‹ Le Var Supérieur: Étude de Géographie PhysiqueChapitre 28 sur 61 · LuGEON · texte numérisé non relu

LuGEON

3. L'importance du rôle joué par la dépression de Puget-Théniers dans la formation du réseau hydrographique a été indiquée par M. Barr. « L'’aire de dépression du Var moyen a certainement fait appel par rapport aux cours du Var supérieur, du Cians et de la Tinée ». (1, p. 220).

ADS manquent pour faire la preuve. A Enriez, nouveau coude, encore très accentué : le fleuve tourne brusquement du SW vers le S. Un torrent qui aboutissait au pont de Gueydan n’aurait-il pas poussé sa tête jusqu'au Var de Guillaumes, qui s'était peut-être creusé une « vallée de bordure » sur les pentes qui se relevaient de la cuvette de Castellet vers l'éperon SW du dôme de Barrot ? On pourrait expliquer de même le raccord du système de la Vaïre par l'intermédiaire de cette vallée qui traverse de biais le Crétacé de l’anticlinal d'Enriez, entre les deux falaises nummulitiques qui bordent les cavités synclinales.

Le plus occidental des affluents du Var de Touët,la Chalvagne, draine cette extrémité de la cuvette de Puget qui se termine par un remarquable relèvement périclinal. Elle s'y est encaissée, grâce à la faible altitude du fleuve à Entrevaux (473 m.), jusqu à s’entailler en cluses dans le Sénonien et le Turonien, au dessous des tables si résistantes du calcaire nummulitique. Son cours supérieur s'est établi en vallée de bordure. Entre le gradin formé par le Crétacé supérieur, qui atteint 1542 m. au Pic de Chabran, et l’anticlinal du Mont Gourdan, une dépression semi-circulaire, creusée à 500 m. de profondeur dans le Cénomanien et les marnes noires, dessine les contours de la cuvette ; elle se continue du bassin de la Chalvagne dans celui de la Bernarde au-delà d’un seuil insignifiant.

En aval de la Chalvagne et de la Roudoule, le Cians mérite l'attention par la singularité de son tracé. Né sur le bord du grand pli couché qui limite l'aire anticlinale du Mercantour, il traverse de part en part le dôme de Barrot en s'infléchissant d'abord vers le SW, puis vers le SE; arrivé au centre de la dépression de Puget, il reprend jusqu'au Var la direction du SW. Comment s'explique cette surprenante traversée du dôme permien ? Après le recul de la mer oligocène, une rivière seraitelle descendue du Mercantour vers le S sur des sédiments encore presque horizontaux, et, lors des mouvements orogéniques qui les bosselèrent, aurait-elle réussi à se creuser un chenal dans le dôme au fur et à mesure que celui-ci se dressait ? Rien ne permet d'affirmer, il est vrai, que les mers tertiaires aient occupé son emplacement ; certainement surélevé après le Sénonien, il n'avait peut-être pas été complètement arasé lors du retour de

la mer nummulitique 1: 11 nous faut donc chercher une hypothèse qui ne présuppose pas son immersion,

Celle qui se présente d'abord à l'esprit explique le tracé du Gians par une simple capture. Au SE du dôme, une rivière serait descendue, perpendiculairement aux courbes de niveau, vers cette région particulièrement déprimée de l'aire synclinale qui s'étend vers Thiéry. Elle aurait poussé sa tête vers le N, à la rencontre d'un ruisseau qui, profitant d'une faille NE-SW (2 km. en aval de Beuil), dévalait sur le versant septentrional ; la soudure se serait faite entre ces deux tronçons. Mais on ne comprend guère dans cette hypothèse l'extrême activité déployée par ce tronçon méridional qui serait parvenu à percer de rart en part un dôme large de 12 km. À l'endroit où il l'attaque, la bordure du dôme a été très étirée ; le versant qui regarde Rigaud se trouve très réduit en étendue, et par suite la rivière qui le drainait rassemblait trop peu d'eau pour être bien puissante. De plus, le Cians, du voisinage de la Tête des Caires à son confluent, présente trop de sinuosités pour qu'on puisse voir en lui une rivière conséquente née dès l’origine du réseau hydrographique. Près de Pradastié et de Rigaud, il semble formé par la réunion de vallées subséquentes dont il prend la direction un moment pour s'échapper ensuite par des cluses. Plusieurs coudes brusques paraissent dénoter des captures. Il semble même qu'il faille chercher la continuation du Cians inférieur dans le vallon de Colétrai qui le prolonge vers le NE; la rivière qui le rejoint près de Nauna Sottrana n'aurait été qu’un tributaire, et non le cours d'eau originel. Si nous croyons que la percée du dôme s'est faite à la faveur de captures, il nous faut donc modifier notre première hypothèse,

Remarquons que, dans leur traversée du massif permien, le Cians et le Var décrivent deux courbes absolument symétriques, sauf que la convexité de ces courbes est tournée en sens inverse. Nous sommes conduit à chercher si l'explication proposée pour le Var ne vaut pas pour le Cians. Le Cians ne serait-il pas aussi une « vallée de bordure », formée sur le côté d’une vallée conséquente et approfondie plus vite que celle-ci ? Nous pouvons

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