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LES CHAMPS D'ENFANTS

C'est en Chine qu'il faut aller pour voir les enfants sinon pousser sous les choux, du moins pousser dans les champs, comme des agarics, dans les bois, comme des bolets. Une américaine a vu cela, voyageant par des contrées infréquentées des étrangers : un champ où les têtes de choux étaient des têtes d'enfants. Mais ils ne venaient pas à la lumière, ils s'en retournaient vers la nuit. Ils étaient des nouveaux-nés que leurs parents avaient enterrés là jusqu'au cou. C'est la coutume. Comme les enfants crient, un passant quelquefois prête l'oreille et, s'il en a besoin, en cueille un ou deux. Qui aurait besoin d'enfants dans un pays où les enfants surabondent. Les rares passants miséricordieux sont donc les missionnaires de toute secte ou les indigènes qui connaissent la manie des missions : acheter les enfants abandonnés. Cela parut pendant longtemps fort suspect aux Chinois. Pourquoi ces gens-là venaient-ils chez eux acheter des enfants ? Probablement pour les sacrifier à leurs dieux, peut-être pour les manger ? Conduite

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immorale et révoltante. Ils savent maintenant ce que font les missionnaires, quand ils peuvent sauver un de ces enfants à demi enterré et, comme ils ne sont pas autrement méchants, ils s'en réjouissent. Quant à ce qui est de les garder et de les élever, au delà d'un certain nombre, il n'y faut pas penser. La population est tellement dense qu'elle ne vit pas et qu'à peine s'empêche-t-elle de mourir de faim. Les denrées sont si chères en telle ville que les laitues s'y débitent à la feuille ! La Chine meurt de dénuement. Malgré leur respect pour les morts, on a songé en certaines régions, où la terre cultivable manque, à labourer les cimetières, les immenses et nombreux cimetières chinois, où depuis trente ou quarante siècles les morts vénérés se sont accumulés. En attendant, ils se débarrassent de leurs enfants comme j'ai dit. En d'autres régions, il y a d'autres moyens. On me contait cela il n'y a pas longtemps.

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