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que 1. Mais, si l'Administration commença immédiatement la correction des torrents les plus dangereux, le Bourdous, la Barlatte, elle ne recourut point aux expropriations que lui permettait la loi de 1882. Comme dans tout le département, le reboisement reste facultatif : elle ne procède qu'à des achats à l'amiable. Sa tâche, très localisée, est plus pénible peut-être que dans aucune autre partie des Alpes. La sécheresse des étés, la rapidité des pentes rendent impossible la reconstitution directe des gazons ; la végétation ne peut se rétablir qu'à l'abri des arbres semés ou plantés à grands frais 2: Sur diverses formations géologiques, en particulier sur les marnes noires, il faut que le sol ait été préalablement lavé des sels nuisibles, de la magnésie, et cela sans être entraîné par les pluies. On comprend combien des travaux aussi minutieux grèvent le budget du Service du Reboisement. Or, ses ouvrages seront inefficaces, sinon même exposés à un anéantissement complet, s'ils ne sont entrepris sur de vastes périmètres. Ce sont les versants entiers de certaines vallées qu’il faudrait acheter pour protéger les pentes inférieures : des demi-mesures n'auront d'autre effet que d'inspirer une sécurité trompeuse (phot. VIII).
L'Administralion est moins arrêtée encore par la pénurie de son budget que par le trouble qu’elle apporte forcément dans les habitudes des populations. A chaque fois qu’elle acquiert un terrain, elle diminue d'autant l'étendue des pâtures ; elle rend plus difficile l'entretien des avérages qui fournissent aux montagnards et leur nourriture et toute la fumure de leurs maigres champs. Il faudrait qu'ils pussent rendre leur exploitation plus
1 CONTENANCE | TERRAINS ACQUIS AU °' JANVIER 1908 Reste à acquérir “ ; Te PÉRIMÈTRES | des périmètres | dans le périmèt. | horsdu périmèt. Total dans le périmètre Yar supérieur . . 6757 ha 1143 ha 3147 ha 4290 ha 5614 ha Nat MOYEN 3594 736 611 1347 2858
Sur les 5637ha acquis, 3000 environ ont été reboisés, dont une certaine étendue devra être « réfectionnée ». (Renseignements communiqués par M. Dinner, chef du Service du Reboisement des Alpes-Maritimes).
2, Diner, 37, p. 5 el 7; 38, p. 23. On emploie surtout l'Aune, le Sorbier des Oiseleurs, le Mélèze et diverses espèces de Pins, dont le Pin noir d'Autriche qui, introduit en France au siècle dernier, croît plus vile que les espèces indigènes.
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intensive à mesure qu'elle se restreint; il faudrait irriguer les pâturages, créer des prairies artificielles de sainfoin et de luzerne, régler l'assolement non plus en vue de la culture du blé qu produit seulement de 6 à 7 grains pour un, mais de l'industrie laitière. Malheureusement des capitaux seraient nécessaires. Or, beaucoup de familles ont pour tout bien quelques ares d'oliveraies, deux ou trois chèvres ou deux ou trois brebis ; sur la table des plus aisés de plusieurs communes n'apparaissent parfois, même le dimanche, qu'une sorte de bouillie, du pain noir qu'il faudrait briser à la hache, et de l’eau. A voir des villages comme La Croix et Lieuche juchés sur les rocs les plus aigus et les plus stériles, on se demande comment on peut y vivre : c'est qu'en fait leurs habitants ne vivent guère 1. Le Service forestier hésite à leur appliquer la loi dans toute sa rigueur : comment chasser leurs brebis des bois, ou ravir leurs pâtis aux chèvres de ces infortunés ? D'autre part, la montagne s'en va pierre à pierre; le ruissellement enlèvera bientôt, dans certains quartiers, la dernière molécule de terre végétale. Les torrents rendront-ils impossible, d'ici cinquante ans, toute vie humaine dans ce misérable pays ?
1. M. Diner estime que « le paysan dans ces villages perdus vit en moyenne sur le pied de 250 à 300 fr. par an. » (38, p. 34).
Vu, le 29 Mai 1908. Vu el permis d'imprimer.
Le Doyen pe LA FacuLzré pes LETTRES Le Vice-Recreur DE L'UNIVERSITÉ DE Paris, DE L'ACADÉMIE DE PARIS.