CHAPITRE III
■ Quant ù la partie de rinstructioii publique qui répond à renseignement actuel dos lycées, la République n'avait pas tout à fonder. Les anciens collèges, assez délaissés du reste depuis 1789, existaient encore, et malgré les vices de leur organisation et l'insuffisance des études, ils offraient du moins un personnel, des cadres, des traditions qui pouvaient fournir à une reconstruction intelligente les matériaux d'un enseignement mieux approprié aux nécessités de la France nouvelle. Tout était à refondre, tout n'était pas à créer.
Le concours général des collèges de Paris avait eu lieu en 1793, comme à l'ordinaire, en vertu de trois décrets de la Convention, rendus en juin et juillet de la môme année. La distribution des prix s'était faite le 4 août, sous la présidence, dit le com[)te rendu officiel, d'un représentant du peuple, « l'un dos premiers défenseurs de la liberté dans l'illustre district des Cordcliers, député de Paris, et immuable habitant de la Montagne (1). » Les
(1) C'était un député obscur, Boucher Saiut-Sauveur. On peut trouver qu'en cette occasion on exagéra mémo un peu les honneurs accordés aux élèves qui avaient obtenu des prix. Le lendemain de la distribution, les lauréats du concours général furent admis à la barre de la Convention avec leurs professeurs. L'un de ces derniers, en
3t> ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
souvenirs de l'anliquité, trop cii faveur peut-être, surtout auprès de la portion de l'Asseuihlée triomphante deiuiis le 31 mai, semljlaient devoir protéger renseignement classiiiue. Dans une des séances, où l'on discuta la Constitution (18 juin 171)3), après la lecture de l'article qui déterminait les droits divers garantis par la Constitution, Robespierre ajouta : « Je demande qu'on y ajoute l'instruction commune. Les collèges ont été des pépinières de républicains; ils ont formé l'esprit de In nation et l'ont rendue digne de la liberté. »
L'année suivante, le concours général n'eut pas lieu. Nous avons vu que la Convention avait dû se préoccuper exclusivement de la partie de l'enseignement où tout restait à faire, et où ses efforts trouvaient si peu d'appui auprès des populations. Elle pensait que l'intérêt des classes éclairées suflirait à leur inspirer le désir de maintenir spontanément un enseignement dont elles avaient déjà recueilli les bénéfices, et que leurs ressources leur en fourniraient les moyens. Aussi parait-elle, comme nous l'avons dit, avoir d'al)ord songé à aliandonner à ellemême l'instruction scientifique et littéraire que l'on recevait dans les collèges. Malheureusement c'était lieaucoup trop espérer des efforts individuels ou collectifs dans un pays où l'individu n'a pas encore compris la nécessité de compter avant tout sur son intelligence et sur sa volonté, où l'esprit d'association libre n'était pas encore né, et où les sujets, depuis tant de siècles, s'étaient haliitués à recevoir en tout l'impulsion et la direction du gouvernement.
|ir»'sontant les éUncs, dit : « La récompense la plus précieuse de 1 'urs travaux est l'intcrét (|ue vous avez pi'is à leurs coiiiliats. La i-ounmni! do cliéne, ijui leur a été donnée en vertu île vos décrets, K'ui- rappellera sans cesse et les .i.M'iindes actions des anciens, et l'esprit ré|)uljlicain dcmt ils doivent être animés. » L'assemMée applaudit, et décida, sur la proposition de Houclier Saint-Sauveur, i|ue les noms des lauréats seraient lus sur tous les théâtres de Paris le jour de la représentation j-'ratuile donnée pour Tanniversaire du 10 août. (Moniteur.)
KCOLES CENTRALES 37
Du reste, on ne prit d'abord aucune disposition décisive à l'égard dos collèges qui existaient encore, et l'opinion qui voulait leur maintien en attendant leur remplacement par quelque institution analogue, triompha provisoirement (1). La discussion qui eut lieu le IG septembre 1793 prouve combien, à cet égard, les esprits étaient encore partagés. Romme ne veut pas qu'on supprime les universités et les collèges sans les remplacer immédiatement. — Fourcroy pense, au contraire, qu'on ne peut pas laisser plus longtemps exister les collèges, où l'ins-
(1) Un décret rendu le 15 septembre, sur la proposition de Lakanal, et rpii supprimait les L-oUèges en les remplaçant immédiatement par ce (pie nous appellerions aujourd'hui des lycées et des écoles l)rot'essionnelles, fut le lendemain, lundi 16 septembre, suspendu sur la proposition de Bazire. On trouva (jue la discussion n'avait pas sullisanunent éclairci la cpiestion. Il semble cependant ([ue le seul étaljli^scment de ce genre (pii ait subsisté à Paris en 1791, en dehors des institutions privées, est le collège Louis-le-Grand (collège de l'Égalité). Je rappellerai que dans l'intervalle un décret du l'J décembre 1193 avait déclaré Veuseifjnement libre, et ne faisait salarier par la Républiijue que l'instruction primaire. Mais je vois par une pétition d'une administration départementale, qui demande à ce sujet des explications, que ce décret ne semblait pas clair, et ne paraissait rien décider sur l'existence des collèges. Quehjues mois auparavant, Champagne, principal de Louis-le-Grand (collège de l'Égalité), avait sollicité un secours : c'était le collège des boursiers; on y comptait encore 250 élèves nourris au collège; on ne savait comment faire face aux dé|)enses. Par décision du 8 août 1793, « la Convention, ou'i le raijport de ses comités d'instruction publiijue et des linances, accorde au collège de l'Égalité un secours provisoire de la somme de 200,000 francs, de laquelle sonmie les administrateurs du collège rendront compte conformément aux lois précédemment rendues à cet égard ». L'année suivante, le princi[ial du collège de Pontoise, Delacour, se plaint de sa triste situation : il n'a qu'un trailonoil de quinze cents livres; ce qui prouve au moins ipi'il en recevait encore un (la lettre est datée primidi de la deuxième décade de messidor an II, 29 juin 1791). Dans une pièce sans date, le collège de Brienne demande 21,000 livres, et s'afipuie de l'exemjjle du collège de La Flèche, qui a reçu un secours de la Convention. Enfin, S frimaire an III (18 novembre 1791), les héritiers du dernier principal du collège de la Montagne refusant de subvenir aux frais du collège, le Comité répond : « Invitation aux héritiers de continuer jusqu'à l'organisation très prochaine du deuxième degré d'instruction. » L'organisation des écoles centrales fut, eh effet, décrétée trois mois après, le 25 février 1795. Il semblerait, d'après cette dernière pièce, qu'en général les collèges avaient été, non pas fermés, mais abandonnés provisoirement à eux-mêmes. Tout cela n'est pas clair, j'en» conviens; je dis ce que j'ai trouvé.
truclioli est souvent en contradiction avec les mœurs nouvelles, et se prononce contre une instruction secondaire salariée par l'État. — Bazirc dit : « N'oublions, jamais que ce sont les sciences et la philosophie qui longtemps avant nous coml)attaient les tyrans et dont les cilorts constants ont opcié la révolution. Hommes libres et reconnaissants, nous les devons lîxer parmi nous et respecter à jamais. Ce sont elles qui maintiendront la liberté que nous avons conquise. Sans elle le peuple, retombant bientôt dans l'ignorance et dans la barbarie, se verrait enchaîné par le premier ambitieux qui saurait le séduire. » Sur la proposition de Bazire, le principe des trois degrés d'instruction publique fut maintenu.
Fourcroy ne lâcha pas prise si aisément. Le 21 frimaire an II (11 décembre 1793), il reprit sa thèse en la développant : « Je crois qu'il y aurait du danger à établir des écoles publi(jucs salariées par la nation. Supposons, en effet, plusieurs centaines d'instituts et quelques dizaines de lycées disséminés, comme on' le proposait, sur tout le territoire de la République, introduisant des relations intimes entre eux, des rasseml)lements multipliés, et un centre de direction, de correspondance et de mouvement; n'est-il pas évident que dans cette machine ainsi montée, non seulement seront rassemblées les gothi(j[ues universités et les aristocratiques académies, mais encore qu'elle en présentera un amas beaucoup plus considéi^able qu'il n'était lorsqu'on a senti la nécessité de détruire ces institutions royales? Si l'on adoptait les plans d'instituts et de lycées qui ont été tant de fois reproduits sous différentes formes, on aurait toujours à craindre l'élévation d'une espèce de sacerdoce plus redoutable peut-être que celui que la raison du peuple vient de renverser. Solder tant de maîtres, créer tant de places inamovibles, c'est reformer des espèces de canonicats... Ici, comme dans toutes les autres parties des