‹ Le Var Supérieur: Étude de Géographie PhysiqueChapitre 25 sur 61 · BERTRAND, coupes pl. Il, fig. 5 el · texte numérisé non relu

BERTRAND, coupes pl. Il, fig. 5 el

2, BERTRAND, p. 161 ; coupes fig. 27, p. 162.

3. Le contact des couches supérieures de l'Éocène avec les grès d'Annot s'observe vers 2100 m. au Sommel du Ruch (4 km. W d'Aurent), à 800 m. près d'Annot, el,dans l'inlervalle,on voit sur la crête qui sépare la Beite du Colomp, à l'W de Braux, les assises gréseuses plonger constamment vers le S.

synciinal Colmars-Mont Saint-Honorat, parallèle à celui d'Annot ; et le Colomp supérieur suit l'axe de ce synclinal comme le torrent de la Lance qui aboutit à Colmars, Remarquons que la Vaïre, de Peyresq à Annot et au pont Saint-Benoit 1, est encore une vallée de bordure. D'abord établie dans les calcaires du Crétacé supérieur de la Colle Saint-Michel, elle longe à l'W la falaise nummulitique, puis elle la traverse en cluse à Fugeret pour se creuser une large vallée dans les marnes à Serpula spirulæa, en évitant les grès oligocènes du centre de la dépres- SION.

La constitution du réseau si compliqué de la Galange s'explique par la présence, au S de la cuvette d’Annot, de la cuvette de Rouaine, où se sont rassemblées les eaux qui ont creusé, à travers un anticlinal crétacé WSW-ENE, les gorges sauvages du pont Saint-Joseph aux Scaffarels. Sur la route nationale au NE de Rouaine, le contact inférieur de l'Oligocène est à 862 m. ; cette assise plonge vers le SW où le hameau, au centre de la cuvette, ne dépasse guère 820 m. Elle est ici constituée par des couches plus friables qu'à Annot; le grès n'apparaît qu'en rognons longs de 0,75 au milieu d'un sable ocreux. On comprend dès lors que cette dépression ait pu faire appel par rapport à la Bernarde et à l'Iscle.

Le cours inférieur de la Bernarde s'est établi suivant l'inclinaison même des assises de la cuvette de Rouaine et de l’anticlinal SW-NE qui renverse l'Infracrétacé sur le rebord méridional de cette cavité 2. Près d'Ubraye, il a capturé les eaux d’une dépression qui amorce sur la feuille de Castellane le synclinal de Villevieille-Puget-Théniers et qui est limitée au S par le flanc normal de plis déversés vers le S 3. Les branches orientales de la Bernarde se sont fixées dans des vallées de bordure le long de la terminaison semi-circulaire du synclinal de Villevieille, les unes dans les marnes aptiennes, une autre dans les marnes néocomiennes. Quant à la branche occidentale, nous la voyons dans

une dépression néocomienne entre deux anticlinaux de calcaire

1. À 3 km. SW du pont de Gueydan (feuille de Nice). . 2. Pli L-M de la carte Zürcuer (31, pl. [): 3. Plis N de la carte Zürcner.

En

tithonique : c'est un des rares exemples de vallée nettement synclinale que présente le bassin du Var.

L'Iscle, dont on aperçoit à l'Ouest de Rouaine l'entaille aigue dans les escarpements nummulitiques, descend normalement de l'Infracrétacé vers l'Oligocène. Dans son prolongement, de l'autre côté d'une passe très déprimée, le col de Toutes Aures (1124 m.), coule un torrent, le Vergons, qui se jette dans le Verdon à Saint-Julien. Or, du Sommet de la Gourre jusqu'au delà de Saint-André-de-Méouilles, un pli dont la concavilé est tournée vers le NE relève le Jurassique supérieur jusqu'à 1763 m. (Sommet de Crémon) et fait affleurer le Trias à Saint-Julien 1. Le cours du Vergons est donc presque toujours obséquent, les couches qu'il traverse plongeant vers le NE. On est par suite tenté d'admettre, à l'examen de la carte géologique, que jadis une rivière descendait du bombement de Saint-Julien vers la cuvette de Rouaine, et que le Vergons occupe une partie du thalweg capturé par le Verdon. — Si probable que semble cette hypothèse, aucune trace ne subsiste aux abords du col de Toutes Aures d’une rivière allant de Saint-Julien à Rouaine. Vers le hameau qui porte son nom, l'Iscle coule dans une large vallée aux versants très aplatis ; on ne la prendra point toutefois pour une vallée décapitée si l'on a égard à la faible consistance des marnes aptiennes et même du Cénomanien, au volume d'eau assez considérable des affluents qui sourdent des éboulis du Mont Chamatte ainsi qu'au contact du Cénomanien et de l'Infracrétacé. Ni le long de l'Iscle, ni sur le seuil de partage, on ne trouve de galets venus des affleurements situés à l'W, comme celui du Tithonique dont les cailloux roulés seraient faciles à reconnaître. Enfin, en descendant le Vergons, on ne voit point, même sur les calcaires infracrétacés et jurassiques où elles auraient pu se maintenir, de ces terrasses qui révèlent parfois la pente du thalweg primitif au dessus et à l'inverse de la partie devenue obséquente. Il n’y a point traces, ou il ne reste point de traces, d’une capture opérée par le Verdon. — Bien plus : c'est

aujourd'hui le bassin du Var qui, en ce point, prend l'avantage

1. Pli I-K de la carte ZünGHER ; — voir sur ces accidents du Verdon IDEM, 30, p. 931,

PT ce

sur celui du Verdon. Le col de Toutes Aures est très inexactement représenté sur les cartes topographiques. Au sortir des gorges creusées par l'Iscle dans le Crétacé, on reconnaît en lui un ensellement extrêmement bas entre la masse rigide du Mont Chamatte et les barres boisées, dirigées N-S, où se relèvent les calcaires infracrétacés. Les eaux de tête de l’'Iscle naissent très à l'Ouest du point où les arrête la carte, si bien qu'elles ne sont pas à 100 m. de celles du Vergons. Leurs bassins de réception sont si rapprochés que sur la crête, au S de la route d'Annot à Saint- André, il reste à peine la largeur d’un chemin forestier. A l'E, les assises cénomaniennes s’éboulent constamment dans ces entonnoirs qui se creusent jusqu'aux marnes apliennes, à 50 m. en contre-bas ; à l'W, protégées par les débris des montagnes voisines, elles ne sont sillonnées que par d'étroits ravins. La rivière travailleuse est l'Iscle, et non pas le Vergons. On a l'impression très nette qu'il lui faudra peu de temps pour faire disparaître la crête cénomanienne, capturer les ruisseaux qui descendent vers l’W et drainer toute la région marneuse jusqu'au village de Vergons. Pourra-t-elle pousser davantage sa conquête vers le Verdon et jusqu'où reculera le seuil de partage ? L'Iscle n'est qu'une rivière bien insignifiante ; mais elle est favorisée par le sens du plongement des couches, par l’abondance des sources près du col, et surtout par la rapidité de la pente sur le versant du Var, très supérieure à celle du versant de la Durance. En effet, si l’Iscle, la Vaïre et le Var ont peine à approfondir leurs cluses dans le Nummulitique et le Crétacé supérieur du rebord des cuvettes synclinales, cette difficulté est encore plus grande pour le Verdon dans la traversée en cañons du vaste Plan de Canjuers. Aussi, à 2 km. de la ligne de partage, l’Iscle est déjà à 964 m. tandis que le Vergons reste à 1031 m. Puis l'Iscle s'abaisse très vite: ses eaux arrivent à 820 m. dès Rouaine (5 km., 5 du seuil), à 638 m 1! aux Scaffarels (9 km., 5) et vers 525 m. au confluent de la Vaïre et du Var (17 km.). Or le Verdon, qui reçoit le Vergons à Saint-Julien (7 km. du seuil) à 860 m., est encore à Castellane, à cette même distance de

1. Et non à 738 m. comme porte la Carte de l'État-Major. L'erreur est évidente : Annot, situé en amont, n’est qu'à 697 m.

17 km., à la cote 720, soit une différence de niveau de 200 m. Il n'est donc pas impossible que par l'intermédiaire du Vergons et de l'Iscle, le haut Verdon devienne un jour le tributaire du Var.

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