‹ Le vase magiqueChapitre 17 sur 100 · LE PARAPLUIE D'ARAGO · texte numérisé non relu

LE PARAPLUIE D'ARAGO

Tous les jours, en sortant de l'Observatoire où il demeurait, Arago entrait chez l'horloger Winnerl, qui était un homme aimable et considérable aussi. Flammarion, qui l'a connu, l'appelle le premier horloger de France. Cet horloger avait un grand respect pour l'astronomie et les astronomes. Ayant lui-même à faire de fréquentes sorties dans Paris pour surveiller les horloges de ses contemporains, il résolut sans rien dire de s'en fier à la sagacité de l'astronome, qui devait, semblait-il, avoir d'assez précises connaissances sur les probabilités atmosphériques. « Quand l'illustre Arago aura un parapluie, se dit-il donc, je prendrai aussi mon parapluie ; quand il n'en aura pas, c'est que le temps sera au beau fixe. » Mais il arriva qu'il ne pleuvait presque jamais lorsque Arago s'était muni de son parapluie, et qu'il pleuvait presque sûrement quand il l'avait dédaigné. Cela troubla le bon Winnerl qui s'en plaignit à l'astronome : « Au lieu de faire comme moi, faites donc le contraire, lui répondit Arago avec bonhomie, vous vous en trouverez

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peut-être bien. » Sans connaître encore l'anecdote, j'en ai essayé la recette. Hélas ! elle est incertaine. S'il suffisait de croire le contraire de ce que prédisent les astrologues et les prophètes, nous aurions des certitudes météorologiques et l'avenir nous serait dévoilé.

Sans doute, il vaut toujours mieux compter sur la pluie, quand la Tour Saint- Jacques annonce du beau temps, mais le pronostic serait loin d'être infaillible. La Tour ne se trompe pas à coup sûr, ni Mathieu Laensberg, ni personne. En fait de prévision du temps, nous en sommes toujours au même point que du temps d'Arago, qui prenait ou ne prenait pas son parapluie, selon les hasards de l'inspiration. Il en est de cela comme des mensonges des femmes. Si on était sûr qu'elles mentent toujours ! Mais cela aussi est incertain.

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