‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 19 sur 76 · ICCOLES DE MÉDECINE KH · texte numérisé non relu

ICCOLES DE MÉDECINE KH

■({110 les cours roecvaioiit également des externes et nicme des étrangers.

Je renvoie, pour les détails spéciaux d'organisation, au Plan général d'enseignement dans l'École de santé de Paris, qui servit de modèle aux doux autres, ot qui est contresigné dos membres du comité d'instruction liulili(|iie.

Eu voici les premières lignes :

'- Le comité d'instruction a imposé de grands devoirs aux citoyens qu'il a appelés à l'enseignement do l'art de guérir : pour les remplir de manière à répondre aux vues de la Convention nationale ils ont pensé que la carrière encyclopédique dos connaissances relatives à cet art devait être parcourue dans son entier par ceux qui désormais animaient la noble ambition de soulager les maux do leurs semblaljlcs. »

La pensée qui dominait était néanmoins celle de substituer le plus possible à l'enseignement théorique celui qui s'acquiert à l'amphithéâtre et suilout au dievot des malades. Ce dernier genre d'enseignement n'avait lieu, en 1789, qu'à l'hùpital de la Charité, et ce fut de là que rappf)rta l'un dos professeurs do clinique nommés par la Convention, l'illustre Corvisart.

La Convention n'avait pas été moins heureuse dans ses choix que pour les autres grandes écoles. Un écrivain fort royaliste (1) convient que « les trois Écoles furent

(1) Pari>:i;t, Histoire des inembres de l'Académie de médecine, t. I, p. 233. — Voici la classification des cours et les noms des |)rcniiers professeurs :

1» Anatomie et physiologie : Chaussier, — Dubois.

2» Cliiiiiie médicale et [)harmacie : Di:veux.

3" Physique médicale et hygiène : HALLii, — Pinel.

l" Pathologie externe : Choppart, — Percv.

f)" Pathologie interne : Dolulet, — Bolrdier.

()° Histoire naturelle médicale : Peyrilhe, — Richard.

7° Médecine opératoire : Saiîatier, — Bover.

S» Clinique externe : Desailt.

!)' Clinique interne : Corvisart,— I.eci.erc:

lO'^ Clini(iue de perfectionnement : Pelletax, — Lallemanu.

créées sur le plan le plus vaste qu'on ait jamais suivi dans aucun siècle (si ce n'est peut-être, ajoute-i-il, à Alexandrie), et que les hommes les plus éclairés furent choisis pour former l'Ecole de Paris. Jamais école n'avait réuni et ne réunira peut-être une aussi iiiande variété de talents supérieurs. »

On voit que cette organisation, si nouvelle alors, de l'enseignement médical, différait peu de l'organisation actuelle. L'École de Strasbourg languit un peu, mais l'école de Montpellier, et surtout celle de Paris, jetèrent immédiatement un éclat que n'ont pu méconnaître les écrivains les plus hostiles à la Révolution.

Je ferai à ce sujet une observation qu'il serait bon de généraliser : c'est que la plupart des écrivains spéciaux, peu sympathiques à l'ère conventionnelle, qui ont étudié un point particulier de l'histoire des créations scientifiques d'alors, tout en déclarant que le vandalisme régnait partout ailleurs, sont obligés de convenir que le point unique dont ils s'occupent, fait exception. Il suffirait donc de totaliser tous ces jugements particuliers, pour obtenir une approbation générale tout à la fois fort compétente, et peu suspecte: c'est ce que j'ai souvent tâché de faire.

Ce n'est point pourtant ici l'opinion d'un ennemi que j'invoquerai, quant à la valeur des réformes accomplies par la Convention dans l'organisation dos études de l'École moderne de Paris; je suis heureux de pouvoir offrir l'appréciation d'un homme dont on ne récusera ni l'esprit libre de préjugés, ni l'autorité incontestable, d'un révolutionnaire fort modéré, ancien ami de Mirabeau et. son médecin, de Cabanis.

11° Accoucliements : Alpli. Leriiv, — Baudeloque.

12° Médecine légale et histoire de la médecine : I.as.'SUS, —

Maiion.

L'Institut, à ses débuts, compta parmi ses membres quatre des premiers professeurs de l'Ecole : IIalli:, Pinel, Sauatier, Pelletan.

ÉCOLES DE MÉDECINE lO^}

A une époque où l'on avait déjà cessé de jugei^ avec équité des oeuvres si récentes et surtout l'Assemblée qui les avait accomplies, Caljanis avait la loyauté de dire dans son rapport (1) aux Cinq-Cents, sur les Écoles de médecine :

« Par la loi du 14 frimaire an III, la Convention nationale organisa les trois Écoles actuelles de Paris, de Montpellier et de Strasbourg-. Le plan en avait été tracé par les meilleurs esprits et discuté avec beaucoup de soin. Cette assemblée, dont le souvenir se rattache à celui des plus grands événements, fut sans doute gigantesque en tout : terrible dans les écarts où la précipitèrent les manœuvres de quelques brouillons, et, s'il faut le dire aussi, la difficulté des circonstances, elle fut sublime par son énergie, par sa constance invincible, par le bon sens supérieur avec lequel elle adopta souvent les vues les plus gi^andes et les [plus philosophiques pour le perfectionnement des sciences et des arts.

'< Parmi ses bienfaits en ce genre, je ne crains pas de citer la création des Écoles actuelles de médecine. C'était pour la première fois qu'on appliquait chez nous, à l'enseignement de cette science, des idées dont nos voisins profitaient depuis longtemps, maisqu'ondevait en grande partie à la philosophie française. Le succès n'a point trompé les espérances des fondateurs de ces écoles : les deux qui sont en pleine activité (2) ont déjà produit de nombreux élèves munis de la plus solide instruction. Déjà dans leur existence nouvelle on voit sortir de leur sein des ouvrages dignes de marquer honorablement cette époque; et les étrangers qui viennent de toutes parts y perfectionner leurs études, répondent

(1) 29 brumaire an VII.

(2) La troisième, dont l'existence était assez languissante, était celle de Strasliourg. Je trouve même dans une motion de Prieur {de la Côte-d'Or) aux Cinij-Cents, 12 brumaire an VI, iiu'on en avait proposé la suppression.

101 ENSKIGXEMENT SUPÉRIEUR

assez aux censures dont elles ont pu devenir l'objet. Ainsi donc ce ne seront pas vos commissions qui proposeront de désorganiser cette partie de l'enseignement... Il s'agit aujourd'hui de consolider et do perfoctioimer. »

Un peu plus tard (un mois avant le 18 l)runiaire), à une date où l'on pouvait mieux juger les résultats obtenus, et où il n'était pas tout à fait interdit d'être juste envers la Révolution, 22 vendémiaire an VIII (12 octobre 1799), à la rentrée des cours, le directeur de l'École Tliouret, précisait ainsi les améliorations que Cabanis n'avait pu qu'indiquer d'une façou générale :

« Reportons nos regards sur les institutions qui, jusqu'à cette époque, avaient été formées avec le plus de soin; où trouverons-nous une distribution aussi exacte dos diverses parties de l'enseignement médical, un ensemble aussi complet dos différents cours qui doivent le former? Cette science qui règle les rapports de notre art avec l'ordre pul)lic, qui fait entendre ses oracles jusque dans les trlljunaux et guide la marche souvent incerl'iine de la justice, la médecine légale n'avait jamais été enseignée en France ; elle dicte ici ses décisions, elle y connu un i(jue ses connaissances.

« Vhistoire de la médecine^ si recommandable par les utiles exem])les qu'elle nous propose, plus instructive peutêtre par les erreurs qu'elle nous apprend à éviter-, si féconde au moins par les germes d'émulation qu'elle répand, était incoiniue dans l'enseignement médical. Elle en forme maintenant une liranche intéressante, ainsi que la bibliof/rapliic générale, (jui, non moins importante, n'y était pas moins négligée.

« Nous y voyons encore comme une richesse nouvelle Vhygiène et la physique médicale^ dont le long oubli dans l'enseignement de notre art a droit d'étonner d'autant plus, que des sciences qu'elle avait précédées en quelque sorte, et auxquelles elle ne cède pas pour l'étendue de

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i'a|)lilicatii)!i à r^t'oiioinio aiiiinalo, avaioiil obtenu loiigtomps aviiut elle d'y être introduites : telles sont la chimie et l'histoire naturelle médicale.

« Nous devons aussi compter comme autant d'acquisitions importantes cet ensoii^iiement des premiers dogmes de l'art sur lesquels il repose depuis tant de siècles, et que l'on peut regarder comme le code de la médecine d'ol>servation ; et cette nouvelle chimie, due aux infatigables travaux, aux talents éminonts des savants français, hi chimie animale , cpii vient d'agrandir si rapidement le domaine do la physiologie, et qui, brillant d'un si grand éclat dès sa naissance, nous annonce que l'art est prêt à recevoir des siècles qui vont éclore autant de lumières qu'il en a reçues de ceux qui l'ont vu naitre.

« Mais parmi toutes ces additions importantes, toutes ces ci'éations nouvelles, pressons-nous d'eu désigner à la reconnaissance publique une Ijien plus remarquable. Je veux parler de cette institution qui, enviée depuis longtemps par la France à des nations rivales de sa gloire, la dédommage enfin par une incontestable supériorité, et console l'humanité de cette longue et affligeante privation. Tel est cet enseignement cliniqîie^ où la nature, transformée, pour ainsi dire, en maitre, et sur un théâtre de douleurs, prenant pour texte de ses leçons les diverses infirmités humaines, g-rtive profondément ses oracles dans l'esprit de l'élève, et lui donne au lit du malade, et par tous les sens à la fois, une leçon vivante et animée. Avec quel empressement l'Ecole s'est occupée de perfectionner dans son sein cette institution qui promet à la médeinne tant do précieux avantages! Bornée d'abord à trois hospices particuliers, insuffisants pour la foule nombreuse qui se presse à ces leçons, elle a obtenu de doubler chacune des i-liniques interne et externe. En même temps les nombreux hospices réunis, dans cette commune lui offraient les movens d'étendre

cotte instruction pratiquo à d'autros partios do l'art, ot le vœu qu'elle a formé à cet égard a été aussitôt rempli par un gouvernement ami dos arts et des hommes. »

Sans entrer dans des détails qui ne sont ni de mon sujet, ni de ma compétence, je ne dois pas oublier de rappeler ici le vaste mouvement scientiiique qui suivit. Tous les témoignages sont unanimes pour constater l'ardeur extraordinaire qui ranima l'École ainsi renouvelée, et le nombre incroyable de travaux sérieux publiés dès lors par déjeunes hommes destinés à une solide illustration. Le type le plus accompli de cet âge héroïque est Bichat, qui, après avoir rempli ces années dévorantes par des recherches qui devaient épuiser sa vie et fonder sa gloire, meurt en 1802, déjà en possession d'une ineffaçable renommée. Le caractère généreux et libéral de la science à cette époque se marque dans la fondation d'une société d'émulation, accueillie avec intérêt et bienveillance par les maîtres de l'École de Paris comme par l'Institut môme, et qui donnait assurément un spectacle nouveau, celui de « noms obscurs d'étudiants zélés» réunis dans une communauté de travaux à ceux de savants déjà célèbres (1). On sent qu'un air plus libre règne dans la science; qu'afl'ranchie du pédantisme comme des vaines distinctions, elle ne pense pas s'abaisser en permettant l'accès aux profanes ; qu'elle ne craint pas d'être intelligible à ceux envers lesquels elle doit se montrer secourable et enfin que l'idée de l'association libre sans pro-

(1) Voyez la collection des Métnoivcs de la Socictc médicale d'cnnilalion. Elle publiait cliaiiue année un volume de niômoires. Le premier de l'an V, contient la liste des membres de cette société, ofi l'on trouve les noms de Cabanis, Hicliat, Desgenettes, Dupuytren, Duméril, Larrey, Fourcroy, l'inel, Portai, Roussel, Alibcrt, etc. Six volumes parurent de l'an V à l'an X. Le septième ne parut qu'en 1H11. Dans ce dernier, le latin et les anciennes routines reparaissent. Il est précétié du portrait de Corvisart, avec cinq mauvais vers latins, et cette légende : l'rhnnrius mcdicus Imp. et Re'}- Napoleonis magni.

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