‹ Le Var Supérieur: Étude de Géographie PhysiqueChapitre 44 sur 61 · HauG, 16, p · texte numérisé non relu

HauG, 16, p

he

torrents sont toutefois particulièrement sensibles en amont d'Entraunes et près de Puget 1: On sait l'énormité des monceaux d'éboulis que, dans la haute vallée, la chute constante des calcaires tithoniques accumule’ sur les marnes Jurassiques. Or, après les orages presque journaliers en août et septembre, ces marnes sont délayées en un fleuve de boue qui transporte des blocs de plusieurs mètres cubes ; la masse entière semble cheminer versle Var sans laisser apparaître l’eau qui ja rend plastique et mobile. On cite des « coulées de lave » presque analogues à celles qui ont valu au Riou Bourdous, près de Barcelonnette, sa triste renommée 2. En amont d'Entraunes, le sol est si instable sur Ja rive gauche que l'on a dû établir sur la rive droite, pourtant plus exposée aux avalanches, le tracé de la future route de Guillaumes à Barcelonnette par le col de la Cayolle. — Il est plus étrange, au premier abord, que l'Administration des Pontset-Chaussées considère comme une zone aussi dangereuse la rive gauche du fleuve de Puget-Théniers à Villars. A 500 m. de distance du thalweg se dresse la falaise du Crétacé supérieur, formé de calcaires qui semblent d’abord.assez résistants. Mais il faut remarquer que ces calcaires sont divisés en une multitude de petits parallélipipèdes que tendent à isoler les alternatives de gel et de dégel, d'insolation et de refroidissement. Dans les intervalles des éboulements qui se produisent le long des diaclases, on constate fréquemment la chute de menues pierres qui ont créé la lisière de « dépôts meubles » indiquée par la carte géologique au S des affleurements (uroniens. A cette désagrégaüion presque moléculaire s'ajoute l'action du ruissellement ; l’affouillement du Cénomanien a mis fortement en saillie le rebord du Crétacé supérieur, qui se dresse au S du plateau de Dina en une muraille abrupte haute de 400 à 500 m. On conçoit l'énorme force vive des torrents qui tombent de cette falaise et la masse de débris qu'ils amoncellent sur les anciennes terrasses du fleuve,

L'auteur du Mémoire slalislique des Alpes-Marilimes, en l'an XI,

1. D'après M, Troucur, ingénieur des Ponts-et-Chaussées à Puget- Théniers.

2. Sur les torrents de la vallée de Barcelonnette, voir Drmonrzey, 36, texte p. 244-310 el vues n°8 46-84.

ro

comptait entre le torrent de Chaus et Villars « plus de quatre cents ravins, à sec l'été, mais qui, lors des averses, rendent impraticables le chemin de Nice » 1. Depuis 1803, la situation ne s'est pas améliorée, bien au contraire. On indiquait alors sans mention particulière le torrent du Gralet, dont le cône de déjections est représenté par le figuré Aa? sur la carte géologique, à 2 km., 500 en aval de Puget-Théniers. Or, le Gralet est aujourd'hui un des cours d'eau les plus redoutables des Alpes méridionales, Après les pluies d'orage, ses déjections s'avancent « comme une coulée de lave grise » ; elles ont enseveli en partie les fertiles « campagnes » des habitants de Puget, enterré deux mas depuis vingt ans ; il n'est guère d'années qu’elles ne recouvrent la route nationale et la voie ferrée sur plusieurs centaines de mètres de longueur ? (phot. VII).

Le Gralet n'est pas le seul torrent qui ait pris récemment un surcroît d'activité : nous allons voir que tout le bassin du Var a été de plus en plus dévasté par le ravinement, dans la mesure des progrès du déboisement.

Page 1