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ctaljlissomciits républicains, la liberté est le premier et le plus sûr mobile des grandes choses... Laisser faire est ici le grand secret et la seule route dos succès les plus certains. » Je n'ai pas besoin de faire sentir combien la maxime laisser- faire eût été funeste alors à l'enseignomeiit à tous les degrés : l'expérience a prononcé là-dessus. Mais il est étrange que cette fin de non-recevoir absolue opposée aux projets d'enseignement de la Convention eût pour auteur un savant aussi éminent que Fourcroy. 11 n'est pas moins piquant de trouver, dans cet amant farouche de la liberté illimitée en matière d'instruction, le futur organisateur de l'Université impériale, laquelle ne péchait pas, à coup sûr, par un excès de liberté. A la date où Fourcroy prononçait les paroles citées plus haut, il était pi^ésidont du club des Jacobins.
Il est vrai néanmoins que les idées de Fourcroy étaient alors celles d'un grand nombre de membres de la Convention, au moins en ce qui concerne l'instruction secondaire, et que l'on crut d'abord que l'intérêt des pères de famille suffirait pour faire naître des établissements libres destinés à remplacer les collèges. Cet appel à la liberté ne fut pas entendu, et il ne pouvait l'être. Aujourd'hui même, malgré les progrès accomplis à cet égard dans l'esprit public, surtout depuis quelques années, cette inertie des volontés individuelles est encore une des préoccupations les plus pénibles du patriote, quand il voit les prodiges qu'enfantent aux États-Unis et ailleurs l'initiative de l'individu et l'énergie collective des libres associations.
Ce fut donc en réalité sous la pression de l'opinion puljlique et d'après les réclamations inquiètes des pères de famille alarmés de voir une génération entière échapper à la direction gouvernementale en matièi'e d'enseignement, ce fut, dis-je, par égard pour un préjugé regrettable, mais opiniâtre, que la Convention fut amenée
10 ENSEIGNKMENT SFXONDAIRK
à iiitci'vcnii' claiiïi rinstructioii secondaire et à lui donner une urganisation nouvelle eu la l'attachant à l'Elat.
Les écoles centrales iurent créées avec les modilications que l'opinion réclamait universellement dans l'organisation des anciens collèges, et aussi avec des innovations qu'elle ne demandait point, et auxquelles elle a eu grand'peine à s'accoutumer.
Le rapi)orteur de cette loi fui riiomme le plus savant du temps, Daunou. Avec la tradition des ancieinies écoles où avait été élevée sa jeunesse, il apportait à ce travail un esprit tout à la fois méthodique et lihrc : c'était un ancien mcmljre de la congrégation de l'Oratoire, et c'était en même temps un vra'i fils du xviu"^ siècle, rompu à ses habitudes de profonde et minutieuse analyse, pénétre de l'esprit des temps nouveaux, et raisoiniant tout, même ses préjugés. Nul n'était plus i)ropre à tenir également i;ompte des leçons de l'expérience et des nécessités de l'innovation.
Dei)uis le mémoire de Lachalotais, on avait épuisé les critiques relatives aux imperfections de l'enseignement dans l'ancien régime. On sait que les langues anciennes, ou i)lutot le latin, aimé et étudié pour lui-même, formaient la hase prcsijue unii|ue de l'instruction. La langue grecque était fort négligée. Kniin, malgré les réclamations de Rollin, l'étude de la langue française restait toujours à peu près nulle. Les ampliiications latines ou IVan(-aises des meilleiU'S élèves de l'ancienne université ont été imprimées : on peut en appeler sur ce point au témoignage des juges compétents. Ils attesteront (|n(' le peu qu'on étudiait, on l'étudiait mal, et (jue ces études sont loin d'avoir perdu, dans lluniversité moderne, à r.-idjouction d'autres études, qui les servent et les éclairent, (juoi qti'on en ait pu dire, sans leur avoir januiis nui.
Dans les anciens collèges, un iirol'esseur de philoso-
KCOLKS (KXTRALKS 11
pilio, à la lin dos études, enseignait sinndtaiiément le lieu ({u'on apprenait alors do sciences mathématiques et pliysiqucs, et une logique surannée qu'on n'aurait pas du apprendre.
Point d'histoire, point de langues vivantes, nulle notion du dessin.
On le voit, on 1781), à l'oxcoption du latin, dont renseignement était à améliorer, tout était à créer.
La Convention, en effet, créa tout le système d'études dont nous jouissons aujourd'hui. Si les applications en furent d'aljord imparfaites, ce qui arrive à tout ce qui commence, elle eut d'ahord le mérite de rompre avec la routine : elle eut encore celui d'étaijlir dans son ensemble un plan qu'on n'a guère eu depuis qu'à perfectionner.
Fidèle à l'esprit rigoureux qui présida à tous ses travaux, Daunou établissait d'abord, parmi les matières d'enseignement proposées aux écoles centrales, la division, qui devait se retrouver dans l'organisation de l'Institut (1) :
1° Lettres et arts ;
2" Sciences physiques et mathématiques ;
3" Sciences morales.
Ce triple enseignement était organisé de la façon suivante :
L — L'enseignement des lettres et des arts était donné par un professeur de langues anciennes, un professeur âo belles-lottres, un professeur de dessin. En outre les langues modernes, innovation féconde, devaient être enseignées partout où les administrations locales en feraient la demande.
Les deux professeurs de langues anciennes et de belleslettres correspondaient à nos professeurs do grammaire et do lettres. Ils ne faisaient, comme leurs collègues,
(1) La loi est du 7 ventôse an III (25 février 1795).
42 ENSEIGNEMENT SECONDAIRi;
qu'une lopoii par jour, et cliaque le<^oii no durait qu'une heure (1). C'était évidemment trop peu; car ils étaient chargés chacun de deux années distinctes" ou de deux classes, ce qui faisait deux classes de grammaire, deux classes d'humanités, et réduisait ainsi à quatre années l'enseignement littéraire proprement dit. Il faut dire qu'en y regaitlant de plus prés, on ne voit pas que la durée réelle de cet enseignement fût, comparativement à la durée actuelle des mômes études, aussi disproportionnée qu'elle le parait d'aljord. Les é<'oles centrales n'admettaient point d'élèves avant douze années révolues, ce qui est en moyenne l'âge de nos élèves de cinquième et ce qui donnait par conséquent aux études grammati<;ales et littéraires des écoles centrales une durée équivalente à celle qu'on leur consacre aujourd'hui. Cette tardive admission aux écoles supposait, outre plus de maturité d'esprit et de facilité à apprendre, des études préparatoires analogues à celles de nos classes élémentaires. Malheureusement ces études étaient le plus souvent fort imparfaites, cette préparation illusoire, et ce fut surtout de ce côté que péchèrent d'abord les écoles centrales. Leurs pariisans conviennent tous que rinégalité de force entre les élèves d'une même classe se trouva souvent extrême, faute d'un point de départ commun. On ne tarda pas du reste à augmenter et le nombre des pi^ofesseurs et la durée des études : je ne parle que de la primitive organisation.
L'enseignement du dessni introduit dans les écoles était une nouveauté. Mais puisqu'on songeait dès lors à cette union si naturelle et si désirable des arts et des i lettres, on n'eût pas dû omettre l'enseignement des premiers éléments de la musiciue. Cette regrettable lacune subsiste encore aujourd'hui.
(1) Règlement jjoitr les Écoles centrales, 5 ventùse an III.
KCOLES CENTRALES 'i'-i
II. — L'ensoignoment des science?, autre innovation, suivait parallèlement celui des lettres, et se poursuivait pendant toute la durée des études. On commençait pa? les premiers éléments du calcul et surtout par l'histoire naturelle, étude foit en honneur à cette époque, convenable d'ailleurs à de jeunes esprits, portés à s'intéresser à une science qui n'a rien d'abstrait, et que sa nature rend propre à éveiller leur curiosité, à fixer même leur attention matérielle.
L'enseignement sérieux des mathématiques réparti progressivement sur toutes ces classes, celui de la chimie et de la physique qui taisaient aloi^s de si étonnants progrès, étaient encore de véritables nouveautés dans l'enseignement secondaire, au moins par l'importance (ju'on allait leur accorder.
III. — Cette importance, qu'on a trouvée exagérée et dont on a fait un crime aux écoles centrales, n'était pourtant pas telle que leurs fondateurs eussent négligé d'introduire dans l'enseignement un genre d'études tout dift'éront, je veux dire l'enseignement des sciences morales, totalement supprimé depuis à certaines époques, et presque toujours tenu pour suspect. Outre les professeurs pi^écédemment mentionnés, il y avait : 1" un professeur de grammaire générale, chargé d'enseigner la philosophie du langage à laquelle Condillac avait attaché avec raison tant d'importance ; 2° un professeur d'histoire ; 3" un professeur de philosophie, qui enseignait, indépendamment de ce qu'on compi^end d'ordinaire sous ce nom, les premiers principes de la législation, et les notions indispensables à des jeunes gens destinés, on le croyait du moins, à être un jour des citoyens et à vivre sous un gouvernement libre.
Ces dernières études furent supprimées d'abord sous le Consulat, en même temps que la classe de l'Institut qui y correspondait et qui en semblait le couronnement.
Joseph Chénior, qui pressentait cette suppression, dans xin discours prononcé en 1800 à une solennité des écoles centrales, essayait de justifier Vidéologie qu'on accusait dès lors d'être nébuleuse, faute d'oser encore lui imputer des méfaits plus réels : « Elle est claire, disait-il, pour les hommes qui pensent ; elle est trop claire pour ceux qui voudraient empêcher les hommes de penser. »
Parmi les études diverses, supprimées à l'époque du Consulat, la philosophie n'a été rétablie que vers 1810, l'histoire que sous la Restauration. Quant à renseignemont des premiers éléments de la législation, il reste encore aujourd'hui une de ces utopies que rêva la période révolutionnaire, et que l'avenir se chargera peutêtre de réaliser.
L'administration do chaque école était nommée par les professeurs, (|ui désignaient un directoire composé do trois d'entre eux.
Les écoles centrales no reccvaiont d'abord que dos externes. Cette organisation avait l'avantage d'écarter tout d'abord une difficulté qui a compliqué toujours toutes les questions relatives à l'enseignement par l'Etat, celle de l'enseignement religieux. Les écoles ne s'en chargeaient nullement (1) : elles étaient purement laïques, et laissaient aux familles le soin d'élever leurs enfants dans les principes qui leur scmlilaient être la vérité.
Chaque élève payait une rétribution qui ne pouvait excéder 25 francs. Encore les administrations des dépar-
(1) « Je n'ai pas besoin de prouver que sous un goiivernenient qui, pour donner une entière liberté à tous les cultes, n'en doit ndopli'r nucun, il faut dans les écoles i)ublii|uc's rendre la morale indépendante du doi-'uie. Les citoyens, sup))ortant toutes les charges, ont droit à tous les avantages, et l'instruction étant un de ces avantages ne doit porter ijue sur des objets indilTérents à toute opinion religieuse, qui en iiriverait nécessairenicnt ceux qui ne la partagent pas. » {Discours prononcé à la distribution des prix des écoles centrales du département de In Seine, le 29 thermidor an VIII, par Lacroix, membre de ilnslilul.)
t(Miioiits pouvaient-elles OU exeniptoi' les élèves qui n'auraient pu payer cette faible somme, et qui semblaient d'ailleurs dignes de cette faveur.
Deux écoles centrales furent immédiatement installées à Paris (1): l'une au palais Ma/.ar-in, École des Quatre- Nations; l'autre fut VÉcole du Panthéon (depuis collège Henry IV ou lycée Napoléon). Le Prijtanée, ancien collège Louis-le-Grand, qui n'avait subi aucune interruption pendant les années précédentes, et qui était d'ailleurs le pensionnat des boursiers, envoyait ses élèves aux cours de VÉcole du Panthéon.
Ci\\ a la liste des professeurs de ces premières écoles, anxqu(>llcs se joignit liientùt une troisième école, celle do la rue Saint- Antoine (lycée Cliarlemagne). On y remarque des noms justement célèljres , chacun dans leur spécialité, et peut-être serait-il malaisé de trouver des professeurs de mathématiques ou de sciences naturelles plus capables que Lacroix ou Georges Cuvier, un professeur de philosophie plus habile que Laromiguièi^e, un humaniste plus solide que Guéroult, un littérateur plus habile que Fontanes (2). Tel fut en effet une partie
(1) !»■■ prairial an IV (20 mai 1897). L'école de la rue Saint-Antoine fut ouverte le X"' brumaire an VI (22 octobre 1791). Le décret de la Convention du 11 ventôse an III (!«' mars 1795) fixait à cinq le nombre des écoles centrales ([ui devaient être établies dans la commune (II' Paris. Les quatre établissements ci-dessus mentionnés (y com- [iris le Pnjlanéc, qui ne tarda pas à avoir une existence à part) sont les seuls «jui aient existé jusqu'au Consulat, lecjuel en conserva trois, chanirea leurs noms, et renq)laça l'étiole supprimée (celle des Quatre-Nations) par le lycée Bonaparte, en 1803. A ces quatre lycées, un cin(piiéme a été ajouté depuis par la Restauration, c'est le lycée Saint-Louis (1820).
(2) Un ancien élève des écoles centrales, qui fut lui-même un savant [jrofesseur de l'Université, M. Durozoir, a porté en leur faveur un témoignage qui a de la valeur et qui mérite d'être cité. Après avoir nommé les professeurs des écoles de Paris , il ajoute : « Avec de tels maîtres, les écoles centrales donnèrent les résultats les plus satisfaisants.... Ces habiles maîtres créèrent pour leurs discii)les, ])resque tous bénévoles, une métiiode nouvelle, ou plutôt renouvelèrent celles des anciens pliilosoiilies qui instruisaient leurs élèves, non par des discours soutenus, mais par des conversations
40 FASFIGNRMEXT SKCONDAIRE
du personnel dos deux premières écoles. On peut même dire que c'est à la supériorité de ces maîtres, comme à riusuffisautc préparation des élèves, qu'il faut attribuer le jilus sérieux reproche adressé aux écoles centrales, celui d'un enseignement trop élevé. II était difficile que des hommes éminents, dont plusieurs étaient déjà mem- Ijres de l'Institut, eussent toujours le courage de s'astreindre à un enseignement assez élémentaire. Mais si cette supériorité est un défaut, c'en est un du moins qu'il est toujours fort aisé de corriger. Quant aux autres imperfections des écoles centrales, on reconnaissait qu'elles n'étaient pas de nature à décourager les fondateurs. J'ai sous les yeux un discours (pie le citoyen Fontancs, l'un des organisateurs futurs de l'Université impériale, prononça à la rentrée des écoles, le 1"'" brumaire an V. Après avoir « indiqué à la reconnaissance publique tout ce que les législateurs ont déjà fait pour les écoles centrales !>, il signale aussi « tout ce qu'ils se proposent sans doute do faire encore », c'est-à-dire les modifications et perfectionnements à apporter aux études. Fontanes comptait pour cela, « sur les belles destinées que l'avenir préparait à la lii'piihlique française ». Ce fut l'empire, et Fontanes lui-même, après Fourcroy, qui se chargèrent de ces prétendues améliorations, et toutes ne furent pas heureuses, à commencer par le rétaljlissementde l'internat et toutes les conséquences qui on découlent ; telles qu'une discipline absurde, qui permettait do punir les élèves « d'une
l'aiiiilièrcs. Avec quel jilaisir jo me rapiiellc 'encore aiijoiird'luii les leçuns si i)laines do cliarnie île MM. Mahéraiilt et Guéroult jeune ! Quelle vénération ces jeunes frens avaient |)onr les rlieveux l)!ancs (le M. Guéroult aine, dont l'aspect austère rappelait un vieux citoyen lie Rome aux bons temps de la Képublicjue ! Quels hommes pour Kuider les premiers pas d'ime jeunesse^ ardente et studieuse dans l'étude des langues anciennes ! » Article.ÉcoLE.s du Diclionnuire de la coiivcrsatian.) — Parmi les noms de.s professeurs des deux premières é<Miles centrales de Paris, on voit figurer encore le naturaliste \'alm(int de Homare, le matliéinaticien Krancœur, Saint-Ange, le traducteur d'Ovide, etc.
détention de trois jours à trois mois » (1), rendait Icg professeurs passibles des arrêts (2), les obligeait à la délation, en les déclarant « tenus d'instruire le grandmaitre de tout ce qui viendrait à leur connaissance do contraire à la doctrine et aux principes du corps enseignant dans les établissements d'instruction publique ■> (3), et qui annonçait qu'après l'organisation complète de l'Université, " les principaux et régents des collèges , ainsi que les maîtres d'étude de ces écoles seraient astreints au célibat et à la vie commune ». Idéal étrange que Napoléon n'eut pas le temps de réaliser. Sans insister sur ces divers points, on conviendra que le' fondateur de VUniversité aurait pu se borner à consolider l'œuvre de la Révolution dans l'enseignement des écoles centrales, sans retrancher du programme, comme il l'a fait, des études reconnues plus tard indispensables, puisqu'on les a progressivement rétablies, et surtout sans soumettre les lycées à une réglementation que l'ancien régime n'avait pas connue, mais qui du reste, il faut le reconnaître, n'était que l'application fort naturelle d'un plan général, auquel rien ne put alors échapper.
Les écoles centrales ont dui^é trop peu de temps pour qu'on puisse apprécier exactement leur utilité et leurs services (4). Attaquées avec fureur dès leur début par
(1) Décret impérial du 15 novembre 1811, titre II, section 3.
(2) Décret de 1808, titre VI.
(3) Cette doctrine, ces princijws, sont aisés à deviner. Dans ime instruction adressée à M. de Fontanes , Napoléon précise ce qu'il a voulu faire en fondant l'Université, « un corps destiné à régler les jyrincipes de la tnorale et de la polVique ». Cela dit tout.
(4) IJn des mérites des écoles centrales , c'est d'avoir encouragé cette espèce d'enseignement pratiipie que donnent les choses beaucouj) mieux que les livres. J'ai sous les yeux un Voyage des élèves de l'École centrale de l'Eure pendant les vacances de l'aii VIII. C'est un volume de prés de deux cents pages rédige par les élèves qui avaient remporté des prix et auxijuels on fit faire, pendant les vacances, un voyage jusqu'au Havre. Il va sans dire qu'on interdisait toute voiture; on couchait même sous des tentes portées pendant le jour sur une charrette avec les bagages. Il est probable que la rédactiiin de ce voUmie a été revue par les maîtres qui acconi-
les ennemis bientôt enliardis de la Révolution, menacées sans cesse dans leur existence, elles ont succomijé sous l'accusation de n'avoir pas réussi : ce crime leur a été surtout reproché par ceux qui avaient tout tait pour les empêcher de réussir. A l'époque où cette imputation nouvelle fut diriyée contre elles avec un ensemble et une émulation de haine qui indiquaient assez les vues secrètes de leurs adversaires, au début du Consulat, elles trouvèrent des défenseurs sérieux et convaincus qui montrèrent les résultats obtenus en moins de six années, et prouvèrent qu'indépendamment du mérite des méthodes et des innovations utiles, elles avaient dans bien des villes mieux réussi que les anciens collèges. Ainsi, à. Besançon, l'école centrale comptait cinq cents élèves, tandis que le collège n'en avait jamais eu plus de trois cents dans son état le plus florissant (1). Mais elles étaient condamnées et devaient disparaître pour faire place à une restauration ù peu près complète de l'enseignement, tel qu'il était avant 1780. Le temps s'est chargé de les justifier, en ramenant lentement et malgré bien des obstacles, dans l'enseignement des lycées, les études diverses que les écoles centrales avaient eu le mérite d'inaugurer
pagnaient cette petite caravane. Mais les observations de toute espèce (|ue contient cet ouvrage , les planches fini y sont jointes et (|iii ont été faites d'après les dessins des élèves, suffiraient pour montrer l'utilité de ces voyages, si usités en Allemagne et en Suisse. — La liberté, comme toujours, avait stimulé l'initiative individuelle, et à côté des écoles centrales s'étaient fondées ou maintenues avec honneur des écoles particulières. Dans le discours même où l-'ourcroy vint, le 20 avril 1S02, proiioser au Corps législatif de détruire ou d'altérer l'œuvre de la Convention, il rend en passant cet hommage à la liberté de l'enseignement : « Depuis la suppression des collèges et des universités, îles écoles anciennes ont pris une nouvelle extension, et il s'est formé un grand nombre d'établissements particuliers pour l'instruction littéraire de la jeunesse. Je pourrais citer avec éloge, parmi ces institutions jiarticulières , anciennes ou nouvelles, les écoles de Sorrèze , de Juilly, de La Flèche, les pensionnats il'Évreux, de I-'untainelileau , de Metz, et jikisieurs autres encore ijui se sont soutenus ou élevés avec éclat depuis la Ké\ olution. »
(1) Lacroix, Essai sur ictiseignement, 3" édition, \>. 127.
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les premières, et que la réaction consulaire et impériale avait supprimées.
Un fait que je ne dois pas ouldier, un l'ait rare en d'autres temps, mais assez commun à l'époque exceptionnelle qui nous occupe, c'est que l'homme éminent qui avait le plus contribué, avec Daunou , à organiser l'immense système de l'instruction publique en Franco , Lakanal, représentant du peuple et membre de l'Institut, demeuré pauvre comme on l'était alors en sortant des plus hautes fonctions publiques, redevint en 1797 ce qu'il était avant 1789, simple pi^ofesseur ; il occupa d'abord une chaire à VÉcole centrale de la rue Saint-Antoine, et fut nommé plus tard procureur-gérant, c'est-à-dire économe du lycée Bonaparte : il n'avait pas voulu de fonctions plus hautes. Il fut exilé à l'époque de la Restauration. Après avoir passé aux États-Unis les années de son exil, il revint, après 1830, reprendre sa place à l'Académie des sciences morales et politiques, qui, supprimée par Napoléon, venait d'être rétablie par le gouvernement de Juillet.