‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 39 sur 76 · COMMISSION DES MONUMENTS — COMMISSION TEMPORAIRE DES ARTS · texte numérisé non relu

COMMISSION DES MONUMENTS — COMMISSION TEMPORAIRE DES ARTS

La Convention ne s'était pas contentée d'édicter des peines sévères contre ceux qui dégradaient ou détruisaient les monuments des arts. Elle avait chargé une commission spéciale de dresser l'inventaire de tous ces objets précieux, et de surveiller les innombrables dépôts où étaient venus s'entasser les livres, tableaux, etc., provenant de la suppression des monastères et de la confiscation des biens des émigrés.

Une commission de ce genre avait déjà été instituée par l'Assemblée constituante. Ce fut elle qui fournit le noyau de la commission nommée par le décret conventionnel du 18 octobre 1702, et que, sur la proposition de Sergent, la Convention confirma, par décret du 27 août

Elle y avait placé, outre quelques-uns de ses membres (Guyton de Morveaux, David, Camus, Barrère, Dussaulx, Sergent, etc.), d'anciens membres des Académies supprimées : Ameilhon , l'abbé Barthélémy , Brecquigny , Leblond, Poirier, Dacier, Mongez (des Inscriptions et Belles-Lettres); Moreau, Mouchy, Pajou , Regnault, Doyen, Boizot (de l'Académie de peinture) ; Lemonnier, Broussonnet, Meusnier, Vandermonde, Desmarets (de l'Académie des sciences), et quelques autres ; en tout, trente-trois membres.

Cette commission dépendait du comité d'instruction publique. Elle avait d'abord déployé beaucoup de zèle; mais son ardeur s'était refroidie avec le temps, et sa négligence avait excité des plaintes dont, au nom du comité

l',)U COMMISSION DES MONUMENTS

d'instruction, Mathieu vint se faire l'organo , dans k séance du 28 frimaire an II (18 décembre 1T'J3). Son rapport, très bien fait, ferme et modéré de ton, concluait au remplacement de cette commission.

« Lorsque l'Assemblée nationale , disait-il, prononça l'abolition des ordres religieux, elle prit des mesures pour assurer la conservation des bibliothèques et des collections savantes qui leur avaient appartenu. Quoiqu'il y eût dans ces dépôts beaucoup de scholastiques, on peut dire qu'en général, depuis des siècles, les moines étaient dépositaires des richesses littéraires les plus in téressantes. C'étaient des aveugles qui portaient un flambeau. La nation devait s'en saisir ; et des décrets furent i-endus pour faire recueillir, avec autant de soin que de méthode, les collections et les bibliothèques devenues nationales. Les émigrés nous ont laissé aussi dans ce genre une succession opulente. » Pour la recueillir, l'inventorier, la classer, la commission des monuments avait été nommée. Mais, ajoutait le rapporteur, si elle a d'abord rendu d'incontestables services ; si la bibliographie, surtout, a été dirigée avec zèle et ensemble, cette partie môme n'a pas tardé à être négligée comme le reste. Des pertes regrettables de livres ont eu lieu; pour les objets relatifs aux arts et aux sciences naturelles, les dommages ont été plus considérables encore. On a laissé vendre des taliloaux précieux à des prix ridicules; « des morceaux intéressants ont été perdus, d'autres périclitent et sont exposés aux saillies funestes d'un zèle louable dans ses motifs, mais préjudiciable dans ses résultats ». Cette négligence peut être attribuée d'abord à l'insufTisance de la commission, qui ne contient pas dans son sein assez d'hommes suffisamment préparés par leurs études à juger de la valeur des objets relatifs aux arts et aux sciences naturelles. Cette insuffisance a aussi une autre cause, que Mathieu signale avec convenance et sans dénoncer

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