‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 15 sur 76 · CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS · texte numérisé non relu

CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS

EXPOSITIONS DE l'iNDUSTRIE

Heiiii IV et Colbert avaient encouragé l'industrie. Mais les règlements multipliés qui pesaient sur le travail, et surtout l'organisation de l'industrie qui, sous la forme de corporations privilégiées, établissait des monopoles exclusifs, destructeurs de toute émulation et de tout sérieux progrès, rendaient illusoires les plus actifs encouragements. En même temps, un pi-éjugé stupide pesait et sur les métiers immédiatement utiles à la société et sur les citoyens qui les cultivaient. Ce préjugé datait de loin, sans avoir rien perdu de sa force. Le Nouveau CQutumier général ne disait-il pas, au temps où l'on s'essayait ù encourager l'industrie :

« Si aucuns desdits nobles ou anoblis usent d'arts méchaniques, et contreviennent à Testât de noblesse par pauvreté, ils seront privez de la franchise de leur noblesse pour le temps qu'ils auront mé(;lianizé ; mais, en quittant ledit estât méchanique , ils pourront rentrer en leur pristine noblesse. » (T. II, p. 872.)

La Révolution changea ici quelque chose : elle supprima la noblesse, et avec elle le préjugé ridicule qui s'attachait aux arts utiles : ce furent ces arts mêmes

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qu'elle Ht rentrer en leur pnstine noblesse, celle qu'ils avaient eue à Athènes,» la cité de rintelligence, et qu'ils avaient perdue à Rome, la cité de la force.

Grâce à la philosopliio, un premier pas avait été t'ait dans le courant du xvni'-' siècle.

Les jurandes et les maîtrises avaient été supprimées momentanément au temps do Louis XVI, lorsque la pliilosopliie entra un moment aux affaires. Turgot les avait abolies, comme " introduisant l'inégalité dans la propriété la plus sacrée et la plus imprescriptible do toutes, le droit de travailler. » Mais, Turgot une fois disgracié, l'ancien système fut rétaljli. La Révolution le supprima définitivement, par décret de la Constituante, du V.i février IT'JL Désormais le travail était libre et l'on n'y connaissait plus de privilèges.

Les encyclopédistes, qui avaient préparé cette grande réforme, l'avaient complétée en appelant par leurs travaux riiiiérét et l'estime sur les métiers les plus nécessaires à la vie humaine. Grâce à eux, on commença à comprendre que « les viles professions mécaniques » ne méritaient pas les dédains qu'on leur avait longtemps prodigués. « Celui qui fait croître deux brins d'herbe là où il n'en croissait qu'un, écrivait Voltaire , rend un grand service à l'État. » Mais l'agriculture, toujours plus ou moins populaire depuis qu'il se fait des églogues , et recommandée surfout par son utilité évidente, n'était point ce qu'il importait le plus de réhabiliter. Les métiers qui se rattachent à l'industrie propi^ement dite, ces métiers si humbles, dont les produits étaient aussi i^épandus que leurs procédés étaient ignorés, trouvèrent enfin place à coté des sciences et des arts les plus relevés dans le grand Dictionnaire encyclopédique; peut-être y a-t-il peu de choses plus touchantes et de signes plus marqués de ravènement de l'esprit nouveau, que le soin pris par d'Aleml)crt, dans la préface do l'Encyclopédie, de citer

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avoe roconnaissanoo les modestes ouvriers qui ont rouriii au Dictionnaire des renseignements ou simplement expliqué leur travail à l'écrivain chargé d'en décrire les procédés. « M. Barrats, ouvrier excellent dans son genre, qui a monté et démonté plusieurs fois en présence de M. Diderot le métier ù i^as, machine admirable », se trouve nommé avec d'autres, en tète de cette œuvre immense où lirillent à côté d'eux les noms de Voltaii'e et de Diderot, de d'Alemhert et de Jean-Jacques. Et ce qui témoigne ici surtout d'un cœur élevé chez d'Alemhert, c'est que pas un mot de précaution , d'explication , d'insultante excuse pour cette mention inusitée , ne vient indiquer qu'en citant ainsi de simples ouvriers parmi ses colla- I)orateurs, l'illustre savant ait cru se montrer généreux. Il veut uniquement être juste envers tous, sans penser l'aire à personne un honneur exceptionnel. Le sentiment égalitaire est déjà là.

L'Encyclopédie porta ses fruits : les viles professions mi'caniques allaient reprendre leur place d'honneur dans la société transformée.

Le 29 septembre 1794, Grégoire, au nom des comités d'agriculture, des arts et d'instruction publique, apporte à la tribime le rapport qui demande pour l'industrie un Musée et une École ; le Conservatoire des arts et métiers est fondé immédiatement.

« C'est seulement depuis quarante ans , dit Grégoire, que l'art du tailleur est décrit, tandis que depuis deux siècles on imprime le Parfait confiseur, le Parfait cuisinier; et cette perfection qui raffinait les jouissances des Sybarites n'était pas en faveur du malheureux qui pressurait le vin et buvait de l'eau, qui préparait le pain blanc et vivait de son. »

Il est temps, ajoutait-il, que les arts utiles soient honorés, et que, comme les autres arts, ils deviennent dans un musée un sujet d'études et la cause d'améliora-

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tiiiiis, (loiii lous (loivoiit [)i'uHler : « Dans un pays liljrc, tous les arts sont liljéraux ! » La Franco lil)rc ne doit plus être tributaire des autres nations pour les objets de première nécessité : il faut qu'elle fabrique elle-même les objets dont elle a Ijcsoin, et que des procédés, qui n'ont besoin que d'être connus pour être employés, soient mis à la portée de tous. « Il faut éclairer l'ignorance qui ne connaît pas et la pauvreté qui n'a pas le moyen de cnnnaitre. >

Chemin faisaiif, Grégoire l'ait justice de préjugés, que la Convention tentait alors de déraciner, et qui lui ont survécu :

« C'est avec surprise, dit-il, qu'on voit encore des gens {)réteudre que le perfectionnement de l'industrie et la sinipliiicatinn do la main-d'œuvre entraînent des dangers, parce que, dit-on, ils ôtent des moyens d'existence à beaucoup d'ouvriers. Ainsi raisonnaient les copistes, loi'sque l'imprimerie fut inventée ; ainsi raisonnaient les bateliers de Londres , qui voulaient s'insurger quand on bâtit le pont de Westminster. Il n'y a que quatre ans encore qu'au Havre et à Rouen on était obligé de cacher les machines à filer le coton. Quand une invention nouvelle peut à l'instant paralyser beaucoup d'ouvriers, la sollicitude paternelle des législateurs doit prendre des moyens pour les soustraire à l'indigence et empêcher qu'il n'en résulte une secousse. Mais, au fond, l'objec-. tion est puérile; sans quoi il faudrait briser les métiers à bas, les machines à mouliner la soie, et tous les chefsd'œuvre qu'inventa l'industrie pour le bonheur de la société. Faut-il donc un grand effort de génie pour sentir que nous avons l)eaucoup plus d'ouvrage que de bras, qu'en simplifiant la main-d'œuvre on en diminue le prix, et que c'est un infaillible moyen d'établir un commerce lucratif qui écrasera l'industrie étrangère, en repoussant la concurrence de ses produits? »

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