‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 26 sur 76 · LE JURY DES ARTS · texte numérisé non relu

LE JURY DES ARTS

le rapport lu à la Convention. Le jury s'était montré sévère et n'avait adjugé que deux seconds prix : le prix de peinture à Harriet, âgé de dix-sept ans, et celui d'architecture à Protain, alors soldat dans l'artillerie.

Le jury, ayant terminé ses travaux, se forma en Club révolutionnaire des arts^ et, dans des discussions, où nous voyons tigurer Chaudet, Prudhon, Gérard, Lesueur, s'occupa de questions relatives à la peinture et à la sculpture. De son côté, le comité de Salut public, par un arrêté du 6 floréal an II, invitait les artistes à représenter à leur choix les événements les plus glorieux de la Révolution, des récompenses devaient être décernées aux œuvres les plus remarquables. « L'exposition des esquisses et des projets, dit M. Renouvier, était fixée au 10 thermidor. On sait quelle crise vint la rendre impossible ; mais les travaux avaient été faits, et le jugement du concours, rendu plus tard (en l'an III), eut pour résultat une série de prix et de récompenses décernés, dont le total s'éleva à 442,000 livres. Pour ne parler ici que des peintres, Gérard obtint le premier prix de 20,000 livres, pour son esquisse du Dix août; Vincent, le second de 10,000 livres, pour une Scène vendéenne; les autres prix, de 9,000 à 2,000 livres furent donnés à des peintres en tous genres et dans toutes les écoles (1). » M. Renouvier cite parmi les peintres ainsi récompensés : Carel Vernet, Suvée, Taunay, Lagrenée, Meynier, Lethière, Prudhon, Fragonard fils, Drolling, Swebach, Demarne, etc. Mais c'est le chiffre même auquel s'élevaient ces récompenses, qui mérite ici d'être remarqué,

nerait pas de prix ù la sculpture. La voix opposante était celle de Monge. — Harriet mourut jeune, sans avoir eu le temps de donner sa mesure. Protain est l'architecte rjui se trouvait avec Kléber au moment où celui-ci lïit frappé ; ce fut lui qui arrêta l'assassin.

(1) Histoire de l'aH pendant la Révolution. Paris, Renouard, 1863, p. 22. M. Renouvier fait remarquer, avec raison, (jue ces prix ne furent pas payés sur le taux du papier-monnaie, mais d'après une évaluation numéraire.

MO HEAUX-ARTS

•112,000 livres! Et au milieu de quelle détresse tiiiauciére ! Je voudrais qu'où pût citer une seule année où l'ancien régime se soit montré aussi liljéral envers les arts que cette Convention tant décriée. J'ai vu un compte où un portrait de Louis XIV était payé à Mignard la modeste somme de 300 francs. Il faut convenir que la Convention était plus généreuse.

Dans une notice sur Gérard, lue à l'Institut, un académicien a osé écrire, en parlant de cette époque : « Déjà les gi^ands événements de la Révolution se pressaient et se succédaient avec rapidité. Plus d'encouragemenU pour les beaux-arts 1... » En vérité, on croirait que les écrivains de ce bord se sont imaginé que tous les documents, écrits ou imprimés, sur cette période, étaient anéantis sans retour, et que la postérité serait dans une impuissance absolue de retrouver jamais la vérité !

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