‹ Le Var Supérieur: Étude de Géographie PhysiqueChapitre 56 sur 61 · FopeRE, I, p · texte numérisé non relu

FopeRE, I, p

3. Il suffit, pour s'en convaincre, de feuilleter, à défaut des papiers du Bureau d'Agriculture, le livre de RouGiEer-LABERGERIE (42) qui cite ou analyse, département par département, les délibérations des sociétés populaires, des administrations de département ou de district, les lettres des procureurs-syndics et des préfets. — Citons, comme l’un des plus significalifs, ce passage d'une leltre du préfet des Hautes-Alpes, en brumaire an IX : « Les dévastations remontenl à peu près à huit années, et depuis « cette époque la face du département est tout à fait changée; tel torrent « qu'un homme franchissait sans peine en 1792 couvre aujourd'hui un « espace immense et menace d’engloutir les champs, les hameaux de ter- « ritoires entiers. La raison en est sensible : les montagnes dépourvues « de leurs bois ne présentent plus d'obstacle aux eaux pluviales; celles-ci « se précipitant par torrents entrainent avec elles toutes les couches « végétales qu'elles amoncellent au pied des rochers, creusent d'épouvan- « tables ravines el roulent ensuile avec fracas dans les plaines où elles « portent la ruine et l'effroi. J'ai annoncé dans beaucoup de vallées que, « si on ne veillail avec le plus grand scrupule à la conservation des bos- « quels de bois qui ont échappé à la cognée, elles seraient inhabitables « dans quelques années; je suis forcé, citoyen ministre, de vous dire qu'il «n'y à pas d'exagération dans ma prédiction ». Annotation marginale du rapporteur au Bureau d'Agriculture : « ce n’est que trop connu » (Arch. Nat., KF10 335),

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les administrateurs du département des Basses-Alpes ajoutaient (fructidor an VIT) : « Dans plusieurs contrées, l'espoir du culti- « vateur a été frustré par des inondations qui, d'une année à « l’autre, deviennent plus fréquentes et plus terribles qu'on ne « les avait jamais vues ; plusieurs communes viennent de perdre « leurs récoltes, leurs troupeaux et leurs habitations par ces « débordements... Le sol de leurs montagnes n'offre plus qu'un « tuf pierreux, et cependant n'est-ce pas du séjour des forêts « qu'on voit sortir les sources et les ruisseaux? » 1. Après un voyage dans ces pays dévastés par les torrents, le médecin Giraudy écrivait (an VI) : « J'ai vu, depuis Digne jusqu'à Entre- « vaux, le penchant des plus belles collines mis à nu, parce que « récemment on a défriché et coupé les bois ; les rivières et les « torrents sont engorgés et leurs lits tellement rehaussés que les « propriétaires riverains, forcés par les débordements, négligent « les digues, voient les meilleures terres en marécages, les canaux « d'arrosage abandonnés, et des sources jadis abondantes aujour- « d’hui uulles... Les biens communaux de nos montagnes ont « été incendiés et défrichés jusque dans les escarpements et « livrés au pillage par la plupart des administrations commu- « nales » 2, Et le Préfet des Alpes-Maritimes,en communiquant au Ministre de l'Intérieur son arrêté interdisant les défrichements, lui écrivait, le 4 fructidor an XI : « Des lois très sages existaient « jadis dans ce pays hérissé de montagnes pour empêcher « l'éboulement et la dénudation des terrains en pente. Elles « étaient tombées en désuétude complète, et pendant dix ans « l’on a tellement défriché les terrains montueux que l’on ne voit « plus que des roches décharnées là où il y avait autrefois une « culture, et qu'il n'y a plus de sûreté dans les chemins de mon- « tagne » 3. À la même date, le Mémoire slalislique des Alpes- Maritimes constatait que les torrents voisins de Saint-Martin

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