BERTRAND, 3, p. 141 et suiv
couches ont été charriées sur 7 km, de longueur dans l'anticlinal qui limite cette aire vers le SW. C'est là un des accidents topographiques les plus importants des montagnes niçoises. Du col de Pal aux origines du vallon de Roubion, la ligne de partage entre le Var et la Tinée est, en effet, constituée par une chaîne à l'extrémité orientale de laquelle le sommet le plus élevé des Alpes-Maritimes, le Mont Mounier ou Monnier 1 (2818 m.), ne fait qu'une assez faible saillie. Klle n'est franchie qu'assez difficilement par de mauvais chemins muletiers, à plus de 2200 m. (cols de Pal, de Crous, de Crousette). Celui du col de Crous permet bien d'en saisir la structure interne. En venant de Péone, on voit d’abord les couches jurassiques plonger régulièrement vers le N ; puis, après avoir gravi les calcaires infracrétacés, on rencontre à nouveau la falaise très caractéristique qui correspond aux calcaires tithoniques, et au-dessus de ces calcaires on découvre la large échancrure du col de Crous. Sur le versant qui descend vers le vallon de Roja, on traverse les divers termes du Jurassique dans leur succession normale ; mais, après le Trias et au-dessous de lui, on les observe ensuite dans l’ordre inverse. La chaîne du col de Pal au Mont Mounier correspond donc à un pli couché, dont le Trias marque l'axe et dont le flanc normal, à partir de la falaise tithonique la plus élevée, constitue les sommets actuels 2.
Il semble probable que ce pli, dont les éboulis empêchent de suivre la trace au NW de la cime de Pal, se continue par l'anticlinal qui relève le Sénonien de la « Source du Var » au col de la Cayolle et qui fait reposer, sur l'aire anticlinale du Haut Var, le rebord de la cuvette de Sanguinière 3, Catte dépression à courbure peu accentuée se continue sur la feuille de Larche où on la voit recouverte en partie par les lambeaux des nappes de charriage de l'Ubaye. Elle est occupée par des dépôts éogènes, surtout par la puissante formation des grès d'Annot qui donne à sa topographie un aspect tout spécial.
1. D'après M. ne Cessorx, les montagnards prononcent Monnier, et celle prononciation s'accorderait mieux avec l'étymologie Mons Niger {un sommet voisin s'appelle Cima Negra) (50, p. 102).
2. Voir les coupes dessinées par M. Berrranp, 3, pl. IL, fig. 8 et 9.