à coups de pavés, moi à coups de couteau ; des rues détournées et notre sang-froid nous sauvèrent. Échappé à ce danger, pour les prévenir tous, j'allai me jeter dans un autre : je courus chez Basseville ; dans ce moment même on l'assassinait... » [Œuvres de Girodet, t. II, p. 424 (lettre datée de Naples, 19 janvier 1793.) — On sait qu'un poëme de Monti célébra ces abominables scènes, comme la fresque de Yasari célèbre encore aujourd'hui la Saint- Bartliélemy au Vatican. « Après l'assassinat de Basseville, dit la Biographie Michaud, quelques membres du gouvernement pontifical, trouvant le sujet poétique, et ayant conçu une opinion très-avantageuse du talent comme du dévouement de l'abbé Monti, le chargèrent de célébrer cet événement par un poëme analogue à leurs vues politiques. » Ce poëme est intitulé : In morte di Ugo Basseville, seguita in Roma il di XIV gennaro MDCCXCHI, Cantica. L'édition que j'ai entre les mains est ornée d'une gravure qui représente Basseville étendu à terre, et un homme qui le frappe au cœur, tandis qu'au milieu des airs le diable s'enfuit désespéré.

d'oeuvre de l'antiquité sont sans doute une perte aussi déplorable pour le moins que celle des pierres plus ou moins dégrossies par les imagiers du moyen âge.

Enfin, qu'entre les dévastations accomplies au premier âge du christianisme et celles qu'on reproche à la Révolution française, il y a cette différence radicale, que les premières ont été encouragées et même prescrites par l'autorité civile comme par l'autorité religieuse, tandis que la Convention a tout fait pour prévenir ou pour punir celles qui s'accomplissaient de son temps.

C'est ce dernier point qu'il faut préciser par un exemple, et nous choisirons le plus éclatant.

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